Timbres et cartes postales sur DELCAMPE

Ny teny marina hoatra ny fia-pary, ka na lava aza, tsy lany hamamiana :
Les paroles vraies sont comme la canne à sucre que l'on mâche: quoiqu'elle soit longue,elle est douce partout.
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1959 11/11 Meurtre à Anjanamasina,Nosy-Lava



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A cette époque un drame affreux vint endeuiller et ternir le service pénitentiaire.
les autorités judiciaires avaient décidé depuis quelque temps  que le centre de jeune délinquants
d' Anjanamasina devait être en centre de rééducation avec des éducateurs désignés par eux.
La discipline du centre n'était donc plus sous mon autorité et je n'avais plus que la responsabilité de l'intendance et mon ami JUPPEAU celle des jardins.
Il s'ensuivit une absence de gardiennage et M. THOMAS l'éducateur désigné laissait toute liberté aux pensionnaires qui s'absentaient; quelque fois pendant plusieurs jours, pour aller traîner dans les rues de Tananarive.
Une nuit l'un d'entre eux, mécontent d'une réprimande, s'introduisit dans le logement de M. THOMAS, tue celui-ci et poignarde sauvagement son épouse en la laissant pour morte.
Le spectacle découvert au petit matin présentait un spectacle effroyable.J'en fus immédiatement averti et me rendis sur le champ sur les lieux du crime.Je ne pouvais rien faire d'autre que d'en saisir la justice.
Le laxisme des magistrats qui avaient décidé cette nouvelle gestion était le grand responsable de ce carnage.

......

Le 10 décembre tout semblait s'arranger à Nosy-lava, malgré une lettre décousue sur un serveur du directeur et le 21 décembre je recevais une longue lettre sur l'aménagement général du camp :

.....

J'ai trouvé une solution élégante pour me débarrasser due l'ancienne boyerie qui en fait était composée des choux-choux de mes prédécesseurs. Je vais les expédier à Nossi-Bé.Dans le nombre il y aura mes deux boys et mon cuisinier qui commençaient à se croire indispensables. Deux boys de GESLIN seront également du voyage, ainsi que celui que s'était octroyé RAMBELOSON du temps de
tous ces détenus remplissent les conditions exigées puisqu'ils n'ont en cours aucune punition depuis longtemps.
Cette opération est considérée officiellement comme une mesure de faveur à leur égard, et , puisque de mon coté je les ai assez vus,  tout est pour le mieux.Je compléterai  l'équipe par quelques braves bougres.D'ailleurs la liste vous est adressée par le même courrier.
Avenue de l'indépendance
à
Antananarivo
(Auparavant : Avenue de la libération
Tananarive)
L'inspecteur-greffier RAMBELOSON m'a confirmé son intention de demander sa mutation pour Tananarive.Vous pensez bien que je n'ai pas essayé de l'en dissuader.




....
(fin page 23)


Pour vos archives : une lettre du célèbre RANDRIAMANJANA Paul auteur du coup de couteau ayant déclenché un début de révolte quelques jours après mon arrivée à Nosy-Lava.
Lettre saisie par l'ancien boy de mon prédécesseur. Je n'en comprends guère le texte mais la fin m'intrigue énormément.
Le "Ferdinand" est le boy qui nous a servi lors de votre passage ici et que j'expédie à Nossi-Bé :



  • Monsieur le directeur,
J'ai très respectueusement l'honneur de vous adresser la présente sollicitant de votre haute autorité pour vous demander de bien vouloir m'accorder une chance pour éviter la suite fâcheuse de l'agression dont j'ai été victime.
Je vous en supplie ,monsieur le directeur, Pitié ! Délivrez moi ! Ne me laissez pas périr. Songez au service dont j'ai rendu à l'administration pénitentiaire. Je suis à vous !.
Je vous jure ma parole de gentilhomme que j'ai pris ma ferme résolution de me conduire tel que j'étais autrefois car j'ai tellement envie d'être libre pour que je puisse courir à la recherche du bucéphale de mon rêve !


....


Le 21 décembre je recevais une lettre de Nosy-Lava commentant le drame d'Anjanamasina :

J'ai appris avec peine mais sans surprise ce qui est arrivé à mon collègue d'Anjanamasina.Avec l'évolution actuelle nous sommes tous exposés à subir le même sort. c'est tout juste si les rôles ne sont pas inversés et si les prisonniers ne nous commandent pas.J'éprouve toujours un serrement de coeur lorsque je vois certains membres des différentes commission s'enquérir auprès des assassins si ils sont bien soignés.
je vous ai signalé, il y a déjà un certain temps, mes appréhensions concernant la disproportion  entre l'effectif des détenus et celui des gardiens.En cas de soulèvement brutal des prisonniers nous serions submergés en quelques minutes. Lorsque les agents ont terminé leur service,ils sont tenus de remettre leurs armes au chef de poste qui les renferme dans une armoire. Ce qui revient à dire que les détenus, une fois maîtres du poste , ne trouveraient plus aucune résistance.
Je me demande au cas ou nous serons tous zigouillés , si vous ne risquez pas t'être tenu pour responsable . Je sais qu'un agent ne doit pas avoir à surveiller plus de 10 prisonniers alors qu'à Nosy-Lava , lorsque les détenus annoncés seront là, chaque agent en aura plus de 35 à sa charge.
Avec quelques gardiens de plus, je pourrai organiser une patrouille de nuit qui augmenterai la sécurité.
Enfin inch'allah !
Par ailleurs en ce qui concerne la construction du terrain d'aviation, il m'est impossible de vous envoyer un rapport sur cette affaire, vu que je l'ignore totalement. Un jour j'ai vu arriver un type  se disant envoyé par les T.P. m'annonçant qu'il allait faire un relevé du futur terrain d'aviation.
Depuis plus rien.
J'ai appris incidemment il y a quelques jours , par le chef de district,  que les habitants de Mahabo avaient adressé une pétition au député BEHAVANA protestant contre l'installation dudit terrain, car pour le faire il fallait détruire des cocotiers.Je ne suis pas du tout dans le circuit.
Vous m'annoncez une cinquantaine de nouveaux détenus. Comment pourrais-je les nourrir ?
Je vous ai fait savoir que notre stock de riz ne nous conduirait que vers la mi-janvier ( en comptant avec 400 détenus et non 450).Pouvez-vous me rassurer à ce sujet ?


(fin page 24)

Pendant que nous parlons de riz, je vous rappelle que je vous ai déjà fait part des difficultés rencontrées par le personnel pour se procurer cet aliment de base.
Je pense qu'il serait sage de passer un marché pour un contingent beaucoup plus élevé de façon à pouvoir revendre du riz aux agents.
La chambre froide doit être révisée entièrement, ayant été négligée pendant des années. La viste d'un spécialiste s'impose. Tout ce qui est : joints, presse étoupe etc.  est complètement pourri. L'installation électrique était faite en dépit du bon sens . Je l'ai faite refaire entièrement par COURT.
J'espère que nous serons dépannés sans tarder car la chaleur est terrible en ce moment, le poisson et la viande se gâtent en quelques heures d'ou l'impossibilité absolue de faire quelques réserves.
A part ces petits soucis, le moral est bon.
J'espère que vous m'enverrez bientôt des gardiens triés sur le volet et que vous me débarrasserez de mes caricatures.
Décidément vous m'aurez laissé souffrir jusqu'au bout avec l'affreux MANANJARY.


L'année 1959 s'achève et la mise en place de la nouvelle organisation est terminée.
Les difficultés furent nombreuses mais je reçus beaucoup de lettres personnelles qui m'encouragèrent et pour lesquelles je donnai toujours une suite.
Les autres responsables des diverses administrations m'informèrent par la voie officielle mais mon devoir de réserve m'interdit d'en parler.
Seules les archives de mon bureau en sont détentrices.

De toutes les maisons du territoire je reçus de bons voeux pour 1960.

Mon fidèle ami et dévoué collaborateur rené JUPPEAU me fit parvenir le rapport ci-annexé concernant son activité en 1959 concernant les fermes et les jardins pénaux :

(fin page 25)




La correspondance de 1960 va suivre
Après le rapport 1959 de M. JUPPEAU
26 juin 1960 sur cette lettre








1959
FIN




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1960 20/28 Nossi-bé

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Quelque mécontentement entre agents m'est signalé par une lettre de Nossi-Bé en date du 23 septembre :


Il vient d'être porté confidentiellement à ma connaissance que la lettre qui vient de vous être adressée par l'agent AMADI M'ROIVELI , l'a été par dépit et voici pourquoi :
Le brigadier RAZAFINDRABE , dont je vous ai parlé au cours de mon dernier passage à Tananarive, mécontente le personnel par son attitude et ses propos plus ou moins corrects, qui paraissent provoqués, en partie tout au moins, par son intempérance habituelle, qui est son état normal.
J'ai mis plusieurs fois en garde ce brigadier mais en pure perte et j'ai signalé ce défaut dans ses notes. J'ai reçu il y a quelques mois une note N° 269/DSN/SAP  de Monsieur le Directeur de la Sécurité Nationale  en date du 20 juillet 1960 et que vous m'avez transmise le 25 juillet sous N° 3956/JU/SAP relative à son intempérance. Peu avant j'en avais reçu une autre qui me faisait espérer que l’intéressé serait probablement amis à la retraite à bref délai. C'est pour cette raison que je me suis efforcé de le supporter.
plusieurs agents manifestent le désir de quitter Nossi-Bé à cause de lui, ne vous serait-il pas possible de prononcer sa mutation ? Elle serait accueillie avec soulagement.








......


TULEAR
Boulevard DELAVEAU




A Tuléar, c'est le gardien-chef  STEFANI qui a quelques ennuis;ils me sont signalés dans une lettre de M. MATHEI. Le principal c'est une implantation agricole pour l'utilisation des détenus desoeuvrés et l'amélioration de leur nourriture.


J'ai l'honneur de vous rendre compte de ce que au cours d'une conversation téléphonique avec m. STEFANI, gardien-chef de la maison centrale,celui-ci m'a fait part qu'il avait reçu une lettre de M. MERCURIGNY par laquelle il apprenait qu'il devait être muté  et que si cette décision n'avait pas été prise c'était grâce à son intervention. 
Je lui ai répondu que je n'étais pas au courant de ce fait , ce qui est parfaitement exact.
Par la suite M. STEFANI m'a montré le passage de la lettre qui se terminait par : ... de plus vous n'avez pas à compter sur votre encadrement en 1960.
Ce tout petit incident est cependant désagréable pour les relations que je fais mon possible pour maintenir bonnes dans l’intérêt du fonctionnement normal du service. 




(Fin page 80)








Il est évident que personne ne peut empêcher M. MERCURIGNY et M. STEFANI de correspondre, mais il serait souhaitable que mon prédécesseur ne mette pas des obstacles imprévus sur mon chemin et en jouant au "bon samaritain".
J'ai été très touché par votre lettre et je vous en remercie.
Ma grande affaire actuellement est la mise en valeur du terrain qui est situé aux portes de la ville. Demain mercredi une équipe de dix prisonniers part à une quarantaine de kilomètres de Tuléar  pour couper les bois nécessaires à la construction des baraquements.
 Il va de soi que je vous rendrai compte, au fur et à mesure, des progrès et des difficultés ( c'est certain) de cette vaste entreprise.
Sakaraha
 Sauf imprévu je me rendrai dimanche à Sakaraha avec M. KORMANN pour examiner les possibilités agricoles de la localité.








.....




Les prisonniers ont l'air satisfaits à Nosy-lava (cf lettre du 3 octobre).
C'est d'ailleurs l'impression générale que je retire de toutes les prisons;
L'amélioration de la nourriture et du confort  y sont certainement pour quelque chose et cela grâce aux jardins et aux fermes des établissements.
cet état d'esprit je l'ai trouvé en de nombreux endroits et notamment à Ambatolompy où un détenu libérable m'a supplié de le rengager.




...


Nosy-lava le 3 octobre


Les "politiques" écrivent à leur famille  en leur disant que tout va bien à Nosy-lava. Je pense  qu'il serait plus sage de ne pas laisser passer ces lettres qui risquent si elles sont propagées de détruire l'effet psychologique voulu par le président TSIRANANA.
... N'y aurait-il pas moyen de faire travailler ces fainéants qui commencent à considérer leur détention comme une vaste rigolade. Ils disent à qui veut les entendre que le gouvernement malgache leur paye de belles vacances.
... Comme je le redoutais plusieurs particuliers manifestent le désir de conserver leurs prisonniers pendant la nuit.J'ai reçu deux demandes écrites dont l'une émane du député BEHAVANA. Vous comprendrez sans peine que cela me met dans une situation délicate et je vous serai reconnaissant de faire trancher la question en haut lieu.




.... De madame LUCAIN le 3 octobre


Je vous accuse réception des livres et diverses fournitures scolaires. CHRISTOPHE en a accusé réception de son coté.
J'ai ouvert l'école ce matin avec 26 enfants. 
J'en attends quelques autres.par ailleurs Majunga nous annonce quelques livres et fournitures scolaires à partir du 15 octobre à condition que nous les faisions prendre car ils n'assurent pas le transport.....


Je vous demande seulement un ou deux petits pinceaux pour peinture à l'huile. C'est pour tracer les chiffres sur le cadran que je fabrique pour la classe.
... Mon mari voulait vous envoyer son rapport mais il a été trop pris et trop dérangé : travaux publics qui ont demandé de la main d'oeuvre pour la construction d'une case au phare.; le vétérinaire, le médecin, monsieur LABOUYERIE, etc .... sont venus en inspection .




Les rapports de M. LUCAIN en date des 7,17,21 octobre et trois novembre n’appellent aucune remarque primordiale, sinon quelques ennuis avec les gardiens qui, comme dans toutes les prisons d'ailleurs, ont tendance à se trouver des amis intimes parmi les détenus.
Voici ces rapports ainsi que la lettre du 5 octobre pour Analalava :


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1960 23/28 Anjango

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suite d'une lettre de M. LUCAIN


Lorsque j'ai demandé à RAMPIRISON si le détenu employé chez M. PRATI était le seul à rester à Analalava  pendant la nuit, il m'a répondu oui.
 Évidemment, il avait raison, mais il aurait pu me dire que quatre autre bénéficiaient du même avantage  à 2 ou 3 km du patelin ( dont deux au service du député BEHAVANANA ).
avant de prendre une décision définitive , je voulais attendre votre réponse, mais RAMPIRISON n'a pas eu cette patience et lorsque j'ai voulu lui dire de conserver le statu quo jusqu'à plus ample informé,il avait déjà donné ordre à tout son petit monde de rentrer faire dodo dans son établissement; lui au moins ne pêche pas par manque d'autorité. 
J'aime mieux cela en fin de compte.




(fin page 86)


Ce petit malentendu vient du fait que je n'ai pas pu avertir RAMPIRISON assez vite car la radio de la Gendarmerie est en panne depuis le 28 septembre, ce qui est terriblement gênant.


Le 10 octobre 1960


Le samedi 8 octobre, à 5h 30 du matin, l'inspecteur GOZIE le gardien-chef RAMPIRISON, l'agent BACO et moi-même, avons quitte Nosy-lava pour nous rendre au camp d'Anjango.
Nous n'avons pu rejoindre Nosy-Lava que le dimanche à 11 heures, après une nuit entière passée au milieu de la Loza., la pompe de circulation d'eau du moteur s'étant remplie  de sable et le refroidissement ne se faisant plus .
nous n'avons pas à regretter l'abandon de ce jardin pénal, ne serait-ce que du fait de son éloignement qui rend toute exploitation impossible pendant le mauvais temps.
 En période normale il faut compter une bonne journée pour effectuer le voyage aller et retour. par ailleurs, nous n'avons pas de personnel possédant les connaissances professionnelles et l’honnêteté nécessaires pour mener une entreprise où tout contrôle suivi est impossible.
a part quelques brèdes mafana et quelques choux gros comme le poing, ce jardin n'a rien produit depuis de longs mois; Les détenus vivaient bien tranquillement et ne se foulaient pas beaucoup.
L'un d'eux avait même fait venir sa femme et vivait en bon voisinage avec son gardien.
Avant d'arriver au camp pénal nous avons rencontré deux détenus  qui se promenaient dans un village; Ils étaient très correctement habillés en civils, c'est leur air ahuri, lorsqu'ils nous ont aperçu, que nous avons deviné a qui nous avions à faire.
Au camp tout le monde se reposait de ses fatigues, la vie de château, quoi ! Cela m'amène à croire que la lettre adressée à M; Le Juge ( et que je vous ai adressée) n'émane pas des détenus qui avaient toit intérêt à attendre bien tranquillement la classe plutôt que de remuer le caca. Je crois que c'est MAHIVY, le prédécesseur du gardien actuel qui en est l'auteur.Il regrette se prérogatives d'antan et espère sans doute que si son successeur était muté, il retrouverait son ancienne planque.
Avant de terminer il faut tout de même que je vous mette au courant de notre odyssée.
Partis le samedi matin de Nosy-lava comme je vous l'ai déjà dit , nous sommes arrivé à Anjango vers 9 heures, et au jardin pénal vers 10 h donc après une heure de marche. après avoir récupéré le matériel et 7 des 8 détenus , le dernier étant resté avec le gardien pour l'aider à ramener ses affaires. J'ai réuni les chefs de villages voisins qui m'ont dit que rien ne restais en suspens. Nous nous sommes quittés bons amis.






Il était environ 15h quand la marée a été assez haute pour que la vedette puisse repartir après avoir été échouée pendant plusieurs heures dans le sable vaseux de la Loza. C'est sans doute pour cette raison qu'au bout de quelques kilomètres la pompe a cessé de fonctionner. si bien que la vedette (avec nous dedans)  a été livrée au gré des flots pendant toute la nuit;Il a été assez rosse, le gré des flots puis qu'il nous a déportés à plus de 6km en direction d'Antsohihy. 
avec l'équipage nous étions 14 bonshommes dans le bateau qui était chargé en outre de tout le matériel récupéré ( arrosoirs, pelles, râteaux etc...).
je vous assure qu'il n'y avait pas de place pour danser la bourrée.
Enfin, le dimanche matin, après avoir entièrement démonté la pompe ainsi que sa tuyauterie et avoir enlevé le sable qui encrassait tout, nous avons pu repartir et rejoindre Nosy-Lava vers 11h.
inutile de vous dire que nous n'avons pas fermé l'oeil de la nuit.
Je m'attendais à trouver ma femme en pleurs, mais dès qu'elle m'a vu elle m'a dit : " Vous êtes sans doute restés à la chasse ,"  comme quoi j'avais tort de m'inquiéter.
en résumé je suis heureux d'être débarrassé d'ANJANGO.
Le retour de la Tsy taitra m'est annoncé pour le 12 ou le 13 courant ;
Je vous quitte en vous serrant cordialement la main.

Signé LUCAIN


(fin page 88)


Suivent une lettre de M. LUCAIN (manuscrite) :

Nosy-Lava le 17 octobre 1960

Cher Monsieur Planchon,

C'est avec joie que je verrai partir l'illustre GILBERT Paul promu commis des douanes. il n'a pas dessaoulé depuis son arrivée ici.En compagnie de ses amis RAMAROSON et de l'adjudant chef  RAKOTONDRASOA , il a copieusement arrosé l'anniversaire de l'indépendance malgache. Le "juteux" a pris une seule cuite magistrale qui a duré du jeudi au dimanche soir.Mais ce matin, pas question  de reprendre le travail; Vous verrez par ailleurs les exploits du Docteur RAMAROSON ( il se fait appeler ainsi).
J'allais oublier de vous dire qu'il y a quelques temps, RAKOTONDRASOA qui s'était cuité la veille a piqué une tête dans mes plates bandes de salades. J'ai bien cru qu'il allait claquer et que j'en serai débarrassé. Je ne lui demande plus rien et le considère comme un figurant.
Je vous remercie d'avoir liquidé BOINAHERY, d'autant plus que l'avertissement que lui a adressé RAMPIRISON lors de la foire d'Analalava ne lui a pas servi de leçon puisqu'il a remis ça à l'occasion  de l'anniversaire de l'indépendance Malgache; Ce gars là est vraiment cinglé.
D'ailleurs je vous serais reconnaissant, si cela vous est possible, de ne plus recruter des Comoriens pour Nosy-lava. Ils sont trop nombreux ici et forment une sorte de coterie.
Lorsque l'un d'entre eux est puni,même pour une faute grave, ils prennent systématiquement sa défense.D'autre part leurs fêtes religieuses et autres sont extrêmement nombreuses ce qui jette une certaine perturbation , les agents non musulmans rechignant pour les remplacer.
Je pense que lorsqu'ils se sentiront en minorité très nette, ils seront moins exigeants.
Au moment où j'allais terminer ma lettre, on me signale que la TSY-TAITRA  vient d'envoyer un message radio et qu'elle n'est plus qu'à quelques kilomètres d'ici.


Je vous serre cordialement la main.

P.S. Sur l'une de mes dernières lettres je vous ai demandé si je devais laisser partir les lettres écrites par le détenus politiques et dans lesquelles ils chantent les charmes d'un séjour à Nosy-Lava.
Le chef de canton d'Analalava pense comme moi que cela vient à l'encontre de l'effet psychologique désiré par le Pt. TSIRANANA . Répondez moi vite sur ce sujet. 





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1960 24/28 Budget 1961 , Rapport 1960

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(page 91)
Nosy-lava , 3 novembre 1960

Cher Monsieur Planchon,

Je serais bien content si vos prévisions se réalisaient en ce qui concerne le renouvellement de mon contrat, car il ne peu être question pour moi de retourner en France avant d'avoir vendu ma sacrée case.
Et je crois que le moment d'en tirer un prix convenable n'est pas encore venu.
Est-ce que notre nouveau patron se souvient de moi ? S'il vient ici il me reconnaîtra sûrement. J'espère que s'il donne suite à ses projets, vous viendrez également, car non seulement ma femme, Jacquie et moi serions heureux de vous revoir, mais encore j'aurais beaucoup de choses à vous dire de vive voix.
Récolte du riz
Felix et RANDRIAMARO sont bien arrivés depuis le 1er novembre.Ils sont un peu effondrés par la chaleur. Il est vrai que les derniers mois qui précèdent la saison pluvieuse sont assez durs. La chaleur est écrasante. Félix surtout passe son temps à s'éponger la figure avec son mouchoir.
bien entendu je suis entièrement d'accord pour que vous commandiez encore du paddy à la Lyonnaise car pour nous la question sacs est très importante.Pourtant nous faisons attention au gaspillage. Et puis, je serai plus tranquille lorsque j'aurai un certain stock de paddy d'avance.
Merci pour la note que vous m'avez envoyé concernant l'entrée des personnes étrangères dans la zone réservée au pénitencier. Elle me sera d'une grande utilité. Hier encore je me suis formellement opposé au débarquement d'une pleine vedette d'Indiens d'Analalava ( commerçants) qui voulaient venir pique-niquer ici.
Je suis étonné que vos commissionnaires n'aient pas réussi à trouver le régulateur Ducellier que nous avons demandé. C'était jusqu’alors une pièce très courante. Les derniers beaux jours qui nous restaient pour naviguer passent rapidement et la Tsy Taitra est immobilisée à cause de cette maudite pièce.

Je vous remercie sincèrement de nous débarrasser de notre sommité médicale, le "Docteur RAMAROSON".
Ci-joints le message du médecin-inspecteur et ma réponse. Je pense que vous approuverez ma circonspection. Qu'un accident arrive et ces Messieurs du Service de Santé seraient trop heureux de nous le mettre sur le dos si un des "leurs" n'était pas là. 
Je vous raconterai de vive vois mes démêles avec le colonel DESTRIBATS qui avait cru bon de prendre un air agacé devant mes réclamations concernant les infirmiers qui se sont succédés ici.  


(Fin page 91)


Camp d'ambre
Infirmerie
pendant que nous sommes sur ce chapitre, je vous signale ce qui me parait être une anomalie ( vous allez dire que je vous en signale une par lettre) .
 Depuis quelque temps, tous les jours, une bonne dizaine d'habitants de Mahabo vient se faire soigner à l'infirmerie de la M.F. Il y a surtout des femmes plus ou moins vérolées car elles vivent toutes de la prostitution. C'est incroyable la vitesse à laquelle filent les flacons de pénicilline, si bien que bientôt il n'y en aura plus du tout pour la M.F. Je soupçonne fort notre "diafoirus" de faire  de la "bedite gommerce" avec les médicaments qui nous sont alloués.
Vous serait-il possible, avec l'accord de Monsieur le Ministre de la Justice de faire cesser ces abus ?
Je me demande d'ailleurs pourquoi les gens de Mahabo qui nous tirent dans les pattes tant qu'ils peuvent et nous refusent absolument de nous vendre un seul boeuf, ont droit aux soins gratuits. qu'ils reçoivent les premiers soins en cas d'urgence, je l'admets, mais de là à suivre un traitement .... je trouve cela un peu fort de vinaigre.
 Impossible de savoir à quand remonte cette tolérance.
Je suis extrêmement embêté avec la main-d'oeuvre pénale accordée aux particuliers. Il arrive ce que j'avais prévu, et bientôt chaque habitant d'Analalava aura son, ou ses prisonniers, car certains en demandent plusieurs. Vous devez comprendre combien il m'est délicat d'accepter pour certains, et de refuser à d'autres, et puisque ce sont les députés et les fonctionnaires qui donnent l'exemple, j'émettrai systématiquement un avis favorable, sinon je passerai pour un vendu.
Un autre pépin de taille, c'est la panne du poste émetteur-récepteur de la Gendarmerie d' Analalava. cela multiplie les voyages de la vedette; Ne pourrions-nous pas avoir un poste bien à nous , installé à la Maison d'Arrêt et avec lequel nous serions en relation permanente ? Ce n'est pas toujours de gaieté de coeur que nous passons par les pandores.
je vous annonce que j'ai porté plainte auprès du Juge de Section  contre 6 détenus. Deux ont été surpris par GOZIE alors qu'ils venaient de voler des noix de coco, et quatre autres, pendant qu'ils volaient de la viande au cours de l'abattage d'un boeuf.J'agirais ainsi désormais contre tous ceux qui voleront. L'un des coupables, SOULEH AMADA, n'avait plus que 15 jours à tirer.Tant pis pour lui, l'exemple n'en sera que plus convaincant. son palmarès s'ornant de 6 condamnations, il ne serait pas étonnant que d'ici quelques jours il y ait un relégué de plus à la M.F.
Plusieurs gardiens me demandent s'ils peuvent adhérer à l'orphelinat de la Police; Je pense que vous obtiendrez facilement le renseignement.
JUPPEAU me demande un plan de la partie de la partie de terrain où se trouve la canardière et le séchoir à poissons  afin d'accélérer les formalités nécessaires pour obtenir l'attribution dudit terrain à nos services.Je lui expédierai le plus vite possible,, mais si vous me permettez d'exprimer mon avis, ce sera nettement insuffisant. , nous avons besoin de toutes les ressources de l'île entière : bois, fours à chaux, coraux, sources, lieux de pêche, etc...... Qu'adviendrait-il si des particuliers ou un autre service administratif nous en privait du jour au lendemain ? Évidemment, je ne parle pas d'absorber les villages existants - ce qui pourtant serait souhaitable et éviterait bien des histoires - mais le Ministre de La Justice devrait accaparer tout ce qui n'est pas encore borné.
vous devez sans doute trouver que je m'étends dans mes lettres rapport car vos réponses sont plutôt modèle-réduit, mais plusieurs vous m'avez exprimé le désir d'être au courant de tout, même des détails. Alors !
Je vous quitte car il y a encore un gros 'boom" qui m'attend.
Je viens de découvrir un gros trafic de savon entre les détenus et les habitants de Mahabo ( naturellement).
Sur cinq-cent-quatre-vingts morceaux de savon distribués le samedi soir, il n'en n'a été présenté que cent six le lundi matin lors d'une inspection inopinée. Ceux que je soupçonne depuis longtemps d'être à la tête de ce  trafic, se sont mis à table après s'être fait talocher un tantinet. Inutile de vous dire que ceux qui ne m'ont pas montré leur morceau de savon n'en toucheront pas à la prochaine distribution; Je vais aller trouver "mosieur" le député BEHAVANA  pour lui demander d'intervenir auprès de ses électeurs de Mahabo.
....


Je vous en supplie, rendez ALI HAMADI à ces messieurs de la Sûreté le plus rapidement possible, même si vous ne pouvez pas le remplacer numériquement; C'est une des pires "carnes" que la terre ait porté. N'allez surtout pas empoisonner un de mes collègues avec cette infâme crapule.




....




Administrativement l'année 1960 se termine et il faut passer au budget 1961.
Le 2 novembre j'ai donc présenté le rapport 'activité de l'année qui s'achève à Monsieur le Ministre de la Justice afin de le soumettre à l'assemblée parlementaire.
J'en fus chaleureusement félicité, surtout sur la question budgétaire, qui, grâce à l'activité déployée par M. JUPPEAU , les travaux entrepris par les inspecteurs et les gardiens-chefs dans le s établissements pénitentiaires m'avaient permis de n'inscrire qu'une dépense très minime de 27 francs ,40 par homme et par jour au budget de l'état.




Voici ce rapport :








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Rapport 1960 1/10