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Ny teny marina hoatra ny fia-pary, ka na lava aza, tsy lany hamamiana :
Les paroles vraies sont comme la canne à sucre que l'on mâche: quoiqu'elle soit longue,elle est douce partout.
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1959 8/11 Fin des congés en métropole; béribéri

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Le 20 septembre 1959
retour à Tananarive en fin de congés en métropole.
Fin des intrigues


Ajouté par mes soins


Et le 12 septembre JUPPEAU et WILLMANN m'écrivent pour me faire connaitre toute leur joie et celle du personnel à l'annonce de mon retour.


..... (WILLMANN)

Enfin la nouvelle tant attendue est arrivée. 
Vous serez parmi nous dans huit jours, la joie est immense au bureau. Chacun se sent revivre . Si votre avion arrivait un jour de congé tout le personnel aurait été au terrain. Malheureusement nous ne pourrons pas tous abandonner le service en même temps . Quant à moi tant pis pour qui mal y pense, rien ne me retiendra. Je viendrai avec l'ami JUPPEAU qui est de retour de Nosy-Lava . quand j'ai annoncé votre arrivée au bureau, le personnel a sauté de joie : on aurait dit de grands enfants attendant leur père qu'ils croyaient ne plus revoir. Enfin vous jugerez vous-même ce que j'avance , nous avons gagné la bataille.




..... ( JUPPEAU)


M. WILLMANN m'a donné hier soir connaissance de votre lettre.Entendu nous vous attendrons au terrain. Je suis heureux de ce dénouement  mais l'alerte a été chaude.Je suis toujours logé dans votre case, mais en principe je dois déménager le 17, date où les bâtiments civils devront avoir terminé les réparations.
.......


************************
Quartier de Tananarive

Me voici donc de retour à Tananarive pour reprendre mon poste.


Et c'est le coup de la province de Tuléar de tomber sous le coup de ma réorganisation.
Le 24 septembre le gardien-chef CADY , que je nommerai plus tard 
inspecteur provincial, m'envoie la lettre suivant où quelques anomalies graves sont mentionnées :

......

J'ai appris avec un réel plaisir par l'ami RAPHAEL votre tout récent retour à Madagascar ....
Pour faire face aux nombreuses questions en suspens vous ne devez pas manquer de pain sur la planche.
Quartiers de Tananarive :
Andravoahangy
et
Anjanahary
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt dans l'A.F.P. du 15, la note remise dernièrement aux députés par le ministre de la justice et relative à la réforme projetée de l'administration pénitentiaire. C'est bien ce que vous m'aviez exposé  lors de mon passage à Tananarive en mai dernier.
Nul plus que me  ne souhaite voir aboutir rapidement cette réforme si nécessaire et je pense que votre retour y contribuera efficacement.réellement cette réforme s'impose et je crois qu'il y a intérêt à ce qu'elle voit le jour au plus vite.
Dans la province de Tuléar ( pénitentiairement parlant)  la pagaye complète, erreurs et abus dans l'emploi de la main d'oeuvre pénale continuent comme par le passé.
L'autorité provinciale qui décide de ces questions , se montre réfractaire, sinon hostile, à toute réorganisation d'un système qui a tant profité à certains jusqu'à présent et qui viendrait chambarder les habitudes "du bon vieux temps" .
(Cette autorité, un "en-chef" bien entendu, vient d'être avisé que Madagascar se passera dorénavant de ses services).
En dépit de mes suggestions, cette personnalité n'a jamais voulu organiser un contrôle  et une coordination des prisons dans la province.
Pourtant la situation dans les prisons  de districts est lamentable  depuis que les fonctions de gardien-chef ne sont plus assurées par les gendarmes.
On sent un flottement général;
Les nouveaux gardiens-chef ne connaissent pas l'A.B.C.  de leur métier et semblent ignorer avec la plus grande désinvolture l’arrêté du 12 avril 1954 qui nous régit encore actuellement. les dossiers ne sont pas, ou mal constitués et il est fréquent de voir arriver à Tuléar des détenus  transférés d'une prison en brousse sans qu'aucune pièce les accompagne; on se content de les remettre à un garde d'escorte.
La corruption règne et c'est ainsi que dans certaines prisons ne sont admis à sortir au travail ( et quel travail) à l'extérieur que ceux des détenus pouvant payer une dîme  au gardien-chef et on assiste à cette situation paradoxale que ce sont les prévenus ( dont la famille peut les alimenter en espèces)  qui sortent en corvées extérieures alors que les condamnés, dont les ressources pécuniaires se sont taries à la longue, qui gardent la prison.
......


Le temps prescrit et j'ai demandé au ministre de la justice de nommer inspecteur de la province de Tananarive un de mes camarades de l'administration générale d'outre-mer, monsieur VERGNOLE  .
Il me seconda efficacement pendant toute la durée de mes fonctions.Installé dans la capitale auprès de moi, nous n'avons jamais échangé de correspondance personnelle car tout se règle de vive voix et administrativement.Son action fut très efficace pour régler des problèmes locaux dont j'aurai l'occasion de reparler.
La maison d'arrêt de Tananarive était difficile à gérer.Il y avait le quartier des hommes et celui des femmes.
Des détenus politiques avaient des relations directes avec la population  et quelques fois même par l'intermédiaire des gardiens.Ils entretenaient un règne de soulèvement permanent.
Les provinces de Fianarantsoa, Tamatave et Diégo ne posaient pas de problèmes particuliers. J'étais assuré d'un soutien loyal des chefs de district et petit à petit je devais assurer la relève du personnel de la police par du personnel de l'administration pénitentiaire.
Riz et béribéri
De la maison de force de Nossi-Bé le gardien chef m'adressa le 22 septembre une lettre assez inquiétante concernant une légère rébellion des détenus qui protestent contre les restrictions de riz consécutive à une épidémie de béri-béri .
Dans la lettre ci-après il expose les mesures prises et cette mauvaise humeur n'aura pas d'autre suite :


.......

Il est porté à ma connaissance qu'une lettre aurait été adressée à monsieur le président de la république pour protester contre le régime alimentaire qui serait, parait-il insuffisant à la maison de force.
 Voici je pense, les raisons qui ont motivé l'envoi de cette lettre, si lettre il y a eut :


Le 11 septembre 1959 monsieur le médecin inspecteur CAILLE  est venu me signaler que plusieurs malades étaient atteints de béri-béri .
 Il m'a demandé de supprimer le riz pour ceux-ci et de diminuer de moitié pour tous les autres détenus.
 Pensant que cette mesure serait défavorablement accueillie par les détenus en général, j'ai demandé au docteur  de leur parler et de me remettre en écrit ses prescriptions, ce qu'il a fait sans difficulté.


Les 12 et 14 septembre j'ai diminué de moitié la ration de riz.
pour simplifier les distributions et faciliter la comptabilité j'avais décidé qu'à partir du 16  la ration normale de riz serait  distribuée un jour sur deux.
Fruits dont papayes ....
Bien entendu la suppression de riz devait être compensée par la distribution d'autres denrées ( manioc, légumes verts, fruits).
Le mercredi 16 les détenus ont refusé le repas du soir.
 J'ai du les rassembler dans la cour pour leur expliquer à nouveau les raisons de ce changement de régime momentané  prescrit par le docteur et dans leur intérêt.
Ils m'ont dit qu'ils voulaient du riz et non des légumes européens ( carottes, navets, poireaux ) que je leur proposais.
j'ai informé de cette situation monsieur le médecin inspecteur qui m'a demandé de donner du riz chaque jour aux détenus non béribériques  mais de baisser leur ration à 400 grammes et d'y ajouter en compensation manioc et légumes verts de façon à éviter les inconvénients nutritionnels de la nourriture rizée exclusive, c'est à dire l'apparition de nouveaux cas de béri-béri.
pour les malades il m'a demandé que le riz soit considéré comme un véritable poison et leur a expliqué à chacune de ses visites.
Si une lettre a réellement été envoyée à monsieur le président de la République elle a été vraisemblablement  inspirée par un meneur que je m'efforce de découvrir.
De nombreux détenus m'ont dit qu'ils appréciaient la distribution de fruits et de cresson.
 L'instigateur de la lettre pourrait être un agent de police car le magasinier ( agent TONGALEVA ) me tient souvent ce langage quand chaque matin , j'assiste au pesage des denrées : "Les agents aussi aiment le manioc , le cresson et les fruits.
Avant nous avions du manioc et les détenus n'avaient jamais ni cresson  ni fruits, c'était pour nous". 


J' accueillerai avec plaisir la mutation de l'agent magasinier TONGALEVA si vous croyez devoir l'envisager.
 .....


Ce désir fut exaucé.
....

A Nosy-Lava dans sa lettre du 24 septembre, madame LUCAIN semble assez déprimée et surtout se plaint des gens d' Ananalava qui sont indifférents et leurs plus proches voisins sur la côte ouest de la grande terre. Mais avec son mari ils ont le moral malgré tout et demandent que le ravitaillement en légumes frais soit amélioré.


Le 28 septembre, monsieur AUDRAIN ne me parle plus du mécontentement des détenus  et le même jour monsieur MATHEI semble être un peu plus confiant dans l'avenir de Majunga.


.......


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1960 1/28 TULÉAR

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1960
Début du premier trimestre.


Jeux sportifs de la Communauté Française
13 au 19 avril 1960
avec M. Maurice HERZOG
Cette nouvelle année sera une épreuve décisive pour monter mes capacités à tenir les fonctions qui m'ont été confiées.

Temple à Tananarive
La réorganisation commencée va se poursuivre avec acharnement.

M. RAKOTOMALALA vient d'être affecté à l'administration pénitentiaire pour être mon adjoint.

La création de fermes et de jardins va s'intensifier dans tous les établissements pénitentiaires.

A cet effet je suis aidé et soutenu par mon adjoint René JUPPEAU très qualifié dans l'agriculture  et par tous les inspecteurs provinciaux qui me sont très dévoués ainsi que par quelques chefs de districts.
mais les difficultés sont toujours grandes.

Cathédrale Fianarantsoa
C'est ainsi que le 7 janvier M. LUCAIN m'adressait la lettre suivante :

... Je reconnais qu'à deux reprises je vous ai dit de ne pas vous alarmer mais avouez que depuis ce temps là , la fièvre a monté et que les esprits ce sont échauffés.
La propagande politique pénètre jusque dans les camps des détenus, à propos, je vous remercie pour la note que vous m'avez envoyée concernant les offices religieux.
Elle m'aidera beaucoup pour freiner les abus. J'ai fait traduire l'article 54 au pasteur, mais votre note produira plus d'effets.
Au sujet de l'ivrogne ESAROTRO , la Sécurité Générale a pris l'affaire en mains.Je crois que je serai rapidement débarrassé de cet indésirable : je vous tiendrai au courant. 
Si cet agent ne figure pas sur la liste que je vous ai donnée c'est qu'il ne s'était encore jamais mis dans cet état devant moi.
 J'ai vu au J.O. du 19 décembre 1959 que je pouvais vendre de la nourriture au personnel.
Ils me réclament tous du riz car ils n'en trouvent plus à Analalava . 
Malheureusement il me sera impossible de leur en céder pendant longtemps encore, puisque j'arrive difficilement à honorer la ration des détenus. 
Les 10 tonnes de paddy que je viens de recevoir  n'iront pas loin.
La nomenclature des pièces à fournir subissent de grands changements  je présume que vous allez nous faire parvenir les imprimés nécessaires sans tarder.
Quand pensez-vous pouvoir commencer le recrutement des nouveaux gardiens et me débarrasser enfin des brebis galeuses. J'étais fermement convaincu qu'à partir du 1er janvier 1960 , vous seriez libre de remettre n'importe quel agent à la disposition de la Sécurité Générale et de le remplacer par un gardien. Un commencement d'exécution créerait immédiatement une meilleure ambiance à la maison de force. 
Nossi-Bé
et
Île Sainte-Marie
(cliquez droit)
L'inspecteur RAMBELOSON a deux enfants malades et hospitalisés.
Il demande 15 jours de permission qu'il m'est difficile de lui refuser.
je m'inquiète de ne pas voir venir son remplaçant car si RAMBELOSON part vraiment  le 1er février il n'aura pas le temps matériel de mettre son successeur au courant.
BATOU qui fait fonction d'aide-greffier est une nullité doublée d'un ivrogne.
Sainte Marie
RAMBELOSON est véreux jusqu'au trognon, mais si vous ne pouvez pas faire faire l'enquête que je vous ai demandée, je préfère laisser tomber,car, malgré toutes les preuves dont je dispose, je ne suis pas sur d'avoir raison si l'affaire est mise entre les mains de la Sécurité Générale.
Je donnerais cher pour en être définitivement débarrassé .
Comme je vous l'ai déjà dit, il a toujours trafiqué avec les détenus.
Déjà à Sainte Marie il a été le héros de quelques coups fumants .Il y a quelques jours, un prisonnier est venu se plaindre qu"ayant eu besoin de mille francs il à emprunté  cette somme à RAMBELOSON  et lui a remis en gage une bague d'une valeur de 12.000 francs. aucun papier n'ayant été signé, RAMBELOSON  ne veut rien entendre pour la lui rendre. Comme GESLIN il fournit de quoi boire et fumer aux détenus, moyennant finances bien entendu.
Mélia
Je sais qu'il vend le vin à 150 francs le litre ( il le paie 105) et les cigarettes Mélia 65 francs au lieu de 45.
A l'occasion du 1er janvier , il a vendu des canards à 4 ou 5 détenus, à raison de 200 francs pièce, alors que les mêmes sont vendus de 125 à 150 à Analalava .
C'est la femme d'un agent  à laquelle RAMBELOSON a refusé de céder un canard au cours normal qui a dévoilé le pot aux roses.Interrogés les prisonniers ont confirmé sa déclaration.
Comment pourrais-je punir ces derniers, alors qu'un inspecteur greffier-comptable ne respecte pas le règlement .


(Fin page 39)


Il y a quelque temps, un détenu surpris alors qu'il transportait un bidon de 5 litres d'huile prélevée sur la ration de ses camarades , m'a avoué que RAMBELOSON était son meilleur client. Quand je vous aurai dit que notre greffier mène une campagne acharnée contre le président TSIRANANA  qu'il ne trouve pas assez anti-français, qu'il a voté NON au référendum, vous comprendrez pourquoi je me méfie de lui
.Je crois qu'il ne serait pas inutile que vous le signaliez à certain commandant de nos amis.


........


Antandroy
M. CADY se prépare à quitter TULÉAR  et un nouvel inspecteur provincial sera nomme.
Voici quelques passages de sa lettre du 15 janvier :

.......

Ça marche, ça marche  même presque trop bien, en ce sens que je suis pris dans un engrenage que j'ai déclenché et que je suis "noyé" dans la paperasse qui arrive de toutes les prisons.
réellement ce n'est pas possible de continuer ainsi .
la maison centrale suffit à occuper un homme , faire aussi l'inspecteur provincial  quand on travaille pratiquement seul devient un tour de force.
A part un détenu je n'ai personne capable de m'aider et il y a 23 prisons dans le province.
Pas d'adjoint, pas de greffier-comptable .... C'est dur .
MARIGNY viendra-t-il bientôt ?
Je souhaite lui passer une partie de mon fardeau.
Je rentre de Fort-dauphin où la situation n'est pas mauvaise.
STEFANI m'a dit qu'on avait promis de le nommer à Tuléar ?
Il m'a fait bonne impression, il est plein de bonne volonté et il vaudrait peut-être mieux un "vazana" à Tuléar plutôt qu'un "gache" comme gardien-chef.
Mais la situation de cet homme est lamentable. Il est père de 4 enfants. Il gagne 23.000 francs par mois et ne perçois rien pour ses gosses. Il aimerait rester gardien-chef mais on lui offre 45.000 et logé à la voirie de Fort-Dauphin. Si vous ne lui donnez pas l'équivalent il va nous lâcher et ce serait peu^-être dommage car c'est un homme intelligent et instruit dont le juge et le chef de "circauto" m'ont dit beaucoup de bien.


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1960 2/28 Fort-Dauphin





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Je vous rendrai compte dans mon rapport que je vous adresserai sur mon passage à Fort-Dauphin de l'intention  du chef de la "circauto" de partir en guerre  contre notre décret lors du passage proche du président TSIRANANA.
Ce monsieur qui qualifie cette réforme de grotesque épouse à fond les revendications des chefs de district de Bétroka et d'Ambovombé et se fait fort d'obtenir des réformes qui leur remettront en main la disposition des prisonniers qu'ils prétendent ne pas pouvoir payer.
Je crois qu'ils tentent une épreuve de force et j'espère que vous allez tenir bon, M. FOURNIER et vous pour ne rien changer à une réforme qui s'annonce bien, les demandes  de cessions arrivent de partout.
Fort-Dauphin
J'ai encore des ennuis avec le co-divise qui voudrait me passer la liquidation des crédits  ( provinciaux) de l'exercice 1959 dont la situation est fort embrouillée et en gros dépassement.
Fort de la lettre du ministre qui précise  que je ne serai liquidateur que pour l'exercice 1960 , j'ai refusé tout net. Ce monsieur fait pression sur moi en fonction de son grade supérieur au mien dans la police. Je ne me laisserai pas faire et je vous demande de me soutenir à ce sujet. C'est à lui qu'il appartient, à mon sens, de clore un exercice budgétaire dont il est liquidateur et atout à fait à une certaine époque pour que je ne sois pas.
...




Puis le 3 février, M. MATHEI, dont je n'avais eu qu'à me louer,mais dont le comportement entraînait une levée de boucliers venant de tous les horizons fut nommé  inspecteur pour la province de Fianarantsoa et un intérim le remplaça à Majunga.
 A Tuléar il y avait également quelques difficultés. Ces situations font l'objet des deux lettres ci-après :

...

(fin page 40)


.... (M. MATHEI)

Faisant suite à notre conversation téléphonique du 2 février, j'ai l'honneur de vous demander de bien vouloir reporter d'une semaine mon départ de Majunga pour Fianarantsoa, via Tananarive, c'est à dire du dimanche 14 au dimanche 21 février.
Je désire en effet, tout d'abord pendant ce court laps de temps ( mais peut-être suffisant) exécuter les licenciements indispensables  pour ramener l'effectif total des agents  du service pénitentiaire ( y compris les agents de police qui servent  à la maison centrale de Majunga et les agents du service pénitentiaire qui jusqu'au 31 janvier émargeaient au budget des T.P.) à 240, comme je m'y suis engagé.
D'autre part il me faut non seulement passer les consignes ( déjà compliquées dans une province presque inorganisée) à mon intérimaire, mais encore le mettre au courant de la marche à suivre pendant mon absence , enfin de lui donner toutes directives utiles pour lui éviter les heurts avec les autorités et, plus simplement, pour la régularité du service.
Il y a aussi cette question de local que j'espère pouvoir résoudre sous peu grâce à la bienveillance et l'amitié de monsieur le docteur RAKATOVOARIVOANJANAHARY , contrôleur général et maire de Majunga,qu'il me témoigne que je lui rends bien ( mon dévouement est toujours fonction de l'affection et de la confiance que l'on veut bien m'accorder).
Je ne lui ai pas parlé de ma mutation car je ne suis pas du tout certain que ce qu'il ferait pour moi il le ferait pour Paul, Jacques ou Jean  et je suis même persuadé du contraire.
Lorsque je lui parlerai de cette mutation, car je serai bien obligé de le faire, je lui dirai la vérité c'est à dire  que ce n'est pas un remplaçant qui vient à Majunga mais un intérimaire et que je ferai la navette  entre Fianarantsoa et Majunga tous les deux mois environ ........
Il y a un grand nombre d'agents du service pénitentiaire à renvoyer  mais aussi il y en a qu'il  faut impérativement garder   car nous devons tous penser à la France.
Or je me flatte (je suis bien le seul à le faire hum ! hum !)  d'avoir engagé une majorité d'agents qui pensent français.
Dans cet ordre d'idées j'ai constitué à Marovoay , un petit groupe sur lequel il est possible de compter en toutes circonstances.......
Prendre la province de Fianarantsoa dans les conditions que je connais ne me complaît guère, je dois bien l'avouer et vous vous en doutez mais, bah !, le père MATHEI est bien seul à pouvoir débrouiller la situation ce qui, entres parenthèses, lui fait tout de même plaisir car il pense, il espère, que l'on voudra bien lui laisser  dans la légalité les mains libres comme monsieur ALEXANDRE l'avait fait lorsqu'il était chef de province à Majunga .




........ ( M. CADY)

Je viens de recevoir de MARCURIGNY , une lettre qui m'a profondément déçu et c'est un peu un S.O.S. que je viens lancer aujourd'hui.
Votre dernière lettre m'annonçait son arrivée  et la votre, pour les premiers jours de février.
C'était très bien ainsi et je m'en réjouissait .J'aurais eu le temps de mettre mon remplaçant au courant et de lui passer le service ......
Je mène depuis deux mois une vie de chien au bureau jusqu'à 20 heures et plus de sieste par 35° à l'ombre ce n'est pas idéal.Je ne sais pas si vous vous en rendez bien compte  mais je vous dis franchement qu'il n'est pas possible à un homme seul de cumuler plus longtemps les fonctions de gardien-chef et d'inspecteur : un inspecteur qui n'inspecte rien parce que trop pris par le bureau ;  ce n'est que grâce à une pratique du métier que j'ai pu "étaler" jusqu'à présent mais je suis  débordé.
Au bureau de la maison centrale je n'ai comme secrétaire  valable qu'un agent-greffier qui ne connaît rien d'autre que ses registres d'écrou ....
Je fais le greffier comptable et je dois avoir l'oeil à tout, le niveau intellectuel des fonctionnaires  du sud est bien inférieur à celui des autres régions. Je sais pertinemment que mes collègues gardiens-chefs  ou directeurs des maisons de force sont beaucoup mieux partagés. 
Coté inspection, il y a l'inspecteur et  .... pas grand'chose ! une vieille machine prêtée par la province et deux ou trois détenus vaguement lettrés qui entassent au petit bonheur les pièces venues des 23 prisons de la province .


.....


(début page 42)


Et il y a certainement la liquidation des crédits, sans comptable.
J'ai déjà passé quelques agréables soirées à essayer d'établir la répartition  entre les différentes prisons, je n'ai pas terminé et cependant  les pièces comptables commencent à affluer.
Dans ces conditions je me demande comment je vais en sortir !




La situation était don très délicate, tant à Majunga qu'à Tuléar . Je réussis cependant à calmer les esprits en procédant à quelques mutations et le 9 février je recevais  une nouvelle lettre de M. CADY , alors en inspection à Morombé et il me rendait compte de sa visite dans les termes suivants :

Je vous ai adressé par le courrier d'hier une demande d'emploi en tant que secrétaire-comptable formulée par M. CAPDESSUS ; l'avis très favorable que je lui ai donné n'est pas un avis de complaisance ( genre avis RAKOTOMALALA   pour qui j'ai eu la main un peu forcée par le secrétaire de ....
CAPDESSUS TIENT TOUTE LA COMPTABILITE , et la paperasserie de la brigade, dans ce domaine c'est un as qui serait précieux pour l'inspecteur qui , avec cet homme au bureau, pourrait alors vraiment inspecter.
Si son recrutement est possible aux conditions qu'il demande  je vous conseille vivement de mettre le grappin dessus , ce sera une bonne affaire.
Par contre je sais maintenant que le nommé RAKOTOMALALA est criblé de dettes  ( plus de 100.000 francs) et a trafiqué avec les fournisseurs de la commune dont il gardait les factures en instance de liquidation si les intéressés ne lui graissaient pas la patte pour en activer la liquidation.


....


Une histoire quelque peu comique me fut également adressée par lettre venant de Morondava.
Je ne peux résister au plaisir de la reproduire in-extenso :

....

(fin page 42)


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1960 4/28 Le valakira, pêcher avec la marée.

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Il est intéressant de lire les nombreux travaux de toute sorts qui sont réalisées à Nosy-Lava et exposés dans la lettre du 11 février.
Poissons et crevettes
Crevettes
Il est bon de préciser que le valakira est un piège à poisson et qui a été réalisé dans une partie de la baie où la marée est très grande : plus de deux mètres de hauteur.
A quelque cent mètres du rivage j'avais donné l'autorisation de faire une enceinte faite de grillage et fermée jusqu'à la terre.
A marée haute la mer montait au-dessus du grillage et à marée descendante elle repartait pat les trous du grillage laissant sur place les poissons très nombreux dans la région.
Lorsque la marée était complètement basse, il n'y avait lus qu'à les ramasser sur le sable.
On pouvait aisément "récolter" 200 kg de poissons, ce qui améliorait la nourriture des détenus et même a permis quelque fois d'en donner aux établissements pénitentiaires de la grande terre.
par ailleurs l'emploi gratuit de la main d'oeuvre pénale me causait bien des problèmes.Jusque là, les fonctionnaires et quelques autres utilisaient gratuitement des prisonniers en qualité de boy, de cuisinier ou autre domestique.
En accord avec M. le Ministre je décidais que dorénavant cette main d'oeuvre ne serait accordée que sur paiement de 75% du salaire d'un ouvrier.
Je ne voulais pas la supprimer, car elle permettait aux meilleurs de préparer leur réinsertion mais j'estimais que les employeurs devaient participer aux dépenses obligatoires des prisons ( logement, nourriture, habillement, gardiennage, etc....).
Cette décision fut pas appréciée de tous et à  Nosy-Lava d'abord, et dans toutes les provinces ensuite ce fut un tollé.
Mais après sept à huit mois cette façon de procéder fut admise.
Voici quelques extraits de la lettre du 11 février de M. LUCAIN :


......


Je me félicite d'avoir fait faire des kilomètres de canaux de drainage partout où nous avons défriché et mis en culture ( à peu près quatre fois la superficie qui existait).
Grâce à cela et à l'élargissement de la rivière les dégâts ont été insignifiants .


Canne à sucre
Pourtant le maïs a l'air de souffrir de l'excès de pluie.D'après les anciens d'ici, il a été semé beaucoup trop tard, ce qui doit être exact puisque celui que nous avons semé cinq semaines plus tôt est devenu magnifique.


Nos essais de canne à sucre donnent des résultats surprenants et nous allons en intensifier la culture.
Le valakira fonctionne à merveille pour l'instant et nous faisons des pêches miraculeuses.
Cela ne durera peut-être pas d'un bout de l'année à l'autre , toujours est-il que le grillage est payé" depuis longtemps.
Je viens de faire installer un séchoir , et lorsque nous aurons une certaine réserve de poissons salés et séché, je pourrai vendre le surplus de poisson frais.
Les détenus aiment autant le poisson que la viande, ce qui m'a permis de les nourrir de façon satisfaisante , bien que je n'ai pas encore reçu la caisse d'avance de janvier.
D'ici peu je vous ferai parvenir un rapport complet  des travaux effectués depuis votre dernier passage. Vous verrez que nous ne chômons pas, puisque m^me les dangereux travaillent. Je viens de leur faire faire une route permettant l'accès à la plantation de canne à sucre.
Bananes
A la ferme, en dehors de la porcherie qui est terminée, j'ai fait faire un poulailler dans le genre de la canardière , avec une case pour le détenu qui est chargé de la surveiller.
La maison en dur où habitera l'agent responsable de la ferme est, elle aussi, à peu près terminée.
J'ai fait planter au moins deux cent nouveaux bananiers qui poussent très bien.Lorsqu'ils produiront je n'aurai aucun mal à vendre les régimes.
L'interdiction aux fonctionnaires d'employer de la main d'oeuvre pénale  gratuite a provoqué un tollé général.Le juge, entre autres,  se montre assez virulent. Il ne manque pas de me faire de petites vacheries chaque fois que l'occasion s'en présente.pourtant comme vous le savez, je n'y suis pour rien.
Lors du dernier passage de la commission de surveillance, M. le juge de section, en tant que président de ladite commission, a établi un P.V. de visite.
A l'article 3 il est dit :
"Travail insuffisant pour un grand nombre de détenus"


(fin page 46)






Je me demande comment M. le juge peut affirmer de telles choses, puisqu'il ne m'a jamais demandé quels étaient les travaux en cours et qu'il m'a refusé de les visiter lorsque je lui ai proposé.Cette assertion me fait bondir, car je suis certain de tirer le maximum de rendement des prisonniers, surtout avec le peu de personnel dont je dispose.J'ai été sur le point de lui répondre comme il le mérite, mais j'ai craint que vous me désapprouviez.
Afin que vous vous rendiez compte du ton employé par le monsieur,,je vous joins une autre de ses âneries.Je serai heureux que vous me disiez ce que vous en pensez.
Lorsque la commission de surveillance doit venir à Nosy-Lava, je reçois l'ordre de mettre la vedette  à sa disposition, tel jour, à telle heure.
D'après les récentes instructions  du ministère des finances, est-ce bien régulier , 
La vedette de la maison de force étant le seul moyen de communication avec la grande terre, il me semble qu'il serait plus logique que le district assure le passage de la commission.


...... LE JUGE DE LA SECTION D'ANALALAVA ......:


"
J'ai l'honneur d'attirer votre attention sur la situation des détenus  employés sur la vedette de votre établissement, les nommés LUDOWSKY et RANDRIANABOLO Stanislas.
Il es désirable que ces individus ne traînent pas en ville  lors du passage de la vedette à Analalava. sauf nécessité de service particulière dont vous voudrez bien me tenir informé, ils devront se présenter des leur arrivée au gardien-chef de la maison d'arrêt .....


... Nota de M. LUCAIN ... :


Jamais ces détenus ne traient en ville.
LUDOWSKY se rend parfois à la gendarmerie pour se mettre en rapport avec le radio  et discuter des dispositions à prendre concernant leur travail commun. En ce qui concerne RANDRIANABOLO Stanislas qui est mécanicien de la vedette, il y a des années qu'il aide le vaguemestre à faire les courses et jamais il n'a commis la moindre sottise. Je comprends mal pourquoi M le juge a attendu jusqu'à ce jour pour le trouver dangereux ....... Je dois préciser, qu'avant l'interdiction d'utiliser la main d'oeuvre pénale gratuite,  bon nombre de prisonniers circulaient librement sans que personne n'y trouve à redire.




.......




Puis le 22 février une autre lettre de Nosy-Lava m'informai des difficultés rencontrées dans la situation scolaire :

Mon effectif s'est maintenu à 21 à cause des départ.Toujours pas de fournitures bien qu'elles m'aient été annoncées; Peut-être le 14 Juillet !
Les enfants sont décevants comme les adultes , paresseux comme des couleuvres et ne s' intéressent à rien ....


Le lendemain une autre lettre me fait connaître que la situation à Nosy-lava  est toujours difficile avec le personnel et il en est de même à Tuléar ainsi que m 'expose l'inspecteur dans ses lettres 25 février , 3 et 4 mars .....


........ NOSY-LAVA ........

Je ne vois pas pourquoi, alors que Nossi-Bé est largement pourvu, je suis, moi, forcé à faire le greffier, le comptable, etc..... d'ailleurs si il arrive un pépin de ce coté là, je vous aurais assez prévenu que ce n'était pas mon métier.
Plus je connais l'individu que vous m'avez imposé, moins je vis.
Dès que je ne surveille plus ' et je ne peux me déguiser en garde-chiourme perpétuel - il passe son temps avec les fortes têtes.
Je sais qu'il fait de la politique.
L'aide-greffier SATOU  étant également parti, ce détenu est le roi du bureau ( greffe et comptabilité !) .
J'ai été extrêmement peiné quand vous m'avez imposé ce gars là. Je ne pense pas que vous l'ayez vu, car physionomiste comme vous l'êtes, vous ne m'auriez pas dit de le prendre comme greffier.
vous savez que je n'ai aucun ouvrier spécialisé ,
Je suis forcé de prendre la truelle et de faire le couvreur pour monter aux détenus ce qu'ils doivent faire. Je ne pense pas qu'il y ait à Madagascar un autre directeur de prison qui fasse ce que je fais .Je voudrais au moins, quand je suis sur les chantiers, avoir l'esprit tranquille en ce qui concerne le travail de bureau.
Ceci bien compris, je vous confirme que je ne regrette, en tant qu'individus, ni SATOU ni RAMBELOSON, qui étaient des ivrognes et des trafiquants.
A part GOZIE et trois ou quatre agents, je ne peux compter sur personne. Je me lève presque toutes les nuits car je me suis aperçu que la plupart du temps les gardiens dormaient, au risque de se faire étriper et de laisser étriper tout le monde.En outre, s'y je n'y allais pas moi-même, ils laisseraient pourrir des centaines de kilos de poissons dans la valakira plutôt que de se déranger. tout cela parce que je reçois de la Sûreté que des raclures.  .....
Les installations électriques de GESLIN  laissent tellement à désirer que nous avons failli griller au milieu de la nuit. Un court-circuit a mis le feu à la toiture de chaume de notre chambre-pigeonnier, mais la lueur m'a heureusement réveillé à temps.   ...
Alors que j'ai à me bagarrer avec les détenus et les agents , GESLIN passe son temps à les pousser à me désobéir, en disant que je fais mon petit Napoléon ...;
J'avais toujours cru qu'au début de l'année 1960, l'administration pénitentiaire n'aurait plus rien à voir avec la sûreté. Cela m'est pénible d'être pris entre deux feux. Je n'en veux d'ailleurs nullement à la Sûreté, car je trouve très logique qu'elle essaie de récupérer ses meilleurs agents et de se débarrasser des ordures.
Je croyais que nous ferions nous même notre nouveau recrutement et que nous pourrions faire un tri. J'aimerais savoir pour ma gouverne quelle est la position du service pénitentiaire à cet égard .




..... TULEAR 25 février ......

En ce qui concerne la Province il vaut mieux ne pas compter sur elle , la force d'inertie règne en bloc dans ce fortin et je pense qu'il vaut mieux se débrouiller seul , ce qui n'est pas toujours facile,.la question du licenciement sera scabreuse et posera quelques problèmes du fait que la plu^part des agents recrutés  sont d'anciens militaires ayant plusieurs années de services,cela sera à prévoir dans le préavis, quant à moi je commence à établir la liste noire.
La question de STEFANI est importante  car la maison centrale a besoin d'un gardien-chef, de plus si l'on tarde, le logement disponible de CADY risque de disparaître au profit de la Province ........
Ne parlons pas des gardiens-chefs qui à part DAVID  et peut-être STEFANI ne sont pas capables d'assurer correctement leur service ......






.....   3 mars ........




La maison centrale est sans gardien-chef et mon temps disponible  ne peut guère me permettre de m'en occuper, dans quelques jours les vais installer les bureaux au service pénitentiaire : 
avec qui ???
Un détenu chargé du courrier (libérable dans six mois) un détenu chargé de la liquidation ( libérable dans quatre mois)  et voilà avec quoi je vais travailler. Il y a environ 104 agents à licencier, des mutations en quantité à prévoir et surtout beaucoup de difficultés avec Mrs les chefs de Districts.




...   4 mars ......


Comme suite à ma transmission adressée à M. Charles EMILE  il faut prévoir le licenciement de 112 agents et non 80, mais il ne faut pas effrayer la haute Direction. Je prépare actuellement un premier départ de 50 environ car avec mon personnel à compétence limitée je ne peux guère faire mieux .....
Lorsque je vais aller en tournée, et cela sera nécessaire très bientôt,  surtout à Bétroka, il me sera impossible de laisser mes bureaux  à la merci de mes prisonniers, même sous la surveillance d'un gardien car cela sera une belle pagaille à mon retour, et je veux l'éviter.Or Monsieur CAPDESSUS est toujours disponible et je pense qu'il pourrait être recruté comme agent NENA avec application de l'article 28 comme monsieur STEFANI.
C'est un garçon capable et sérieux et je crois pouvoir compter sur lui.


....


(fin page 48)


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1960 13/28 Fianarantsoa

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La fin du mois d'août arrive et le renouveau entraîne des modifications dans les attributions.
C'est ainsi que M. CADY me fait part de ses désirs :


......


MARDON m'a donné récemment de vos nouvelles et m'a dit que vous aviez pensé à moi pour le poste de FIANARANTSOA ( je vous en remercie)  en remplacement de M. MATHEI qui passe à Tuléar aux lieux et place de MERCURIGNY qui serait, parait-il , ecoeuré de n'être pas pris au sérieux.
J'ignore les raisons exactes de la démission de ce dernier , mais ce que je sais bien, car de nombreux amis et quelques agents de service de Tuléar m'en ont informé,  c'est qu'il n'a cessé de me critiquer et d'essayer de me "démolir" dans l'esprit des gens , auprès de vous aussi certainement.
Je le tiens pour un médiocre et un homme méprisable  que je crois incapable d'exercer les fonctions que vous lui aviez confiées.Je sais, par exemple,  qu'il a essayé de soulever une histoire au sujet d'une facture de pain, lait, cigarettes qu'il refusait à liquider la jugeant suspecte.
Vous n'ignorez pas, car je crois vous l'avoir soumis par écrit ou tout au moins verbalement, que ces fournitures supplémentaires étaient destinées et effectivement distribuées à titre d'encouragement aux détenus secrétaires du bureau de l'Inspection, seul moyen de les gratifiés, car je n'avais pas, comme lui, d'agents provinciaux comptables et de secrétaires civils.
J'étais cependant parvenu à mettre en route et faire tourner "la boutique".
M. MARDON a du vous dire qu'il était question de mon retour.
 J'ai passé dernièrement la visite d'aptitude et j'attends ...; mon congé expire le 8 octobre mais il est possible que je rejoigne avant cette date. J'aimerais travailler encore avec vous.
Les malgaches consentirons-t-ils à me faire une petite place ? 
En raison de mon "lourd passé"  pénitentiaire, j'aimerais bien être affecté à Majunga qui est, je crois, la province la plus calme politiquement, et où se trouvent le moins de mes anciens et éminents "clients", à défaut Tamatave ou encore Tuléar. 
Et aussi dans ces centres, ma femme pourrait retrouver un poste à la banque ( Il n'y a pas de B.N.C.I. à Fianar ...).


......




Il me fut possible de réintégrer . M. CADY dans l'administration pénitentiaire où il remplaça M. MATHEI.
Ylang Ylang
Puis ce sont les rapports réguliers  qui me parviennent sur la situation à Nosy-lava ( 22 août) à Nossi Bé (23 août) Fianarantsoa ( 25 août), Nosy-Lava à nouveau (27 août).
A Fianarantsoa un nouvel inspecteur, M. RAKOTO, a pris son poste en remplacement de M. MATHEI affecté à Tuléar ( rapport du 3 septembre).


.......




.... Nosy-Lava le 22 août




......


En ce qui concerne la décision N° 330, je la connais par coeur.


Je sais qu'il est dit à l'article 4 qu'à partir du 1er juillet 1960  je dois liquider les dépenses de la maison d'arrêt d' Analalava  sur les crédits qui me sont alloués; mais comme j'ai eu l'occasion de l'exprimer en long et en large à  M. VERGNOLE , le fait que le nombre des prisonniers se soit élévé à plus de 700, alors que les prévisions de dépenses avaient été établies  sur 450, que j'achète tout le poisson d'Antangerina et de Mahabo pour le faire sécher et saler, que je paie le sel, etc.......


Les crédits que vous m'avez alloués  sont nettement insuffisants pour Nosy-lava et nous nous étions demandé s'il ne serait pas préférable que je vous envoie directement les factures d'Analalava aux fins de règlement.




(fin page 64)


Je veux bien admettre que j'ai laissé passé quelques erreurs , mais, secondé comme je suis, je n'y peux rien. Du reste, plusieurs, ont été commises en mon absence , mais je ne regrette rien, car si je n'avais pas fait ce déplacement, la Tay taitra serait toujours à Majunga. 
Il a fallu que je pique une crise pour faire achever les travaux; Le peu qui avait été fait  l'avait été par JACQUIE  et l'équipage, dont Maecha.
A ce propos les travaux de réfection continuent.
Le moteur a été entièrement démonté et nettoyé, il en avait besoin.
Les peintres sont en train de terminer leur travail et le bateau a déjà une autre allure. encore une fois je crois que nous avons fait une belle acquisition.
Comme je vous l'ai dit par télégramme, Jacquie à remis immédiatement le 30 chevaux en route et seul, le manque de ciment a retardé l'installation du nouveau moteur. dès que j'ai reçu votre accord, j'ai fait venir du ciment et quelques heures après le socle était fait. Ce n'est plus qu'une question de échange du béton.


....




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1960 17/28 M. LUCAIN

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...... Nosy-Lava le 6 septembre de M. RALAIKOTO :

J'ai l'honneur de solliciter de votre haute bienveillance de bien vouloir envisager l'amélioration de ma solde, en tenant compte de ma valeur professionnelle qui est celle d'un aide-comptable ou secrétaire-dactylo, place qui conviendrait bien à mon humble capacité; mais qui jusqu'à ce ce jour ne m'a jamais été accordée.
Vu que je me trouve sur le m^me pied d'égalité au point de vue solde que mes compagnons de promotion de service et que d'aucune façon rien ne me permet de sortir de cette position à moins que je ne fasse une démarche.


......




Réponse de M. LUCAIN :


Les démêles que vous avez eu avec un détenu auquel vous aviez acheté une montre retirée frauduleusement du greffe me font douter de vos aptitudes à tenir un poste de confiance. D'autre part, le 31 juillet1960, vous étiez ivre-mort et les agents BOINAHERY et MAHATSANGA ont été obligés de vous reconduire chez vous. Je vous ai vu de mes propres yeux.




.....




Le 10 septembre c'est à nouveau le gardien-chef d'Analalava qui demande l'affectation d'un condamné en qualité de secrétaire et la construction d'un nouveau bâtiment.


....... Réponse de M. LUCAIN :


Jusqu'à maintenant, votre prédécesseur, assurait seul les responsabilités afférentes à la maison d'arrêt d'Analalava. 
Depuis le 1er juillet 1960 je suis personnellement responsable de la direction et vous n'avez plus en conséquence à vous occuper ni des achats, ni de l'équipement des détenus dont vous avez la garde.
De plus , un secrétaire, M. RAZANAKOLONA, vous a été adjoint, ainsi qu'un second,M. MOUTARI.
 Votre rôle se borne donc à assumer la surveillance générale de votre établissement.
Si dans ces conditions vous estimez ne pas pouvoir venir à bout du travail qui vous a été confié je vous serais reconnaissant de me le dire  franchement afin que je pourvois à votre remplacement le plus rapidement possible, auquel cas vous seriez affecté à Nosy-Lava en qualité de gardien.
.......
Les crédits actuels ne nous permettent pas d'envisager l'agrandissement de la maison d'arrêt d' Analalava.




......








Quelques difficultés avec le Secrétaire d'Etat  à la province de DIEGO me sont signalées par l'inspecteur de l'administration pénitentiaire de la région ( M. MONJOL) concernant l'emploi de M. RASAINARIVO considéré comme opposant politique.
Je reçois également un long rapport de cinq pages qui m'est adressé de Nosy-Lava  ou M.LUCAIN semble mécontent et m'en donne confirmation dans une autre lettre du 12 septembre.

Voici ce rapport :

(fin page 69)

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faites tourner la molette de votre souris.



Amélie CHRISTOPHE
Président TSIRANANA


RAKOTONDRASOA
FIDELIS
RAVELONARIVO
FOURNIER


CADY
c
FOURNIER
Antsohihy
Razafindramamba
BARON

COURT
LUDOWSKI
GONDIVIN
DALIA
MARIVIER Philippe
Ambatobé







bozaka
beriberi




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... Tuléar le 5 décembre 1960




J'espère que vous êtes en possession de ma longue lettre en date du 30 novembre et que, probablement samedi matin 3 décembre, vous avez reçu la visite de Monsieur RAJAONARIVONY , juge d'instruction à Tuléar.
La voiture N° 4484 F a été renvoyée à Fianarantsoa . Elle était conduite par le détenu Philippe REMENT avec l'autorisation manuscrite de Monsieur le juge d'instruction qui d'ailleurs voyageait dans ce véhicule avec madame. L'agent du service pénitentiaire MAHAMOUDOU DAIMA accompagnait le chauffeur.
MAHAMOUDO DAIMA, à son retour à Tuléar, hier soir dimanche, mm'a fait un rapport verbal circonstancié de son voyage et de ses impressions sur l'inspection de Fianarantsoa.
Il parait que le bureau est plein , comme le métro aux heures de pointe, et que ce n'est pas un marché, mais une véritable foire;  " il ne manquait que de la musique" m'a-t-il dit textuellement.
Monsieur RAKOTO Philippe n'était pas là mais en tournée à Ihosy , avec le greffier comptable  qui précédemment était affecté à la maison Centrale de Tuléar mais qui, parait-il est venu, lui aussi, grossir l'effectif pléthorique des bureaux de l'inspection de cette province. Je soupçonne ce qui s'est passé, monsieur RAKOTO Philippe  , pour lequel je ne vous ai pas caché ma sympathie, étant, sauf erreur, "un faible", s'est laissé manœuvrer par MOHAMED ABOUDOU, qui est un bon élément mais qui a besoin qu'on lui tienne les rênes courtes. En résumé il paraîtrait qu'il y a au bureau : MOHAMED HABOUDOU, sa concubine mademoiselle ROSE DE LIMA ( surveillante) une autre jeune femme (surveillante ...; de qui ?), le planton , le standardiste-réceptionniste, deux détenus, un vieux monsieur,le caporal DANIEL RAFANO ( précédemment à la Maison Centrale) et le greffier-comptable ( précédemment à la Maison centrale) . 
Mais alors ça fait une escouade !




CIRCAUTO
Circonscriptions autonomes
..............
En ce mois de décembre, j'ai de sérieuses difficultés avec l'inspection provinciale de Tuléar.
Monsieur CADY de retour de congé veut reprendre son poste.
Il a l'appui de nombreuses personnalités mais M. MATHEI n'est pas disposé à lui laisser la place.
Monsieur CADY écrit le 6 décembre au Ministre de la justice la lettre ci-après et le 9 décembre c'est à nouveau M. MATHEI.

..... Tananarive le 6 décembre 1960


Comme suite à notre conversation de ce main je tiens à préciser que, ainsi que je vous en avis donné l'assurance, je n'ai rien tenté à l'encontre de M. MATHEI ni fait aucune démarche de nature à compliquer  une situation déjà fort délicate.


Bien au contraire. Car au cours de l'entrevue que j'ai eue avec Monsieur PLANCHON  après avoir été reçu par vous, j'ai suggéré que nos attributions dans la province soient partagées et que M. MATHEI soit chargé de l'inspection des prisons de la CIRCAUTO de Morondava qui, en raison de
son éloignement de Tuléar dont elle est coupée durant plusieurs mois par suite des pluies, échappe pratiquement à tout contrôle effectif.
Monsieur PLANCHON s'était montré très favorable à cette solution qui présentait l'avantage de recaser M. MATHEI en sauvegardant son amour-propre et d'améliorer l'efficacité de l'inspection pénitentiaire dans cette immense province.
Vendredi dernier je suis retourné près de monsieur PLANCHON qui m'a appris que M. MATHEI avait fort mal accueillie l'annonce de mon arrivée à Tuléar et déclaré qu'il "ne voulait pas me voir"....


J'ai su dans le même temps que la solution d'affecter monsieur MATHEI à Morondava n'avait pas été retenue et que monsieur PLANCHON envisageait de le prendre près de lui à Tananarive.




.;;


(fin page 115)




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1961 1/ NOSSI-BE ; Nosy-lava

1961


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L'année débute avec des ennuis le 3 janvier concernant l'attitude du greffier de Nossi-Bé.
En voici le compte-rendu et un télégramme du 9 janvier :




Amiral DE HELL
Commandant PASSOT
Commandant de corvette JEHENNE







J'ai l'honneur d'attirer à nouveau votre attention sur le greffier au sujet duquel je vous ai adressé tout récemment une lettre manuscrite.

Il ne tient aucun compte des ordres qui lui sont donnés.
Il s'absente très souvent du bureau pour aller en ville sans en avoir reçu l'ordre ou l'autorisation.
Son attitude équivoque me permet de supposer qu'il se livre en ville à des occupations qui n'ont aucun rapport avec ses fonctions.

Il ne revêt qu'une tenue kaki sans attribut, ni casquette, de telle façon qu'on peut le prendre pour un ex-militaire retraité ( en dépit de mes ordres évidemment).

Il n'a aucune aptitude pour le bureau, ainsi que vous pourrez le constater par la lettre ci-jointe qu'il m'a remise hier spontanément.
4)
Ce matin il est venu à mon bureau me tenir le langage suivant :  nous avons appris que vous désirez remettre au bureau l'agent PASCAL.
Nous ( il voulait sans doute dire "moi") nous voulons l'agent RABAROELINA.
J'ai en conséquence l'honneur de vous demander la mutation d'un fonctionnaire suspect, indésirable dans l'administration.
Je désirerais conserver ici les agents VOAVY, JOSOA; ce sont deux bons éléments.
Max se met lentement dans le bain mais je crois qu'il sera un bon élément.








.... Nossi-Bé le 9 janvier de VICE-PRÉSIDENT DU TRIBUNAL à DIRECTION DE MAISON DE FORCE DE NOSSI-BE :


Honneur vous demander bien vouloir mettre à ma disposition les dimanches et jours fériés les détenus RASOLOFOJON F. Régis et AVILINITRY Georges pour les besoins du service.




....




Cette demande me parait pour le moins suspecte car je ne vois pas quel service administratif  peut avoir besoin de détenus le dimanche et jours fériés.
Je précise alors que s'il s'agit de besoins pour la vie personnelle du juge, ils peuvent être détachés dans le cadre légal et moyennant paiement;




Le 5 janvier tout parait calme à Nosy-lava :


....


Les moteurs flanchent les uns après les autres. quand ce n'est pas le moteur lui-même, c'est la génératrice qui demande grâce.
Il y a trop longtemps que nous faisons les acrobates pour les faire durer;
Mais il n'y arien à faire contre la "vieillerie".
Vous nous demandez le volant pour réparer les pièces du moteur Alsthom. Ce volant pèse plusieurs centaines de kilos et il faudra au moins trois mois pour qu'il vous parvienne et autant pour nous revenir.A ce train,  j'ai bien peur que les deux moteurs encore en course ne nous laissent tomber avant. Je crois que le mieux serait d'acheter un moteur neuf dès maintenant, risque à nous restreindre par ailleurs.
Depuis que la pluie  a commencé à tomber les jardins fournissent des brèdes à ne savoir qu'en faire.
Malheureusement cela ne remplace pas la viande.
J'ai commencé un élevage de lapins qui laisse bien augurer.
L'herbe et le son ne me coûtent rien et il n'y a guère qu'un peu de paddy qui soit mieux.


...


Au moment de terminer ma lettre, GOZIE vient m'annoncer qu'un habitant de Tangerina nous a livré un boeuf. C'est toujours ça de gagné.






.......




Puis le 7 janvier M. MATHEI qui est toujours à Tuléar me fait part de ses difficultés qu'il confirme par lettre  :




B.P. 102
Tuléar le samedi 7.1.61
17h00



Monsieur le Directeur,

Faisant suite à notre conversation téléphonique de ce matin j'ai l'honneur de vous confirmer :
1.°/
que Madame MOSIN, femme d'un commissaire de police déjà assez haut placé, est licenciée de l'agence BNCI de Tuléar afin de donner sa place à Madame CADY.
2.°/
que Monsieur CADY est déjà logé par l"administration ça c'est fait à une vitesse record. Il y a des administrations qui attendent des mois lais LUI, le "caïd" CADY , a eu une case en une semaine, ce qui ne m’empêche pas de penser, par son comportement, qu'il doit avoir "une case en moins".
monsieur MALLET chef des services provinciaux de sécurité et de police, s'est chargé d'informer , incidemment, le commissaire MOSIN que la lettre, que monsieur Caïd avait envoyé à Monsieur LOTA, était entre les mains de monsieur PLANCHON.
J'espère que le signataire en ressentira une "grande joie".
bien sur je ne connais pas la teneur de cette lettre ignoble, pour employer votre adjectif, mais peut-être serait-il possible de lui donner une publicité restreinte auprès de M. RESAMPA , par exemple, ou (et) de Monsieur le Ministre de la Justice.




A suivre




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