Timbres et cartes postales sur DELCAMPE

Ny teny marina hoatra ny fia-pary, ka na lava aza, tsy lany hamamiana :
Les paroles vraies sont comme la canne à sucre que l'on mâche: quoiqu'elle soit longue,elle est douce partout.
Les timbres et cartes postales de ce blog sont en vente sur DELCAMPE.net , ci-dessous :
Affichage des articles dont le libellé est Marcel FOURNIER. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Marcel FOURNIER. Afficher tous les articles

Prologue 1958 2/5 Le général de GAULLE à Tananarive

Après la Communauté Française
Page précédente : 1958 1/5

Les évènements s'étaient succédés à grande allure en cette année 1958.
En métropole la 4ème République avait vécu ses derniers jours et, sous la pression du peuple,
le Président de la République devait faire appel au général de GAULLE.
Depuis mon arrivée sur le territoire, j'avais rencontré des amis  gaullistes dont le plus influent était Maître Marcel FOURNIER, avocat à Tananarive.
Pour soutenir l'action des responsables d'Alger,
Site pour Mahamasina

le 23 mai nous avions organisé un rassemblement de masse au stade de Mahamasina.
Tous les membres du Cabinet du haut Commissaire avaient été priés de se rassembler dans la salle d'honneur en attendant la suite des évènements.
J'avais pu aller au stade où la foule était nombreuse.
L'orateur indiqua alors qu'il venait d'apprendre par la radio  que le général de GAULLE acceptait de former le gouvernement et demanda à la foule de se disperser dans le calme, ce qu'elle fit.
Je partis immédiatement rejoindre les membres du cabinet et le Haut-commissaire me demanda si la foule allait venir au siège du Gouvernement général.
Général de GAULLE
à
Mahamasina

Devant ma réponse négative tout le monde parut soulagé, mais je dois préciser que l'armée, sous les ordres du général MISSONNIER
(Sur le WEB : Un ouvrage de Catherine MISSONNIER parlant de Madagascar et ici aussi)
( lui même gaulliste convaincu) n'avait pas été requise pour défendre le Haut-Commissariat, mais était en état d'alerte pour faire face à toute éventualité.
Après ces évènements, c'est en septembre que le général de GAULLE vint à Tananarive où il trouva une ville
en euphorie générale.
Dans un discours à Mahamasina, devant des dizaines de milliers de personnes il prononça la phrase historique :

Discours du général de GAULLE, à TANANARIVE,  le 22 août 1958.

INA : Général de GAULLE à Madagascar et en Afrique

" SI VOUS LE DÉSIREZ, MADAGASCAR REDEVIENDRA INDÉPENDANTE, COMME AU TEMPS OU LA REINE RANAVALO HABITAIT CE PALAIS " ....



Palais de la Reine,(à gauche), Tananarive, photographie de 2011. 
Construction débutée en 1610.
Le Rova et ici aussi
Collection Nicole SIMONET-PLANCHON

Mes amis comoriens étaient également là et c'est à la suite de cette visite que le prince  SAID HOUSSEIN m'adressait une longue lettre de remerciements.
Je lui en accusait réception le 30 septembre en le félicitant des magnifiques résultats qu'il avait obtenu pour l'approbation de la nouvelle constitution.

Page suivante : 1958 3/5

Prologue 1958 4/5 Décret de nomination du chef du service de l'administration pénitentiaire de Madagascar

Page précédente : 1958 3/5


J'avais également entretenu des relations amicales avec mon ami René JUPPEAU,
fonctionnaire au service de l'agriculture et que j'avais connu avant mon départ de France lorsqu'il était dans l'entourage de M. FOCCART, conseiller technique du général de GAULLE.
Le 5 janvier 1959, il me faisait connaître son arrivée en métropole pour un congé de fin de séjour.
Mais les mois et les années s'étaient écoulés depuis mon arrivée à Madagascar et mon séjour réglementaire de trois ans était arrivé à son terme.
Le 2 février, par note 0277/C.M.REG le Haut-Commissaire me faisait connaître que mon retour en France était prévu par avion du 24 mars et le 7 février j'étais convoqué pour le 16 devant ma commission de rapatriement.
Philibert TSIRANANA

J'écrivais alors à mon ami maître Marcel FOURNIER, Ministre de la Justice du gouvernement de M. TSIRANANA pour l'informer que l'on voulait me nommer , " Conseiller technique du Directeur malgache des services pénitentiaires" et que je ne pouvais accepter ce poste subalterne étant donné qu'il m'avait proposé d'être : "Directeur des Services Pénitentiaires".
Mais cette nomination,  si elle intervenait, ne pourrait avoir son plein effet qu'après le congé que j'étais obligé de prendre.
Cependant, étant donné les pourparlers en cours,
le 25 février ,
par note 530/REG le Haut-Commissaire annulait sa note 277 qui prévoyait mon retour en France
et le 26 février 1959, par décision N° 019/SEP, il m'accordait un congé de six mois à passer à Marennes-Plage avec embarquement à compter du 16 mars,
puis par décision N° 305 bis du 2 mars, il me mettait à la disposition du Président du gouvernement provisoire de la République Malgache.

Le 3 mars,  M. le ministre de la Justice , Marcel FOURNIER demandait aux membres du Gouvernement de bien vouloir approuver le décret  N° 59-29 ci-après me nommant chef du service de l'administration pénitentiaire de Madagascar, ce qui fut fait et publié au Journal Officiel;

En voici les textes :



Pour agrandir :
Appuyez sur la touche "ctrl" , de votre clavier,
maintenez là enfoncée,
faites tourner la molette de votre souris.










Décret de nomination de Maurice PLANCHON

Page suivante : 1958 5/5

1959 1/11 Régions de l'administration pénitentiaire.


1959
Début

Page précédente : 1958 5/5



Ainsi le 3 mars 1959, j'étais officiellement nommé Chef du service de l'Administration pénitentiaire et, non, Directeur comme tout le personnel me qualifia.
Je reçus des félicitations de très nombreux amis et notamment de M. Jacques FOCCART en service à la Présidence de la république auprès du général de GAULLE , de M. Roger FREY qui devint Ministre de l'Intérieur, de M. Pierre BAS, député , ....
Présidence de la transition en 2012

Mais où était donc l'Administration pénitentiaire ?

Elle n'existait pas, Madagascar étant jusqu'alors territoire de la République Française,
il n'y avait pas de Ministère de la Justice avant la nomination de Maître FOURNIER
et les prisons, réparties sur tout le territoire (elles étaient au nombre de 89) ,
dépendaient uniquement des services de police qui en assuraient le gardiennage et la gestion.



Pour agrandir :
Appuyez sur la touche "ctrl" , de votre clavier,
maintenez là enfoncée
faites tourner la molette de votre souris.



Carte établie en 1960
situant les :
* maisons de force et centrale
* maisons d'arrêt
* maisons de sûreté
Superficie équivalente à celle de la France métropolitaine et de la Belgique.
Timbres

Plan interactif Google Maps


Agrandir le plan
Armoiries

Il me fallait tout organiser : les locaux, le personnel, les attributions , les ravitaillements , etc. ..., mais j'étais également obligé de partir en congé de fin de séjour, quitte à demander mon retour par anticipation.
Et il y avait également les pressions de toutes sortes de la part de certains qui voyaient  dans ce nouveau service une sinécure de choix.

Dès le 3 avril je recevais une lettre de madame ANDRIAMANANA qui sollicitait pour son mari une place en qualité d'adjoint, mais ses désirs de salaire étaient trop élevés pour le modeste budget dont je disposais.

Pour l'installation de mon service je louais un appartement de quatre grandes pièces Avenue de la Libération.


Une dizaine d'adjoints et de secrétaires malgaches me furent affectés et me furent très dévoués.

Je divisais alors le territoire en six régions :
Tananarive
Tamatave,
Tuléar,
Fianarantsoa
Fort-dauphin,
et Diégo-Suarez
à la tête desquelles je nommai six inspecteurs de l'administration pénitentiaire qui furent tout d'abord les six gardiens-chefs de service en ces villes à ce moment là :

mais il me fallait également deux gardiens-chefs musclés  pour les maisons de force de Nosy-Lava et Nossi-Bé où étaient les détenus condamnés à  plus de cinq ans de travaux forcés.

Pour le poste de Nosy-Lava je demandais à un ami de longue date habitant les environs de Tananarive : M. LUCAIN de bien vouloir exercer les fonctions de gardien-chef et à son épouse qui en avait les qualités , d'assurer la scolarité des enfants des gardiens, car cette île située dans le canal du Mozambique, au large d'Antalava n'était peuplée que de quelques familles malgaches  disséminées et sans aucune organisation administrative.
Seule la maison de force représentait une entité.
M. et Madame LUCAIN acceptèrent bien volontiers cette tâche et je dois dire d'ores et déjà qu'ils m'apportèrent un concours précieux fait de dévouement et d'amitié.

(prison,bagne, fermé en 2000 ; ajouté par mes soins)


Nossi-Bé



A Nossi-Bé, cette autre île située au nord-ouest du territoire la situation était différente car cette belle île, très touristique avait une population très complexe et était sans histoire  vis à vis de la maison de force sise en plein coeur de la ville .
Je demandai à un ancien sous officier de la coloniale, M. AUDRAIN, d'accepter de devenir le directeur de cette prison , ce qu'il fit bien volontiers.
Lui aussi m'apporta une aide précieuse  et pendant toute la durée de mon commandement je n'eus qu'à me louer de son service;

Il s'agissait là des nominations les plus urgentes car les services de police étaient impatients de se libérer de la charge des prisons.
La répartition des établissements pénitentiaires fut approuvée selon l'organigramme ci après :


Organisation de l'administration pénitentiaire malgache en 1959




Le 22 mai, la famille LUCAIN m'écrivait d'Analalava pour me faire connaître qu'ils avaient pris contact avec  le juge  et les gendarmes et que tout s'était bien passé, mais ils réclamaient les crédits nécessaires car ils avaient été obligés d'acheter  la viande de la maison de force sans aucun subside.
Ils rejoignirent Nosy-Lava  et le 28 mai je recevais deux lettres.
L'une de madame LUCAIN qui me faisait part de ses difficultés et dont voici la teneur :

Nous avons été très surpris que vous me demandiez de me faire intégrer dans le cadre des institutrices auxiliaires.
Vous savez bien que j'ai quitté l'enseignement parce que je n'en pouvais plus  et d'ailleurs je n'ai jamais exercé comme auxiliaire à Madagascar, le salaire étant dérisoire (23.000 je crois) .
J'ai fait des suppléances dans le secondaire officiel et j'ai donné des cours dans les établissements privés secondaires.
Autre ennui , une fois classée comme institutrice officielle , on me déplacerait sans me demander mon avis. 
Si j'avais voulu faire carrière dans l'enseignement, j'y serait tout simplement restée car j'ai commencé à 20 ans.Mais je n'avais pas vraiment la vocation.
Avant d'entrer au haut-commissariat avec vous, j'avais vu M. CARLE et il a admis qu'à mon âge il ne serait pas intéressant de reprendre du service.
D'ailleurs il n'a jamais été prévu que je quitte le Ministère de la Justice.M. FOURNIER, le lundi 4 mai où nous avons déjeuné chez lui, m'a encore dit qu'ici il y aurait un instituteur malgache, que je l'aiderais en donnant des cours d'histoire et de géographie  aux plus grands, et que je surveillerais surtout les enfants au point de vue hygiène.
Pour le moment il n'y a pas de "grands" ici.
Ils sont à Analalava  ( jusqu'au cours complémentaire)  et à Tananarive ou Tamatave dans les collèges. 
Il n'y a pas d'urgence à rendre officiel l'enseignement puisqu'il n'y a pas de local idoine.
En outre à cause de l'épidémie de coqueluche, pas question que je réunisse les enfants.
Pas une famille n'y a échappé. J'ai reçu hier le sirop c'est un peu tard.
J'ai fait faire un tableau ( Je viens de voir qu'on annonce l'ardoisine ) parce que j'ai l'intention de faire une garderie où j’occuperais successivement les élèves de chaque classe avec l'aide d'un prisonnier instituteur.
Il me faut les livres que j'ai demandé et un dictionnaire Larousse.
Mais  jusqu'à la fin de l'année scolaire, si proche, cet enseignement peut s"effectuer sans aucun caractère officiel ; ce serait plut^t un cours de vacances.
Il n'y aura du reste rien de stable, vu l'intense mouvement de personnel qui va avoir lieu.la moitié des agents s'en va et sera remplacé par des nouveaux et leur famille.par la suite quand les classes seront réellement constituées avec des instituteurs malgaches, il restera toujours les "moins de six ans"  et la garderie deviendrait la garderie officielle du pénitencier, sorte de jardin d'enfants. 
C'est pour une bonne part en raison des promesses que nous avons faites à ce sujet que des agents qui voulaient partir sont revenus sur leur décision.
Je vous rappelle que madame GESLIN a déjà fait une demande.
Par ailleurs une dizaine de prisonniers désirent s"instruire, entre autres deux de nos domestiques.
Je leur ai promis de m’occuper d'eux dès que vous m'aurez envoyé les livres.
Ceci entre dans mes attributions d’auxiliaire sociale de la prison, le moral des hommes s'en trouverait mieux.
Voilà pour l'enseignement........


Je pus donner satisfaction en partie à la demande de madame LUCAIN grâce au budget dont je disposais et malgré quelques aléas dans les années qui suivirent je ne pus que me louer de l'enseignement et de la bonne tenue qui fut inculquée aux enfants de Nosy-Lava.


Page suivante : 1959 2/11





1959 4/11 Majunga,Ankijabé

Aéroport d' IVATO
a remplacé Arivonimamo en 1967
Page précédente : 1959 3/11

Le 9 juillet mon ami René JUPPEAU l'écrivait pour me faire part de son arrivée de la veille et il était content que je lui aies fait remettre les clés de ma maison qu'il garderait ainsi en mon absence.
Il avait été accueilli comme prévu par M. WILLIAM et avait immédiatement rencontré le ministre M. FOURNIER ainsi que M. LUCAIN qui était en mission dans la capitale.

Le 11 juillet une lettre de mon ami FAURE m'indiquait qu'il était à nouveau à l’hôpital du val de Grâce.je ne l'ai jamais revu depuis.
Dr CATAT
Scan mis ici en souvenir des français qui ont oeuvré pour la grandeur de la France.

Antsirabé
Antsirabé
Le viaduc
Une lettre de Majunga du 14 juillet venant de M. MATHEI qui, après avoir relaté la visite du général de GAULLE, me faisait part des difficultés de discipline des gardiens-chefs en place à Ankijabé , M. GLINZ et à Antsirabé M. DALLEAU , qu'il avait été obligé de licencier.
Il était par contre très satisfait du sergent RAZAFINDRAKOTO qu'il nommait à Ankijabé et de MIRA Pascal du camp d'Ampomotro .
Voici les principaux passages de sa lettre :

........


Page suivante : 1959 5/11

1959 6/11 Retour à Madagascar, après un congé en métropole.

Page précédente : 1959 5/11
.......


Votre lettre de ce jour m'inquiète au sujet de votre retour . s'il faut deux mois avant de  passer à la visite , j'ai peur que vous ne puissiez embarquer à la date prévue.Cette nouvelle nous a jetés tous dans la consternation. M. FOURNIER demeure invisible. J'ai vu M. LALLEMAND qui m'a déclaré de ne pas m'en faire : qu'on s’occupe de vous.Tout ça c'est très bien mais je n'ai aucune preuve. M. JUPPEAU
aura une audience ce soir avec le ministre, il va tirer l'affaire au clair
.....
TSIRANANA


P.S. 
ATTENTION : M. JUPPEAU vient de me dire qu'il a vu M. FOURNIER  à votre sujet. Votre dossier est bloqué chez M. TSIRANANA : un salopard vous a tiré dans les jambes au G.G..
M. FOURNIER  doit voir M. TSIRANANA aujourd'hui 8 août  et essayer de faire le nécessaire. De mon coté  je contacterai le ministre de l'intérieur M. RESAMPA qui se chargera  j'en suis certain de la question; Vous voyez que mon intuition était bonne . J'avais bien compris qu'on allait manœuvrer contre vous. Ne perdez pas de temps à paris faites le maximum si vous avez des atouts : vous risqueriez de ne plus revenir;
.......
Du courage chef nous ne vous laisserons pas tomber
.......




(fin page 14)
Comme je vous ai annoncé hier soir j'ai eu une entrevue avec M. HOAREAU chef du personnel du ministre de l'intérieur. C'est un ami et un compatriote.Il n'y a rien de très grave dans votre cas.Il s'est chargé de tout arranger avec MM. RIDEL et RESAMPA. Vous aurez sans doute un retard mais vous reviendrez.
.....
je vous tiendrai au courant des suites de mes démarches.
......


Mes lettres se suivent peut-être de trop mais je tiens tellement à vous rassurer.Ce matin j'ai revu avec M. HOAREAU qui s’occupe sérieusement de vous aussi.Il a vu M. GUILLON à la S.A.F.E. . Votre dossier a quitté son service le 26 juin dernier avec avis favorable. Il se trouve à la Résidence.
Le retard vient de là.De retour au bureau, j'ai vu M. FOURNIER qui m'a déclaré qu'il avait retrouvé votre dossier, qu'il se charge d'en parler à M. TSIRANANA et que le nécessaire sera fait aussitôt après.Je vous tiendrai au courant des suites.Remontez votre moral, nous sommes là à toutes échéance.
.....


Mon retour se précise donc et il semble qu'une grande partie du personnel est heureuse de cette perspective, notamment l'inspecteur MATHEI de Majunga dans sa lettre du 15 août. mais le 17 août il y a de nouveaux orages à l'horizon.Des lettres alarmistes me parviennent de M. WILLIAM, AUDRAIN et LUCAIN.


......
 (M. MATHEI)


Il doit repartir ( M. FOURNIER) lundi de Majunga et m'a fixé rendez-vous au bureau. J'ai quelques pièces à lui monter  et je vais lui faire part de mes doléances.Je suis de plus en plus pris en effet entre le marteau et l'enclume et je n'aime pas ça du tout .N'ayant pas la signature, je ne peux prendre , réellement, mes responsabilités ( étant continuellement censuré par l'inspecteur MARIANI) et cependant il semble que Tananarive me tienne pour responsable.Alors ! cette situation est d'autant plus paradoxale que monsieur le ministre FOURNIER , auquel je m'étais ouvert succinctement de mes difficultés, m'a dit, en substance " non, non le service pénitentiaire est rattaché à la Justice". Je le savais bien mais c'est sur le papier.En fait, à Majunga, c'est un service hybride et j'en reçois la secousse étant tiré à "hue et à dia".


.....
(M. WILLIAM)


Je me demande sincèrement quel crime vous avez pu commettre contre ces gens qui vous ont couché sur la liste noire des fonctionnaires indésirables à Madagascar.Enfin pour ma part je ne me considère pas battu et ferait tout mon possible pour intervenir là où il faut.Du courage, patron, devrais-je essuyer des représailles que je ne vous abandonnerai point.




......

 (M. MATHEI)
J'ai vu il y a environ une heure, M. le ministre FOURNIER et c'est ce qui m'incite à vous écrire à nouveau . en parlant de choses et autres il m'a dit en substance " ... c'est comme pour la nomination officielle de M. PLANCHON, il y a d'autres candidats. Évidemment j'appuie  monsieur PLANCHON auprès de Monsieur le Président TSIRANANA, mais ....".
vous devez comprendre combien je suis tourmenté par cette phrase. Peut-être penserez vous que je me mêle de choses qui ne sont pas de mon ressort et, d'une façon absolue vous aurez raison, mais je suis certain que vous admettez ma réaction, qui me fait vous envoyer cette lettre.


....
(madame LUCAIN)

Nous venons d'apprendre par M. JUPPEAU que ça ne va pas tout seul pour vous.Je ne comprends d'ailleurs pas très bien, car j'ai vu votre décision quand vous êtes passé à la Justice. Je suppose que les absents ont toujours tort mais nous espérons que monsieur FOURNIER va réussir à arranger les choses.
Il n'est pas encore venu nous voir. Il a passé le 15 août à Majunga. Je commence à me demander si il viendra nous voir.Nous aurions pourtant besoin d'une aide efficace.On ne nous donne guère les moyens d'agir.


(Fin page 15)


Seul, M. JUPPEAU se démène pour nous dans sa sphère. Il a du vous tenir au courant lui-même......
pouvez vous nous dire ce qui se passe car notre ami JUPPEAU nous amis la puce à l'oreille. Si je puis vous aider en quoique ce soit n'hésitez pas à faire appel à moi.


*********
Enfin tout s'arrange !
Le 36 août je reçois un télégramme de M. WILMANN me disant :
" Plus de difficultés voyez d'urgence délégation Madagascar paris 16ème. Demandez retour anticipé"
Puis je reçois une lettre de mon ami JUPPEAU datée du 25 me confirmant que tout était réglé et une deuxième lettre datée du 26 confirmant le télégramme de M. WILMANN. Ce dernier m'envoie également le même jour une lettre détaillant les péripéties de la solution.
La réorganisation continue sa progression.
Fort - Dauphin
Le 26 août M. André DOYEN, du même cadre que moi,  m'informe qu'il a été nommé chef du district de FORT-DAUPHIN et qu'il a recruté en qualité de gardien-chef de la maison d'arrêt de cette ville M. STEFANI, ancien prisonnier de guerre et possédant de nombreux diplômes.
Voici sa lettre :

Je vous apprends que j'étais adjoint au chef du district de Fort-Dauphin et directeur de la prison.
Depuis le 18 août j'ai été nommé  chef de district de Fort-dauphin et, comme je n'ai pas d'adjoint, je suis tenu de garder la direction de la prison.
J'ai recruté le 15 février, comme gardien-chef,  monsieur STEFANI Jean-Pierre, marié, père de 4 enfants, âgé de 43 ans, ayant effectué 6 ans de service militaire, ancien prisonnier, évadé d'Allemagne, titulaire de la carte du combattant; il perçoit royalement 23.052 francs.
cet agent a effectué des études secondaires dans les lycées de France et est capacitaire en droit de l'université de Paris.
Tuléar
 Je viens de le proposer pour la titularisation à la province de Tuléar pour dater du 16 août 1959 puisqu'il vient de terminer son stage de six mois. C'est un élément très brillant et je ne pense pas qu'il puisse exister à Madagascar un gardien-chef capacitaire en droit.
.....


Le 7 septembre c'est M. MATHEI qui m'écrit de Majunga pour me faire part de ses difficultés. Je reçois également une lettre de Nosy-lava m'indiquant la ration des détenus reportée à la page suivante.


Voici un extrait de la lettre de M. MATHEI :

Le service de sécurité et de police de Majunga vient de faire la répartition des effets d'habillement et des couvertures sans me prévenir ni me consulter.Le l'ai appris par hasard. Or j'ai l'état des stocks des maisons d'arrêt et camps pénaux de la province  qu'ils n'ont pas.
Résultat : Befandriana- Nord n'a bénéficié d'aucun envoi et a besoin de 150 couvertures, 60 complet en toile, 120 complet en drap et 100 bonnets.




Page suivante : 1959 7/11



1960 10/28 Port Bergé

Page précédente : 1960 9/28


Une grande innovation à Majunga.

Avec M. JUPPEAU nous avions projeté la création d'un grande ferme pour occuper les détenus et avoir des récoltes pour améliorer la nourriture.

Sur la route de Port Bergé.
Majunga.
Cliquez droit.
J'étais en pourparlers depuis quelque temps avec le service de l'agriculture afin qu'il me cède un terrain lui appartenant à Port-Bergé et qui était inculte.
La cession étant effective on pouvait commencer et ce fut l'objet de la lettre de l'inspecteur provincial en date du 17 juin :


...

J'ai très bien reçu votre lettre du 16 juin 1960 concernant le camp pénal de Port Bergé et plus particulièrement son chef M. PIGNEGUY.
Je vous annonce que dans le courant de la semaine M. GALABRU m'a demandé de venir le voir à mon bureau où nous avons parlé de ce camp et de son chef. 
Le chef des Services Provinciaux m'a prié de faire acheminer à bref délai sur Port-Bergé le plus de détenus possible, ce qui est déjà fait. 


Un détachement de 27 détenus avec quatre agents en provenance  d'Antsalova y ont été acheminés ce matin par camion.
Monsieur GALABRU m'a d'autre part conseillé d'aller faire un tour le plus tôt possible à Port-Bergé où, m'a-t-il dit que ça n'allait pas du tout avec le chef de district et M. PIGNEGUY et que ce dernier s'adonnerait à la boisson.
Je lui ai promis de m'y rendre mardi 21 juin afin d'être de retour à Majunga le même jour et vous tiendrait au courant de la situation.
En ce qui concerne le remplacement éventuel de M. PIGNEGUY, M. ALEXANDRE m'a recommandé M. GRAVIER
Il s'agit d'un ex-sous-officier retraité après 19 ans de service et qui habite Port-Bergé ( marié , père de famille et parlant malgache).
Pour la ferme de Berloy, comme vous me le proposez, c'est délicat, car avec M. LABOUYRIE ( gros travailleur, sobre et honnête)   il n'y aura pas d'entente et cette affaire rique d'échouer.
Je vous propose à l'essai de l'affecter à Maevatanana, et de muter le gardien-chef de cet établissement à Maintirano.


Maintirano


....


Les mutations demandées furent effectuées et le camp pénal de Port-Bergé fonctionna dans d'excellentes conditions.


Le 30 juin il s'agit de l'agent RIVIERE que je me trouve dans l'obligation de muter .
Sa situation est exposée ci-après dans un compte-rendu du directeur de la maison de force de Nosy-Lava :



........



Comme vous le verrez par ailleurs, l'agent RIVIERE demande sa mutation pour Béalanana.Ce lieu est celui des exploits de son beau-père HAMATRA Pierre, communiste notoire.RIVIERE vient de passer un congé de 18 jours à Béatanana et est très certainement tombé sous l'emprise de son beau-papa. Son caractère aigri en fait une proie facile pour les communistes.
Aussi je crois qu'il serait préférable de le muter à un endroit  où il sera hors d'état de nuire t surtout de bien recommander à son nouveau chef de l'avoir à l'oeil. 
C'est un pauvre fou capable des pires folies par conséquent.
 Vous savez que j'ai fait tout mon possible pour améliorer son sort car c'est malgré tout un ancien combattant et blessé de guerre.
Peut-être pourriez vous le  rappeler à Tananarive ?.
.......


Par contre, madame LUCAIN écrit quelques satisfactions :

.....

Nous avons eu la visite de la mission CHARBONNIER.


 Le chef vétérinaire  s'est montré emballé par tout ce que mon mari a fait au point de vue élevage et agriculture.
 Il a dit qu'il fera venir deux missions d'agriculture pour montrer ce qu'on peut tirer du pays dans ces conditions.
...


Mais hélas ! maître Marcel FOURNIER Ministre de la justice nous quitte et il sera remplacé par un ministre malgache.


(Fin page 59)


Page suivante : 1960 11/28

1960 11/28 Nouveau ministre de la Justice :

Page précédente : 1960 10/28


(page 60)


Au début de ce mois de juillet M. Le Ministre RAKOTOBE a pris ese fonctins de ministre de la Justice en remplacement de M. Marcel FOURNIER.


A Nossi-Bé 28 détenus avaient "fait la belle", mais le 12 juillet le gardien-chef AUDRAIN m'informait qu'il les avait retrouvé.
Voici sa lettre :


....




Pendant  un séjour à Tananarive un décret présidentiel a accordé des remises de peine à tous les détenus.


TSIRANANA
Le télégramme y relatif est parvenu à la maison de force le 29 juin.


Vu l'urgence, l'agent RAFILIFO, préposé à la tenue des divers registres d'écrou s'est évidemment mis au travail immédiatement avec l'aide de l'agent ANDRIANTSOA Pascal . Malheureusement , RAFILIFO a mal interprété la teneur du télégramme et a libéré prématurément 28 détenus, en plus de 36 autres régulièrement libérés.


Dès mon retour le samedi 2 juillet  et jusqu'au 6 inclus je me suis mis à la recherche des 28 détenus qui, fort heureusement étaient encore à Nossi-Bé et je les ai réintégrés à la maison de force. 
La remise à jour des registres d'écrou a demandé du temps. Ce travail inopiné a retardé inévitablement l'établissement de l'état général  demandé par le Président, bien que les agents RAFILIFO et PASCAL aient travaillé pendant  deux nuits consécutives.La menace faite par le Président est plutôt décourageant . J'aimerais connaître votre opinion personnelle qui, seule, compte pour moi.
.......




Tout revint en ordre à Nossi-Bé et je reçois toujours régulièrement des nouvelles de la maison de force de Nosy-Lava.
M. VERGNOLE, mon inspecteur de la région de Tananarive, et aussi mon bras droit, y est allé en inspection en juillet et M. LUCAIN m'en rend compte dans sa lettre du 18 juillet.
Il me parle également de l'achat d'une nouvelle vedette pour la liaison avec la Grande terre que j'ai été obligé d'effectuer à Majunga  en remplacement de ccell existant qui devenait d'un usage dangereux.




...... Nosy-Lava le 18 juillet 1960 :


J'ai présenté M. VERGNOLE au personnel et aux détenus comme votre bras droit , ce qui lui a permis de trancher quelques questions de détail avec l'autorité que vous lui connaissez. Il serait souhaitable que de telles visites se répètent périodiquement, tant pour le personnel que pour les détenus. Ils ont ainsi l'impression d'être suivis de près.
M. VERGNOLE a du vous dire que son séjour a été fertile en évènements . Le clou a été le naufrage et le sauvetage mouvementé . A ce propos j'aurais aimé que l'équipe de sauvetage reçoivent quelques mots de félicitations .......
J'ai été surpris par l’insuffisance de crédits  que vous m'avez alloué pour le troisième trimestre alors que jamais le nombre des détenus  n'a été aussi élevé à Nosy-Lava et qu'en plus je viens de prendre en compte la prison d'Analalava . sur ces crédits je dois payer la viande, les haricots les saonja (*)et autres compléments, et , surtout, le poisson et le sel pour faire du poisson sec.
J'en envoie de tous les cotés ( Je viens d'en expédier 250 kg à Majunga et j'ai reçu une commande de Diégo et une autre de Nossi-Bé).
Ce poisson je dois le payer cash aux pêcheurs et je ne reçois rien en compensation; En outre n'ayant plus de savon, je dois l'acheter en petites quantités.
Paddy
riz non décortiqué
sur timbre du Cambodge.
 Le paddy que j'ai reçu sera bien vite épuisé d'autant plus que j'en ai laissé trois tonnes pour la prison d'Analalava . quand pensez-vous m'en faire parvenir de nouveau ?
Coprah sur timbre des Nouvelles Hébrides.
En ce qui concerne la Marseillaise, je n'ai qu'à me louer de l'attitude du gérant actuel M. BARON . Le personnel est vraiment satisfait de trouver à la boutique toutes les marchandises courantes. Cela leur évite d'aller traîner à Analalava  et de faire des traversées épouvantables en cette mauvaise saison.
Le commandant GRIVEAUD m'a avisé par télégramme que la vedette Tsitaitra  passerait devant la commission de recettes aujourd'hui  te que les travaux de transformation prendraient quatre ou cinq jours. j'espère que rien ne viendra empêcher l'achat et que nous la recevrons sans tarder, car la nôtre est de plus en plus fatiguée.
j'ai entendu à la radio qu'une campagne serait menée en faveur du coprah. Est-ce que vous m'encouragez à livrer ce produit ou dois-je continuer à en distribuer aux détenus  pour économiser les matières grasses, comme vous m'en avez donné instructions ?




(Fin page 60)


(*) saonjo : tubercules comestibles, taro


Page suivante : 1960 12/28

1960 15/28 Nosy-lava

Page précédente 1960 14/28


Suite Nosy-Lava

J'ai mois de vous dire dans mon rapport que, si toutefois mon contrat ici était renouvelé, j'aimerais faire des plantations d'arbres fruitiers et autres.
A ce moment là, je vous demanderais des plans ce citronniers , orangers, limoniers, mandariniers, pamplemousse ainsi que des pêchers  qui je le crois, pousseraient ici.
Sur les tenety, je suis persuadé que certaines variétés d'eucalyptus puisque l'essai en a été fait à Analalava.
dans votre T.O. N° 4662 JU/Spre, vous me demandez de me faire connaître les possibilités en logement et mes besoins par fonction. Je dispose actuellement de trois logements de deux pièces, réservés aux familles nombreuses, et de cinq logements d'une pièce.
En ce qui concerne le personnel, ce n'est pas tellement de la quantité que je me plains, mais surtout de la qualité.Les dernières recrues qui me sont arrivées sont de véritables déchets. Je ne peux rien en tirer.Le greffier, le menuisier (!), l'infirmier, l'aide-infirmier ( Fidélie), l'ex-cuisinier de Monsieur le Ministre ( dont le commandant STROHM qui est ici en vacances - pourra vous en parler : il n'est même pas capable de faire cuire un bifteck), ainsi que quelques gardiens sont de véritables "cloches".
Celui qui bat les records c'est votre dernière trouvaille, l'aide-infirmier Fidélie. Ma femme et moi persuadés de l'avoir vu à Tananarive  sans pouvoir nous rappeler où; Impossible de lui faire dire où il a travaillé bien que nous lui ayons fait poser la question en malgache;Je ne sais que faire de lui et de l'ancien cuisinier ministériel.Il s'occupent des locaux, sont extrêmement exigeants et sont véritablement des poids morts  en villégiature à Nosy-Lava.Je ne puis portant pas envoyer des zèbres pareils garder une cinquantaine de détenus en pleine brousse.Madame STROHM me demande comment madame FOURNIER a pu tirer quelque chose de ce prétendu cuisinier aussi malpropre que fainéant.Bien que mon personnel soit de plus en plus restreint par rapport à la quantité de prisonniers que vous m'envoyez, je préfère ne rien recevoir plutôt que de traîner de tels boulets.Ce qu'il me faudrait, c'est un secrétaire digne de ce nom; bon dactylo, au lieu de ce pauvre Amélie CHRISTOPHE qui s'entend mieux à faire la messe qu'à faire une copie.
Je serais assez souvent appelé à aller à Majunga et j'aimerais, lorsque je suis absent, pouvoir compter sur quelqu’un qui puisse expédier la paperasserie courante comme cela était du temps de Rambaloson;c'était une crapule que je ne peux regretter, mais il connaissait son métier. Si j'avais su, lors de mon dernier voyage à Tananarive, que je n'obtiendrais pas un greffier,j'aurais recherché un ancien secrétaire qui était sous mes ordres au bureau Minier.Je connais ses qualités d’honnêteté et se capacités. Il me faudrait en outre quelques bons gardiens ayant fait leurs preuves.Le genre Isotry RAKOTONAMANANA J.B.  et Fidélie ne va pas du tout.
si je peux me permettre un suggestion, pour diminuer les frais, vous pourriez m'envoyer de bons gardiens de la région de Tana, en service depuis un certain temps. Les nouvelles recrues subiraient leurs essais à Tana ou dans la région, s'ils  ne vous donnaient pas satisfaction,cela coûterait moins cher de les renvoyer chez eux.
Je viens d'apprendre que l'ancien greffier Ravelonarivo est poursuivi pour dettes par un commerçant d'Ananalava  qui veut lui casser la figure.
D'autre part l'agent Boinahery N'Ze est poursuivi pour avoir émis un chèque de 10.000 francs sans provision au nom de l’hôtelier d'Ananalava qui est en outre greffier au tribunal : belle publicité pour nous ! Boinahery doit déjà une certaine somme à Baron qui ne m'a toujours pas payé la machine à coudre. Je vous serais reconnaissant de me rappeler à son bon souvenir.


(fin page 67)




(à suivre)

Page suivante : 1960 16/28

1960 16/28 5704 cocotiers

Suite de la page précédente

Page précédente : 1960 15/28

L'infirmier qui vit  toujours de mendicité ( comme Ravelonarivo et Fidélie) et cela depuis 5 mois, vient encore de mendier du riz et de la viande. Il coûte cher à la communauté et je me demande avce inquiétude si nous serons remboursés. S'il doit partir, comme je l'espère, je vous demande s'il me serait possible de me demander mon avis avant son départ et règle ses dettes . Cela éviterait à ses collègues d'avoir à subir les réclamations des créanciers des BOISNAHERY, RAZAFINDRAMAMBA et consorts.
La circulaire relative à l'option ouverte aux  fonctionnaires des cadres de  la République Malgache  pour leur intégration dans les cadres de la fonction publique territoriale Comorienne , me laisse un peu perplexe  car je ne suis pas très féru en jargon administratif.Je pense qu'elle ne s'adresse qu'aux titulaires , sinon cela serait catastrophique car vous n'ignorez pas que plus de la moitié des mon effectif est composé de comoriens.Ils  sont persuadés que cette mesure s'adresse à tous  et sont fortement tentés de retourner chez eux. Je ne tiens pas particulièrement à la main d'oeuvre comorienne mais il me faudrait d'ores et déjà songer à remplacer le patron de la vedette MAECHA, le radio et quelques bons agents dont le vaguemestre.


...




je ne puis remplir les états que vous m'avez envoyés car pour cela il me faudrait peser tout notre cheptel et même les oeufs, les citrons, les poussins, les salades etc..... et de plus additionner les poids des légumes , des bêtes, ce qui donnerait un total pour le moins insolite .....


D'autre part je ne me vois pas en train de vendre les oeufs, les salades, les cocos au kilo .Comme je vous le dis par ailleurs la totalité des oeufs a servi à faire des couvées plus ou moins réussies.Ce n'est que maintenant que nous allons commencer la vente tout en continuant à faire des couvées. Je  voudrais comme je vous en ai déjà fait part  arriver à avoir au moins 500 poulets et canards.
Le nombre total des cocotiers s'élève à 5.704 dont 230 sont en plein rapport et 80 commencent à produire ;  Il y a donc à l'heure actuelle 5.394 pieds qui sont encore trop jeunes pour produire. s'il n’attrapent pas de maladies nous aurons une belle récolte dans quelque temps. Nous avons récolté 6.269 noix de coco. Nous en avons vendu 3.511 ; près de 2.000 ont été  consommées par les détenus  lorsque nous manquions de matière grasse , et suivant vos directives; Le reste m'a servi à acheter du sel et du poisson, lorsque j'étais complètement démuni de fonds.




....






.... TULEAR le 3 septembre 1960




  La question des effectifs me tracasse , d'autant qu'elle est jointe à celle du recensement.La comptabilité est assez bien tenue , mais la trésorerie, bien que satisfaisante, n'est pas aussi brillante qu'on voulait bien me le faire croire.
J'entreprends la remise en état des bureaux qui, pour l'instant, tiennent plus d'un garage que de bureaux.




.......




Le  5 septembre c'est madame LUCAIN qui me demande des fournitures scolaires pour l'école de Nosy-Lava dans la lettre suivante :


....


Le service provincial de l'enseignement m'ayant dit que les fournitures scolaires de Nosy-Lava devaient être payées par les parents d'élèves ou le service pénitentiaire ( ils ne sont pas très fixés) je viens vous demander si  vous pourrez nous aider un peu pour cette rentrée . Si oui, envoyez moi un exemplaire de tous les bouquins du cours moyen : grammaire, lecture, arithmétique, histoire, géographie, sciences. Pour les fournitures courantes ;: cahiers, crayons, etc..... les élèves les paierons........Envoyez moi une boite d'ardoisine.J'en ai besoin pour mes tableaux.


(fin page 68)


Puis je reçus des réclamations du gardien chef RAMPIRISON d'Ananalava et du gardien RALAIKOTO de Nosy-Lava concernant des questions de logement et de salaire :






Ananalava le 6 septembre de M. RAMPIRISON .


Arrivé à mon poste d'affectation le16 août 1960 ( maison d'arrêt d'Anananlava) , j'ai respectueusement l'honneur de vous adresser la présente de bien vouloir vous signaler que depuis mon arrivée et jusqu'à maintenant je m'abrite chez un copain; Il est entendu avant mon départ de Tananarive  qu'un logement meublé appartenant à l'administration me sera affecté;
Je vous demanderai de me faire connaître si je peux prétendre louer des pièces en ville et à la charge du service pénitentiaire.








.........;


Noms , prénoms cités page suivante :

DALIA
MARIVIER Philippe
FOURNIER
RAKOTONDRASOA
FIDELIS
RAVELONARIVO









Page suivante : 1960 17/28











1960 28/28 Tuléar









Page précédente 1960 27/28






... Tuléar le 9 décembre 1960


Je joins cette lettre à la correspondance destinée au service de l'administration pénitentiaire proprement dit. 
Vous trouverez parmi celle ci une copie de la lettre adressée à monsieur le Procureur de la république m'invitant à me rendre en inspection à Ankazoabé.


Il est évident qu'une tournée d'inspection s"impose tant à Ankozoabé qu'à Morombé et Morondava pour ne citer que les points névralgiques.


Morombe


Je suis en relation constante avec monsieur KORMANN , messieurs CAPDEVIELLE et JACOB du génie rural.
Si le service pénitentiaire  a la chance de me confirmer dans mon poste de Tuléar je peux assurer que le jardin ( champ ou camp, comme vous voudrez)  pénal sera l'un des plus beaux et des plus modernes de Madagascar sous six mois mais si, à l'instar de la 4ème république où les hommes de bonne volonté ne pouvaient rien faire, par suite de l'instabilité ministérielle permanente ,je suis, à nouveau changé de poste alors "adieu veau, vache,cochon,couvée".




.......




Le 6 décembre M. LUCAIN est satisfait du retour de son fidèle adjoint M. GOZIE.
Le 8 décembre c'est Nossi-Bé qui m'intrigue à nouveau en me signalant une situation trouble à Diégo.


... Nossi-Bé 8 décembre 1960
...  Le détenu que vous me signalez n'est pas à sa place ici.
Il est impossible de l'isoler puisqu'il n'y a ici qu'une cour commune, hélas ! et un petit quartier distincr pour femmes mais il est occupé.
Il semble entretenir d'excellents rapports avec le détenu que je vous ai signale par ma N° 1350 MF du 2 septembre et que je désirerais envoyer à Nosy-Lava avec les autres condamnés qui attendent leur départ depuis plusieurs mois.
De qui se moque-t-on à Diégo?
Je croyais que cette catégorie d'individus était destinés à Nosy-lava.
iln'y apas à compter sur les agents.
La plupart ont besoin d'être surveillés.
Le greffier-comptable RAVELONAHINA Désiré est complètement nul.
Il tenait très mal la situation des crédits.
J'ai du rappeler le détenu qui s'en occupait précédemment et que j'avais mis à la disposition de maître BOULANGIER huissier.
Par ailleurs puisque vous envisagez votre départ je dois vous dire que je désirerai quitter moi aussi cette source de soucis continuelle. 
 Il faudrait toutefois que je puisse trouver un autre emploi. 
Voudriez-vous avoir la gentillesse d'en parler à monsieur FOURNIER ? Peut-être grâce à ses nombreuses relations ......


... 17 décembre 1960


J'ai l'honneur de vous adresser copie d'une lettre de monsieur le Secrétaire d'Etat délégué de la province de Diégo, adressée à Monsieur le Chef de District.
L'application de ses instructions entraînerait de nombreuses difficultés.
Ce serait en outre préjudiciable à l'Etat qui devrait alors entretenir des centaines d'oisifs dans une Maison de force exiguë et qui n'a qu'une seule cour.
Que d'incidents en perspective si cette lettre n'est pas rapportée.
Vous m'obligeriez en me transmettant vos instructions dans les meilleurs délais.


(fin page 116)




************************************************

Ainsi s'achève l'année 196 qui fut fertile en évènements de toutes sortes.

J'ai eu beaucoup de travail et beaucoup de soucis mais aussi beaucoup de joies et de satisfactions.

Dans l'ensemble les détenus sont satisfaits du nouveau régime pénitentiaire qui leur permet de se livrer à des occupations favorites et apporte une amélioration de la nourriture et du confort.

De nombreux établissements pénitentiaires je reçois les bons voeux du personnel pour 1961.



l'encadrement et le personnel de surveillance a , dans l'ensemble, bien accepté les nouvelles disciplines et, si je fus quelque fois obligé de prendre des sanctions contre les plus récalcitrants, la majorité a confiance dans me direction.


Ce travail ingrat et ardu, a été reconnu par les autorités politiques et administratives qui m'ont félicité le plus souvent.

J'ai dû pourtant faire front à quelques ambitieux qui désiraient prendre ma place.

Ils y réussiront en 1961, lorsque, pour des raisons de santé de ma famille, je serai amené à abréger mon séjour.


FIN année 1960

Page suivante 1961 1/







Épilogue 1961

Page précédente : photos

Au moment de notre départ,
aéroport d'Arivonimamo .
Maurice, Simone, Alain, Nicole
X......
..............


Le 12 septembre 1961

par avion T.A.I.(*) j'ai quitté Madagascar avec regret et larme à l' oeil pour rentrer en métropole avec ma famille qui avait eu de graves ennuis de santé.
J'avais passé deux années exaltantes me donnant corps et âme à ma fonction.
J'avais eu de grandes satisfactions tant du point de vue du personnel qui dans l'ensemble m'estimait beaucoup, que  de la part des détenus, qui, quelques têtes brûlées mises à part, la plupart du temps manœuvrées par la politique, ne me causèrent jamais de gros ennuis.
Le souvenir de cette période est pour moi mon soleil d'Austerlitz.
Tout ce qui précède est authentique et m'est  personnel.
Volontairement je n'ai pas divulgué les correspondances administratives auxquelles j'étais tenu : mais dans l'ensemble elles furent bonnes..
J'ai eu quelques difficultés de relations avec certains membres du cabinet du ministre ainsi qu'avec des ambitieux et des jaloux de mon poste qu'ils désiraient tenir;
Il y eut une période plus calme au début , lorsque Madagascar était sous le régime de la Communauté avec la France, mais après l'indépendance totale les ambitions se firent plus pressantes pour remplacer le "français" de ce poste par un malgache.
Je n'ai pas voulu évoquer un bien triste fait divers qui s'est déroulé à la maison de redressement des jeunes à Anjanamasina où, après une décision de plus grande liberté prise par le service judiciaire en faveur des délinquants et qui avait entraîné  le retrait de mes pouvoirs sur cette maison pour les remettre entre les mains de magistrats, pour le moins "mous" et partisans de la formule " Il faut laisser les jeunes délinquants en liberté surveillée pour qu'ils puissent s'épanouir".
Résultat : une nuit plusieurs morts et une femme, épouse d'un éducateur, très grièvement blessée à coups de couteaux.......

Mais passons ....
Je n'avais plus de responsabilités .....

Après mon départ je reçus de nombreuses lettres exprimant des regrets sur mon abandon.


Mon fidèle WILLMANN, monsieur DAVID gardien chef de Tananarive qui m'assurait de sa "gratitude éternelle", monsieur RANAIVOSON de Fianarantsoa, mon précieux collaborateur RAKOTO Raphaël qui, pendant plus de deux ans m'avait secondé efficacement et tout le personnel de sa direction et bien d'autres encore m'adressèrent des lettres touchantes et émouvantes sur mon lieu de congé.

Ces correspondances se poursuivirent très longtemps et notamment pour les voeux de la nouvelle année 1962 :
Le sénateur de Madagascar monsieur RAKOTONDRAINITSIMBA m'adressa une longue lettrele 11  janvier pour me dire notamment que le personnel du service pénitentiaire était mécontent de mon départ, mon remplaçant étant "arbitraire".

PUIS LE TEMPS S’ÉCOULA ....
"
Ainsi tout change, tout passe,
Ainsi nous même nous passons ....
"

Petit à petit je perdis le contact.
Qu'êtes vous devenus vous, tous mes précieux collaborateurs et amis, qui m'ont permis une grande réussite dans un moment suprême de ma vie ???? .....
Où êtes vous les MATHEI, LUCAIN, AUDRAIN, WILLMANN, RAKOTO, et combien d'autres ??? ....
J'ai su quelques années plus tard que mon fidèle inspecteur et ami VERGNOLE était décédé.

26 années se sont écoulées et je n'ai plus de contact qu'avec mon ancien Ministre Marcel FOURNIER et mon fidèle René JUPPEAU auquel je dois une grande reconnaissance.
Je leur ai demandé de bien vouloir lire tout ce qui précède.

Merci monsieur FOURNIER, merci monsieur JUPPEAU, merci à tous.

Ma reconnaissance sera présente jusque dans ma tombe.

*******************************


Maurice PLANCHON :

Simone DUCLOUX
à 89 ans.
Alain
en 2011.
Collection Alain Planchon 

  • 3.10.1948 -26.3.1956 : Fonctionnaire du cadre général de l'administration générale d'Outre-Mer, s'occupant du déplacement depuis et vers la France, des fonctionnaires affectés aux colonies françaises ( contrats transporteurs) .
Collection Alain Planchon

  • 1956-1959 Premier séjour à Madagascar.
  • Congés à Marennes.
  • 1959-1961 Deuxième séjour à Madagascar.
  • 1962 Congés à Aix en Provence.
  • 1963-1969 Affecté à Versailles, CATI  (centres administratifs et techniques interdépartementaux) ,résidence à Fontenay le Fleury.
  • 1969-1971 Affecté en Nouvelle Calédonie,Koné. (8 septembre 1969).
  • 1972 Installation  à Menetou-Salon,  Cher,France.
  • Agent général d'assurances . 
  • Correspondant local du journal "Berry Républicain " .
  • Décédé le 22.12.2000 à Bourges, hôpital ,  Cher,France.
********************************************************************************


Pour agrandir :
Appuyez sur la touche "ctrl" , de votre clavier,
maintenez là enfoncée,
faites tourner la molette de votre souris.
Certificat d'études primaires élémentaire
Certificat d’Étude.
Seul diplôme scolaire de mon père.

****************************
CHEVALIER DE L'ORDRE NATIONAL DU MERITE
Le 7 décembre 1971
Scellé du sceau de l'ordre sous le n° 4669 C71

***************************************************************





Galliéni


Avec M. Pierre MESSMER
( Cérémonie de remise du Mérite National, à Paris)




(*) T.A.I. : Transports Aériens Intercontinentaux.


Le premier engagement politique :



Le Rassemblement du peuple français (RPF) était un mouvement politique fondé par le général de Gaulle le 14 avril 1947 pour mettre en œuvre son programme politique exposé dans le discours de Bayeux.
 Durant sa courte existence (
1947-1955), le RPF fut le principal mouvement d'opposition à la IVe République (avec le PCF), voulant se situer au-delà du clivage droite/gauche.
Le RPF fut le seul mouvement de l'histoire du 
gaullismefondé et présidé par Charles de Gaulle et le seul mouvement à réunir tous les gaullistes.


Cérémonies :


Berry Républicain
24.8.88



10 avril 1994
Médaille PÉLICAN D'OR

La Fédération Française de l'Encouragement du Dévouement et du bénévolat a presque un siècle d'existence.
 La première déclaration au J.O. date du 4 août 1910, créée sous le nom de Société Républicaine d'Encouragement du Dévouement.
A partir de 1935, le mot "Républicaine" fut enlevé.
De 1935 à 1937, elle fut simplement "Société d'Encouragement au Dévouement", sauf pendant 3 ans de 1972 à 1975, il fut rajouté l'adjectif de "Nationale".
 Puis, en 1980, elle devint "Fédération Française Européenne et Internationale Encouragement du Dévouement".
En 2002 et jusqu'en 2004 plus modestement elle est devenue "Fédération Française de l'Encouragement du Dévouement par le bénévolat". 


Page suivante : carrière miliaire