Timbres et cartes postales sur DELCAMPE

Ny teny marina hoatra ny fia-pary, ka na lava aza, tsy lany hamamiana :
Les paroles vraies sont comme la canne à sucre que l'on mâche: quoiqu'elle soit longue,elle est douce partout.
Les timbres et cartes postales de ce blog sont en vente sur DELCAMPE.net , ci-dessous :
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1960 8/28 Deuxième trimestre

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1960
Deuxième trimestre


Le deuxième trimestre commençait par une lettre de M. MATHEI sur l'utilisation de la main d'oeuvre pénale et les difficultés de relations avec l'administrateur COMBE.
.......


Ambositra
La résidence le 14 juillet
Delcampe
Faisant suite à notre récente conversation téléphonique,j'ai l'honneur de vous rendre compte de ma surprise en apprenant que monsieur l'administrateur COMBE  n'était en aucune façon d'accord avec les propositions faites au sujet de la cession de la main d'oeuvre pénale gratuite au district d'Ambositra.
Ne vous avait-il pas dit qu'il assurait le transport des détenus et du matériel nécessaire à la prison ?
En ce qui concerne la construction des cabinets d'aisance il galège lorsqu'il déclare que ce travail lui reviendrait à 500.000 francs ... puisque :
1° La main d'oeuvre serait fournie gratuitement et que
2°  les briques pourraient provenir, et gratuitement de la briqueterie , s'il avait voulu se donner la peine, comme il me l'avait assuré, de la mettre en route; En résumé beaucoup de paroles en l'air.Je dois avouer que je n'avais pas eu une bonne impression en le voyant car il en mettait trop.
La permission qu'il vient d'accorder au gardien-chef de la maison d'arrêt est une preuve formelle des entraves qu'il désire apporte à l'exercice du service pénitentiaire. et c'est pourquoi je vous adresse, ci-joint, l'avertissement destiné au gardien-chef de la maison d'arrêt d'Ambositra en vous demandant de bien vouloir le signer et me le renvoyer pour envoi, ensuite, à l' intéressé.
J'ajoute que je soupçonne monsieur l'administrateur COMBE d'être l'instigateur de la circulaire concernant les télé grammes que je vous expédie par ce même courrier.Très dangereux, ce monsieur, mais ce n'est pas parce qu'il est marié à une métisse malgache ( charmante au demeurant)  ce qu'il chante à tous les échos, et au point d'oublier qu'il est français  ( parfaitement, j'ai un témoin), qu'il peut espérer saboter impunément le décret de réorganisation du service pénitentiaire signé du Président de la république. Je me permets d'insister pour que vous vouliez bien signer l'avertissement au gardien-chef d4ambositra, dont il aura, sans nul doute connaissance.
.......
J'ai signé et renvoyé l'avertissement en cause et je n'en n'ai jamais eu aucune suite.

....
Le 18 avril  une brise d'air frais me semblait venir de Nosy-Lava avec la lettre ci-après :

Depuis votre départ, le grand évènement a été  l'ouverture du magasin au milieu de l'enthousiasme général.Les agents vous bénissent car nous leur avons dit que  c'est vous qui avez décidé l'ouverture. Le succès a dépassé nos prévisions car, bien que nous soyons à une semaine de la paie, les recettes ont été satisfaisantes, malgré le manque d'une grande partie de marchandises.
Nos discussions sur l'avenir nous ont bien convaincus : nous allons suivre vos conseils.Dès que nous aurons vendu notre maison nous vous demanderons des tuyaux pour placer notre argent.


...


Vous serez bien gentil de nous envoyer au plus tôt 500 gr de levure. Inutile d'en envoyer d'avantage elle ne se conserve pas.

.....


Mais les 5 et mai, nouvelle alerte de Nosy-Lava.
Tout d'abord une lettre de M. LUCAIN à M. DANIEL, le gardien de phare, est assez virulente. Elle m'a été communiquée pour information par l'expéditeur.
Phare Diégo-suarez
J'interviens alors et la mise au point qui suit m'est rapportée par M. LUCAIN :


(début page 55)


"


De M. LUCAIN à M. DANIEL, gardien de phare,






J'appends par mon directeur, M. PLANCHON, que le cdt LIONNET lui a téléphoné  pour lui exprimer sa surprise d'avoir reçu  de vous 2 factures de 450 francs chacune pour location de pirogue pour effectuer votre ravitaillement à Analalava. 
Je vous met au défit de  prouver  que je vous ai une seule fois refusé de vous transporter des marchandise.
La preuve en est que le jour même où je recevais le riz pour approvisionner le magasin de détail de la Marseillaise  ( que j'ai réussi, après de nombreux efforts ,à installer à Analalava) la vedette de la maison de force vous en transportait un sac que aviez fait acheter à Analalava.
Hier encore , deux maries-jeannes de vin vous arrivaient, toujours par notre vedette : M. BARON , directeur de la marseillaise pourrait en témoigner.


Compagnie Marseillaise de Madagascar


Vous semblez prétende que nous ne vous rendons  aucun service. 

Je vous rappelle qu'à votre arrivée, vous avez été reçu avec votre famille à la case de passage de la maison de force.
Marius MOUTET
sur timbre des T.A.A.F.
Tous vos bagages ont été transportés par les prisonniers de la jetée au phare. Par la suite vous avez reçu beaucoup de marchandises qui ont toujours été acheminées jusqu'au phare de la même façon.La totalité de votre mobilier n'a-t-elle pas été conduite par nos soins jusqu'à chez vous ?
Messieurs GEOFFROY et HARDY, du service des phares et balises, venant de France, pourraient dire que sans mon aide il n'auraient jamais pu mener à bien le travail qui leur était assigné ( un des éléments du phare pesait à lui seul 650 kilos).
Ils l'ont du reste déclaré en ces termes a l'équipage du Marius MOUTET, dont plusieurs membres me l'ont répété.
Le baliseur va repasser à Nosy-Lava incessamment et je vous invite à venir répéter devant ces messieurs qui, je le crois, ont su apprécier, que je n'ai jamais rendu service aux phares et balises.
par contre, j'attends encore un premier service de vous.
Lors de l'incendie de brousse de juin dernier, j'ai passé une journée et une nuit avec tous mes agents et les détenus, à protéger le phare. 
 A ce sujet, vous feriez mieux de vous creuser les méninges à imaginer des petites mesquineries, de faire faire un pare-feu autour du phare. la saison sèche est dangereuse ici et peut-être aurez encore avant peu, besoin de la maison de force.
Je vous ai demandé une fois un service :
de me prévenir si vous aperceviez un détenu évade.
Lorsque vous avez déclaré l'avoir vu dans votre cour je vous ai demandé pourquoi vous ne m'aviez pas fait prévenir ; vous m'avez répondu que "ce n'était pas dans votre budget mais dans le mien".






.;..




Cette lettre de M. LUCAIN faisait suite à une correspondance que m'avait fait parvenir M. DANIEL et j'en avais demandé des précisions et des détails.
Après avoir écrit à M. DANIEL, M. LUCAIN me faisait parvenir la lettre suivante :




.....
J'ai bien reçu votre lettre du 2 mai. Le "coup de pied en vache" du gardien de phare ne m'a pas surpris, car il était au mieux avec GESLIN.
Je vous avis déjà dit que GESLIN avait proclamé à Analalava que je me prenais pour Napoléon ( parce que j'ai fait cesser son trafic) . DANIEL m'a resservi le même boniment, ce à quoi j'ai répondu que si j'étais l'empereur de l'île, il était, lui,  le roi des c....
D'autre part vous avez reçu un exemplaire de la mise au point  écrite.
comme vous me l'avez demandé , il pourra utiliser la vedette quand il en aura besoin.
D'ailleurs je demande instamment , lorsque le commandant LIONNET viendra , qu'il interroge les trois gardiens  de phare indigènes. Il verra que je n'ai jamais refusé de leur rendre service. DANIEL seul, a cherché des histoires.Il a prétendu que j'avais envoyé promener un des gardiens nommé BRAHIM. Ce dernier est venu lui même me dire qu'il était mécontent d'avoir été ainsi mis en cause, que cela était faux.
Un fait va vous prouver que je ne suis pas une terreur comme le prétend DANIEL : c'est que les trois employés du phare m'ont adressé des demandes pour avoir un poste à la maison de force.
Cette question là est donc liquidée.


(Fin page 55)

Je vais incessamment écrire à mon ami JUPPEAU pour lui apporter quelques précisions.
J'ai semé des graines de salade qu'il vient de m'envoyer, il y a plus d'une semaine , et je suis ennuyé car elles ne sortent pas, sortent à peine. Si toutes les graines sont de m^me qualité ce sera la catastrophe.
En outre, il m'a envoyé, sans que je lui demande, des graines de brèdes mafana alors que je pourrai lui en vendre de quoi ensemencer plusieurs hectares.par contre, il ne m'a pas expédié les graines de cerfeuil et de persil que j'attendais avec impatience.
Compagnie Marseillaise de Madagascar
Paddy
ris non décortiqué
sur timbre de Malaisie.
Le paddy est arrivé à Analalava dans un état déplorable. Les sacs étaient complètement pourris et je voudrais que vous rappeliez l'expéditeur  à l'ordre.M. BARON de la CMM ,qui a assisté au déchargement, m'adit qu'ils avaient du paddy  jusqu'au genou dans le bateau, et qu'une partie avait été mouillée.Cette combine de débarquer  à Analalava les marchandises et les détenus à destination de Nosy-Lava me semble être une histoire de fous . Je pensais que l'expérience du ciment aurait servi de leçon et je m'attends d'ailleurs  à une catastrophe un de ces jours si une solution raisonnable n'intervient pas. Encore une fois , l'utilité d'un boutre affecté à la M.F.  est démontrée ........
J'attends vos instructions concernant la vente du poisson sec.J'en ai déjà un beau stock et je pourrais en commencer l'expédition dès que vous m'en donnerez l'ordre.Pour ma part je crois sincèrement que si l'on trouve du bois léger, l'expédition par caisses serait plus rationnelle.
Pendant que nous sommes "dans le poisson" avez vous des nouvelles de mon fameux filet ,
Le magasin marche de mieux en mieux. Il manque malheureusement beaucoup d'articles, mais M. BARON  nous a donné l'assurance que cette lacune serait bientôt comblée.






.......


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1960 11/28 Nouveau ministre de la Justice :

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(page 60)


Au début de ce mois de juillet M. Le Ministre RAKOTOBE a pris ese fonctins de ministre de la Justice en remplacement de M. Marcel FOURNIER.


A Nossi-Bé 28 détenus avaient "fait la belle", mais le 12 juillet le gardien-chef AUDRAIN m'informait qu'il les avait retrouvé.
Voici sa lettre :


....




Pendant  un séjour à Tananarive un décret présidentiel a accordé des remises de peine à tous les détenus.


TSIRANANA
Le télégramme y relatif est parvenu à la maison de force le 29 juin.


Vu l'urgence, l'agent RAFILIFO, préposé à la tenue des divers registres d'écrou s'est évidemment mis au travail immédiatement avec l'aide de l'agent ANDRIANTSOA Pascal . Malheureusement , RAFILIFO a mal interprété la teneur du télégramme et a libéré prématurément 28 détenus, en plus de 36 autres régulièrement libérés.


Dès mon retour le samedi 2 juillet  et jusqu'au 6 inclus je me suis mis à la recherche des 28 détenus qui, fort heureusement étaient encore à Nossi-Bé et je les ai réintégrés à la maison de force. 
La remise à jour des registres d'écrou a demandé du temps. Ce travail inopiné a retardé inévitablement l'établissement de l'état général  demandé par le Président, bien que les agents RAFILIFO et PASCAL aient travaillé pendant  deux nuits consécutives.La menace faite par le Président est plutôt décourageant . J'aimerais connaître votre opinion personnelle qui, seule, compte pour moi.
.......




Tout revint en ordre à Nossi-Bé et je reçois toujours régulièrement des nouvelles de la maison de force de Nosy-Lava.
M. VERGNOLE, mon inspecteur de la région de Tananarive, et aussi mon bras droit, y est allé en inspection en juillet et M. LUCAIN m'en rend compte dans sa lettre du 18 juillet.
Il me parle également de l'achat d'une nouvelle vedette pour la liaison avec la Grande terre que j'ai été obligé d'effectuer à Majunga  en remplacement de ccell existant qui devenait d'un usage dangereux.




...... Nosy-Lava le 18 juillet 1960 :


J'ai présenté M. VERGNOLE au personnel et aux détenus comme votre bras droit , ce qui lui a permis de trancher quelques questions de détail avec l'autorité que vous lui connaissez. Il serait souhaitable que de telles visites se répètent périodiquement, tant pour le personnel que pour les détenus. Ils ont ainsi l'impression d'être suivis de près.
M. VERGNOLE a du vous dire que son séjour a été fertile en évènements . Le clou a été le naufrage et le sauvetage mouvementé . A ce propos j'aurais aimé que l'équipe de sauvetage reçoivent quelques mots de félicitations .......
J'ai été surpris par l’insuffisance de crédits  que vous m'avez alloué pour le troisième trimestre alors que jamais le nombre des détenus  n'a été aussi élevé à Nosy-Lava et qu'en plus je viens de prendre en compte la prison d'Analalava . sur ces crédits je dois payer la viande, les haricots les saonja (*)et autres compléments, et , surtout, le poisson et le sel pour faire du poisson sec.
J'en envoie de tous les cotés ( Je viens d'en expédier 250 kg à Majunga et j'ai reçu une commande de Diégo et une autre de Nossi-Bé).
Ce poisson je dois le payer cash aux pêcheurs et je ne reçois rien en compensation; En outre n'ayant plus de savon, je dois l'acheter en petites quantités.
Paddy
riz non décortiqué
sur timbre du Cambodge.
 Le paddy que j'ai reçu sera bien vite épuisé d'autant plus que j'en ai laissé trois tonnes pour la prison d'Analalava . quand pensez-vous m'en faire parvenir de nouveau ?
Coprah sur timbre des Nouvelles Hébrides.
En ce qui concerne la Marseillaise, je n'ai qu'à me louer de l'attitude du gérant actuel M. BARON . Le personnel est vraiment satisfait de trouver à la boutique toutes les marchandises courantes. Cela leur évite d'aller traîner à Analalava  et de faire des traversées épouvantables en cette mauvaise saison.
Le commandant GRIVEAUD m'a avisé par télégramme que la vedette Tsitaitra  passerait devant la commission de recettes aujourd'hui  te que les travaux de transformation prendraient quatre ou cinq jours. j'espère que rien ne viendra empêcher l'achat et que nous la recevrons sans tarder, car la nôtre est de plus en plus fatiguée.
j'ai entendu à la radio qu'une campagne serait menée en faveur du coprah. Est-ce que vous m'encouragez à livrer ce produit ou dois-je continuer à en distribuer aux détenus  pour économiser les matières grasses, comme vous m'en avez donné instructions ?




(Fin page 60)


(*) saonjo : tubercules comestibles, taro


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1960 12/28 Vente noix de coco !.

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suite d'une lettre de M. LUCAIN, en page précédente ci-dessus.


M. VERGNOLE a du également vous dire que mon nouveau greffier n'était pas fameux. toutefois depuis quelque temps il semble faire un effort en ce qui concerne le greffe. Mais il est absolument nul en comptabilité.Cela est extrêmement gênant, en particulier en ce moment, car notre seul comptable, le détenu CAMILLE est hospitalisé.
Il ne faudra donc pas vous étonner si il y a du retard dans la comptabilité. Comme CAMILLE doit être libéré bientôt, je voudrais que vous songiez à recruter un comptable, ce qui doit être relativement facile.Numériquement il remplacerait le lamentable RIVIERE.
Après le départ de M. VERGNOLE, les nouveaux gardiens ont eu une réaction salutaire.Ils sont venus spontanément m'assurer de leur bonne volonté.Aussi, pour éviter les frais de changement d'affectation je veux bien patienter. Par contre je vous demanderai de me débarrasser d'au moins deux anciens qui se butent de plus en plus et dont je vous parlerai sous peu.




.....
Je reçois à l'instant votre télégramme me demandant le montant des recettes effectuées par la MF du 1er janvier au 30 juin.
Noix de coco
sur timbre du Cameroun
Je dois vous dire tout de suite qu'elles seront de peu d'importance puisque, suivant vos instructions , je donne presque toutes les noix de coco à manger aux détenus., et que d'autre part, nous avons avec votre accord, acheté un poste de 15.000 francs, montant de la vente de 1500 noix de coco.
De plus, comme convenu entre nous, j'ai fait quelques ventes de légumes pour payer la viande quand nous n'avions pas la caisse d'avances. Parfois, cela m'a aussi aidé à payer le poisson et le sel.
Les seules recettes importantes que je pourrais faire devraient provenir de la vente du poisson sec, mais comme je vous l'écris par ailleurs , je n'en tire rien.
En accord avec la Marseillaise et suivant vos instructions, nous devions échanger de la chaux contre du ciment.Etes-vous toujours d'accord ou dois-je verser cette recette à la "caisse noire" ?
........


§§§§§§§§§§§§§§§§§


Le 18 août me parvient une lettre très inquiétante qu'un détenu , M. RAKOTONDRASANA a écrite sous la contrainte de l'épouse d'un greffier licencié, RAINAVOSON , et destinée à être remise à un dénommé FELIX d'Ambatondrazaka aux fins de publication dans un journal local.
Voici cette lettre :


...;


La dame du greffier m'a conseillé de rédiger une lettre et de la leur confier à leur départ afin qu'ils puissent la faire paraître dans un journal, car dit-elle, ils se croient très forts, décidés à ne pas quitter Nosy-Lava.Si ceux qui travaillent ici manifestent l'envie de partir c'est bien à cause d'eux : pour cela faites une lettre et nous nous chargerons du reste. Ne sachant rien, moi RAKOTONDRASANA Gilbert, j'ai écrit la lettre en question.Je vous demanderai donc,  à vous représentants de la loi de bien vouloir me pardonner car je ne savais rien, croyant à la véracité de ses dires. Pardonnez-moi ma faute et que mon affaire reste sienne  car j'ai tout fait selon les indications de la femme du greffier.Un détenu n'aurait pu inventer des choses pareilles.
Telle est ma déclaration. La teneur de ma lettre, n'est autre qu'une association d'idées des deux époux et c'est la dame qui m'a invité à rédiger.




...... Lettre adressée à FELIX et qui m'est parvenue ( rédigée en malgache, c'est la traduction)


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1960 14/28 Analalava

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Carte de l'ANOM à Aix-en-Provence


Je suis surpris que tous les nouveaux gardiens prétendent comme RAVELONARIVO qu'on leur a promis qu'ils trouveraient ici logement et mobilier.
L'un d'eux Fidelie gabriel RANDRIANALISON  (encore une lumière)  affirme qu'en plus des avantages pré-cités il devait être nourri.  je me demande si la plaisanterie ne vient pas de M. SIMONI; je vous demande de mettre les choses au point pour éviter que les nouveaux gardiens n'arrivent les mains vides comme le  nouveau gardien-chef d'Analalava  à qui on avait dit qu'il n'avait pas besoin d'emporter son mobilier puisqu'il trouverait tout sur place.
Je m’aperçois que GESLIN vous cherche des ennuis; Sans s'en réjouir, je vous ferai remarquer que j'ai eu beaucoup de mal à vous persuader de la fourberie de cet individu.inutile de vous dire que si vous avez besoin d'un témoignage quelconque , je me tiens à votre entière disposition, car personne mieux que moi n'a été à même d'apprécier les qualités de l'"oisieau" . Si vous le pouviez je crois qu'il serait intéressant de faire une perquisition chez GESLIN car vous y trouveriez une foule de choses provenant de Nosy-Lava, entre autres, l'ancien ventilateur de la chambre froide transformé en ventilateur d'appartement et des fauteuils en tôle de fût et autres objets de "valeur" dont le service pénitentiaire a payé le transport.


... au gardien-chef de la maison d'arrêt de Analalava

Malgré les instructions reçues, vous avez acheté quatre tonnes de riz à la Marseillaise , alors que vous savez qu'un contingent de paddy nous a été alloué; par ailleurs vous me présentez une facture de papier d'emballage, rubans à machine et carbone - achat injustifié puisque nous avons ces fournitures en réserve à Nosy-lava.
je vous rappelle que la maison d'arrêt d'Analalava  est sous ma direction (voir décision N 330 JU/SP) dont vous avez reçu une ampliation.
Je vous interdit désormais d'acheter quoique ce soit sans mon autorisation préalable. Je vous vous avertis que je suis dans l'obligation d'aviser la Direction du peu de cas que vous faites de mes ordres.

LUCAIN

....


De Nossi-Bé le 23 août


....;

Je viens de voir le chef de district; Je lui ai fait part des doléances des planteurs. Il m'a promis d'intervenir près du maire pour que celui-ci remette provisoirement à ma disposition  un certain nombre de détenus. Nos relations sont correctes avec tous.Il n'y a pas d'incident. Je ne fréquente personne et je m'en trouve bien.


(Fin page 65)

Deux agents nouvellement recrutés sont arrivés récemment en qualité de chefs de poste. Comme il y avait avant leur arrivée deux chefs de poste dont l'un RAZANAKOLONA me donne entière satisfaction j'ai cru devoir confier provisoirement aux deux nouveaux  les fonctions de chefs de cour. Ils sont d'abord agents et je les utilise au mieux du service.
Comme vous, je n'ai pas confiance en l'agent actuellement en permission à Tananarive. Je l'emploie provisoirement au bureau. il faut souvent lui faire des observations et ne parait pas très intelligent. Max est très calme. Je crois que celui-ci sera un bon élément.
Je vais vois cet après-midi un mécanicien civil au sujet des devis que vous désirez.


........



.... FIANARANTSOA le 25 août 1960



Nous sommes arrivés bien à destination le lundi 22 août 1960 après avoir effectué un agréable trajet.
M. MATHEI inspecteur provincial de l'administration pénitentiaire  est venu, en personne, nous accueillir, à l'arrivée du Transud  à 17H30 et nous a réservé une réception fraternelle qui nous a bien touché.
J'avais pris le service le lendemain et monsieur l'inspecteur MATHEI  m'avait  présenté le personnel de l'Inspection provinciale pénitentiaire d'abord, puis nous avons commencé le passage de consignes, en faisant l'inventaire qui était d'ailleurs tout prêt, puis ensuite la visite de protocole sous la conduite de lui-même. Nous avons vu tous, sauf Monsieur le Ministre d’État délégué à la province  qui n'a pus nous accueillir parce qu'il est (je crois)  absorbé par la campagne électorale.
Une visite à la maison centrale avait été effectuée, laquelle maison a l'air d'être bien tenue, magré certains cotés qui feront ultérieurement l'objet d'un rapport particulier.
En ce qui me concerne personnellement, je commence à me mettre dans l'ambiance et j'espère fermement que je dois réussir.

.......

M MATHEI  est parti ce matin pour  rejoindre son poste d'affectation .
 Il a amené avec lui l'auto ici ( une studebaker ). Il semble vouloir me faire croire qu'il le fait avec votre autorisation ( je ne le sais pas au juste d'ailleurs) et la fourgonnette ( 2 chevaux Citroën) qui remontra de Tuléar dimanche soir ...
Philippe RAKOTO

.......


..... Nosy-Lava 27 août

......

Je vous fait enfin parvenir le rapport que vous attendez avec tant d'impatience, mais mon séjour à Majunga, prolongé bien malgré moi; m'a empêché de le faire plus tôt.Je me suis rapproché le plus possible de la vérité. 
Il y a portant un point que je tiens à préciser :
la vannerie a rapporté plus que je n'ai déclaré et en ce qui concerne la vente des légumes il en est de même. Comme vous m'y aviez autorisé après notre discussion, j'ai employé une certaine somme pour l'achat entre autres de 3 tonnes de ciment, dont j'ai conservé les factures, ainsi que de plusieurs boeufs  pendant les cinq mois ou je n'ai reçu que 100.000 francs de caisses d'avance.
Si je ne craignais pas que cela m'attire des histoires, je continuerais volontiers car cela me fait mal au coeur de verser au Trésor alors que nous sommes  si pauvres. Je ne pourrai non plus faire apparaître dans la vente les 1.500 noix de coco dont le produit a servi, avec votre accord, à payer le poste du foyer.
Bien entendu si vous avez besoin d'autres précisions je vous les fournirai dans toute la mesure du possible.

A suivre
( fin page 66)

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1960 19/28 Analalava; église dans la prison; école Nosy-Lava

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Inspection de la maison d'arrêt d'Analalava , le 16/9/60.




J'ai constaté que le nouveau gardien-chef  RAMPIRISON avait fait un gros effort dans tous les domaines. Si, comme je vous le disais dernièrement, il est terriblement exigeant en ce qui concerne les avantages auxquels il prétend avoir droit, je dois reconnaître qu'il vaut cent fois son prédécesseur. J'en arrive même à me demander comment ce pauvre RAKOTOMAHARO a pu obtenir un poste de gardien-chef.Comme je vous l'ai dit au dernier courrier, non seulement il n'a jamais versé le pécule des détenus travaillant chez M. FLAURAUD, ni présenté de factures à ce dernier, mais aucun des particuliers employant un prisonnier n'a payé la moindre somme depuis janvier 1960.
Bien entendu je lui en ai fait le reproche.Il m'a répondu qu'il s'était présenté à différentes reprises chez les employeurs mais que plusieurs d'entre eux l'avaient envoyé rebondir et que pour ne pas avoir d'histoires il avait préféré abandonner (sic).


j'ai donné immédiatement ordre à RAMPIRISON d'établir les factures en retard et de les présenter très poliment aux intéressés . Je lui ai dit également de prévenir  ceux qui persisteraient à ne pas vouloir payer que dès le lendemain  "leur" prisonnier leur serait retiré.
Je pense que c'est logique et vous serez d'accord sur ce point. La moindre infraction à cette règle risquerait de nous attirer de gros ennuis.Toutefois, si vous jugez que nous pouvons tolérer des exceptions, je vous demande de me les faire connaître.
Le nouveau gardien-chef a fait effectuer aux abords de la maison d'arrêt quelques travaux qui montrent sa bonne volonté. Le laisser-aller qui existait avant sa gestion a disparu. Il a suivi mes conseils en ce qui concerne l'activité des détenus. Depuis qu'ils travaillent tous, les histoires sont très rares.
Déportés politiques :
La plaisanterie est plutôt de mauvais goût; Je sais que vous n'y êtes pour rien mais je vous demande de me donner un coup de main en m'envoyant les fonds et le matériel nécessaire. Vous recevrez bientôt une facture concernant 52 assiettes métalliques et 52 cuillères destinées aux "amis" de M. Le Président TSIRANANA.S'il n'y avait que moi, je vous les ferai bien manger dans une auge mais il paraît que nous devons avoir certains égards avec ces oiseaux baladeurs.
Les formalités interminables pour obtenir les fonds de la Caisse d'avances font qu'en dehors des factures de poisson que je vous fait parvenir aux fins de paiement, j'ai 82.000 francs à rembourser à la caisse du greffe pour les achats de viande t de poisson du mois de juillet. J'aimerai régler cela avant la fin de l'année.
Si je continue à recevoir des exilés sans arrêt, je serai obligé de vous réclamer des fonds à chaque courrier.
Je vais donner de plus en plus de poisson sec aux détenus car si je veux me mettre à achter de la viande aussi souvent que le voudrait le règlement, ce serait ruineux.


(fin page 78)


Affaire CHRISTOPHE :


A la demande de son secrétaire-bedeau, j'avais accepté de transférer l'église  dans l'une des pièces inutilisées de l'école. Cela faisait plaisir aux catholiques et me coûtait absolument rien. Au contraire, le curé d'Analalava  avait même envoyé six sacs de ciment pour bétonner le sol. D'autre part cela me permettait de récupérer la grande bâtisse en bozaka qui leur servait et dans laquelle j'ai installé la menuiserie. 
Vous savez qu si je suis très tolérant, je ne suis pas pratiquant et que je ne rentre que très rarement à l'église.Au reçu de votre T.O. m'annonçant l'arrivée prochaine de 52 nouveaux exilés , j'ai visité tous les locaux susceptible de les recevoir. J'ai eu la surprise en rentrant dans l'église de voir que CHRISTOPHE , en accord avec le père François,, avait fait construire un autel ainsi que des marches pour y accéder, entièrement en béton . Inutile de vous dire que j'ai râlé, car si je tolère cela, il n'y a aucune raison pour que les Comoriens ne me demandent pas une mosquée et les protestants  un temple; Ce qui me fâche le plus, c'est que ce travail s'est fait pendant que je me trouvais à Majunga. Et maintenant que dois-je faire ?
Si j'accepte le fait accompli, j'aurai l'air d'un idiot, et si je fais sauter le barnum à grands coups de masse, comme j'en ai eu l'envie quand je l'ai découvert, je serai taxé de vandalisme par les biens pensants.
Contrairement à son prédécesseur qui était un homme charmant, le père François ( une vraie tête de boche)  est imbuvable; Il fourre son nez partout, engueule les détenus qui ne vont pas à la messe et mettrait le désordre si je ne le rappelais pas à l'ordre de temps en temps.Il y a quelques semaines, il voulait absolument faire la messe aux détenus pendant les heures de travail. Vous pensez comment je l'ai reçu. COURT à qui il reprochait  de bricoler un dimanche matin, l'a, envoyé "sur les roses", catégoriquement. 
Avant hier et malgré la défense faite à tous les ministres du culte, quels qu'ils soient de pénétrer dans l'enceinte de la M.F.  , il a trouvé le moyen d'aller se balader dans les bureaux avec l'infect CHRISTOPHE. Je ne tolérerai pas de tels procédés plus longtemps et cela va faire des étincelles avant peu.
Pour remédier à cela, je crois que le mieux serait de muter CHRISTOPHE dans un autre établissement. Il pourrait à la rigueur faire un chef de poste convenable.
Il y a trop longtemps qu'il est ici avec sa bande de St. Mariens qu'il domine. Il serait enchanté de se rapprocher de Majunga où il a un grand fils à l'école; Je vous rappelle que CHRISTOPHE   était à l'origine de la demande collective de mutation des St. Mariens le lendemain du départ de PERICHAUD.  Lui même n'a annulé sa demande que lorsque son fils a été renvoyé du collège de Tamatave pour mauvaise conduite.


Cordialement




(fin page 79)


Nosy-Lava le 19 septembre :


Ecole à Ambositra




Je vous remercie pour les livres du cours moyen que vous m'avez envoyés. M. VERGNOLE me dit qu'il n'y a plus que de l'ardoise verte.envoyez-là c'est très bien (c'est la mode). Avec toutes mes sections il me faut quatre tableaux (je vais en faire un car je n'en n'ai que trois)  .
Je pense que deux boites me suffiront; Je voudrai aussi une boite de craies de couleur. Il me faudra des cahiers à dessin, compas, double-décimètres mais j'espère que les parents les paieront. L'ennui c'est qu'on ne trouve plus rien à Analalava . Ce pauvre bled me laisse aller de plus en plus. Je vais voir ce que la Marseillaise peut me procurer.
si vous pouviez me donner trois autres livres de lecture de SOUCHE  cours moyen comme ceux que vous venez de m'envoyer, cela me rendrait le plus grand service car je m'en servirais, en commun, pour les cours élémentaires te moyens.
Notre mobilier est toujours au même point faute de bois.










bosaka :




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