Timbres et cartes postales sur DELCAMPE

Ny teny marina hoatra ny fia-pary, ka na lava aza, tsy lany hamamiana :
Les paroles vraies sont comme la canne à sucre que l'on mâche: quoiqu'elle soit longue,elle est douce partout.
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1960 16/28 5704 cocotiers

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L'infirmier qui vit  toujours de mendicité ( comme Ravelonarivo et Fidélie) et cela depuis 5 mois, vient encore de mendier du riz et de la viande. Il coûte cher à la communauté et je me demande avce inquiétude si nous serons remboursés. S'il doit partir, comme je l'espère, je vous demande s'il me serait possible de me demander mon avis avant son départ et règle ses dettes . Cela éviterait à ses collègues d'avoir à subir les réclamations des créanciers des BOISNAHERY, RAZAFINDRAMAMBA et consorts.
La circulaire relative à l'option ouverte aux  fonctionnaires des cadres de  la République Malgache  pour leur intégration dans les cadres de la fonction publique territoriale Comorienne , me laisse un peu perplexe  car je ne suis pas très féru en jargon administratif.Je pense qu'elle ne s'adresse qu'aux titulaires , sinon cela serait catastrophique car vous n'ignorez pas que plus de la moitié des mon effectif est composé de comoriens.Ils  sont persuadés que cette mesure s'adresse à tous  et sont fortement tentés de retourner chez eux. Je ne tiens pas particulièrement à la main d'oeuvre comorienne mais il me faudrait d'ores et déjà songer à remplacer le patron de la vedette MAECHA, le radio et quelques bons agents dont le vaguemestre.


...




je ne puis remplir les états que vous m'avez envoyés car pour cela il me faudrait peser tout notre cheptel et même les oeufs, les citrons, les poussins, les salades etc..... et de plus additionner les poids des légumes , des bêtes, ce qui donnerait un total pour le moins insolite .....


D'autre part je ne me vois pas en train de vendre les oeufs, les salades, les cocos au kilo .Comme je vous le dis par ailleurs la totalité des oeufs a servi à faire des couvées plus ou moins réussies.Ce n'est que maintenant que nous allons commencer la vente tout en continuant à faire des couvées. Je  voudrais comme je vous en ai déjà fait part  arriver à avoir au moins 500 poulets et canards.
Le nombre total des cocotiers s'élève à 5.704 dont 230 sont en plein rapport et 80 commencent à produire ;  Il y a donc à l'heure actuelle 5.394 pieds qui sont encore trop jeunes pour produire. s'il n’attrapent pas de maladies nous aurons une belle récolte dans quelque temps. Nous avons récolté 6.269 noix de coco. Nous en avons vendu 3.511 ; près de 2.000 ont été  consommées par les détenus  lorsque nous manquions de matière grasse , et suivant vos directives; Le reste m'a servi à acheter du sel et du poisson, lorsque j'étais complètement démuni de fonds.




....






.... TULEAR le 3 septembre 1960




  La question des effectifs me tracasse , d'autant qu'elle est jointe à celle du recensement.La comptabilité est assez bien tenue , mais la trésorerie, bien que satisfaisante, n'est pas aussi brillante qu'on voulait bien me le faire croire.
J'entreprends la remise en état des bureaux qui, pour l'instant, tiennent plus d'un garage que de bureaux.




.......




Le  5 septembre c'est madame LUCAIN qui me demande des fournitures scolaires pour l'école de Nosy-Lava dans la lettre suivante :


....


Le service provincial de l'enseignement m'ayant dit que les fournitures scolaires de Nosy-Lava devaient être payées par les parents d'élèves ou le service pénitentiaire ( ils ne sont pas très fixés) je viens vous demander si  vous pourrez nous aider un peu pour cette rentrée . Si oui, envoyez moi un exemplaire de tous les bouquins du cours moyen : grammaire, lecture, arithmétique, histoire, géographie, sciences. Pour les fournitures courantes ;: cahiers, crayons, etc..... les élèves les paierons........Envoyez moi une boite d'ardoisine.J'en ai besoin pour mes tableaux.


(fin page 68)


Puis je reçus des réclamations du gardien chef RAMPIRISON d'Ananalava et du gardien RALAIKOTO de Nosy-Lava concernant des questions de logement et de salaire :






Ananalava le 6 septembre de M. RAMPIRISON .


Arrivé à mon poste d'affectation le16 août 1960 ( maison d'arrêt d'Anananlava) , j'ai respectueusement l'honneur de vous adresser la présente de bien vouloir vous signaler que depuis mon arrivée et jusqu'à maintenant je m'abrite chez un copain; Il est entendu avant mon départ de Tananarive  qu'un logement meublé appartenant à l'administration me sera affecté;
Je vous demanderai de me faire connaître si je peux prétendre louer des pièces en ville et à la charge du service pénitentiaire.








.........;


Noms , prénoms cités page suivante :

DALIA
MARIVIER Philippe
FOURNIER
RAKOTONDRASOA
FIDELIS
RAVELONARIVO









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1960 19/28 Analalava; église dans la prison; école Nosy-Lava

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Inspection de la maison d'arrêt d'Analalava , le 16/9/60.




J'ai constaté que le nouveau gardien-chef  RAMPIRISON avait fait un gros effort dans tous les domaines. Si, comme je vous le disais dernièrement, il est terriblement exigeant en ce qui concerne les avantages auxquels il prétend avoir droit, je dois reconnaître qu'il vaut cent fois son prédécesseur. J'en arrive même à me demander comment ce pauvre RAKOTOMAHARO a pu obtenir un poste de gardien-chef.Comme je vous l'ai dit au dernier courrier, non seulement il n'a jamais versé le pécule des détenus travaillant chez M. FLAURAUD, ni présenté de factures à ce dernier, mais aucun des particuliers employant un prisonnier n'a payé la moindre somme depuis janvier 1960.
Bien entendu je lui en ai fait le reproche.Il m'a répondu qu'il s'était présenté à différentes reprises chez les employeurs mais que plusieurs d'entre eux l'avaient envoyé rebondir et que pour ne pas avoir d'histoires il avait préféré abandonner (sic).


j'ai donné immédiatement ordre à RAMPIRISON d'établir les factures en retard et de les présenter très poliment aux intéressés . Je lui ai dit également de prévenir  ceux qui persisteraient à ne pas vouloir payer que dès le lendemain  "leur" prisonnier leur serait retiré.
Je pense que c'est logique et vous serez d'accord sur ce point. La moindre infraction à cette règle risquerait de nous attirer de gros ennuis.Toutefois, si vous jugez que nous pouvons tolérer des exceptions, je vous demande de me les faire connaître.
Le nouveau gardien-chef a fait effectuer aux abords de la maison d'arrêt quelques travaux qui montrent sa bonne volonté. Le laisser-aller qui existait avant sa gestion a disparu. Il a suivi mes conseils en ce qui concerne l'activité des détenus. Depuis qu'ils travaillent tous, les histoires sont très rares.
Déportés politiques :
La plaisanterie est plutôt de mauvais goût; Je sais que vous n'y êtes pour rien mais je vous demande de me donner un coup de main en m'envoyant les fonds et le matériel nécessaire. Vous recevrez bientôt une facture concernant 52 assiettes métalliques et 52 cuillères destinées aux "amis" de M. Le Président TSIRANANA.S'il n'y avait que moi, je vous les ferai bien manger dans une auge mais il paraît que nous devons avoir certains égards avec ces oiseaux baladeurs.
Les formalités interminables pour obtenir les fonds de la Caisse d'avances font qu'en dehors des factures de poisson que je vous fait parvenir aux fins de paiement, j'ai 82.000 francs à rembourser à la caisse du greffe pour les achats de viande t de poisson du mois de juillet. J'aimerai régler cela avant la fin de l'année.
Si je continue à recevoir des exilés sans arrêt, je serai obligé de vous réclamer des fonds à chaque courrier.
Je vais donner de plus en plus de poisson sec aux détenus car si je veux me mettre à achter de la viande aussi souvent que le voudrait le règlement, ce serait ruineux.


(fin page 78)


Affaire CHRISTOPHE :


A la demande de son secrétaire-bedeau, j'avais accepté de transférer l'église  dans l'une des pièces inutilisées de l'école. Cela faisait plaisir aux catholiques et me coûtait absolument rien. Au contraire, le curé d'Analalava  avait même envoyé six sacs de ciment pour bétonner le sol. D'autre part cela me permettait de récupérer la grande bâtisse en bozaka qui leur servait et dans laquelle j'ai installé la menuiserie. 
Vous savez qu si je suis très tolérant, je ne suis pas pratiquant et que je ne rentre que très rarement à l'église.Au reçu de votre T.O. m'annonçant l'arrivée prochaine de 52 nouveaux exilés , j'ai visité tous les locaux susceptible de les recevoir. J'ai eu la surprise en rentrant dans l'église de voir que CHRISTOPHE , en accord avec le père François,, avait fait construire un autel ainsi que des marches pour y accéder, entièrement en béton . Inutile de vous dire que j'ai râlé, car si je tolère cela, il n'y a aucune raison pour que les Comoriens ne me demandent pas une mosquée et les protestants  un temple; Ce qui me fâche le plus, c'est que ce travail s'est fait pendant que je me trouvais à Majunga. Et maintenant que dois-je faire ?
Si j'accepte le fait accompli, j'aurai l'air d'un idiot, et si je fais sauter le barnum à grands coups de masse, comme j'en ai eu l'envie quand je l'ai découvert, je serai taxé de vandalisme par les biens pensants.
Contrairement à son prédécesseur qui était un homme charmant, le père François ( une vraie tête de boche)  est imbuvable; Il fourre son nez partout, engueule les détenus qui ne vont pas à la messe et mettrait le désordre si je ne le rappelais pas à l'ordre de temps en temps.Il y a quelques semaines, il voulait absolument faire la messe aux détenus pendant les heures de travail. Vous pensez comment je l'ai reçu. COURT à qui il reprochait  de bricoler un dimanche matin, l'a, envoyé "sur les roses", catégoriquement. 
Avant hier et malgré la défense faite à tous les ministres du culte, quels qu'ils soient de pénétrer dans l'enceinte de la M.F.  , il a trouvé le moyen d'aller se balader dans les bureaux avec l'infect CHRISTOPHE. Je ne tolérerai pas de tels procédés plus longtemps et cela va faire des étincelles avant peu.
Pour remédier à cela, je crois que le mieux serait de muter CHRISTOPHE dans un autre établissement. Il pourrait à la rigueur faire un chef de poste convenable.
Il y a trop longtemps qu'il est ici avec sa bande de St. Mariens qu'il domine. Il serait enchanté de se rapprocher de Majunga où il a un grand fils à l'école; Je vous rappelle que CHRISTOPHE   était à l'origine de la demande collective de mutation des St. Mariens le lendemain du départ de PERICHAUD.  Lui même n'a annulé sa demande que lorsque son fils a été renvoyé du collège de Tamatave pour mauvaise conduite.


Cordialement




(fin page 79)


Nosy-Lava le 19 septembre :


Ecole à Ambositra




Je vous remercie pour les livres du cours moyen que vous m'avez envoyés. M. VERGNOLE me dit qu'il n'y a plus que de l'ardoise verte.envoyez-là c'est très bien (c'est la mode). Avec toutes mes sections il me faut quatre tableaux (je vais en faire un car je n'en n'ai que trois)  .
Je pense que deux boites me suffiront; Je voudrai aussi une boite de craies de couleur. Il me faudra des cahiers à dessin, compas, double-décimètres mais j'espère que les parents les paieront. L'ennui c'est qu'on ne trouve plus rien à Analalava . Ce pauvre bled me laisse aller de plus en plus. Je vais voir ce que la Marseillaise peut me procurer.
si vous pouviez me donner trois autres livres de lecture de SOUCHE  cours moyen comme ceux que vous venez de m'envoyer, cela me rendrait le plus grand service car je m'en servirais, en commun, pour les cours élémentaires te moyens.
Notre mobilier est toujours au même point faute de bois.










bosaka :




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1960 21/28 Nosy lava

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Nosy-lava le 5 octobre 1960
MAISON DE FORCE
DE NOSY-LAVA


Le directeur de la maison de force de NOSY-LAVA


à Monsieur Le Chef du district d'ANALALAVA

Je suis désagréablement surpris que vous ayez envoyé l'agent du service pénitentiaire LAIPANGA à Ankomajary pour y assurer l'ordre à l'occasion du scrutin du 4 septembre 1960, sans même m'avoir demandé mon avis.
Anjango
Analalava

vous n’êtes pas sans savoir que par décision N° _JU/SPRE du 3 mai 1960 la maison d'arrêt d'Analalava et le camp pénal d'Anjango sont lacés sous ma gestion ( voir extrait de cette décision jointe à ma lettre). Il y est dit entre autre que le personnel de Surveillance de cette prison ne dépendra que de moi à compter du 10 mai 1960.
par ailleurs en aucun cas le gardien-chef RAMPIRISON n'est habilité à signer un ordre de route sans mon autorisation;
J'espère qu'il ne s'agit là que d'un malentendu et que de tels faits, qui ne feraient que nuire à nos rapports qui jusqu'ici ont été excellents, ne se reproduiront plus.
Veuillez agréer Monsieur Le chef de District de mes meilleurs sentiments.




**





MAISON DE FORCE
DE NOSY-LAVA


Nosy-lava le 5 octobre 1960


Le directeur de la M.F.
à Monsieur le directeur de la C.M.M.


Analalava


Les mesures d'austérité que l'on m'impose m'interdisent de mettre la vedette spécialement à la disposition de la C.M.M. .
En conséquence vous voudrez bien profiter des voyages réguliers ou vous entendre avec les T.P. dont la vedette fait tous les jours le navette entre Nosy-Lava et Analalava.


G. LUCAIN


(fin page 82)






Nosy-lava le 7 octobre 1960


Cher Monsieur Planchon,


Je n'ai pas pu vous écrire la semaine dernière comme j'en avais l'intention. J'entends par semaine le temps qui s'écoule entre deux courriers.
J'ai eu des visites ininterrompues et j'aurais bien été incapable de réunir deux idées.
En effet, j'ai eu le plaisir de recevoir M. Labouyerie  qui escortait des détenus, et l'em...t de recevoir la Commission de Surveillance, le médecin colonel DESTRIBAT accompagné du docteur PEYTRAL, ainsi qu'un gendarme venu ici pour y effectuer une enquête concernant l'agent RAZAFINDRAMAMBA, accusé d'exercice illégal de la médecine.
De plus, j'ai vu arriver avec joie M. PROVENSAL, le vétérinaire d'Analalava.
Il revient de France où il a passé son congé et il rejoint son poste malgré toutes sortes d'intrigues qui ont été menées à son encontre.
Il s'est passé pour lui ce qui s'est passé pour vous et quelques individus qui lui font de beaux sourires l'ont torpillé à qui mieux mieux, son chef de district CHARBONNIER en tête.
Heureusement qu'il est coriace et qu'il ne s'est pas laissé faire.
Je crois que son retour est dû au plébiscite des paysans du coin qui ont agi par l'intermédiaire du groupement de collectivités. Pour ma part, je suis enchanté de son retour car c'est un bon copain et ses conseils me sont très précieux.
la remise de peine de 5 ans et la suppression de la relégation dont le nommé RADIANIELSON vient d'être le bénéficiaire , a fait un grand boum parmi les détenus et je crains que cette décision ne me cause de gros ennuis : RADIANIELSON est extrêmement mal vu par ses camarades.
Il est sournois, mochard, et profondément égoïste, très fort pour pousser las autres à faire des bêtises mais se retirant dès que cela commence à chauffer.
C'est lui qui a envoyé une lettre à un journal communiste pour lui dire que j'avais donné un boeuf crevé à manger  aux détenus et que j'avais envoyé des "esclaves" chez M; FLAURAUD.Il ne devait être libéré qu'au mois de nov. 1964 et passer ensuite à la relégation, ayant subi 6 condamnations. Il a donc fait un an de rabiot puisqu'il aune remise de peine de 5 ans . Évidemment "quelqu'un" s'est occupé de lui  et cela est profondément injuste car d'autres prisonniers qui n'ont  été condamnés qu'une seule fois  et ont eu depuis une conduite exemplaire, crèveront ici; C'est le cas d'un vieux jardinier, RALAIZAZA qui, condamné le 28 mars  1945 aux travaux forcés à perpétuité a vu sa peine commuée en 20 ans de T.F. par décret du 29 mars 1955.Ce bonhomme n'a jamais encouru le moindre reproche de la part de mes prédécesseurs et moi-même je n'ai qu'à me louer de ses services.
Il mérite mille fois plus sa mise en liberté que l'autre salopard.Enfin ! mes récriminations ne servent à rien et je crains que de tels cas se reproduisent de plus en plus souvent;



fin page 83


Lettre à suivre



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1960 22/28 NOSY-BE

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Suite de la lettre de M. LUCAIN






Page 84

J'ai été surpris en recevant votre lettre N° 456 JU/SAF  concernant les agissements de MEYER , d'autant plus que je lui rends pas mal de services.
Actuellement, sa machine à écrire est en réparation ici.
Un moment avant les élections, comme il recevait la visite de M. NATAI et sa suite, il a fait appel à moi pour que je lui fournisse du poisson, des fruits de mer et des légumes. 
Bien entendu, je lui ai procuré ce qu'il demandait et sa dame m'a adressé ses plus chaleureux remerciements.
J'ai demandé des précisions à RAMPIRISON ua sujet de l'affaire LAIPANGA.Il m'a répondu que le chef de district l'avait convoqué dans son bureau et lui avait intimé l'ordre d'envoyer LAIPANGA à Ankomajary. Comme RAMPIRISON faisait remarquer à M. MEYER qu'il était sous mes ordres, qu'il devait me demander mon avis et qu'en plus il manquait de personnel, le chef de district lui a répondu d'exécuter ce qui lui était commandé ; il serait temps, parla suite, de me tenir au courant. Évidemment, je n'ai pu avaler cette pilule et j'ai envoyé à M. MEYER la lettre dont vous trouverez ci-joint copie .
Je lui ai également envoyé copie conforme de votre lettre N° 456 JU/SAF . J'attends sa réponse qui sera quelque peu différée du fait qu'il est actuellement en tournée. je vous la ferai parvenir.

Je vous remercie beaucoup des 100.000 francs que vous mettez à ma disposition pour l'achat de mobilier; La scie circulaire est maintenant installée; elle est actionnée par un moteur Vandoeuvre 8ch que JACQUIE a remis en route.Cela me décide à acheter le bois et la quincaillerie nécessaires à la confection des meubles dont nous avons besoin; Je suis persuadé qu'ainsi nous tirerons le maximum des crédits providentiels.
La mesure m'allouant 50.000 francs de mieux pour la C.A. m'enchante également car je me demandais comment j'allais m'en tirer.
Lorsque je vous parle des lenteurs apportée au règlement de la caisse d'avances je ne vous mets nullement en cause. N'empêche qu'avec le processus actuel , il se passe au moins quinze jours entre ma demande de fonds et la réception de ceux-ci; En effet, lorsque je vous adresse ma demande accompagnée des factures justificatives par l'avion du mercredi, je ne puis recevoir l'avis de votre versement que le mardi suivant et souvent très tard. Si je ne veux pas perdre une semaine de plus, je dois faire repartir la vedette le lendemain matin , mercredi, pour expédier mon chèque postal à Tananarive, et si tout va bien en recevoir le montant le mardi suivant. voyez comme cela est simple. Et encore je suis optimiste car je ne tiens pas compte des intempéries toujours possibles pouvant empêcher la vedette de faire la traversée.


La situation de nos comptes est en accord avec le relevé que vous nous avez fait parvenir. Je vous joins par ailleurs le montant de la somme à payer sur la caisse d'avances.(prélèvement au greffe et factures en retard).
L'histoire du paddy provoquée par BARON ne me surprend nullement. plus je le connais et plus je me rends compte que c'est un petit salopard.Nous aurions peut-être mieux fait de nous orienter vers la Lyonnaise. BARON est d'une avarice sordide, à tel point qu'il fait vendre (très cher) par la boutique des crayons et des casquettes portant la publicité d'Orangeboom. Il m'a réclamé pendant des mois une somme de 300. francs correspondant à des frais de dédouanement; Comme il me demandait toujours cela lorsque j'étais de passage à Analalava, j'oubliais systématiquement de faire établir la facture en arrivant ici. Mais il y a quelques semaines il est venu faire l'inventaire  de la boutique et après avoir bien mangé et bien bu à ma table comme il le faisait  tous les 15 jours, il a remis ça avec ses 300. francs . J'ai préféré les lui donner de ma poche  et avoir la paix; seulement la prochaine fois qu'il reviendra il apportera son casse-graine.
d'autre part , je viens de refuser de l'envoyer chercher par la vedette à Analalava et de le reconduire dans la même journée de samedi, comme il le demandait; Lui qui est si avare trouverait normal que nous dépensions 80 l. d'essence pour sa petite gueugueule ( voyez ma réponse ci-jointe).S'il est dit dans notre accord qu'il peut user de notre vedette lors de ses voyages réguliers, il n'est pas question de la mettre à son entière disposition.
Je n'ai pas encore revu le curé d'Analalava mais CHRISTOPHE est venu s'excuser de leur sans-gêne.
Je voudrais bien que vous donniez suite à votre projet de m'envoyer un secrétaire digne de ce nom. J'ai été trompé très longtemps sur les qualités professionnelles  de CHRISTOPHE car  j'apprends seulement maintenant que c'était RAMBELOSON qui lui mâchait son travail, leurs femmes étant parentes. Celle de CHRISTOPHE vient de révolutionner le camp en racontant à qui voulait l'entendre que la femme du vaguemestre couchait avec certains agents dès que son mari partait à Analalava.Cela a pris la tournure d'un véritable drame et le vaguemestre m'a demandé de le muter; J'ai réussi à le calmer en lui disant que si il partait , il donnerait encore plus de poids aux médisances lancées contre sa femme. Et tout cela,  parce que le vaguemestre t son épouse ne vont pas matin et soir à l'église. Mais le plus croustillant de l'histoire, c'est que j'ai eu la certitude que la mère Christophe s'est envoyé deux détenus qui n'en font d'ailleurs pas mystère ( Il ne faut pas qu'ils soient dégoûtés car si vous voyiez la pépé !) .
Vous me demandez ce que j'ai pu faire  avec les 50.000 francs de planches et le ciment.En ce qui concerne les premières, je n'ai pas encore pu faire grand'chose puisque je n'en n'ai pas ramené beaucoup sur la Tsy Taitra, l'énorme caisse du moteur diesel prenant trop de place.toutefois j'ai fait faire des portes et quelques meubles pour l'école. J'attends avec impatience que les autres planches arrivent; Je voudrais faire un mobilier standard pour tous les agents.
pour ce qui est du ciment, je l'économise le plus possible car je voudrais faire une case pour le gardien-chef d'Analalava, ainsi qu'une case de passage;Évidemment j'y ajouterais de la chaux "maison" dans la mesure du possible.La pierre et la main d'oeuvre ne me manquent pas, il ne me resterait guère à vous "taper" pour les tôles et la peinture.
Mais puisque nous parlons cases, j'ai bien peur que la Gendarmerie ne nous retire bientôt celles ou habitent nos gardiens.
M. CLARAC m'en a touché deux mots et je crois que vous feriez bien de prendre les devants.Si cette
 hypothèse se confirmait, je me fais fort de construire sur le terrain de la prison des logements beaucoup plus confortables que ceux qui nous sont prêtés par la Gendarmerie et à très peu de frais.


Pour ne pas quitter les gendarmes, nous n'aurons pas besoin d'eux pour entraîner notre personnel au maniement des armes : GOZIE, l'adjudant chef et moi nous en chargerons.D'ailleurs il n'y a que les toutes dernières recrues qui ne soient pas au courant.Mais je me fais guère d'illusions, même sur ceux auxquels nous avons montré la manière de  démonter et remonter leur arme, et de s'en servir : à de rares exceptions près, leur bravoure n'en n'a pas augmenté pour autant.
vous me dites que les agents titulaires seront repris petit à petit par la Sûreté . est-ce obligatoire ?
plusieurs d'entre eux m'ont déjà exprimé le désir d'opter pour le Service Pénitentiaire. Je vous serais reconnaissant de me répondre à ce sujet par prochain courrier car cette question est très importante pour moi. 
déjà trois Comoriens, agents titulaires , m'ont demandé à être mis à la disposition de l'administration de leur pays : ce sont Alihamidi Adallah , Saadi m'SILIE, BACO MOINGARIE. Je regretterai seulement le dernier nommé.
par ailleurs, alors qu'il était en fonction à la maison d'arrêt d'Analalava, le gardien de prison Ismail Kassim a adressé une demande dans le même sens à Monsieur le Président du conseil de Gouvernement, et vous avez donné suite; pourtant j'étais convaincu que seuls les agents titulaires pouvaient bénéficier du droit d'option. Veuillez m'éclairer à ce sujet.


A suivre





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1960 23/28 Anjango

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suite d'une lettre de M. LUCAIN


Lorsque j'ai demandé à RAMPIRISON si le détenu employé chez M. PRATI était le seul à rester à Analalava  pendant la nuit, il m'a répondu oui.
 Évidemment, il avait raison, mais il aurait pu me dire que quatre autre bénéficiaient du même avantage  à 2 ou 3 km du patelin ( dont deux au service du député BEHAVANANA ).
avant de prendre une décision définitive , je voulais attendre votre réponse, mais RAMPIRISON n'a pas eu cette patience et lorsque j'ai voulu lui dire de conserver le statu quo jusqu'à plus ample informé,il avait déjà donné ordre à tout son petit monde de rentrer faire dodo dans son établissement; lui au moins ne pêche pas par manque d'autorité. 
J'aime mieux cela en fin de compte.




(fin page 86)


Ce petit malentendu vient du fait que je n'ai pas pu avertir RAMPIRISON assez vite car la radio de la Gendarmerie est en panne depuis le 28 septembre, ce qui est terriblement gênant.


Le 10 octobre 1960


Le samedi 8 octobre, à 5h 30 du matin, l'inspecteur GOZIE le gardien-chef RAMPIRISON, l'agent BACO et moi-même, avons quitte Nosy-lava pour nous rendre au camp d'Anjango.
Nous n'avons pu rejoindre Nosy-Lava que le dimanche à 11 heures, après une nuit entière passée au milieu de la Loza., la pompe de circulation d'eau du moteur s'étant remplie  de sable et le refroidissement ne se faisant plus .
nous n'avons pas à regretter l'abandon de ce jardin pénal, ne serait-ce que du fait de son éloignement qui rend toute exploitation impossible pendant le mauvais temps.
 En période normale il faut compter une bonne journée pour effectuer le voyage aller et retour. par ailleurs, nous n'avons pas de personnel possédant les connaissances professionnelles et l’honnêteté nécessaires pour mener une entreprise où tout contrôle suivi est impossible.
a part quelques brèdes mafana et quelques choux gros comme le poing, ce jardin n'a rien produit depuis de longs mois; Les détenus vivaient bien tranquillement et ne se foulaient pas beaucoup.
L'un d'eux avait même fait venir sa femme et vivait en bon voisinage avec son gardien.
Avant d'arriver au camp pénal nous avons rencontré deux détenus  qui se promenaient dans un village; Ils étaient très correctement habillés en civils, c'est leur air ahuri, lorsqu'ils nous ont aperçu, que nous avons deviné a qui nous avions à faire.
Au camp tout le monde se reposait de ses fatigues, la vie de château, quoi ! Cela m'amène à croire que la lettre adressée à M; Le Juge ( et que je vous ai adressée) n'émane pas des détenus qui avaient toit intérêt à attendre bien tranquillement la classe plutôt que de remuer le caca. Je crois que c'est MAHIVY, le prédécesseur du gardien actuel qui en est l'auteur.Il regrette se prérogatives d'antan et espère sans doute que si son successeur était muté, il retrouverait son ancienne planque.
Avant de terminer il faut tout de même que je vous mette au courant de notre odyssée.
Partis le samedi matin de Nosy-lava comme je vous l'ai déjà dit , nous sommes arrivé à Anjango vers 9 heures, et au jardin pénal vers 10 h donc après une heure de marche. après avoir récupéré le matériel et 7 des 8 détenus , le dernier étant resté avec le gardien pour l'aider à ramener ses affaires. J'ai réuni les chefs de villages voisins qui m'ont dit que rien ne restais en suspens. Nous nous sommes quittés bons amis.






Il était environ 15h quand la marée a été assez haute pour que la vedette puisse repartir après avoir été échouée pendant plusieurs heures dans le sable vaseux de la Loza. C'est sans doute pour cette raison qu'au bout de quelques kilomètres la pompe a cessé de fonctionner. si bien que la vedette (avec nous dedans)  a été livrée au gré des flots pendant toute la nuit;Il a été assez rosse, le gré des flots puis qu'il nous a déportés à plus de 6km en direction d'Antsohihy. 
avec l'équipage nous étions 14 bonshommes dans le bateau qui était chargé en outre de tout le matériel récupéré ( arrosoirs, pelles, râteaux etc...).
je vous assure qu'il n'y avait pas de place pour danser la bourrée.
Enfin, le dimanche matin, après avoir entièrement démonté la pompe ainsi que sa tuyauterie et avoir enlevé le sable qui encrassait tout, nous avons pu repartir et rejoindre Nosy-Lava vers 11h.
inutile de vous dire que nous n'avons pas fermé l'oeil de la nuit.
Je m'attendais à trouver ma femme en pleurs, mais dès qu'elle m'a vu elle m'a dit : " Vous êtes sans doute restés à la chasse ,"  comme quoi j'avais tort de m'inquiéter.
en résumé je suis heureux d'être débarrassé d'ANJANGO.
Le retour de la Tsy taitra m'est annoncé pour le 12 ou le 13 courant ;
Je vous quitte en vous serrant cordialement la main.

Signé LUCAIN


(fin page 88)


Suivent une lettre de M. LUCAIN (manuscrite) :

Nosy-Lava le 17 octobre 1960

Cher Monsieur Planchon,

C'est avec joie que je verrai partir l'illustre GILBERT Paul promu commis des douanes. il n'a pas dessaoulé depuis son arrivée ici.En compagnie de ses amis RAMAROSON et de l'adjudant chef  RAKOTONDRASOA , il a copieusement arrosé l'anniversaire de l'indépendance malgache. Le "juteux" a pris une seule cuite magistrale qui a duré du jeudi au dimanche soir.Mais ce matin, pas question  de reprendre le travail; Vous verrez par ailleurs les exploits du Docteur RAMAROSON ( il se fait appeler ainsi).
J'allais oublier de vous dire qu'il y a quelques temps, RAKOTONDRASOA qui s'était cuité la veille a piqué une tête dans mes plates bandes de salades. J'ai bien cru qu'il allait claquer et que j'en serai débarrassé. Je ne lui demande plus rien et le considère comme un figurant.
Je vous remercie d'avoir liquidé BOINAHERY, d'autant plus que l'avertissement que lui a adressé RAMPIRISON lors de la foire d'Analalava ne lui a pas servi de leçon puisqu'il a remis ça à l'occasion  de l'anniversaire de l'indépendance Malgache; Ce gars là est vraiment cinglé.
D'ailleurs je vous serais reconnaissant, si cela vous est possible, de ne plus recruter des Comoriens pour Nosy-lava. Ils sont trop nombreux ici et forment une sorte de coterie.
Lorsque l'un d'entre eux est puni,même pour une faute grave, ils prennent systématiquement sa défense.D'autre part leurs fêtes religieuses et autres sont extrêmement nombreuses ce qui jette une certaine perturbation , les agents non musulmans rechignant pour les remplacer.
Je pense que lorsqu'ils se sentiront en minorité très nette, ils seront moins exigeants.
Au moment où j'allais terminer ma lettre, on me signale que la TSY-TAITRA  vient d'envoyer un message radio et qu'elle n'est plus qu'à quelques kilomètres d'ici.


Je vous serre cordialement la main.

P.S. Sur l'une de mes dernières lettres je vous ai demandé si je devais laisser partir les lettres écrites par le détenus politiques et dans lesquelles ils chantent les charmes d'un séjour à Nosy-Lava.
Le chef de canton d'Analalava pense comme moi que cela vient à l'encontre de l'effet psychologique désiré par le Pt. TSIRANANA . Répondez moi vite sur ce sujet. 





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Enfin, pour terminer, venons en à la question du personnel non permanent.
si ce personnel est non permanent c'est qu'il est provisoire.
Les difficultés et la lenteur du recrutement sont les causes principales de cet embauchage à la journée.
Un de ces employés devait faire l'objet d'une demande officielle de recrutement, RABENANDRASANA Jean.
Le maçon, ancien détenu,  et qui de ce fait ne pouvait être recruté, a été employé pour diriger la construction du tout-à-l'égout qui prolonge maintenant le puisard.
Le saviez-vous ?
Si le service pénitentiaire n'est pas "une entreprise de construction" il n'en reste pas moins qu'il doit faire face avec des moyens limités à la conservation des prisons et à leur amélioration ( construction de douches à Morombé, de réservoirs d'eau, de canalisations, etc...) et que dans de rares cas il es moins onéreux d'engager , pour un temps, un ouvrier qualifié que de s'adresser à une entreprise.....
Je signale que le tout-à-l'égout a été fait uniquement par la main d'oeuvre pénale , sous la direction du maçon ANDRE Marcel, et qu'il comporte, outre une canalisation d'environ 100 mètres de longueur, six regards en béton d'un mètre soixante de profondeur.
A Morondava, j'ai découvert un maçon (bon aide) et un menuisier que le gardien-chef ignorait.
je ne suis pas content de monsieur DAVID qui ne gagne ps à être connu.
Sa devise doit être "pas de vagues".
J'ai constaté que la fouille des détenus à l'entrée et à la sortie n'était pas pratiquée; que beaucoup de condamnés ne portaient pas le costume réglementaire.
Il a demandé une permission de trente jours que je vous ai transmis avec avis favorable.
S'il ne revient pas à Morondava, j'en serais pas fâché.
La majorité des détenus étant, ici, employée à l'extérieur le problème des constructions indispensables sont complexes.
je compte beaucoup, dans les trois mois à venir , sur les transferts pour étoffer cette main d'oeuvre.




......




M. LUCAIN , après quelques jours passés à Tananarive est de retour à Nosy-lava et le 9 février il me rend compte de la situation et le 13 il a encore de sérieux ennuis avec les gardiens et les détenus .


... Nosy-Lava le 9 février :


Je vous demande de me faire expédier le plus rapidement possible les graines nécessaires à l'ensemencement de nos jardins.
Il nous faudrait plus spécialement des graines de petsaï, de choux, de poireaux, d'oignons, de carottes, de salade, de persil, de tomates , etc..;,etc...;
pour notre consommation personnelle nous serions heureux de recevoir des graines de radis.


RAMPIRISON continue à faire des siennes.
Je vais aller à Analalava  dès que j'aurai déblayé le travail en retard et je mettrai les choses au point.
Mais je ne pense pas arriver à grand'chose.
A mon avis le mieux serait de le mettre seul responsable de la maison d'arrêt car je crois qu'il court au devant d'un coup dur et je ne tiens pas du tout à y être mêlé, même indirectement.
C'est un trafiquant né et ni vous ni moi ne l'en empêcherons.
De plus j'ai appris qu'il était parent à EUGENE ( qui entre parenthèses est un fieffé filou) .
GOZIE m'a signalé quelques anomalies qui se sont passées pendant mon absence et que je m'efforcerais de tirer au clair.
Voulez vous demander à PIERRE de nous expédier six robinets de 20 comme les trois qu'il nous a déjà fait parvenir.
ce robinets nous servent à soutirer les carburants.
Il nous en faut à l'atelier et sur chaque vedette.
Comme je le craignais, le volant est resté aux transports civils.
C'est révoltant mais je n'u puis absolument rien.
Vous savez pourquoi.
Je vous demande de faire activer si possible la génératrice du 50ch et de nous l'expédier de toute urgence car si un autre moteur tombe en panne nous sommes fichus.


(Fin page 125)



















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Nosy-Lava le 13 février 1961

Cher Monsieur Planchon ;

Je vous envoie par le même courrier le rapport concernant les deux lettres anonymes accusant RAMPIRISON ET MOUTARI des commettre des atrocités sur les personnes des détenus.
Bien que je ne puisse l'avouer officiellement , je crains fort qu'il y ait une certaine part de vérité dans les accusations portées dans ces lettres.
Je vien d'interroger le détenu INITRIKY Wiliam qui pendant quelque temps, travailla comme bureaucrate sous les ordres de RAMPIRISON.
Il affirme avoir assisté à la raclée infligée au dénommé RAMAHOLARY Edouard , l'instituteur dont je vous parle dans mon rapport.
MOUTARI lui aurait vraiment distribué plusieurs coups de cravache, et ces faits se reproduiraient assez souvent.
Le même détenu confirme également ce que j'ai entendu dire plusieurs fois : RAMPIRISON et MOUTARI s'entendent comme larrons en foire et trafiquent constamment.
Le ciment que réclame RAMPIRISON ne servirait pas toujours à la construction de sa case.Je vais faire une enquête à ce sujet.
Il arrive très souvent, paraît-il, que des amis des deux acolytes reçoivent de la main d'oeuvre pénale gratuite.
Ceci m'amène à vous parler d'un fait dont, pour une fois, je suis absolument certain :
Analalava
Type de femme Sakalave
Le détenu TSIAFINDRA qui s'est évadé il y a quelque temps ( et qui a d'ailleurs été repris) ne couchait pas à la prison ,mais chez son employeur, l'adjoint au chef de district, malgré les ordres formels qu'avait reçu RAMPIRISON à ce sujet.
Celui-ci a pourtant suivi de près l'action que j'ai menée pour que M. PRATI ne bénéficie pas d'u régime de faveur et que son détenu rentre coucher en prison chaque soir.Il ne peut donc prétendre ne pas avoir été averti et a agi en toute connaissance de cause. 
TSIAFINDRA dit qu'il n'était pas le seul détenu à coucher chez son employeur ; le boy du Dr PEYTRAL en faisait autant ainsi que plusieurs autres. Je vais essayer d'avoir confirmation de ces dires.
Je vous serais reconnaissant de donner l'entière responsabilité de la Maison d'Arrêt à RAMPIRISON car il m'est matériellement impossible de le surveiller d'ici.
Dès que j'arrive à Analalava en vedette je suis signalé et lorsque j'interroge les détenus , ils sont trop lâches pur me dire la vérité.Je suis absolument convaincu que RAMPIRISON et MOUTARI vont au devant d'un coup dur et je ne voudrais y être mêlé à aucun prix.Laissons donc ces crabes se débrouiller entre eux, le résultat ne  se fera pas attendre.
comme je vous l'ai déjà dit, je préférerais  avoir 15 ou 200 détenus de plus à Nosy-Lava et ne plus avoir à m'occuper d'Analalava.


Signé LUCAIN

(Fin page 126)


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lettre :
 CONFIDENTIEL de RAINAIVO Joseph
Chef de Poste des Services Pénitentiaires
(Dactylographiée par l' émetteur, reproduite in extenso)


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Tsaratanana , le 13 février 1961

à Monsieur Le Directeur de l'Administration Pénitentiaire

= TANANARIVE =




Monsieur le Directeur,
Avec un grand regret je vous adresse la présente afin de vous permettre d'étudier et régulariser les effets suivants.
Vu l'article 18 du décret 59-I2I  sur l'emploi du personnel des Etablissements pénitentiaires . Il est utile que je vous expose mes cas si délicats ci-dessous.
1° Je vous demanderai que les agents des Services Pénitentiaires n'assureront plus la garde du Bureau Caisse ( Agent spécial).
( Participation à des différentes tournées) recouvrement des impôts, remettre des plis officiels dans les différents chefs lieux de canton.
Pour la bonne marche de service, je vous demanderai d'adresser à tous les Directeurs des prisons des notes pour notification relative à ces sujets.
Car nous trouvons des grandes difficultés pour disposer nos personnels sur le bon fonctionnement de notre service.
En vous signalant que nous avons : Le Poste de la prison et l’hôpital à garder ( Prison : deux agents et à l’hôpital :  un agent).
3° Aucun article du décret 59-I2I prévoit que les directeurs des prisons bénéficient des cessions pénales à titre gratuit? .
Je vous demande combien de détenus ils en ont droit exactement ? " à leur titre fonctionnel" Directeurs des prisons.
A mon intérêt tous Directeurs devront adresser des demandes à la direction SERVPENIT  pour utiliser des détenus  soient pour les entretiens des bâtiments administratifs.
Ils n'ont droit qu'une équipe des corvées tous les dimanches matins.
Soyez surs Monsieur le Directeur, car c'est pour la première que j'interviens à ceux-ci, pour le bon fonctionnement de l'Etablissement dont j'ai une grande part de responsabilité.
Je vous communique ma présente sans respecter la vie hiérarchique administrative, car je risque d'être rancuné.Par contre je suis dans l'obligation de vous signaler toutes ces ordres contraires et abusives, aussi enfin de me permettre conserver un bon rodage dispositif des agents sous mes ordres.
Peur d'être heurté d'une faute grave envers les disciplines de l'Administration pénitentiaire, je suis permis de vous adresser confidentiellement ma présente.
Ainsi, probablement je souhaiterai un jour votre visite ou inspection inopinée en notre établissement; En cas si ma requête ne sera prise en considération je vous demanderai d'être muté dans un poste plus important dans la province de Fianarantsoa.
dans l'attente de vous lire , je resterai toujours à vos ordres, mes salutations distinguées. 


Votre dévoué


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Autre lettre de RANAIVO


Monsieur Le Directeur,

RANAIVOARISON Emile commis-greffier destiné pour notre établissement installé le 9 février 1961 à son poste.
Je vous remercie infiniment d'avoir disposé ce personnel sous mes ordres.
Je vous demanderai selon votre haute générosité de faire sortir s'il vous sera possible ces notes demandées à tous directeurs des prisons, aussitô après la réception de la présente.
En vous signalant que notre directeur possède quatre détenus à sa disposition. C'est pour cette raison que je vous adresse ma présente personnellement et confidentiellement, aussi j'aurais soif de votre inspection inopinée à Tsaratanana pour mettre au point le mécanisme du fonctionnement de notre établissement, surtout pour examiner notre pauvre situation du point de vue bâtiments ( bureaux, logement des agents).
Le gardien-chef est logé dans une seule pièce de 4 m2.
Pour l'amélioration de cette situation, votre visite sera indispensable M. le Directeur ou bien vous enverrez M; M'inspecteur Provincial de Majunga.
j'ai l'honneur de vous rappeler ma demande concernant la bicyclette de notre établissement , laquelle vous aviez déjà notifié à l'occasion de mon passage à Tananarive. Je ne sais pas s'il s'agit d'établir une demande de projet à ce sujet.
En vous remerciant de la confiance que avez bien voulu me témoigner jusqu'ici, je vous prie d'agréer M. le Directeur mes respectueuses salutations et ma très haute considération.
Votre dévoué
Signé par tampon RANAIVO Joseph


Le pauvre Gardien-chef
Subordonné des ordres contraires




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(fin page 128)
































1961 7/ Tenue des gardiens

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.... Nosy-lava le 1er mars.


Monsieur LUCAIN ne me signale que peu de soucis à la maison de force et m'adresse une lettre du gardien-chef d'Analalava relative aux tenues vestimentaires du personnel qui laissent à désirer et devraient être améliorées.
Cette question sera réglée par une lettre du  mars de monsieur LUCAIN au gardien chef et me demande le même jour des mutations du personnel d'Analalava.


..........


Nosy-lava le 1er mars 1961


...J'ai été très étonné de recevoir l'avis de mutation du gardien REMOSA l'affectant dans la province de Tuléar .
Ma lettre N° 10MF/CF  a donc été inutile.
Je ne crois pas que vous vous rendiez compte des répercussions que de tels faits peuvent avoir sur l'esprit du personnel en général.
Enfin, sans doute avez vous des motifs supérieurs qui m'échappent et je m'efforcerai à l'avenir de ne pas être plus royaliste que le roi.
Il n'y a plus aucune raison  pour qu'ISMAËL KASSIM n'obtienne pas satisfaction.
sa veulerie et son incapacité totale le mettent sur le même niveau que son collègue REMOSA.
Je m'attends donc à ce que sa demande soit prise en considération et suivra à la lettre. J'avoue que je ne comprends pas.


... Je vous rappelle que lors de mon passage à Tananarive vous m'avez laissé espérer l'héritage de la voiture que le juge a mise au rencart depuis de nombreux mois et qui ne doit pas s'arranger sous les intempéries;
JACQUI se fait fort de la remettre en état  à peu de frais et je vous assure qu'elle nous rendrait service. Revoyez la question S.V.P.
Bientôt je vous annoncerais officiellement l'achèvement d'un barrage sur la rivière de Nosy-Lava.
Alors que jusqu'à maintenant toute l'eau  douce qui tombait à la saison des pluies partait à lamer, notre rivière atteint actuellement deux mètres cinquante de profondeur. Cela nous aidera à la saison sèche.






........




Le gardien-chef d'Analalava à Monsieur le Directeur de la maison de Force de Nosy-Lava.

Afin de nous permettre de suivre rigoureusement la réglementation en vigueur citée dans la récente circulaire, j'ai l'honneur de vous adresser la présente à l'effet de vous exposer ce qui suit :
1° 
Les agents de police placés sous mes ordres se plaignent souvent de ce qu'ils ne sont pas en possession d'une tenue correcte et réglementaire, l'ancien effet d'habillement reçu depuis étant désormais en état tout à fait non présentable.
2° 
Quant aux agents relevant directement du service pénitentiaire, ils en sont bénéficiaires, mais n'ont rçu chacun qu'une culotte kaki, une chemise, une paire de chaussures te un bas sport.
En tout état de cause chaque agent devrait avoir au moins deux complets  , ceci pour le mettre en disposition d'avoir toujours un équipement convenable, en cas de nécessité de service, quand l'autre tenue se trouve en l'état d'être lavée.
de plus, pour la raison sus-citée, Analalava étant considérée comme ville de mouvements, ou bien des fois des autorités supérieures passent et peuvent mener une visite à la prison il arrive avec regret que tout agent de service  ne soit pas en mesure de porter la tenue tant désirée.


Je tiens à vous signaler qu'un parfait état n'aura pas lieu tant que les démarches effectuées n'aboutissent pas à de bons résultats.
En conséquence, pour tous ces faits précités, je vous sollicite de bien vouloir étudier et prendre toutes dispositions nécessaires afin que tout le personnel puisse être doté d'un effet d'habillement , tout complet.


( Fin page 129)


Nosy-lava , le 7 mars 1961
Maison de Force
de
Nosy-Lava


Le directeur de la Maison de Force
à Monsieur le gardien-chef
d'Analalava

J'ai bien reçu les trois lettres des agents SAADI M'SILIE,MOUTARI Ferdinand, et ESOLOPO, adressées sous mon couvert à monsieur le Directeur de la Sécurité nationale, afin de lui réclamer des effets d'habillement prétendant que je leur ai affirmé qu'ils ne toucheraient rien du service pénitentiaire.
Je m'inscris en faux contre une telle assertion car la réponse qu'on me prête est erronée et les auteurs des trois lettres précitées le savent pertinemment.
La réponse que j'ai faite aux agents SAADI M'SILIE et ESOLOPO est la suivante :
"Je n'ai aucune instruction  concernant votre cas et n'ai pas pour l'instant de tenue à vous donner, mais je vais demander à Monsieur le Directeur de l'administration pénitentiaire comment solutionner cette question"
Ma lettre datée du 8.2.1961 portait le ° I6I/MF et indiquait les effets qui m'étaient nécessaires.
Le 14 février, c'est à dire 6 jours après l'expédition de ma lettre,  je recevais de M. PLANCHON le T.L.O. N° 1224-JU/SAF dont voici la teneur :
"Ref votre lettre I6I/Mf du 8.2.1961


Vous fait expédier par prochain camion via Majunga la commande contenue dans la précitée :
8 paires de chaussures
8 tenues kaki
8 chemise manches longues kaki
8 chemisettes kaki
8 shorts kaki
8 casquettes gabardine kaki


Ces effets sont destinés à l'habillement des agents de la sécurité mis à votre disposition;
Veillez m'en accuser réception.


Pour le Garde des Sceaux Ministre de la Justice
Le Chef du Service de l'Administration Pénitentiaire

signé M PLANCHON
"

(fin page 130)


Comme vous le voyez, nous sommes loin de ce qu'assurent vos agents dont la mauvaise foi est évidente.
Je vous demande de faire preuve à l'avenir de plus de circonspection avant de me transmettre de telles inepties.
M. RAKOTOMANGA , greffier-comptable  m'assure avoir fait à l'agent MOUTARI la même réponse que celle  que j'ai faite aux deux autres quémandeurs.
Vous m'affirmez par ailleurs que les gardiens du service pénitentiaire affectés à Analalava n'ont reçu chacun qu'une culotte kaki , une chemise kaki, une paire de chaussures et une paire de bas sports.
Je me demande quel intérêt vous avez à écrire de tels mensonges car vous n'êtes pas sans savoir que ce que vous affirmez est absolument faux.
Vos agents ont touché les mêmes articles que leurs camarades de Nosy-Lava  et votre façon de les poser en victime est ridicule.
Afin de vous rafraîchir la mémoire,  je vous ai fait établir un relevé que je certifie exact et que vous pourrez vérifier si le coeur vous en dit, de tous les effets d'habillement perçus par votre personnel ainsi que la date de chaque distribution.
......




Vous trouverez ci-jointes trois lettres émanant de trois agents de la sûreté actuellement affectés à Analalava et qui m'ont été transmises par RAMPIRISON.
Ceci   est évidemment un coup monté entre tout ce beau monde et c'est ce qui explique la sécheresse de ma lettre à RAMPIRISON.
Je vous serais infiniment reconnaissant de me débarrasser de ces trois indésirables dans les plus brefs délais, soit en les remettant à la disposition de la Sécurité, soit en les affectant le plus loin possible d'ici.
Le départ de MOUTARI romprait son association avec RAMPIRISON dont les habitants d'Analalava parlent de plus en plus.
Comme je l'ai spécifié sur le bulletin individuel de SAADI M'SILIE, cet individu a un caractère impossible  et a la folie de la persécution; Je suis persuadé que c'est lui qui a poussé les deux autres à rouspéter, encouragés par RAMPIRISON qui lui a promis son appui. ESOLOPO est un salopard né , doublé d'un ivrogne. A dégager également.
Puisque nous parlons de mutations , je m'étonne que vous preniez à coeur ce que je vous ai dit concernant l'ignoble REMOSA
Lorsque je vous écris ainsi, c'est à Monsieur PLANCHON que je me confie et non à Monsieur le Directeur de l'Administration Pénitentiaire.
je suis convaincu que vous êtes de mon avis et j'éprouve une certaine satisfaction à vous exprimer mon dégoût car je sais que vous me comprenez.
mais en toute franchise je suis certain que si vous m'aviez écouté et que si REMOSA s'était retrouvé à Diégo au lieu de Tuléar, personne ne serait intervenu en sa faveur.
Et si un tel exemple se produisait une bonne fois,  les éternels mécontents y regarderaient de près  avant de demander leur mutation.
L'avenir vous prouvera que ce que j'avance aujourd'hui est pesé et raisonné.
Il faut vivre avec ces salauds la pendant des mois et des mois comme je viens de le faire, pour les connaître à fond.
La mutation de REMOSA pour Tuléar était à peine accordée que déjà ses semblables criaient victoire.
Venant immédiatement après celle de LENDA , tous les espoirs des amateurs de mutations pour le sud se réveillent.
Il y a très peu de temps , MONTSA Vincent obtenait gain de cause lui aussi.
Pourquoi  les quelques "sudistes" restant à Nosy-Lava  ne demanderaient-ils pas à rejoindre la terre de leurs ancêtres ( car ne vous en déplaise c'est ainsi qu'ils s'expriment).






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