Timbres et cartes postales sur DELCAMPE

Ny teny marina hoatra ny fia-pary, ka na lava aza, tsy lany hamamiana :
Les paroles vraies sont comme la canne à sucre que l'on mâche: quoiqu'elle soit longue,elle est douce partout.
Les timbres et cartes postales de ce blog sont en vente sur DELCAMPE.net , ci-dessous :
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1959 2/11 Nosy-Lava

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Carte libre à l'ANOM Aix-en-Provence

Cependant il y avait plus grave.

Dans la deuxième lettre du même jour émanant de M. LUCAIN dont le texte est reproduit ci-après je pourrai connaître la situation dans le camp de la maison de force et notamment les trafics inimaginables qui existaient entre les détenus et les gardiens :

.....

Je regrette vivement que votre passage à Nosy-lava n'ait pas eu lieu quelques semaines plus tard.
Lorsque vous êtes venu, j'étais encore trop neuf et j'aurais été bien incapable de vous faire un exposé clair de la situation à la maison de force.
Il n'en n'est plus de même aujourd'hui mais je préfère faire cette mise au point sous forme de lettre personnelle.
Si j'avais à dépeindre brièvement l'état des choses je dirais que nous vivons en pleine anarchie.
Ce que je vais vous dire une simple enquête suffirait à le vérifier.
La collusion entre les agents et les prisonniers est flagrante et les uns comme les autres trafiquent avec les gens du village et même de l'extérieur.
Voici quelques faits qui se passent de commentaires :
Je me suis aperçu que certains agents servaient de facteur aux détenus.
Cela se faisait journellement.
J'y ai mis bon ordre dans la mesure du possible.
dans les divers ateliers, les ouvriers passaient la plus grande partie de leur temps à fabriquer des objets pour les agents qui souvent les revendaient à Analalava.
Hier j'ai confisqué une magnifique malle  à la menuiserie, mais je n'ai pu trouver à qui elle était destinée.Je l'ai fait mettre au magasin.
Même du ciment partait pour la grande terre.
Amboanio
Compagnie occidentale

J'ai pris les mesures nécessaires pour renforcer la surveillance à chaque départ de la vedette, mais cela m'est difficile à cause du nombre de femmes faisant la navette à chaque voyage.
Bien que je les soupçonne de servir d'intermédiaires , je ne peux les fouiller ni contrôler leurs bagages.
Pirogue et boutre

Deux fois cette semaine des bateaux ( un boutre et une pirogue) ont accosté directement sur la plage d'Amboanio , assez loin du poste, et les occupants s’apprêtaient à entrer dans le camp par derrière quand je les ai fait appeler.
Le patron du boutre m'a répondu avec insolence qu'il avait l'habitude ainsi de venir du temps de mon prédécesseur.
Il a prétexté qu'il apportait des bananes aux agents mais le lendemain l'inspecteur GOZIE a saisi des sachets de chanvre sur deux détenus dont l'un avait déjà été pris le mois dernier.
Il a d'ailleurs avoué qu'il faisait le commerce du chanvre à l'intérieur du camp et qu'il le recevait d'un villageois de Mahabo qui le reçoit sans doute par les bateaux.
Ne pouvant intervenir directement, j'ai demandé aux gendarmes de venir faire une enquête à l'improviste.
Ils m'ont dit être au courant de ce trafic  et qu'ils viendraient sans tarder.
A notre que Ra..... Paul qui a donné un coup de couteau à un de ses camarades est un fumeur de chanvre.
Ces trafics expliquent que très souvent nous trouvons des sommes parfois considérables sur les détenus.La semaine dernière une somme de sept mille francs a été saisie sur l'un d'eux.
Par suite d'un relâchement scandaleux, les prisonniers avaient des liaisons avec les femmes d'agents, à tel point  qu'un des policiers a été obligé d'expédier sa femme à Analalva, ayant appris qu'elle devait s'enfuir en France avec un détenu sur le point d'être libéré.
C'est d'ailleurs l'objet de la lettre anonyme que vous avez reçue et l'explication de la demande du montant du voyage Majunga-Marseille.

(fin de la page 8 du document initial)

Autre exemple du relâchement : un prisonnier domestique de mon prédécesseur et qui avait la faveur de coucher à l'extérieur de la prison , a été surpris avec une femme par l'inspecteur GOZIE dont le rapport est resté lettre morte.
Devant de tels faits , je comprends pourquoi les agents n'ont plus aucune autorité et pourquoi les bons éléments sont découragés.
pour citer un cas précis, il y a quelque temps , un très bon agent qui faisait une observation à un détenu condamné pour assassinat et réputé comme étant la plus forte tête du camp s'est vu insulter et frappé par lui.
Le prisonnier a été puni de trois mois de prison mais l'agent a été rappelé à Tananarive quelques jours plus tard à la demande expresse de M. PERICHAUD.
Ce geste a mécontenté les bons agents et M. GOZIE a été a deux doigts de donner sa démission.
J'ai promis aux agents que je ferais tout pour renforcer leur autorité.
Ne croyez pas que je vous relate ces faits parce que je redoute mes difficultés.
Au contraire , je suis prêt à endosser toutes mes responsabilités et je suis certain d'obtenir ra^pidement des résultats concrets, mais il me faut la certitude que  j'aurai l'appui total du ministère.
il me faut en particulier que je puisse au plus tôt donner un commencement d'exécution aux belles promesses que j'ai faites sur vos conseils; sinon tous les bons agents partiront.
 .........
Compagnie occidentale de Madagascar




Je lui donnai tous apaisements  et l'assurai de mon appui le plus total dans son action à condition qu'il me rendît compte immédiatement chaque fois qu'un incident se produirait  afin que je puisse faire face à toute intervention politique qui ne manquerait pas de se produire.


*******

Le 2 juin 1959 , sous numéro 12440/FIN/4/A, le Directeur général des finances me faisait connaître qu'étant donné que mon congé était écourté, j'étais autorisé à conserver mon logement administratif  à condition que je prenne toutes dispositions  pour permettre le cas échéant une occupation partielle de courte durée, ce qui permit à mon ami rené JUPPEAU de l'occuper pendant la durée de mon absence.

Le 12 juin M. LUCAIN m'envoyait la longue lettre suivante pour me faire connaître que la situation s"améliorait malgré les incidents relatés plus haut :

.......

J'ai pris connaissance de votre lettre avec beaucoup de plaisir et de réconfort.Car il faut bien le dire, les quelques télégrammes officiels que nous avons échangés ne permettaient guère de me rendre compte si j'avais votre approbation ou non  en ce qui concerne ma façon de mener La "boite"  dont vous m'avez confié la Direction.
Le moins qu'on puisse en dire, c'est que j'ai fait figure de révolutionnaire.
Et mon régime a été approuvé par tous puisque la Commission de surveillance m'a adressé ses félicitations et que les agents me remercient d'avoir réinstauré leur autorité ( a tel point que certains commencent à regretter leur demande de mutation) .
Les prisonniers eux-mêmes se rendent compte que le règne du laisser-aller est révolu.
Je vous remercie d'ailleurs de m'aider à mater les fortes têtes en leur "collant" le maximum  chaque fois que je vous le demande.
Je vous assure que l'effet psychologique est des plus salutaire.
Un mois encore de ce régime et tout rentrera dans l'ordre.
A part les fous furieux tous les autres sont déjà revenus à de meilleurs sentiments.Certains même commencent à se confier à moi. Je les reçois toujours bien et je les conseille dans la mesure du possible .
Lorsque vous me dites que le début d'émeute du 17 mai vous a causé beaucoup de tracas , je me rend compte combien l'usage des télégrammes est sujet à caution, car si j'avais pu vous parler de vive voix, je suis sûr que vous ne vous seriez pas inquiété un seul instant.
Je vous affirme que je n'ai jamais été en difficulté et si je vous ai alerté c'est surtout pour vous faire comprendre la carence de nos prédécesseurs et la nécessité de réagir vigoureusement et sans tarder afin de faire comprendre à tous que la rigolade est terminée.
Comme je crois vous l'avoir déjà dit, le lendemain même de l'incident, j'ai mis à exécution le projet que nous avions étudié ensemble concernant l'isolement des "dangereux" . Ainsi je suis absolument optimiste , car la nouvelle installation mettra les "durs" hors de nuire.
Vous vous montrez surpris que je n'ai pas porté plainte contre R..... Paul .
L'explication est la suivante : lorsque j'ai rendu compte au juge de ce qui venait de se passer, il m'a demandé si la victime portait plainte contre son agresseur. Sur ma réponse négative, il m'a fait part de son intention de suivre lui-même l'affaire. D'ailleurs l’enquête est ouverte et suis son cours.
Je vous tiendrait au courant de tout ce qui en découlera.
Sans vouloir râler, je me crois obligé de vous dire que l'effectif des gardiens est nettement insuffisant et je me demande jusqu'à quel point notre administration  ne serait pas jugée responsable si un coup dur  se produisait.
En effet, alors que la loi prévoit un gardien pour  10 détenus, ici nous en sommes à un gardien pour vingt détenus.D'ailleurs le rendement du travail s'en ressent. N'étant pas suffisamment surveillés les prisonniers en profitent pour tirer au flanc, quoique mes visites impromptues les déroutent un peu.
J'ai hâte de pouvoir me débarasser de quelques agents et de les remplacer par de nouvelles recrues.La mentalité de l'ensemble du personnel en sera profondément modifiée.
......
Au sujet de mes commandes vous me dites quelles manquent de précision et vous me parlez de "redresseur à vapeur de mercure" . Je vous avoue bien humblement que je ne comprends rien à cela et que je suis obligé de faire confiance à GESLIN  pour ce qui est des commandes concernant les ateliers.
Toutefois je lui rappellerai pour la énième fois qu'il doit être plus explicite.
J'ai reçu la visite de M. CADINES des T.P. qui étudie la possibilité de créer un terrain d'aviation à Nosy-Lava.
A ma demande, j'ai eu également la visite du vétérinaire d'Ananalava  ( type charmant) qui m'a conseillé très utilement.Il a examiné le cheptel qu'il n'a pas trouvé très brillant;D'après lui nous aurions intérêt à le renouveler.J'attends un rapport que je vous ferai parvenir. Nous avons discuté également de la construction éventuelle d'une ferme. Après étude du terrain, il nous donne son accord total. Si notre ami JUPPEAU pouvait venir pour le démarrage ce serait parfait.
En ce qui concerne la question eau, sans être insoluble, elle me parait assez difficile ; rien à à faire pour continuer le forage de deux puits  dont M. BRUNET nous a indiqué l'emplacement. Ou alors il nous faudrait creuser une quinzaine de mètres dans la roche.Sans marteau-piqueur nous en aurions pour des années.Je vous enverrai très bientôt  un rapport réunissant les suggestions  émises par M CADENES, PROVENSAL ( le vétérinaire), GESLIN, etc. ....
Tous s'accordent pour dire que la solution serait la construction de citernes.
.....




Deux vidéos sur Nosy-Lava et Nossi-Bé







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1959 9/11 Nosy-Lava, les hommes en place.



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Vous devez, je suppose, être en possession de mes états de répartition d' effets d'habillement  et de couchage pour les maisons d'arrêt de la province.
Réellement je crois que, si c'est possible, la meilleure solution serait celle de l'achat des quantités nécessaires pour fournir les districts  qui n'ont pas été compris dans la distribution fantaisiste ( permettez-moi ce terme) qui a été réalisée.


....




Le 8 octobre un rapport de Nosy-lava m'inquiète un peu sur la moralité de certains gardiens.
Je prends immédiatement les mesures nécessaires pour leur remplacement  et tout rentrera dans l'ordre.
Le 28 octobre une longue lettre de M. LUCAIN m'apporte des précisions sur la situation actuelle :


.....

Hier après-midi nous avons subi à notre tour les assauts du vent.
La jetée est aux trois-quarts démolie et la ligne électrique qui la longe est à refaire entièrement;
Vous serait-il possible de pendre contact avec les T.P. à ce sujet ? Peut être porraient ils nous conseiller et nous aider à construire une jetée plus solide ....
Allez vous réussir à me débarrasser de MANANJARY  pour l'instant il prend son tour de garde comme les autres agents car je ne veux plus confier la vedette.
Il y a également deux autres agents que vous pourriez mettre immédiatement à la disposition de la sécurité Générale, même si il n'y a pas possibilité de les remplacer avant l'année prochaine.
Ce sont RAZAFINDRAMAMBA et BOINAHERY M'ZE.
L'un et l'autre sont en rapport étroit avec les détenus et je les soupçonne fort de faire de la mauvaise politique. Les prisonniers qui veulent expédier du courrier  sans le faire passer par la censure ( en payant bien entendu).
Vous me rendriez un service énorme en éliminant ces deux types là, car non seulement ils ne sont bons à rien, mais je suis obligé de les faire surveiller à longueur de journée.De plus je perds un temps fou à répondre à leurs créanciers.


(fin page 20)
Pour terminer je vous passe une petite commande de graines de concombre, cornichons, tomates, persil et enfin du maïs en grosse quantité.
......
Tout d'abord, je vous promet d'étudier très sérieusement le décret d'organisation devant remplacer l’arrêté de 1954. J'avoue que jusqu'à maintenant  je me suis surtout attaché à effectuer certains travaux qui me paraissaient indispensables et j'ai voulu profiter au maximum de la saison sèche.Pendant la saison pluvieuse qui approche, j'aurai tout loisir d'apprendre mes règlements par coeur;Je me rends compte que c'est indispensable car mes greffiers qui ont 18 ans de service n'en connaissent guère plus que moi  qui n'ai que 3 mois d'apprentissage.Et ceux-ci n'ont pas d'autre activités ni soucis.
Ecole à Madagascar
En ce qui concerne l'école , ma femme vous tiendra elle même de la situation.
Pour les graines je répondrai sous peu à M. JUPPEAU.  
Pendant que nous sommes au rayon culture , je vous annonce que j'ai eu la visite de MM. VAILLANT et PIGEON et ....beaucoup de promesses de leur part.
M. VAILLANT m'a servi des termes techniques époustouflants devant lesquels je me suis montré béat d'admiration , ce qui fait qu'il est parti enchanté en me promettant de revenir bientôt


Enfin peut-être tirerons nous quelques avantages de cette visite.....


Pour la jetée, je crois qu'il serait préférable que ce soit votre service qui prenne directement contact avec les T.P d' Antsohihy .....


Vous me demandez si j'ai réglé la question financière avec FLAURAND.
Rappelez-vous que nous nous sommes mis d'accord pour adopter le processus suivant :
vous deviez m'écrire à ce sujet en m'exprimant votre surprise que pendant votre congé de la main d'oeuvre  pénale ait été accordée à un particulier par vos services sans que les condition d'une telle transaction  n'aient été bien définies et acceptées par les deux parties.
Devaient suivre lesdites conditions telles quelles sont définies par les règlements.Cette façon de faire me permettait de régler la question sans bavure.je transmettais simplement votre lettre à M. FLAURAND et tout était résolu.Voyez-vous un inconvénient à procéder ainsi ?


Sisal
....


La pêche pourrait également   être d'un bon rapport mais par contre je n'attends pas grand chose, pour l'instant du moins des cocos et la la vannerie. toutefois je vous assure que j'essaierai de tirer un maximum de tout.
Reste la question de mes "salopards".
Pouvez-vous m'indiquer la marche à suivre pour que je puisse m"en débarrasser au plus vite  et remonter un peu mon prestige auprès du personnel.
Je pensais avoir fourni tous les renseignements voulus concernant les MANANJARA, RAZAFINDAMMAMBO, GESLIN etc....
Je suis très surpris de l'ampleur des formalités exigées, car j'ai pu constater en consultant quelques dossiers que lorsque mes prédécesseurs voulaient se débarrasser d'un salopard la question était réglée en un temps record.
Je crois vous avoir montré un rapport de M. PERICHAUD , de quelques lignes seulement, par lequel il exigeait le rappel  immédiat par la sûreté d'un agent sénégalais qui après avoir été rossé et désarmé avait été accusé par les détenus d'excès de zèle.
L' agent a été muté avant d'avoir pu se rendre compte de ce qui lui arrivait.
c'est à la suite de cet incident que l'inspecteur GOZIE avait demandé sa mutation. vous me connaissez  suffisamment et vous savez que je n'ai pas agi par basse vengeance en vous demandant de retirer MANANJARA et consorts de Nosy-Lava, mais bien parce que je suis certain  que nous avons tout à craindre si nous conservons ces types là. Et puis diriger sans avoir les moyens de sanctionner lorsque cela est nécessaire est une gageure. je me sens absolument paralysé s'il m'est mossible de punir les brebis galeuses  et si cela dure encore un moment mon autorité sera vite mise en doute. Jene vous cache pas que je suis profondément déçu que cette question ne soit pas encore tranchée.


...;


(fin page 21)






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1959 11/11 Meurtre à Anjanamasina,Nosy-Lava



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A cette époque un drame affreux vint endeuiller et ternir le service pénitentiaire.
les autorités judiciaires avaient décidé depuis quelque temps  que le centre de jeune délinquants
d' Anjanamasina devait être en centre de rééducation avec des éducateurs désignés par eux.
La discipline du centre n'était donc plus sous mon autorité et je n'avais plus que la responsabilité de l'intendance et mon ami JUPPEAU celle des jardins.
Il s'ensuivit une absence de gardiennage et M. THOMAS l'éducateur désigné laissait toute liberté aux pensionnaires qui s'absentaient; quelque fois pendant plusieurs jours, pour aller traîner dans les rues de Tananarive.
Une nuit l'un d'entre eux, mécontent d'une réprimande, s'introduisit dans le logement de M. THOMAS, tue celui-ci et poignarde sauvagement son épouse en la laissant pour morte.
Le spectacle découvert au petit matin présentait un spectacle effroyable.J'en fus immédiatement averti et me rendis sur le champ sur les lieux du crime.Je ne pouvais rien faire d'autre que d'en saisir la justice.
Le laxisme des magistrats qui avaient décidé cette nouvelle gestion était le grand responsable de ce carnage.

......

Le 10 décembre tout semblait s'arranger à Nosy-lava, malgré une lettre décousue sur un serveur du directeur et le 21 décembre je recevais une longue lettre sur l'aménagement général du camp :

.....

J'ai trouvé une solution élégante pour me débarrasser due l'ancienne boyerie qui en fait était composée des choux-choux de mes prédécesseurs. Je vais les expédier à Nossi-Bé.Dans le nombre il y aura mes deux boys et mon cuisinier qui commençaient à se croire indispensables. Deux boys de GESLIN seront également du voyage, ainsi que celui que s'était octroyé RAMBELOSON du temps de
tous ces détenus remplissent les conditions exigées puisqu'ils n'ont en cours aucune punition depuis longtemps.
Cette opération est considérée officiellement comme une mesure de faveur à leur égard, et , puisque de mon coté je les ai assez vus,  tout est pour le mieux.Je compléterai  l'équipe par quelques braves bougres.D'ailleurs la liste vous est adressée par le même courrier.
Avenue de l'indépendance
à
Antananarivo
(Auparavant : Avenue de la libération
Tananarive)
L'inspecteur-greffier RAMBELOSON m'a confirmé son intention de demander sa mutation pour Tananarive.Vous pensez bien que je n'ai pas essayé de l'en dissuader.




....
(fin page 23)


Pour vos archives : une lettre du célèbre RANDRIAMANJANA Paul auteur du coup de couteau ayant déclenché un début de révolte quelques jours après mon arrivée à Nosy-Lava.
Lettre saisie par l'ancien boy de mon prédécesseur. Je n'en comprends guère le texte mais la fin m'intrigue énormément.
Le "Ferdinand" est le boy qui nous a servi lors de votre passage ici et que j'expédie à Nossi-Bé :



  • Monsieur le directeur,
J'ai très respectueusement l'honneur de vous adresser la présente sollicitant de votre haute autorité pour vous demander de bien vouloir m'accorder une chance pour éviter la suite fâcheuse de l'agression dont j'ai été victime.
Je vous en supplie ,monsieur le directeur, Pitié ! Délivrez moi ! Ne me laissez pas périr. Songez au service dont j'ai rendu à l'administration pénitentiaire. Je suis à vous !.
Je vous jure ma parole de gentilhomme que j'ai pris ma ferme résolution de me conduire tel que j'étais autrefois car j'ai tellement envie d'être libre pour que je puisse courir à la recherche du bucéphale de mon rêve !


....


Le 21 décembre je recevais une lettre de Nosy-Lava commentant le drame d'Anjanamasina :

J'ai appris avec peine mais sans surprise ce qui est arrivé à mon collègue d'Anjanamasina.Avec l'évolution actuelle nous sommes tous exposés à subir le même sort. c'est tout juste si les rôles ne sont pas inversés et si les prisonniers ne nous commandent pas.J'éprouve toujours un serrement de coeur lorsque je vois certains membres des différentes commission s'enquérir auprès des assassins si ils sont bien soignés.
je vous ai signalé, il y a déjà un certain temps, mes appréhensions concernant la disproportion  entre l'effectif des détenus et celui des gardiens.En cas de soulèvement brutal des prisonniers nous serions submergés en quelques minutes. Lorsque les agents ont terminé leur service,ils sont tenus de remettre leurs armes au chef de poste qui les renferme dans une armoire. Ce qui revient à dire que les détenus, une fois maîtres du poste , ne trouveraient plus aucune résistance.
Je me demande au cas ou nous serons tous zigouillés , si vous ne risquez pas t'être tenu pour responsable . Je sais qu'un agent ne doit pas avoir à surveiller plus de 10 prisonniers alors qu'à Nosy-Lava , lorsque les détenus annoncés seront là, chaque agent en aura plus de 35 à sa charge.
Avec quelques gardiens de plus, je pourrai organiser une patrouille de nuit qui augmenterai la sécurité.
Enfin inch'allah !
Par ailleurs en ce qui concerne la construction du terrain d'aviation, il m'est impossible de vous envoyer un rapport sur cette affaire, vu que je l'ignore totalement. Un jour j'ai vu arriver un type  se disant envoyé par les T.P. m'annonçant qu'il allait faire un relevé du futur terrain d'aviation.
Depuis plus rien.
J'ai appris incidemment il y a quelques jours , par le chef de district,  que les habitants de Mahabo avaient adressé une pétition au député BEHAVANA protestant contre l'installation dudit terrain, car pour le faire il fallait détruire des cocotiers.Je ne suis pas du tout dans le circuit.
Vous m'annoncez une cinquantaine de nouveaux détenus. Comment pourrais-je les nourrir ?
Je vous ai fait savoir que notre stock de riz ne nous conduirait que vers la mi-janvier ( en comptant avec 400 détenus et non 450).Pouvez-vous me rassurer à ce sujet ?


(fin page 24)

Pendant que nous parlons de riz, je vous rappelle que je vous ai déjà fait part des difficultés rencontrées par le personnel pour se procurer cet aliment de base.
Je pense qu'il serait sage de passer un marché pour un contingent beaucoup plus élevé de façon à pouvoir revendre du riz aux agents.
La chambre froide doit être révisée entièrement, ayant été négligée pendant des années. La viste d'un spécialiste s'impose. Tout ce qui est : joints, presse étoupe etc.  est complètement pourri. L'installation électrique était faite en dépit du bon sens . Je l'ai faite refaire entièrement par COURT.
J'espère que nous serons dépannés sans tarder car la chaleur est terrible en ce moment, le poisson et la viande se gâtent en quelques heures d'ou l'impossibilité absolue de faire quelques réserves.
A part ces petits soucis, le moral est bon.
J'espère que vous m'enverrez bientôt des gardiens triés sur le volet et que vous me débarrasserez de mes caricatures.
Décidément vous m'aurez laissé souffrir jusqu'au bout avec l'affreux MANANJARY.


L'année 1959 s'achève et la mise en place de la nouvelle organisation est terminée.
Les difficultés furent nombreuses mais je reçus beaucoup de lettres personnelles qui m'encouragèrent et pour lesquelles je donnai toujours une suite.
Les autres responsables des diverses administrations m'informèrent par la voie officielle mais mon devoir de réserve m'interdit d'en parler.
Seules les archives de mon bureau en sont détentrices.

De toutes les maisons du territoire je reçus de bons voeux pour 1960.

Mon fidèle ami et dévoué collaborateur rené JUPPEAU me fit parvenir le rapport ci-annexé concernant son activité en 1959 concernant les fermes et les jardins pénaux :

(fin page 25)




La correspondance de 1960 va suivre
Après le rapport 1959 de M. JUPPEAU
26 juin 1960 sur cette lettre








1959
FIN




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1960 19/28 Analalava; église dans la prison; école Nosy-Lava

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Inspection de la maison d'arrêt d'Analalava , le 16/9/60.




J'ai constaté que le nouveau gardien-chef  RAMPIRISON avait fait un gros effort dans tous les domaines. Si, comme je vous le disais dernièrement, il est terriblement exigeant en ce qui concerne les avantages auxquels il prétend avoir droit, je dois reconnaître qu'il vaut cent fois son prédécesseur. J'en arrive même à me demander comment ce pauvre RAKOTOMAHARO a pu obtenir un poste de gardien-chef.Comme je vous l'ai dit au dernier courrier, non seulement il n'a jamais versé le pécule des détenus travaillant chez M. FLAURAUD, ni présenté de factures à ce dernier, mais aucun des particuliers employant un prisonnier n'a payé la moindre somme depuis janvier 1960.
Bien entendu je lui en ai fait le reproche.Il m'a répondu qu'il s'était présenté à différentes reprises chez les employeurs mais que plusieurs d'entre eux l'avaient envoyé rebondir et que pour ne pas avoir d'histoires il avait préféré abandonner (sic).


j'ai donné immédiatement ordre à RAMPIRISON d'établir les factures en retard et de les présenter très poliment aux intéressés . Je lui ai dit également de prévenir  ceux qui persisteraient à ne pas vouloir payer que dès le lendemain  "leur" prisonnier leur serait retiré.
Je pense que c'est logique et vous serez d'accord sur ce point. La moindre infraction à cette règle risquerait de nous attirer de gros ennuis.Toutefois, si vous jugez que nous pouvons tolérer des exceptions, je vous demande de me les faire connaître.
Le nouveau gardien-chef a fait effectuer aux abords de la maison d'arrêt quelques travaux qui montrent sa bonne volonté. Le laisser-aller qui existait avant sa gestion a disparu. Il a suivi mes conseils en ce qui concerne l'activité des détenus. Depuis qu'ils travaillent tous, les histoires sont très rares.
Déportés politiques :
La plaisanterie est plutôt de mauvais goût; Je sais que vous n'y êtes pour rien mais je vous demande de me donner un coup de main en m'envoyant les fonds et le matériel nécessaire. Vous recevrez bientôt une facture concernant 52 assiettes métalliques et 52 cuillères destinées aux "amis" de M. Le Président TSIRANANA.S'il n'y avait que moi, je vous les ferai bien manger dans une auge mais il paraît que nous devons avoir certains égards avec ces oiseaux baladeurs.
Les formalités interminables pour obtenir les fonds de la Caisse d'avances font qu'en dehors des factures de poisson que je vous fait parvenir aux fins de paiement, j'ai 82.000 francs à rembourser à la caisse du greffe pour les achats de viande t de poisson du mois de juillet. J'aimerai régler cela avant la fin de l'année.
Si je continue à recevoir des exilés sans arrêt, je serai obligé de vous réclamer des fonds à chaque courrier.
Je vais donner de plus en plus de poisson sec aux détenus car si je veux me mettre à achter de la viande aussi souvent que le voudrait le règlement, ce serait ruineux.


(fin page 78)


Affaire CHRISTOPHE :


A la demande de son secrétaire-bedeau, j'avais accepté de transférer l'église  dans l'une des pièces inutilisées de l'école. Cela faisait plaisir aux catholiques et me coûtait absolument rien. Au contraire, le curé d'Analalava  avait même envoyé six sacs de ciment pour bétonner le sol. D'autre part cela me permettait de récupérer la grande bâtisse en bozaka qui leur servait et dans laquelle j'ai installé la menuiserie. 
Vous savez qu si je suis très tolérant, je ne suis pas pratiquant et que je ne rentre que très rarement à l'église.Au reçu de votre T.O. m'annonçant l'arrivée prochaine de 52 nouveaux exilés , j'ai visité tous les locaux susceptible de les recevoir. J'ai eu la surprise en rentrant dans l'église de voir que CHRISTOPHE , en accord avec le père François,, avait fait construire un autel ainsi que des marches pour y accéder, entièrement en béton . Inutile de vous dire que j'ai râlé, car si je tolère cela, il n'y a aucune raison pour que les Comoriens ne me demandent pas une mosquée et les protestants  un temple; Ce qui me fâche le plus, c'est que ce travail s'est fait pendant que je me trouvais à Majunga. Et maintenant que dois-je faire ?
Si j'accepte le fait accompli, j'aurai l'air d'un idiot, et si je fais sauter le barnum à grands coups de masse, comme j'en ai eu l'envie quand je l'ai découvert, je serai taxé de vandalisme par les biens pensants.
Contrairement à son prédécesseur qui était un homme charmant, le père François ( une vraie tête de boche)  est imbuvable; Il fourre son nez partout, engueule les détenus qui ne vont pas à la messe et mettrait le désordre si je ne le rappelais pas à l'ordre de temps en temps.Il y a quelques semaines, il voulait absolument faire la messe aux détenus pendant les heures de travail. Vous pensez comment je l'ai reçu. COURT à qui il reprochait  de bricoler un dimanche matin, l'a, envoyé "sur les roses", catégoriquement. 
Avant hier et malgré la défense faite à tous les ministres du culte, quels qu'ils soient de pénétrer dans l'enceinte de la M.F.  , il a trouvé le moyen d'aller se balader dans les bureaux avec l'infect CHRISTOPHE. Je ne tolérerai pas de tels procédés plus longtemps et cela va faire des étincelles avant peu.
Pour remédier à cela, je crois que le mieux serait de muter CHRISTOPHE dans un autre établissement. Il pourrait à la rigueur faire un chef de poste convenable.
Il y a trop longtemps qu'il est ici avec sa bande de St. Mariens qu'il domine. Il serait enchanté de se rapprocher de Majunga où il a un grand fils à l'école; Je vous rappelle que CHRISTOPHE   était à l'origine de la demande collective de mutation des St. Mariens le lendemain du départ de PERICHAUD.  Lui même n'a annulé sa demande que lorsque son fils a été renvoyé du collège de Tamatave pour mauvaise conduite.


Cordialement




(fin page 79)


Nosy-Lava le 19 septembre :


Ecole à Ambositra




Je vous remercie pour les livres du cours moyen que vous m'avez envoyés. M. VERGNOLE me dit qu'il n'y a plus que de l'ardoise verte.envoyez-là c'est très bien (c'est la mode). Avec toutes mes sections il me faut quatre tableaux (je vais en faire un car je n'en n'ai que trois)  .
Je pense que deux boites me suffiront; Je voudrai aussi une boite de craies de couleur. Il me faudra des cahiers à dessin, compas, double-décimètres mais j'espère que les parents les paieront. L'ennui c'est qu'on ne trouve plus rien à Analalava . Ce pauvre bled me laisse aller de plus en plus. Je vais voir ce que la Marseillaise peut me procurer.
si vous pouviez me donner trois autres livres de lecture de SOUCHE  cours moyen comme ceux que vous venez de m'envoyer, cela me rendrait le plus grand service car je m'en servirais, en commun, pour les cours élémentaires te moyens.
Notre mobilier est toujours au même point faute de bois.










bosaka :




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