Timbres et cartes postales sur DELCAMPE

Ny teny marina hoatra ny fia-pary, ka na lava aza, tsy lany hamamiana :
Les paroles vraies sont comme la canne à sucre que l'on mâche: quoiqu'elle soit longue,elle est douce partout.
Les timbres et cartes postales de ce blog sont en vente sur DELCAMPE.net , ci-dessous :
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1959 3/11 Majunga, Anjanamamina.

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Majunga

Mais il fallait également installer des inspecteurs dans chacune des six provinces qui seraient mes délégués permanents pour toutes les questions concernant les maisons d'arrêt de leur secteur.
ils devraient m'en rendre compte afin que je puisse prendre les décisions qui s'imposaient;

Pour la province de Majunga, je nommai M. MATHEI , un français installé dans l'île depuis longtemps et qui était sans emploi.

Le 15 juin il m'adressait la lettre suivante :
"
Je pense que vraisemblablement, cette lettre sera la dernière que je vous adresserai avant votre départ en vacances ....
Je vous remercie de la confiance que vous avez bien voulu me témoigner et dont j'essaierai de me monter digne.
usant de votre autorisation je vous écrirai et tout en vous tenant au courant des grandes lignes de la situation je ferai en sorte de ne pas vous importuner.
Vous vous doutez que j'attends ma nomination avec impatiente et si elle me parvenait avant votre départ ça me serait une grande joie.
vous m'avez dit au cors de notre conversation téléphonique de ce m0tin, que pendant votre absence je pouvais me mettre en rapport avec Monsieur le Ministre de la Justice pour lui rendre compte des faits importants du service.
Si vous me le confirmez pouvez-vous  m'indiquer l'adresse à laquelle je dois lui écrire pour que ma correspondance lui parvienne réellement ,

...
"

Je donnais satisfaction à sa demande.

Quartier de Tananarive
Zoma et Faravohitra
Il y avait également à quelques kilomètres de Tananarive , à Anjanamamina, une maison de redressement pour les jeunes délinquants mineurs.
Avec le concours de mon inspecteur pour la province, M. VERGNOLE, fonctionnaire du cadre de l'administration générale d'Outre-Mer comme moi, la gestion de cet établissement nous appartenait, mais la discipline relevait d'une commission de magistrats nommés par les instances judiciaires.
Je maintins le personnel en place et ce fut M RAKOTO Jean de Dieu , inspecteur de police qui en fut le gardien-chef.

Le 19 juin au nom de tout le personnel il m'adressa une gentille lettre me souhaitant, ainsi qu'à toute ma famille, un bon séjour en France.

Et , le 21 juin , c'était mon retour en métropole pour y passer mon congé obligatoire.

J'embarquai, avec ma famille, par avion T.A.I. à l'aérodrome d'Arivonimamo.

M. LALLEMAND du cabinet du ministre de la justice assurait l'intérim.

J'eus beaucoup de satisfactions de la part de mon fidèle premier secrétaire de ma direction , M. WILMANN

C'est ainsi que dès le 23 juin il me faisait parvenir la lettre suivante :

"
Je tiens le coup au boulot, votre absence laisse un vide de plus en plus grand.Confidentiellement je vous dirai que le bateau est à la dérive faute de commandant. 
Votre successeur ne fait que des apparitions éclairs entre les heures de bureau, le personnel étant déjà parti, de sorte que l'on ne peut rien discuter, rien trancher.
Comme toujours je fais de mon mieux mais ne peut prendre aucune initiative importante, celles ci n'étant pas de mes attributions.
Hier matin cependant  de reconduire à Anjanamamina trois détenus évadés qui avaient été repris par la police, le commissariat central n'ayant pas de véhicule disponible et ne sachant que faire des trois types.
Je me suis chargé de les raccompagner au centre d'Ajanamamina  en me faisant escorter d'un agent de police. Tout s'est bien passé , je n'ai  vu M. LALLEMAND  qu'à midi à mon retour.
Je n'ai pas eu la peine de lui rendre compte de ma mission ceci semblant  ne pas l' intéresser.
Le planton a été doté hier d'une bicyclette Griffon de 14200 francs sur ordre du nouveau patron.J'aurai voulu aujourd'hui lui parler pour la faire assurer contre accident et vol, il n'est pas venu du tout au bureau.
D'autre part Ajanamassina demande 6 moustiquaires.
 Que faire ? 
Renseignements pris Faivre pourrait les fournir à 2.150 francs l'une : qu'en pensez-vous ? 
Je les trouve chères comparativement à nos maigres crédits. 
Dois-je attendre votre retour ?
j'ai pris ce matin 15 kg de peinture grise pour les lits du centre de rééducation d'Anjanamasina.Les 30 autres lits sont en cours de confection.
J'ai réglé avec DARRIEUX l'affaire de scie circulaire de l'atelier scolaire.
Rien d'autre à signaler pour l'instant.
"
...........

Le 26 juin il m'informait avoir commandé 30 tonnes de ciment pour Nosy-Lava  et 60 moustiquaires pour Anjanamassina.
Il était très bien secondé par RAPHAEL un secrétaire malgache dont je n'ai eu qu'à me louer.

La situation m'était communiquée régulièrement  et c'est ainsi que dans la lettre du 2 juillet ci-après il me faisait part de l'arrivée imminente de M. JUPPEAU, un ami de longue date dont j'avais sollicité l'affectation afin de lui confier la mise en place de fermes et jardins dans tous les établissements pénitentiaires pour améliorer à peu de frais , l'alimentation des prisonniers et des gardiens.

..........

Le boulot marche normalement avec RAPHAEL et moi. Nous nous consultons et prenons les initiatives voulues puisque M. LALLEMAND n'est jamais là.
Je vais essayer d'aller faire un tour aujourd'hui à Anjanamamina afin de livrer les moustiquaires en faisant à Jean de Dieu la recommandation suivant vos instructions.
Mais voyez-vous je n'ose pas comme de votre temps me mêler des affaires de ce pénitencier, je ne sais pas ce que pourrait penser le directeur p.i. 
Je ne veux pas avoir l'air de me mêler de choses qui ne me regardent pas , je le faisais sous votre direction par esprit de collaboration parce que je savais que vous aviez à coeur que cette affaire tourne rond, mais comme votre successeur s'en fout royalement, je préfère me tenir dans mon rayon, ayant eu suffisamment a faire avec ce secteur.
M. LUCAIN est de passage à Tananarive.
Il nous remercie sincèrement de l'empressement que nous mettons à satisfaire se commandes.
Nous ne sommes plus abandonnés, dit-il, notre exil devient moins pénible.
Dans l'ensemble il est satisfait de son travail.tout va bien depuis que les nouvelles têtes ont été mâtées.
..........

Le 8 juillet c'était une nouvelle lettre de M. WILLMANN  qui paraissait assez découragé et il me confirmait l'arrivée de M. JUPPEAU pour ce jour là.
Tananarive était dans la fièvre de l'arrivée du général de GAULLE et sa lettre ci-dessous reflétait l'état d'esprit qui régnait alors.

.......

Je souhaite que votre congé s'achève rapidement afin de nous revenir bien vite car ici cela ne va pas.Le service ne peut continuer à marcher comme ça.
Pour ma part j'en ai plein le dos et si ce n'était l'espoir de vous revoir bientôt, j'aurai déjà démissionné.
Je ne peux pas travailler avec un type qui n'est jamais là et qui vient en éclair chercher la petite bête pour espionner les gens. 
Aujourd'hui doit arriver M. JUPPEAU .J'irai à 12 heures à Arivonimamo pour le ramener à Tananarive.

.........
Sur DELCAMPE


Mr LALLEMAND refuse automatiquement tout ce qu'on lui demande.
Exemple : La semaine dernière après avoir attendu huit jours la camionnette pour transporter des effets à Anjanamamina  et ne voyant rien venir comme par le passé, le soir à 18 heures j'ai chargé ma voiture et suis allé à mes frais emmener les affaires.
Le lendemain quand je lui ai que j'avais pris sur moi de faire le nécessaire afin d'assurer la bonne marche du service , je me suis presque fait "engueulé", autant dire que je n'avais pas à me mêler de choses qui ne sont pas dans vos attributions.
Jugez en l'esprit dans lequel on travaille sans vous.Franchement c'est uniquement pour nepas vous décevoir que je me suis retenu et n'ai pas lancé ma démission à la figure ce cet imbécile.
J'ai l'impression que le p.i. combine quelque chose avec BILBAO.
Tenez-vous sur vos gardes .

........

(fin de la page 12)
Tananarive 2014 : marches coté palais de la reine et Faravohitra


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1959 8/11 Fin des congés en métropole; béribéri

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Le 20 septembre 1959
retour à Tananarive en fin de congés en métropole.
Fin des intrigues


Ajouté par mes soins


Et le 12 septembre JUPPEAU et WILLMANN m'écrivent pour me faire connaitre toute leur joie et celle du personnel à l'annonce de mon retour.


..... (WILLMANN)

Enfin la nouvelle tant attendue est arrivée. 
Vous serez parmi nous dans huit jours, la joie est immense au bureau. Chacun se sent revivre . Si votre avion arrivait un jour de congé tout le personnel aurait été au terrain. Malheureusement nous ne pourrons pas tous abandonner le service en même temps . Quant à moi tant pis pour qui mal y pense, rien ne me retiendra. Je viendrai avec l'ami JUPPEAU qui est de retour de Nosy-Lava . quand j'ai annoncé votre arrivée au bureau, le personnel a sauté de joie : on aurait dit de grands enfants attendant leur père qu'ils croyaient ne plus revoir. Enfin vous jugerez vous-même ce que j'avance , nous avons gagné la bataille.




..... ( JUPPEAU)


M. WILLMANN m'a donné hier soir connaissance de votre lettre.Entendu nous vous attendrons au terrain. Je suis heureux de ce dénouement  mais l'alerte a été chaude.Je suis toujours logé dans votre case, mais en principe je dois déménager le 17, date où les bâtiments civils devront avoir terminé les réparations.
.......


************************
Quartier de Tananarive

Me voici donc de retour à Tananarive pour reprendre mon poste.


Et c'est le coup de la province de Tuléar de tomber sous le coup de ma réorganisation.
Le 24 septembre le gardien-chef CADY , que je nommerai plus tard 
inspecteur provincial, m'envoie la lettre suivant où quelques anomalies graves sont mentionnées :

......

J'ai appris avec un réel plaisir par l'ami RAPHAEL votre tout récent retour à Madagascar ....
Pour faire face aux nombreuses questions en suspens vous ne devez pas manquer de pain sur la planche.
Quartiers de Tananarive :
Andravoahangy
et
Anjanahary
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt dans l'A.F.P. du 15, la note remise dernièrement aux députés par le ministre de la justice et relative à la réforme projetée de l'administration pénitentiaire. C'est bien ce que vous m'aviez exposé  lors de mon passage à Tananarive en mai dernier.
Nul plus que me  ne souhaite voir aboutir rapidement cette réforme si nécessaire et je pense que votre retour y contribuera efficacement.réellement cette réforme s'impose et je crois qu'il y a intérêt à ce qu'elle voit le jour au plus vite.
Dans la province de Tuléar ( pénitentiairement parlant)  la pagaye complète, erreurs et abus dans l'emploi de la main d'oeuvre pénale continuent comme par le passé.
L'autorité provinciale qui décide de ces questions , se montre réfractaire, sinon hostile, à toute réorganisation d'un système qui a tant profité à certains jusqu'à présent et qui viendrait chambarder les habitudes "du bon vieux temps" .
(Cette autorité, un "en-chef" bien entendu, vient d'être avisé que Madagascar se passera dorénavant de ses services).
En dépit de mes suggestions, cette personnalité n'a jamais voulu organiser un contrôle  et une coordination des prisons dans la province.
Pourtant la situation dans les prisons  de districts est lamentable  depuis que les fonctions de gardien-chef ne sont plus assurées par les gendarmes.
On sent un flottement général;
Les nouveaux gardiens-chef ne connaissent pas l'A.B.C.  de leur métier et semblent ignorer avec la plus grande désinvolture l’arrêté du 12 avril 1954 qui nous régit encore actuellement. les dossiers ne sont pas, ou mal constitués et il est fréquent de voir arriver à Tuléar des détenus  transférés d'une prison en brousse sans qu'aucune pièce les accompagne; on se content de les remettre à un garde d'escorte.
La corruption règne et c'est ainsi que dans certaines prisons ne sont admis à sortir au travail ( et quel travail) à l'extérieur que ceux des détenus pouvant payer une dîme  au gardien-chef et on assiste à cette situation paradoxale que ce sont les prévenus ( dont la famille peut les alimenter en espèces)  qui sortent en corvées extérieures alors que les condamnés, dont les ressources pécuniaires se sont taries à la longue, qui gardent la prison.
......


Le temps prescrit et j'ai demandé au ministre de la justice de nommer inspecteur de la province de Tananarive un de mes camarades de l'administration générale d'outre-mer, monsieur VERGNOLE  .
Il me seconda efficacement pendant toute la durée de mes fonctions.Installé dans la capitale auprès de moi, nous n'avons jamais échangé de correspondance personnelle car tout se règle de vive voix et administrativement.Son action fut très efficace pour régler des problèmes locaux dont j'aurai l'occasion de reparler.
La maison d'arrêt de Tananarive était difficile à gérer.Il y avait le quartier des hommes et celui des femmes.
Des détenus politiques avaient des relations directes avec la population  et quelques fois même par l'intermédiaire des gardiens.Ils entretenaient un règne de soulèvement permanent.
Les provinces de Fianarantsoa, Tamatave et Diégo ne posaient pas de problèmes particuliers. J'étais assuré d'un soutien loyal des chefs de district et petit à petit je devais assurer la relève du personnel de la police par du personnel de l'administration pénitentiaire.
Riz et béribéri
De la maison de force de Nossi-Bé le gardien chef m'adressa le 22 septembre une lettre assez inquiétante concernant une légère rébellion des détenus qui protestent contre les restrictions de riz consécutive à une épidémie de béri-béri .
Dans la lettre ci-après il expose les mesures prises et cette mauvaise humeur n'aura pas d'autre suite :


.......

Il est porté à ma connaissance qu'une lettre aurait été adressée à monsieur le président de la république pour protester contre le régime alimentaire qui serait, parait-il insuffisant à la maison de force.
 Voici je pense, les raisons qui ont motivé l'envoi de cette lettre, si lettre il y a eut :


Le 11 septembre 1959 monsieur le médecin inspecteur CAILLE  est venu me signaler que plusieurs malades étaient atteints de béri-béri .
 Il m'a demandé de supprimer le riz pour ceux-ci et de diminuer de moitié pour tous les autres détenus.
 Pensant que cette mesure serait défavorablement accueillie par les détenus en général, j'ai demandé au docteur  de leur parler et de me remettre en écrit ses prescriptions, ce qu'il a fait sans difficulté.


Les 12 et 14 septembre j'ai diminué de moitié la ration de riz.
pour simplifier les distributions et faciliter la comptabilité j'avais décidé qu'à partir du 16  la ration normale de riz serait  distribuée un jour sur deux.
Fruits dont papayes ....
Bien entendu la suppression de riz devait être compensée par la distribution d'autres denrées ( manioc, légumes verts, fruits).
Le mercredi 16 les détenus ont refusé le repas du soir.
 J'ai du les rassembler dans la cour pour leur expliquer à nouveau les raisons de ce changement de régime momentané  prescrit par le docteur et dans leur intérêt.
Ils m'ont dit qu'ils voulaient du riz et non des légumes européens ( carottes, navets, poireaux ) que je leur proposais.
j'ai informé de cette situation monsieur le médecin inspecteur qui m'a demandé de donner du riz chaque jour aux détenus non béribériques  mais de baisser leur ration à 400 grammes et d'y ajouter en compensation manioc et légumes verts de façon à éviter les inconvénients nutritionnels de la nourriture rizée exclusive, c'est à dire l'apparition de nouveaux cas de béri-béri.
pour les malades il m'a demandé que le riz soit considéré comme un véritable poison et leur a expliqué à chacune de ses visites.
Si une lettre a réellement été envoyée à monsieur le président de la République elle a été vraisemblablement  inspirée par un meneur que je m'efforce de découvrir.
De nombreux détenus m'ont dit qu'ils appréciaient la distribution de fruits et de cresson.
 L'instigateur de la lettre pourrait être un agent de police car le magasinier ( agent TONGALEVA ) me tient souvent ce langage quand chaque matin , j'assiste au pesage des denrées : "Les agents aussi aiment le manioc , le cresson et les fruits.
Avant nous avions du manioc et les détenus n'avaient jamais ni cresson  ni fruits, c'était pour nous". 


J' accueillerai avec plaisir la mutation de l'agent magasinier TONGALEVA si vous croyez devoir l'envisager.
 .....


Ce désir fut exaucé.
....

A Nosy-Lava dans sa lettre du 24 septembre, madame LUCAIN semble assez déprimée et surtout se plaint des gens d' Ananalava qui sont indifférents et leurs plus proches voisins sur la côte ouest de la grande terre. Mais avec son mari ils ont le moral malgré tout et demandent que le ravitaillement en légumes frais soit amélioré.


Le 28 septembre, monsieur AUDRAIN ne me parle plus du mécontentement des détenus  et le même jour monsieur MATHEI semble être un peu plus confiant dans l'avenir de Majunga.


.......


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1960 11/28 Nouveau ministre de la Justice :

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(page 60)


Au début de ce mois de juillet M. Le Ministre RAKOTOBE a pris ese fonctins de ministre de la Justice en remplacement de M. Marcel FOURNIER.


A Nossi-Bé 28 détenus avaient "fait la belle", mais le 12 juillet le gardien-chef AUDRAIN m'informait qu'il les avait retrouvé.
Voici sa lettre :


....




Pendant  un séjour à Tananarive un décret présidentiel a accordé des remises de peine à tous les détenus.


TSIRANANA
Le télégramme y relatif est parvenu à la maison de force le 29 juin.


Vu l'urgence, l'agent RAFILIFO, préposé à la tenue des divers registres d'écrou s'est évidemment mis au travail immédiatement avec l'aide de l'agent ANDRIANTSOA Pascal . Malheureusement , RAFILIFO a mal interprété la teneur du télégramme et a libéré prématurément 28 détenus, en plus de 36 autres régulièrement libérés.


Dès mon retour le samedi 2 juillet  et jusqu'au 6 inclus je me suis mis à la recherche des 28 détenus qui, fort heureusement étaient encore à Nossi-Bé et je les ai réintégrés à la maison de force. 
La remise à jour des registres d'écrou a demandé du temps. Ce travail inopiné a retardé inévitablement l'établissement de l'état général  demandé par le Président, bien que les agents RAFILIFO et PASCAL aient travaillé pendant  deux nuits consécutives.La menace faite par le Président est plutôt décourageant . J'aimerais connaître votre opinion personnelle qui, seule, compte pour moi.
.......




Tout revint en ordre à Nossi-Bé et je reçois toujours régulièrement des nouvelles de la maison de force de Nosy-Lava.
M. VERGNOLE, mon inspecteur de la région de Tananarive, et aussi mon bras droit, y est allé en inspection en juillet et M. LUCAIN m'en rend compte dans sa lettre du 18 juillet.
Il me parle également de l'achat d'une nouvelle vedette pour la liaison avec la Grande terre que j'ai été obligé d'effectuer à Majunga  en remplacement de ccell existant qui devenait d'un usage dangereux.




...... Nosy-Lava le 18 juillet 1960 :


J'ai présenté M. VERGNOLE au personnel et aux détenus comme votre bras droit , ce qui lui a permis de trancher quelques questions de détail avec l'autorité que vous lui connaissez. Il serait souhaitable que de telles visites se répètent périodiquement, tant pour le personnel que pour les détenus. Ils ont ainsi l'impression d'être suivis de près.
M. VERGNOLE a du vous dire que son séjour a été fertile en évènements . Le clou a été le naufrage et le sauvetage mouvementé . A ce propos j'aurais aimé que l'équipe de sauvetage reçoivent quelques mots de félicitations .......
J'ai été surpris par l’insuffisance de crédits  que vous m'avez alloué pour le troisième trimestre alors que jamais le nombre des détenus  n'a été aussi élevé à Nosy-Lava et qu'en plus je viens de prendre en compte la prison d'Analalava . sur ces crédits je dois payer la viande, les haricots les saonja (*)et autres compléments, et , surtout, le poisson et le sel pour faire du poisson sec.
J'en envoie de tous les cotés ( Je viens d'en expédier 250 kg à Majunga et j'ai reçu une commande de Diégo et une autre de Nossi-Bé).
Ce poisson je dois le payer cash aux pêcheurs et je ne reçois rien en compensation; En outre n'ayant plus de savon, je dois l'acheter en petites quantités.
Paddy
riz non décortiqué
sur timbre du Cambodge.
 Le paddy que j'ai reçu sera bien vite épuisé d'autant plus que j'en ai laissé trois tonnes pour la prison d'Analalava . quand pensez-vous m'en faire parvenir de nouveau ?
Coprah sur timbre des Nouvelles Hébrides.
En ce qui concerne la Marseillaise, je n'ai qu'à me louer de l'attitude du gérant actuel M. BARON . Le personnel est vraiment satisfait de trouver à la boutique toutes les marchandises courantes. Cela leur évite d'aller traîner à Analalava  et de faire des traversées épouvantables en cette mauvaise saison.
Le commandant GRIVEAUD m'a avisé par télégramme que la vedette Tsitaitra  passerait devant la commission de recettes aujourd'hui  te que les travaux de transformation prendraient quatre ou cinq jours. j'espère que rien ne viendra empêcher l'achat et que nous la recevrons sans tarder, car la nôtre est de plus en plus fatiguée.
j'ai entendu à la radio qu'une campagne serait menée en faveur du coprah. Est-ce que vous m'encouragez à livrer ce produit ou dois-je continuer à en distribuer aux détenus  pour économiser les matières grasses, comme vous m'en avez donné instructions ?




(Fin page 60)


(*) saonjo : tubercules comestibles, taro


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1960 12/28 Vente noix de coco !.

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suite d'une lettre de M. LUCAIN, en page précédente ci-dessus.


M. VERGNOLE a du également vous dire que mon nouveau greffier n'était pas fameux. toutefois depuis quelque temps il semble faire un effort en ce qui concerne le greffe. Mais il est absolument nul en comptabilité.Cela est extrêmement gênant, en particulier en ce moment, car notre seul comptable, le détenu CAMILLE est hospitalisé.
Il ne faudra donc pas vous étonner si il y a du retard dans la comptabilité. Comme CAMILLE doit être libéré bientôt, je voudrais que vous songiez à recruter un comptable, ce qui doit être relativement facile.Numériquement il remplacerait le lamentable RIVIERE.
Après le départ de M. VERGNOLE, les nouveaux gardiens ont eu une réaction salutaire.Ils sont venus spontanément m'assurer de leur bonne volonté.Aussi, pour éviter les frais de changement d'affectation je veux bien patienter. Par contre je vous demanderai de me débarrasser d'au moins deux anciens qui se butent de plus en plus et dont je vous parlerai sous peu.




.....
Je reçois à l'instant votre télégramme me demandant le montant des recettes effectuées par la MF du 1er janvier au 30 juin.
Noix de coco
sur timbre du Cameroun
Je dois vous dire tout de suite qu'elles seront de peu d'importance puisque, suivant vos instructions , je donne presque toutes les noix de coco à manger aux détenus., et que d'autre part, nous avons avec votre accord, acheté un poste de 15.000 francs, montant de la vente de 1500 noix de coco.
De plus, comme convenu entre nous, j'ai fait quelques ventes de légumes pour payer la viande quand nous n'avions pas la caisse d'avances. Parfois, cela m'a aussi aidé à payer le poisson et le sel.
Les seules recettes importantes que je pourrais faire devraient provenir de la vente du poisson sec, mais comme je vous l'écris par ailleurs , je n'en tire rien.
En accord avec la Marseillaise et suivant vos instructions, nous devions échanger de la chaux contre du ciment.Etes-vous toujours d'accord ou dois-je verser cette recette à la "caisse noire" ?
........


§§§§§§§§§§§§§§§§§


Le 18 août me parvient une lettre très inquiétante qu'un détenu , M. RAKOTONDRASANA a écrite sous la contrainte de l'épouse d'un greffier licencié, RAINAVOSON , et destinée à être remise à un dénommé FELIX d'Ambatondrazaka aux fins de publication dans un journal local.
Voici cette lettre :


...;


La dame du greffier m'a conseillé de rédiger une lettre et de la leur confier à leur départ afin qu'ils puissent la faire paraître dans un journal, car dit-elle, ils se croient très forts, décidés à ne pas quitter Nosy-Lava.Si ceux qui travaillent ici manifestent l'envie de partir c'est bien à cause d'eux : pour cela faites une lettre et nous nous chargerons du reste. Ne sachant rien, moi RAKOTONDRASANA Gilbert, j'ai écrit la lettre en question.Je vous demanderai donc,  à vous représentants de la loi de bien vouloir me pardonner car je ne savais rien, croyant à la véracité de ses dires. Pardonnez-moi ma faute et que mon affaire reste sienne  car j'ai tout fait selon les indications de la femme du greffier.Un détenu n'aurait pu inventer des choses pareilles.
Telle est ma déclaration. La teneur de ma lettre, n'est autre qu'une association d'idées des deux époux et c'est la dame qui m'a invité à rédiger.




...... Lettre adressée à FELIX et qui m'est parvenue ( rédigée en malgache, c'est la traduction)


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1960 13/28 Fianarantsoa

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La fin du mois d'août arrive et le renouveau entraîne des modifications dans les attributions.
C'est ainsi que M. CADY me fait part de ses désirs :


......


MARDON m'a donné récemment de vos nouvelles et m'a dit que vous aviez pensé à moi pour le poste de FIANARANTSOA ( je vous en remercie)  en remplacement de M. MATHEI qui passe à Tuléar aux lieux et place de MERCURIGNY qui serait, parait-il , ecoeuré de n'être pas pris au sérieux.
J'ignore les raisons exactes de la démission de ce dernier , mais ce que je sais bien, car de nombreux amis et quelques agents de service de Tuléar m'en ont informé,  c'est qu'il n'a cessé de me critiquer et d'essayer de me "démolir" dans l'esprit des gens , auprès de vous aussi certainement.
Je le tiens pour un médiocre et un homme méprisable  que je crois incapable d'exercer les fonctions que vous lui aviez confiées.Je sais, par exemple,  qu'il a essayé de soulever une histoire au sujet d'une facture de pain, lait, cigarettes qu'il refusait à liquider la jugeant suspecte.
Vous n'ignorez pas, car je crois vous l'avoir soumis par écrit ou tout au moins verbalement, que ces fournitures supplémentaires étaient destinées et effectivement distribuées à titre d'encouragement aux détenus secrétaires du bureau de l'Inspection, seul moyen de les gratifiés, car je n'avais pas, comme lui, d'agents provinciaux comptables et de secrétaires civils.
J'étais cependant parvenu à mettre en route et faire tourner "la boutique".
M. MARDON a du vous dire qu'il était question de mon retour.
 J'ai passé dernièrement la visite d'aptitude et j'attends ...; mon congé expire le 8 octobre mais il est possible que je rejoigne avant cette date. J'aimerais travailler encore avec vous.
Les malgaches consentirons-t-ils à me faire une petite place ? 
En raison de mon "lourd passé"  pénitentiaire, j'aimerais bien être affecté à Majunga qui est, je crois, la province la plus calme politiquement, et où se trouvent le moins de mes anciens et éminents "clients", à défaut Tamatave ou encore Tuléar. 
Et aussi dans ces centres, ma femme pourrait retrouver un poste à la banque ( Il n'y a pas de B.N.C.I. à Fianar ...).


......




Il me fut possible de réintégrer . M. CADY dans l'administration pénitentiaire où il remplaça M. MATHEI.
Ylang Ylang
Puis ce sont les rapports réguliers  qui me parviennent sur la situation à Nosy-lava ( 22 août) à Nossi Bé (23 août) Fianarantsoa ( 25 août), Nosy-Lava à nouveau (27 août).
A Fianarantsoa un nouvel inspecteur, M. RAKOTO, a pris son poste en remplacement de M. MATHEI affecté à Tuléar ( rapport du 3 septembre).


.......




.... Nosy-Lava le 22 août




......


En ce qui concerne la décision N° 330, je la connais par coeur.


Je sais qu'il est dit à l'article 4 qu'à partir du 1er juillet 1960  je dois liquider les dépenses de la maison d'arrêt d' Analalava  sur les crédits qui me sont alloués; mais comme j'ai eu l'occasion de l'exprimer en long et en large à  M. VERGNOLE , le fait que le nombre des prisonniers se soit élévé à plus de 700, alors que les prévisions de dépenses avaient été établies  sur 450, que j'achète tout le poisson d'Antangerina et de Mahabo pour le faire sécher et saler, que je paie le sel, etc.......


Les crédits que vous m'avez alloués  sont nettement insuffisants pour Nosy-lava et nous nous étions demandé s'il ne serait pas préférable que je vous envoie directement les factures d'Analalava aux fins de règlement.




(fin page 64)


Je veux bien admettre que j'ai laissé passé quelques erreurs , mais, secondé comme je suis, je n'y peux rien. Du reste, plusieurs, ont été commises en mon absence , mais je ne regrette rien, car si je n'avais pas fait ce déplacement, la Tay taitra serait toujours à Majunga. 
Il a fallu que je pique une crise pour faire achever les travaux; Le peu qui avait été fait  l'avait été par JACQUIE  et l'équipage, dont Maecha.
A ce propos les travaux de réfection continuent.
Le moteur a été entièrement démonté et nettoyé, il en avait besoin.
Les peintres sont en train de terminer leur travail et le bateau a déjà une autre allure. encore une fois je crois que nous avons fait une belle acquisition.
Comme je vous l'ai dit par télégramme, Jacquie à remis immédiatement le 30 chevaux en route et seul, le manque de ciment a retardé l'installation du nouveau moteur. dès que j'ai reçu votre accord, j'ai fait venir du ciment et quelques heures après le socle était fait. Ce n'est plus qu'une question de échange du béton.


....




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1960 18/28 Travail des détenus

(Page 75)


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Suite d'un lettre de M. LUCAIN

Eugène, le greffier magasinier, comptable que M. VERGNOLE a eu la gentillesse de m'envoyer a commencé son travail ce matin.Il me fait excellente impression et j'envisage avec moins d’appréhension le départ éventuel de Camille. Décidément j'ai beaucoup plus de satisfaction  de la part des détenus que de celle des agents.dites à M. VERGNOLE que Eugène fait équipe avec COURT. Ils dorment dans la même chambre te font popote ensemble.Je crois qu'ils s'entendront parfaitement.
Je viens de recevoir les félicitations de M. le chef de district pour la façon dont j'ai mené les élections à Nosy-Lava. Le résultat est probant : 226 votants , 226 P.S.D..








.....;




80 ème anniversaire
de l'école de médecine
d'Antananarivo.
je rejoins ce mot pour vous dire que depuis huit jours le post de radio de la gendarmerie d'ANALALAVA  ne fonctionne plus et que le nouveau titulaire opérateur radio de la météo n'a pas été "fichu" de nous contacter. Ce qui fait que lorsque le vent est trop violent, et c'est actuellement le cas, nous sommes complètement isolés. Enfin heureusement qu'en cas de maladie ou d'accident nous avons un excellent infirmier, à propos de ce dernier le médecin inspecteur m'a demandé un rapport sur sa façon de servir depuis qu'il a reçu un avertissement du chef de service de santé de la province.
   ......






Le centre de rééducation  des jeunes d'Anjanamamina fonctionne bien , je dois le dire, grâce à M. JUPPEAU  qui a su intéresser ces adolescents désœuvrés à la culture agricole du grand jardin aux abords de l'établissement. Il en est de même pour la prison de Tananarive que je peux suivre de plus près avec le concours de mon inspecteur M. VERGNOLE.
Le conseiller technique du ministre me fait connaître  qu'il envisage l'organisation d'un camp de jeunes.
Je nomme gardien-chef de ce camp M. Charles LAHIBE que j'estime beaucoup.


Voici ma lettre :

... En définitive et après avoir débattu avec Jules RAHARISON de toutes questions relatives à la sécurité et à l'ordre, j'envisage favorablement l'organisation d'un camp de jeunes d'Anjanamasina et en ait parlé au directeur.
L'association de sauvegarde accorde pour camp une subvention de 100.000 francs.
Jules RAHARISON doit cette semaine présenter au département  une demande officielle dans laquelle il précise les conditions  d'organisation de ce camp. Il lui a été précisé que l'organisation ne pourrait être accordée qu'à condition :
Scoutisme
1° d'emmener les encadreurs.
2° de s'adjoindre des moniteurs issus des mouvements scouts.




......


Le 13 septembre un décès suspect m'est signale dans la prison de Sambava.

La situation à Nosy-Lava m'est à nouveau exposée dans un long rapport et le 19 Madame LUCAIN fait le point au sujet de son école.




(Fin page 75)




Nosy-Lava, le 15 septembre 1960



Objet : détenus ne rentrant pas le soir à la prison d'Analalava.


Cher Monsieur Planchon,
Veuillez trouver ci-jointes deux copies de T.L.O. qui m'ont été adressées par M. le Juge de Section d'Analalava.
Au reçu du premier de ces messages, j'ai immédiatement donné ordre au gardien-chef de la maison d'arrêt de ne plus faire de dérogation et de veiller à ce que tous les détenus rentrent en prison chaque soir pour y passer la nuit.
Lorsque M. PRATI e eu connaissance de cette mesure, il est allé trouver M. le juge en lui disant que c'était vous même qui lui aviez accordé l'autorisation de conserver la nuit le détenu qui lui sert de boy. C'est exact et j'étais présent; Voyant cela, M. GERMAIN m'a envoyé un second T.L.O. (*)disant qu'il ne voulait pas vous contredire.


Je pense sincèrement que la première réaction a été la bonne . Lorsque vous avez accordé cette faveur à M. PRATI, cela ne tirait guère à conséquence puisqu'il s'agissait d'un cas isolé, mais il n'en n'est plus de même aujourd'hui.  Vous avez pu constater en effet que les demandes de main d'oeuvre pénale  par des particuliers se multiplient et que bientôt chaque habitant d'Analalava aura "son" prisonnier.  Si donc nous continuons à faire un cas d'exception  nous nous trouverons devant un dilemme car il est certain que beaucoup d'employeurs demanderont la même faveur. Si nous la refusons ils auront vite fait d'en conclure que nous avantageons le vazaha.Si nous acceptons, nous risquons d'avoir bientôt une cinquantaine de détenus qui ne coucheront pas à la prison; Comme certains serviront de veilleurs de nuit en l'absence de leurs patrons, vous voyez où cela peut mener.
A mon avis, il vaudrait mieux dire à M. PRATI que de nombreux abus ayant eu lieu, il ne nous est lus possible de laisser les prisonniers en dehors de la prison la nuit.
Je crains également que si l'on ne fait pas cesser cet état de choses, les détenus n'ayant pas la chance d'être chez des particuliers en prennent ombrage et que leur travail s'en ressente.




(fin page 76)





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GERMAIN
TSARA
PRATI



T.L.O. : Télegramme-Lettre Officielle




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1960 19/28 Analalava; église dans la prison; école Nosy-Lava

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Inspection de la maison d'arrêt d'Analalava , le 16/9/60.




J'ai constaté que le nouveau gardien-chef  RAMPIRISON avait fait un gros effort dans tous les domaines. Si, comme je vous le disais dernièrement, il est terriblement exigeant en ce qui concerne les avantages auxquels il prétend avoir droit, je dois reconnaître qu'il vaut cent fois son prédécesseur. J'en arrive même à me demander comment ce pauvre RAKOTOMAHARO a pu obtenir un poste de gardien-chef.Comme je vous l'ai dit au dernier courrier, non seulement il n'a jamais versé le pécule des détenus travaillant chez M. FLAURAUD, ni présenté de factures à ce dernier, mais aucun des particuliers employant un prisonnier n'a payé la moindre somme depuis janvier 1960.
Bien entendu je lui en ai fait le reproche.Il m'a répondu qu'il s'était présenté à différentes reprises chez les employeurs mais que plusieurs d'entre eux l'avaient envoyé rebondir et que pour ne pas avoir d'histoires il avait préféré abandonner (sic).


j'ai donné immédiatement ordre à RAMPIRISON d'établir les factures en retard et de les présenter très poliment aux intéressés . Je lui ai dit également de prévenir  ceux qui persisteraient à ne pas vouloir payer que dès le lendemain  "leur" prisonnier leur serait retiré.
Je pense que c'est logique et vous serez d'accord sur ce point. La moindre infraction à cette règle risquerait de nous attirer de gros ennuis.Toutefois, si vous jugez que nous pouvons tolérer des exceptions, je vous demande de me les faire connaître.
Le nouveau gardien-chef a fait effectuer aux abords de la maison d'arrêt quelques travaux qui montrent sa bonne volonté. Le laisser-aller qui existait avant sa gestion a disparu. Il a suivi mes conseils en ce qui concerne l'activité des détenus. Depuis qu'ils travaillent tous, les histoires sont très rares.
Déportés politiques :
La plaisanterie est plutôt de mauvais goût; Je sais que vous n'y êtes pour rien mais je vous demande de me donner un coup de main en m'envoyant les fonds et le matériel nécessaire. Vous recevrez bientôt une facture concernant 52 assiettes métalliques et 52 cuillères destinées aux "amis" de M. Le Président TSIRANANA.S'il n'y avait que moi, je vous les ferai bien manger dans une auge mais il paraît que nous devons avoir certains égards avec ces oiseaux baladeurs.
Les formalités interminables pour obtenir les fonds de la Caisse d'avances font qu'en dehors des factures de poisson que je vous fait parvenir aux fins de paiement, j'ai 82.000 francs à rembourser à la caisse du greffe pour les achats de viande t de poisson du mois de juillet. J'aimerai régler cela avant la fin de l'année.
Si je continue à recevoir des exilés sans arrêt, je serai obligé de vous réclamer des fonds à chaque courrier.
Je vais donner de plus en plus de poisson sec aux détenus car si je veux me mettre à achter de la viande aussi souvent que le voudrait le règlement, ce serait ruineux.


(fin page 78)


Affaire CHRISTOPHE :


A la demande de son secrétaire-bedeau, j'avais accepté de transférer l'église  dans l'une des pièces inutilisées de l'école. Cela faisait plaisir aux catholiques et me coûtait absolument rien. Au contraire, le curé d'Analalava  avait même envoyé six sacs de ciment pour bétonner le sol. D'autre part cela me permettait de récupérer la grande bâtisse en bozaka qui leur servait et dans laquelle j'ai installé la menuiserie. 
Vous savez qu si je suis très tolérant, je ne suis pas pratiquant et que je ne rentre que très rarement à l'église.Au reçu de votre T.O. m'annonçant l'arrivée prochaine de 52 nouveaux exilés , j'ai visité tous les locaux susceptible de les recevoir. J'ai eu la surprise en rentrant dans l'église de voir que CHRISTOPHE , en accord avec le père François,, avait fait construire un autel ainsi que des marches pour y accéder, entièrement en béton . Inutile de vous dire que j'ai râlé, car si je tolère cela, il n'y a aucune raison pour que les Comoriens ne me demandent pas une mosquée et les protestants  un temple; Ce qui me fâche le plus, c'est que ce travail s'est fait pendant que je me trouvais à Majunga. Et maintenant que dois-je faire ?
Si j'accepte le fait accompli, j'aurai l'air d'un idiot, et si je fais sauter le barnum à grands coups de masse, comme j'en ai eu l'envie quand je l'ai découvert, je serai taxé de vandalisme par les biens pensants.
Contrairement à son prédécesseur qui était un homme charmant, le père François ( une vraie tête de boche)  est imbuvable; Il fourre son nez partout, engueule les détenus qui ne vont pas à la messe et mettrait le désordre si je ne le rappelais pas à l'ordre de temps en temps.Il y a quelques semaines, il voulait absolument faire la messe aux détenus pendant les heures de travail. Vous pensez comment je l'ai reçu. COURT à qui il reprochait  de bricoler un dimanche matin, l'a, envoyé "sur les roses", catégoriquement. 
Avant hier et malgré la défense faite à tous les ministres du culte, quels qu'ils soient de pénétrer dans l'enceinte de la M.F.  , il a trouvé le moyen d'aller se balader dans les bureaux avec l'infect CHRISTOPHE. Je ne tolérerai pas de tels procédés plus longtemps et cela va faire des étincelles avant peu.
Pour remédier à cela, je crois que le mieux serait de muter CHRISTOPHE dans un autre établissement. Il pourrait à la rigueur faire un chef de poste convenable.
Il y a trop longtemps qu'il est ici avec sa bande de St. Mariens qu'il domine. Il serait enchanté de se rapprocher de Majunga où il a un grand fils à l'école; Je vous rappelle que CHRISTOPHE   était à l'origine de la demande collective de mutation des St. Mariens le lendemain du départ de PERICHAUD.  Lui même n'a annulé sa demande que lorsque son fils a été renvoyé du collège de Tamatave pour mauvaise conduite.


Cordialement




(fin page 79)


Nosy-Lava le 19 septembre :


Ecole à Ambositra




Je vous remercie pour les livres du cours moyen que vous m'avez envoyés. M. VERGNOLE me dit qu'il n'y a plus que de l'ardoise verte.envoyez-là c'est très bien (c'est la mode). Avec toutes mes sections il me faut quatre tableaux (je vais en faire un car je n'en n'ai que trois)  .
Je pense que deux boites me suffiront; Je voudrai aussi une boite de craies de couleur. Il me faudra des cahiers à dessin, compas, double-décimètres mais j'espère que les parents les paieront. L'ennui c'est qu'on ne trouve plus rien à Analalava . Ce pauvre bled me laisse aller de plus en plus. Je vais voir ce que la Marseillaise peut me procurer.
si vous pouviez me donner trois autres livres de lecture de SOUCHE  cours moyen comme ceux que vous venez de m'envoyer, cela me rendrait le plus grand service car je m'en servirais, en commun, pour les cours élémentaires te moyens.
Notre mobilier est toujours au même point faute de bois.










bosaka :




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1960 25/28 Lettre de Nosy-lava

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Maison de Force
Nosy-lava le 21 octobre 1960 

Cher Monsieur Planchon,

J'ai bien reçu votre lettre du 19.10.1960. Je pense votre isolement ne vous déplaît pas, à moins que vous regrettiez le voisinage de M. BILBAO,puisque, paraît-il, vous étiez devenus d'excellents amis.
J'ai effectivement connu notre nouveau ministre.
Je ne sais pas si mon nom lui rappellera quelque chose.
Ma femme me dit que vous étiez en très bons termes avec lui.Si c'est exact, vous avouerez que vous avez eu de la chance, d'autant plus que vous connaissiez bien M. RAYMOND , son Directeur de Cabinet.
c'est avec plaisir que je verrai les "éloignés" s'éloigner de Nosy-lava car c'est une source d'emme......
Lettre sur Delcampe
Deux d'entre eux ont reçu une lettre recommandée qui ne portait aucune indication de l'expéditeur.
Comme il est d'usage, ces lettres ont été ouvertes par les intéressés en présence de CHRISTOPHE chargé de la censure, ceci afin d'éviter toute contestation quand au contenu. 
Ne sachant pas qu'elles émanaient d'un avocat,  il en a pris connaissance et s'est aperçu que ledit avocat  posait à des détenus des questions dont il aurait pu obtenir les réponses auprès de la Justice.
Ignorant si cet avocat était véritablement désigné pour assurer la défense des individus assignés à la résidence surveillée, j'ai cru bon de vous alerter par télégramme.
Si de tels cas se reproduisaient et pour éviter tout trucage, je crois qu'il serait bon de me faire parvenir le ou les noms des avocats désigné pour la défense des individus non condamnés qui se trouveraient à Nosy-lava; Sinon, je peux me faire rouler comme un enfant.
Le tour que vous avez joué à BARON me laisse béant d'admiration.Il va faire une drôle de bobine, lui qui se croit si malin.! .....
FELIX ne vas pas augmenter mes troupes de choc, mais il n'a pas l'air d'avoir mauvaise tête et je lui trouverai un emploi.
zébu
Vous me débarrasserez d'un comorien par la même occasion.
Le premier à éliminer est sans conteste ALI HAMIDI . Pour bien vous situer le personnage, voici son dernier exploit : il y a quelques jours, un habitant de Mahabo est venu proposer un boeuf.
Bien entendu, j'ai accepté, mais ne voyant rien venir, j'ai fait faire une petite enquête; J'ai appris que le fameux ALI HAMIDI avait intercepté le boeuf et l'avait revendu aux agents avec un certain profit naturellement; Et ce n'est pas la première fois qu'il agit ainsi.Alors, à dégager .....


(fin page 97)


J'espère que "Télescope" RAKOTOMANGA acceptera de venir ici.
Je lui ai d'ailleurs écrit à ce sujet, en lui faisant miroiter des avantages ...à peine exagérés;
en vérité, je ferai tout ce que je pourrai pour l'avantager, car c'est vraiment un champion au point de vue boulot, et pro-français, ce qui ne gate rien.
Je n'ai pas changé d'avis en ce qui concerne CHRISTOPHE,bien au contraire,.
Attendons encore un peu avant de le virer,  afin qu'il mette au courant son successeur de son classement un peu spécial. C'est vraiment un secrétaire, car il a des secrets bien à lui. A tel point que la plupart du temps il ne s'y retrouve plus.
Le petit mot de notre ami le Cdt CHABOT m'a fait énormément plaisir, mais je suis déçu qu'il ne se décide pas à faire un saut jusqu'ici. En dehors du plaisir que j'aurais à le recevoir, j'aurais beaucoup de choses à lui communiquer.
Vous lirez par ailleurs mes démêlés avec l'illustre CADENES . qu'il prétende n'avoir aucun compte à me rendre lorsqu'il débarque son personnel ici me choque profondément. car le dit personnel est recruté au hasard et très souvent renouvelé ; c'est un mélange hétéroclite.
Je vous serais infiniment reconnaissant de pondre un règlement intérieur - concernant l'accès au pénitencier- qui jusqu'ici n'existe pas;
Il faudrait surtout spécifier que toute personne débarquant sur le territoire du bagne doit obligatoirement se présenter au poste de police. sinon tout contrôle m'échappera; En possession de ce règlement je serais armé contre ceux qui prétendent enter ici comme dans un moulin.
vous me dites que l'ami VERGNOLE est souffrant.J'espère que cela n'est pas grave et qu'il pourra nous écrire la longue lettre qu'il nous a promise il y a déjà un moment.
Comment va Madame Planchon ? Est-ce que les enfants se sentent courageux en ce début d'année scolaire ?




Bien cordialement
Signé LUCAIN

P.S. Le grillage du valakira, complètement pourri, s'est effondré d'un seul coup. Est-ce que vous pourriez le remplacer, car l'époque où le poisson abonde approche. Cette fois nous le passerons au goudron pour le protéger.




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1961 Quelques photos du séjour




Vendredi 9 juin 1961.
Maurice PLANCHON et .....


J'ignore tout de ces photos.
Maurice PLANCHON et M. VERGNOLE et Mr.......


Page suivanteÉpilogue 1961

Épilogue 1961

Page précédente : photos

Au moment de notre départ,
aéroport d'Arivonimamo .
Maurice, Simone, Alain, Nicole
X......
..............


Le 12 septembre 1961

par avion T.A.I.(*) j'ai quitté Madagascar avec regret et larme à l' oeil pour rentrer en métropole avec ma famille qui avait eu de graves ennuis de santé.
J'avais passé deux années exaltantes me donnant corps et âme à ma fonction.
J'avais eu de grandes satisfactions tant du point de vue du personnel qui dans l'ensemble m'estimait beaucoup, que  de la part des détenus, qui, quelques têtes brûlées mises à part, la plupart du temps manœuvrées par la politique, ne me causèrent jamais de gros ennuis.
Le souvenir de cette période est pour moi mon soleil d'Austerlitz.
Tout ce qui précède est authentique et m'est  personnel.
Volontairement je n'ai pas divulgué les correspondances administratives auxquelles j'étais tenu : mais dans l'ensemble elles furent bonnes..
J'ai eu quelques difficultés de relations avec certains membres du cabinet du ministre ainsi qu'avec des ambitieux et des jaloux de mon poste qu'ils désiraient tenir;
Il y eut une période plus calme au début , lorsque Madagascar était sous le régime de la Communauté avec la France, mais après l'indépendance totale les ambitions se firent plus pressantes pour remplacer le "français" de ce poste par un malgache.
Je n'ai pas voulu évoquer un bien triste fait divers qui s'est déroulé à la maison de redressement des jeunes à Anjanamasina où, après une décision de plus grande liberté prise par le service judiciaire en faveur des délinquants et qui avait entraîné  le retrait de mes pouvoirs sur cette maison pour les remettre entre les mains de magistrats, pour le moins "mous" et partisans de la formule " Il faut laisser les jeunes délinquants en liberté surveillée pour qu'ils puissent s'épanouir".
Résultat : une nuit plusieurs morts et une femme, épouse d'un éducateur, très grièvement blessée à coups de couteaux.......

Mais passons ....
Je n'avais plus de responsabilités .....

Après mon départ je reçus de nombreuses lettres exprimant des regrets sur mon abandon.


Mon fidèle WILLMANN, monsieur DAVID gardien chef de Tananarive qui m'assurait de sa "gratitude éternelle", monsieur RANAIVOSON de Fianarantsoa, mon précieux collaborateur RAKOTO Raphaël qui, pendant plus de deux ans m'avait secondé efficacement et tout le personnel de sa direction et bien d'autres encore m'adressèrent des lettres touchantes et émouvantes sur mon lieu de congé.

Ces correspondances se poursuivirent très longtemps et notamment pour les voeux de la nouvelle année 1962 :
Le sénateur de Madagascar monsieur RAKOTONDRAINITSIMBA m'adressa une longue lettrele 11  janvier pour me dire notamment que le personnel du service pénitentiaire était mécontent de mon départ, mon remplaçant étant "arbitraire".

PUIS LE TEMPS S’ÉCOULA ....
"
Ainsi tout change, tout passe,
Ainsi nous même nous passons ....
"

Petit à petit je perdis le contact.
Qu'êtes vous devenus vous, tous mes précieux collaborateurs et amis, qui m'ont permis une grande réussite dans un moment suprême de ma vie ???? .....
Où êtes vous les MATHEI, LUCAIN, AUDRAIN, WILLMANN, RAKOTO, et combien d'autres ??? ....
J'ai su quelques années plus tard que mon fidèle inspecteur et ami VERGNOLE était décédé.

26 années se sont écoulées et je n'ai plus de contact qu'avec mon ancien Ministre Marcel FOURNIER et mon fidèle René JUPPEAU auquel je dois une grande reconnaissance.
Je leur ai demandé de bien vouloir lire tout ce qui précède.

Merci monsieur FOURNIER, merci monsieur JUPPEAU, merci à tous.

Ma reconnaissance sera présente jusque dans ma tombe.

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Maurice PLANCHON :

Simone DUCLOUX
à 89 ans.
Alain
en 2011.
Collection Alain Planchon 

  • 3.10.1948 -26.3.1956 : Fonctionnaire du cadre général de l'administration générale d'Outre-Mer, s'occupant du déplacement depuis et vers la France, des fonctionnaires affectés aux colonies françaises ( contrats transporteurs) .
Collection Alain Planchon

  • 1956-1959 Premier séjour à Madagascar.
  • Congés à Marennes.
  • 1959-1961 Deuxième séjour à Madagascar.
  • 1962 Congés à Aix en Provence.
  • 1963-1969 Affecté à Versailles, CATI  (centres administratifs et techniques interdépartementaux) ,résidence à Fontenay le Fleury.
  • 1969-1971 Affecté en Nouvelle Calédonie,Koné. (8 septembre 1969).
  • 1972 Installation  à Menetou-Salon,  Cher,France.
  • Agent général d'assurances . 
  • Correspondant local du journal "Berry Républicain " .
  • Décédé le 22.12.2000 à Bourges, hôpital ,  Cher,France.
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Certificat d'études primaires élémentaire
Certificat d’Étude.
Seul diplôme scolaire de mon père.

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CHEVALIER DE L'ORDRE NATIONAL DU MERITE
Le 7 décembre 1971
Scellé du sceau de l'ordre sous le n° 4669 C71

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Galliéni


Avec M. Pierre MESSMER
( Cérémonie de remise du Mérite National, à Paris)




(*) T.A.I. : Transports Aériens Intercontinentaux.


Le premier engagement politique :



Le Rassemblement du peuple français (RPF) était un mouvement politique fondé par le général de Gaulle le 14 avril 1947 pour mettre en œuvre son programme politique exposé dans le discours de Bayeux.
 Durant sa courte existence (
1947-1955), le RPF fut le principal mouvement d'opposition à la IVe République (avec le PCF), voulant se situer au-delà du clivage droite/gauche.
Le RPF fut le seul mouvement de l'histoire du 
gaullismefondé et présidé par Charles de Gaulle et le seul mouvement à réunir tous les gaullistes.


Cérémonies :


Berry Républicain
24.8.88



10 avril 1994
Médaille PÉLICAN D'OR

La Fédération Française de l'Encouragement du Dévouement et du bénévolat a presque un siècle d'existence.
 La première déclaration au J.O. date du 4 août 1910, créée sous le nom de Société Républicaine d'Encouragement du Dévouement.
A partir de 1935, le mot "Républicaine" fut enlevé.
De 1935 à 1937, elle fut simplement "Société d'Encouragement au Dévouement", sauf pendant 3 ans de 1972 à 1975, il fut rajouté l'adjectif de "Nationale".
 Puis, en 1980, elle devint "Fédération Française Européenne et Internationale Encouragement du Dévouement".
En 2002 et jusqu'en 2004 plus modestement elle est devenue "Fédération Française de l'Encouragement du Dévouement par le bénévolat". 


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