Timbres et cartes postales sur DELCAMPE

Ny teny marina hoatra ny fia-pary, ka na lava aza, tsy lany hamamiana :
Les paroles vraies sont comme la canne à sucre que l'on mâche: quoiqu'elle soit longue,elle est douce partout.
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1960 2/28 Fort-Dauphin





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Je vous rendrai compte dans mon rapport que je vous adresserai sur mon passage à Fort-Dauphin de l'intention  du chef de la "circauto" de partir en guerre  contre notre décret lors du passage proche du président TSIRANANA.
Ce monsieur qui qualifie cette réforme de grotesque épouse à fond les revendications des chefs de district de Bétroka et d'Ambovombé et se fait fort d'obtenir des réformes qui leur remettront en main la disposition des prisonniers qu'ils prétendent ne pas pouvoir payer.
Je crois qu'ils tentent une épreuve de force et j'espère que vous allez tenir bon, M. FOURNIER et vous pour ne rien changer à une réforme qui s'annonce bien, les demandes  de cessions arrivent de partout.
Fort-Dauphin
J'ai encore des ennuis avec le co-divise qui voudrait me passer la liquidation des crédits  ( provinciaux) de l'exercice 1959 dont la situation est fort embrouillée et en gros dépassement.
Fort de la lettre du ministre qui précise  que je ne serai liquidateur que pour l'exercice 1960 , j'ai refusé tout net. Ce monsieur fait pression sur moi en fonction de son grade supérieur au mien dans la police. Je ne me laisserai pas faire et je vous demande de me soutenir à ce sujet. C'est à lui qu'il appartient, à mon sens, de clore un exercice budgétaire dont il est liquidateur et atout à fait à une certaine époque pour que je ne sois pas.
...




Puis le 3 février, M. MATHEI, dont je n'avais eu qu'à me louer,mais dont le comportement entraînait une levée de boucliers venant de tous les horizons fut nommé  inspecteur pour la province de Fianarantsoa et un intérim le remplaça à Majunga.
 A Tuléar il y avait également quelques difficultés. Ces situations font l'objet des deux lettres ci-après :

...

(fin page 40)


.... (M. MATHEI)

Faisant suite à notre conversation téléphonique du 2 février, j'ai l'honneur de vous demander de bien vouloir reporter d'une semaine mon départ de Majunga pour Fianarantsoa, via Tananarive, c'est à dire du dimanche 14 au dimanche 21 février.
Je désire en effet, tout d'abord pendant ce court laps de temps ( mais peut-être suffisant) exécuter les licenciements indispensables  pour ramener l'effectif total des agents  du service pénitentiaire ( y compris les agents de police qui servent  à la maison centrale de Majunga et les agents du service pénitentiaire qui jusqu'au 31 janvier émargeaient au budget des T.P.) à 240, comme je m'y suis engagé.
D'autre part il me faut non seulement passer les consignes ( déjà compliquées dans une province presque inorganisée) à mon intérimaire, mais encore le mettre au courant de la marche à suivre pendant mon absence , enfin de lui donner toutes directives utiles pour lui éviter les heurts avec les autorités et, plus simplement, pour la régularité du service.
Il y a aussi cette question de local que j'espère pouvoir résoudre sous peu grâce à la bienveillance et l'amitié de monsieur le docteur RAKATOVOARIVOANJANAHARY , contrôleur général et maire de Majunga,qu'il me témoigne que je lui rends bien ( mon dévouement est toujours fonction de l'affection et de la confiance que l'on veut bien m'accorder).
Je ne lui ai pas parlé de ma mutation car je ne suis pas du tout certain que ce qu'il ferait pour moi il le ferait pour Paul, Jacques ou Jean  et je suis même persuadé du contraire.
Lorsque je lui parlerai de cette mutation, car je serai bien obligé de le faire, je lui dirai la vérité c'est à dire  que ce n'est pas un remplaçant qui vient à Majunga mais un intérimaire et que je ferai la navette  entre Fianarantsoa et Majunga tous les deux mois environ ........
Il y a un grand nombre d'agents du service pénitentiaire à renvoyer  mais aussi il y en a qu'il  faut impérativement garder   car nous devons tous penser à la France.
Or je me flatte (je suis bien le seul à le faire hum ! hum !)  d'avoir engagé une majorité d'agents qui pensent français.
Dans cet ordre d'idées j'ai constitué à Marovoay , un petit groupe sur lequel il est possible de compter en toutes circonstances.......
Prendre la province de Fianarantsoa dans les conditions que je connais ne me complaît guère, je dois bien l'avouer et vous vous en doutez mais, bah !, le père MATHEI est bien seul à pouvoir débrouiller la situation ce qui, entres parenthèses, lui fait tout de même plaisir car il pense, il espère, que l'on voudra bien lui laisser  dans la légalité les mains libres comme monsieur ALEXANDRE l'avait fait lorsqu'il était chef de province à Majunga .




........ ( M. CADY)

Je viens de recevoir de MARCURIGNY , une lettre qui m'a profondément déçu et c'est un peu un S.O.S. que je viens lancer aujourd'hui.
Votre dernière lettre m'annonçait son arrivée  et la votre, pour les premiers jours de février.
C'était très bien ainsi et je m'en réjouissait .J'aurais eu le temps de mettre mon remplaçant au courant et de lui passer le service ......
Je mène depuis deux mois une vie de chien au bureau jusqu'à 20 heures et plus de sieste par 35° à l'ombre ce n'est pas idéal.Je ne sais pas si vous vous en rendez bien compte  mais je vous dis franchement qu'il n'est pas possible à un homme seul de cumuler plus longtemps les fonctions de gardien-chef et d'inspecteur : un inspecteur qui n'inspecte rien parce que trop pris par le bureau ;  ce n'est que grâce à une pratique du métier que j'ai pu "étaler" jusqu'à présent mais je suis  débordé.
Au bureau de la maison centrale je n'ai comme secrétaire  valable qu'un agent-greffier qui ne connaît rien d'autre que ses registres d'écrou ....
Je fais le greffier comptable et je dois avoir l'oeil à tout, le niveau intellectuel des fonctionnaires  du sud est bien inférieur à celui des autres régions. Je sais pertinemment que mes collègues gardiens-chefs  ou directeurs des maisons de force sont beaucoup mieux partagés. 
Coté inspection, il y a l'inspecteur et  .... pas grand'chose ! une vieille machine prêtée par la province et deux ou trois détenus vaguement lettrés qui entassent au petit bonheur les pièces venues des 23 prisons de la province .


.....


(début page 42)


Et il y a certainement la liquidation des crédits, sans comptable.
J'ai déjà passé quelques agréables soirées à essayer d'établir la répartition  entre les différentes prisons, je n'ai pas terminé et cependant  les pièces comptables commencent à affluer.
Dans ces conditions je me demande comment je vais en sortir !




La situation était don très délicate, tant à Majunga qu'à Tuléar . Je réussis cependant à calmer les esprits en procédant à quelques mutations et le 9 février je recevais  une nouvelle lettre de M. CADY , alors en inspection à Morombé et il me rendait compte de sa visite dans les termes suivants :

Je vous ai adressé par le courrier d'hier une demande d'emploi en tant que secrétaire-comptable formulée par M. CAPDESSUS ; l'avis très favorable que je lui ai donné n'est pas un avis de complaisance ( genre avis RAKOTOMALALA   pour qui j'ai eu la main un peu forcée par le secrétaire de ....
CAPDESSUS TIENT TOUTE LA COMPTABILITE , et la paperasserie de la brigade, dans ce domaine c'est un as qui serait précieux pour l'inspecteur qui , avec cet homme au bureau, pourrait alors vraiment inspecter.
Si son recrutement est possible aux conditions qu'il demande  je vous conseille vivement de mettre le grappin dessus , ce sera une bonne affaire.
Par contre je sais maintenant que le nommé RAKOTOMALALA est criblé de dettes  ( plus de 100.000 francs) et a trafiqué avec les fournisseurs de la commune dont il gardait les factures en instance de liquidation si les intéressés ne lui graissaient pas la patte pour en activer la liquidation.


....


Une histoire quelque peu comique me fut également adressée par lettre venant de Morondava.
Je ne peux résister au plaisir de la reproduire in-extenso :

....

(fin page 42)


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1960 Rapport d'activité en 1960 5/10 TULEAR - TOLIARA

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Faune de Morondava
Autruches
et
lémurien.

Province de Tuléar
Amboasary-sud
Ambovombe
Ampanihy
Ankazoabo
Belo-sur-Tsiribihina
Bekily
Benenitra
Beroroha
Betioky
Betroka
Fort-dauphin
Mahabo
Manja
Miandrivazo
Morombe
Morondava



Bekily
Fort-Dauphin
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1960 27/28 Tuléar

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... Tuléar le 5 décembre 1960




J'espère que vous êtes en possession de ma longue lettre en date du 30 novembre et que, probablement samedi matin 3 décembre, vous avez reçu la visite de Monsieur RAJAONARIVONY , juge d'instruction à Tuléar.
La voiture N° 4484 F a été renvoyée à Fianarantsoa . Elle était conduite par le détenu Philippe REMENT avec l'autorisation manuscrite de Monsieur le juge d'instruction qui d'ailleurs voyageait dans ce véhicule avec madame. L'agent du service pénitentiaire MAHAMOUDOU DAIMA accompagnait le chauffeur.
MAHAMOUDO DAIMA, à son retour à Tuléar, hier soir dimanche, mm'a fait un rapport verbal circonstancié de son voyage et de ses impressions sur l'inspection de Fianarantsoa.
Il parait que le bureau est plein , comme le métro aux heures de pointe, et que ce n'est pas un marché, mais une véritable foire;  " il ne manquait que de la musique" m'a-t-il dit textuellement.
Monsieur RAKOTO Philippe n'était pas là mais en tournée à Ihosy , avec le greffier comptable  qui précédemment était affecté à la maison Centrale de Tuléar mais qui, parait-il est venu, lui aussi, grossir l'effectif pléthorique des bureaux de l'inspection de cette province. Je soupçonne ce qui s'est passé, monsieur RAKOTO Philippe  , pour lequel je ne vous ai pas caché ma sympathie, étant, sauf erreur, "un faible", s'est laissé manœuvrer par MOHAMED ABOUDOU, qui est un bon élément mais qui a besoin qu'on lui tienne les rênes courtes. En résumé il paraîtrait qu'il y a au bureau : MOHAMED HABOUDOU, sa concubine mademoiselle ROSE DE LIMA ( surveillante) une autre jeune femme (surveillante ...; de qui ?), le planton , le standardiste-réceptionniste, deux détenus, un vieux monsieur,le caporal DANIEL RAFANO ( précédemment à la Maison Centrale) et le greffier-comptable ( précédemment à la Maison centrale) . 
Mais alors ça fait une escouade !




CIRCAUTO
Circonscriptions autonomes
..............
En ce mois de décembre, j'ai de sérieuses difficultés avec l'inspection provinciale de Tuléar.
Monsieur CADY de retour de congé veut reprendre son poste.
Il a l'appui de nombreuses personnalités mais M. MATHEI n'est pas disposé à lui laisser la place.
Monsieur CADY écrit le 6 décembre au Ministre de la justice la lettre ci-après et le 9 décembre c'est à nouveau M. MATHEI.

..... Tananarive le 6 décembre 1960


Comme suite à notre conversation de ce main je tiens à préciser que, ainsi que je vous en avis donné l'assurance, je n'ai rien tenté à l'encontre de M. MATHEI ni fait aucune démarche de nature à compliquer  une situation déjà fort délicate.


Bien au contraire. Car au cours de l'entrevue que j'ai eue avec Monsieur PLANCHON  après avoir été reçu par vous, j'ai suggéré que nos attributions dans la province soient partagées et que M. MATHEI soit chargé de l'inspection des prisons de la CIRCAUTO de Morondava qui, en raison de
son éloignement de Tuléar dont elle est coupée durant plusieurs mois par suite des pluies, échappe pratiquement à tout contrôle effectif.
Monsieur PLANCHON s'était montré très favorable à cette solution qui présentait l'avantage de recaser M. MATHEI en sauvegardant son amour-propre et d'améliorer l'efficacité de l'inspection pénitentiaire dans cette immense province.
Vendredi dernier je suis retourné près de monsieur PLANCHON qui m'a appris que M. MATHEI avait fort mal accueillie l'annonce de mon arrivée à Tuléar et déclaré qu'il "ne voulait pas me voir"....


J'ai su dans le même temps que la solution d'affecter monsieur MATHEI à Morondava n'avait pas été retenue et que monsieur PLANCHON envisageait de le prendre près de lui à Tananarive.




.;;


(fin page 115)




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1960 28/28 Tuléar









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... Tuléar le 9 décembre 1960


Je joins cette lettre à la correspondance destinée au service de l'administration pénitentiaire proprement dit. 
Vous trouverez parmi celle ci une copie de la lettre adressée à monsieur le Procureur de la république m'invitant à me rendre en inspection à Ankazoabé.


Il est évident qu'une tournée d'inspection s"impose tant à Ankozoabé qu'à Morombé et Morondava pour ne citer que les points névralgiques.


Morombe


Je suis en relation constante avec monsieur KORMANN , messieurs CAPDEVIELLE et JACOB du génie rural.
Si le service pénitentiaire  a la chance de me confirmer dans mon poste de Tuléar je peux assurer que le jardin ( champ ou camp, comme vous voudrez)  pénal sera l'un des plus beaux et des plus modernes de Madagascar sous six mois mais si, à l'instar de la 4ème république où les hommes de bonne volonté ne pouvaient rien faire, par suite de l'instabilité ministérielle permanente ,je suis, à nouveau changé de poste alors "adieu veau, vache,cochon,couvée".




.......




Le 6 décembre M. LUCAIN est satisfait du retour de son fidèle adjoint M. GOZIE.
Le 8 décembre c'est Nossi-Bé qui m'intrigue à nouveau en me signalant une situation trouble à Diégo.


... Nossi-Bé 8 décembre 1960
...  Le détenu que vous me signalez n'est pas à sa place ici.
Il est impossible de l'isoler puisqu'il n'y a ici qu'une cour commune, hélas ! et un petit quartier distincr pour femmes mais il est occupé.
Il semble entretenir d'excellents rapports avec le détenu que je vous ai signale par ma N° 1350 MF du 2 septembre et que je désirerais envoyer à Nosy-Lava avec les autres condamnés qui attendent leur départ depuis plusieurs mois.
De qui se moque-t-on à Diégo?
Je croyais que cette catégorie d'individus était destinés à Nosy-lava.
iln'y apas à compter sur les agents.
La plupart ont besoin d'être surveillés.
Le greffier-comptable RAVELONAHINA Désiré est complètement nul.
Il tenait très mal la situation des crédits.
J'ai du rappeler le détenu qui s'en occupait précédemment et que j'avais mis à la disposition de maître BOULANGIER huissier.
Par ailleurs puisque vous envisagez votre départ je dois vous dire que je désirerai quitter moi aussi cette source de soucis continuelle. 
 Il faudrait toutefois que je puisse trouver un autre emploi. 
Voudriez-vous avoir la gentillesse d'en parler à monsieur FOURNIER ? Peut-être grâce à ses nombreuses relations ......


... 17 décembre 1960


J'ai l'honneur de vous adresser copie d'une lettre de monsieur le Secrétaire d'Etat délégué de la province de Diégo, adressée à Monsieur le Chef de District.
L'application de ses instructions entraînerait de nombreuses difficultés.
Ce serait en outre préjudiciable à l'Etat qui devrait alors entretenir des centaines d'oisifs dans une Maison de force exiguë et qui n'a qu'une seule cour.
Que d'incidents en perspective si cette lettre n'est pas rapportée.
Vous m'obligeriez en me transmettant vos instructions dans les meilleurs délais.


(fin page 116)




************************************************

Ainsi s'achève l'année 196 qui fut fertile en évènements de toutes sortes.

J'ai eu beaucoup de travail et beaucoup de soucis mais aussi beaucoup de joies et de satisfactions.

Dans l'ensemble les détenus sont satisfaits du nouveau régime pénitentiaire qui leur permet de se livrer à des occupations favorites et apporte une amélioration de la nourriture et du confort.

De nombreux établissements pénitentiaires je reçois les bons voeux du personnel pour 1961.



l'encadrement et le personnel de surveillance a , dans l'ensemble, bien accepté les nouvelles disciplines et, si je fus quelque fois obligé de prendre des sanctions contre les plus récalcitrants, la majorité a confiance dans me direction.


Ce travail ingrat et ardu, a été reconnu par les autorités politiques et administratives qui m'ont félicité le plus souvent.

J'ai dû pourtant faire front à quelques ambitieux qui désiraient prendre ma place.

Ils y réussiront en 1961, lorsque, pour des raisons de santé de ma famille, je serai amené à abréger mon séjour.


FIN année 1960

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....
J'ai l'honneur de vous communiquer quelques renseignements complémentaires relatifs au comportement social du planteur au sujet duquel je vous ai écrit ce matin.
Après vous avoir écrit j'ai fouillé dans les archives.
J'y découvert des lettres et rapports mettant en relief quelques unes des actions qu'il a commises alors qu'il assurait les fonctions de gardien-chef à Nossi-Bé.
 Si vous désirez compulser ces pièces vous constaterez que certaines lettres anonymes sont d'une écriture ressemblant à la sienne.
Rien de surprenant quand on connait tant soit peu cet individu sans moralité.
Ce n'est pas beau.
Il ne mérite aucun intérêt;


.... Nossi-Bé le 17 janvier 


...
Du gardien RA_DAVIDSON .....


 Comme ma demande a été refusée par le Directeur de la maison de Force car les pièces dont il est question n'ont pas passé par son intermédiaire, je me vois dans l'obligation de m'adresser directement à vous ....








Nossi-Bé le 24 janvier 1961


J'ai l'honneur de vous rendre compte de ce qui suit :
Ce matin vers 10 heures un planton est venu à mon bureau et m'a dit : 
" Faites attention car Henri de LASTELLE a parlé contre vous hier matin au Ministre ..."  ....
c'est vraisemblable car hier lundi 23 janvier j'ai été appelé au bureau du Chef de District à 15 heures.
J'ai été prié d'attendre monsieur ARIDY.
Quand il est arrivé j'ai vu tout de suite à son regard qu'il était prévenu contre moi.
Lui, habituellement souriant, m'a dit d'un ton sec qu'il était anormal de voir à Nossi-Bé, région touristique, des détenus (pouvant être un danger pour la population) travaillant à peu près librement.
C'est évidemment vrai.
Cette situation dure depuis de nombreuses années et la population en général ne s'en plaint pas.
Il m'a demandé si il y avait des agents de police partout où il y avait des détenus puis est venu brusquement sur le sujet qui devais le préoccuper car je me rendais compte qu'il pensait à autre chose.
-Connaissez vous M. Henri de LASTELLE ?
-Oui Monsieur le Ministre.
-Q'est-ce que vous en pensez ?
-C'est un personnage peu recommandable dont tous mes prédécesseurs ont eu à se plaindre.
-Pourquoi ?
-C'est un éternel mécontent qui réclame toujours des détenus  alors que les autres planteurs ne se plaignent pas car si tous lui ressemblaient la vie ici serait intenable.
-Pourquoi réclame-t-il ainsi ?
-Il croit probablement qu'il a des droits supérieurs.Si je lui ai retiré quatre détenus , c'est parce que je me suis aperçu qu'il m'avait menti en me déclarant posséder 140 ou 150 hectares alors qu'il n'en possède que 96.D'ailleurs il a encore 7 détenus au lieu de 5; Avant mon arrivée il en avait seulement 2.
-Bon, bon, alors ça va comme ça, mais depuis quand êtes vous là ?
'depuis plus de 18 mois Monsieur le Ministre.
Il s'est levé en me tenant le langage suivant : 
" Vous dépendez du Ministre de la justice mais j'ai tout de même mon mot à dire;
-Que voulez vous dire Monsieur le Ministre ?
-Travaillez bien ,travaillez bien !"
Et voilà.
il m'est impossible de continuer à travailler dans de telles conditions. Qu'on s'intéresse aux honnêtes gens me paraît juste mais si on s'intéresse à des demi-fous, où va-t-on ?
Mon successeur serait paraît-il , un nomme PHILIFAFRI ?
parmi vos nombreuses relations, peut-être vous sera-t-il possible de m'apprendre bientôt que vous avez un emploi de suite pour moi, de préférence sur les hauts plateaux ( ma femme est à plat 31,32 degrés dans notre logement) .




..




Monsieur AUDRAIN fut maintenu à Nossi-Bé.


(fin page 122)




Monsieur CADY a remplacé  monsieur MATHEI en qualité d'inspecteur de la région.


Ce dernier est maintenant mon représentant à Morondava .


Le 1er février il me fait part de son installation et attend la visite du président TSIRANANA.


Le 7 février il m'adresse copie d'une lettre très dure qu'il envoie au gardien-chef et le 10 il m'expose ses démêlés avec son remplaçant :






... Morondava le 1er février 1961 :


Monsieur RAKOTOMALALA est arrivé hier, 31 janvier, mais par avion.
Morondava
 Monsieur AMBERT, directeur des finances, s'était opposé à la location de la jeep, cependant promise par le chef du garage provincial.
Femme Merina et route de Morondava


Coïncidence M. AMBERT est un ami du ménage CADY et du dernier bien (qui est si près du  premier mal) de madame CADY parait-il.
Quoiqu'il en soit j'attendais trois employés et je n'en n'ai qu'un.
Je me pers en conjecture sur la manière  dont les autres vont pouvoir rejoindre Morondava d'autant qu'il n'y aura certainement pas un empressement particulier de la part de Tuléar à faire exécuter vos décisions.
MOHAMED SOILILAY , agent au service pénitentiaire, doit arriver le 4 au matin, avec les bagages, à bord du Norvégien III.




































1961 4/

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Le Norvégien III ne prend pas de passagers et c'est uniquement parce que j'ai fait charger sur ce navire 18 tonnes de ciment plus les bagages ( MAHAMOUDOU DAÏMA, MOHAMED SOILILAY et les miens) que par faveur spéciale cet agent a pu s'embarquer.
Je vais me mettre en rapport par un intermédiaire avec monsieur LE BIHAN afin qu'il puisse s'occuper de ces mutations.
.....




Monsieur le Président de la république, accompagné du ministre de l'intérieur , sera à Morondava samedi 4, pour introniser le préfet et un ou deux sous-préfets ( je ne sais au juste) dont l'ancien chef de district Monsieur LAÏLAVA ROBINSON.








.... Morondava le 7 février 1961 :


A monsieur le gardien-chef de la maison d'arrêt de Morondava :


Le vendredi 3 février vous avez assisté avec moi à la séance de mise au point de la réception de Monsieur le Président de la république, tenue par monsieur MIROUZE , au commissariat de la ville.
au cours de cette réunion il a été entendu que les détenus seraient consignés à la prison toute la journée du samedi 4 février et le lundi 6 février jusqu'à 10 heures.
Ma note N° 45-IPMORA , en date du 3 février 1961, dont vous étiez le premier destinataire , vous a confirmé cette mesure de sécurité.
Or, le 4 février 1961, à 21h45, j'ai trouvé dans la rue principale de la ville le détenu SOLO Alfred.
Je l'ai ramené personnellement à la prison et je vous ai fait chercher chez vous pour que vous me donniez toutes explications utiles.
vous m'avez alors montré une lettre manuscrite de monsieur RAKOTOMALALA Gabriel, greffier-comptable à l'inspection comptable de Morondava, par laquelle celui-ci vous demandait de lui envoyer le dit détenu qui lui servait de boy dans ses premiers jours d'installation.
Comme je vous exprimais mon vif mécontentement de cette inobservation de votre part des ordres donnés vous me répondîtes que "comme je voyais monsieur RAKOTOMALALA continuellement avec vous j'ai pensé que je pouvais lui donner satisfaction".
Je vous ai demandé si vous aviez un ordre signé de moi et vous fûtes obligé de me répondre NON.




Tournant votre colère contre le détenu qui n'était pour rien dans cette affaire, puisqu'il était sorti avec votre autorisation, vous avez voulu le faire coucher en cellule ce à quoi je me suis opposé.
Ensuite vous me dîtes : " demain je demanderai une punition pour monsieur RAKOTOMALALA" ce que bien sur, vous vous êtes bien gardé d'exécuter et de répéter à monsieur RAKOTOMALALA par la suite.


(Fin page 123)


En résume vous avez commis une faute grave en n'observant pas l'ordre catégorique qui vous a été donné par ma note N° 45APMONA et, au lieu de reconnaître les faits, qui sont probants, vous épanchez, sur mon compte, votre rancune aux 4 vents de la ville, ce que je ne peux tolérer plus longtemps.
Je vous invite donc à modérer votre colère, et vos propos d'une part,et, d'autre part de me rendre compte, si mes renseignements sont exacts, pour que ce même jour 4 février, autorisé le boy de monsieur le Juge à se rendre à son travail, chez son utilisateur.
Je ne désire en aucune façon monter cet incident ( dont les répercussions auraient pu être graves) en "épingle" mais je désire que vous sachiez que lorsque je donne un ordre, dont je prends la responsabilité, il doit être exécuté.
Je vous ai donné ma confiance et je la garde en espérant qu'à l'avenir je n'aurai qu'à m'en féliciter.




....




Morondava le 10 février 1961


...;
Je vous remercie aussi pour l'autorisation  que vous avez bien voulu me donner de faire fabriquer le mobilier nécessaire à mon logement.
comme vous me l'indiquez la facture sera présentée ...
Avant de répondre à la seconde partie de votre T.L.O. , je désire faire le point de la situation ici, et ce n'est pas brillant.
Ayant débuté à zéro, en dix-huit jours, je ne suis pas encore arrivé à 1 sur 20.
J'ai loué deux cases où beaucoup de travaux sont à faire.
J'ai commandé les meubles indispensables pour le bureau mais la livraison se fait avec une rare parcimonie.
Je possède à l'heure présente une table bureau et j'espère en avoir  une seconde dans le courant de la journée.
MAHAMOUDOU a mis à ma disposition quatre chaises (branlantes) en attendant l'arrivée, je suppose, par le même navire que la jeep, des six achetées.
Évidemment il n'y a pas de classeurs ( ils sont commandés) et les dossiers sont dans les coins des deux pièces occupées.
Le travail s'en ressent et ne peut être sérieux.
Tout  ça était à prévoir, car je le répète et c'est nécessaire, ici,il n'y avait rien tout est dons à organiser et la ville à 5.000 habitants.
En ce qui concerne la seconde partie de votre T.L.O.  vous m'écrivez :
 " monsieur CADY découvre et m'envoie des tas d'affaires que vous aviez laissé dormir à Tuléar".
Par discrétion, pour ne pas me peiner ( je vous remercie de votre délicatesse) vous me citez aucun exemple et me voici bien en peine pour reconnaître mes torts, comme j'ai l'habitude le faire lorsque les faits présentés sont exacts ou pour remettre les choses au point.
Quoi qu'il en soit, je me permets de vous rappeler que depuis la mi-novembre j'étais sur la sellette par les intrigues de M. CADY et qu'il est possible ( sans que cela soit certain  , n'ayant pas d'exemple) que certaines affaires m'aient échappées.
En ce qui concerne les 700.000 francs de factures "en instance" j'ai demandé à M. RAKOTOMALALA de me fournir toutes explications utiles.
Les voici :
" Toutes les factures arrivées après le 20 décembre 1960 devaient être liquidées sur le budget 1961.
Les gardiens-chefs ont été prévenus en temps utile.
Je suis formel, et les employés qui ont travaillé avec moi à Tuléar peuvent l'attester : le 20 décembre à 17 heures il n'y avait aucune facture en instance.
Toutes factures parvenues après cette date ont été classées dans une chemise à part avec l'étiquette " CRÉDIT 1961".
Monsieur CADY sera encore plus éberlué quand je lui enverrai d'autres factures emmenées pour le compte "zone nord" mais dont quelques unes sont antérieures à la date du 29 janvier 1961.


(fin page 124)































1961 5

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Enfin, pour terminer, venons en à la question du personnel non permanent.
si ce personnel est non permanent c'est qu'il est provisoire.
Les difficultés et la lenteur du recrutement sont les causes principales de cet embauchage à la journée.
Un de ces employés devait faire l'objet d'une demande officielle de recrutement, RABENANDRASANA Jean.
Le maçon, ancien détenu,  et qui de ce fait ne pouvait être recruté, a été employé pour diriger la construction du tout-à-l'égout qui prolonge maintenant le puisard.
Le saviez-vous ?
Si le service pénitentiaire n'est pas "une entreprise de construction" il n'en reste pas moins qu'il doit faire face avec des moyens limités à la conservation des prisons et à leur amélioration ( construction de douches à Morombé, de réservoirs d'eau, de canalisations, etc...) et que dans de rares cas il es moins onéreux d'engager , pour un temps, un ouvrier qualifié que de s'adresser à une entreprise.....
Je signale que le tout-à-l'égout a été fait uniquement par la main d'oeuvre pénale , sous la direction du maçon ANDRE Marcel, et qu'il comporte, outre une canalisation d'environ 100 mètres de longueur, six regards en béton d'un mètre soixante de profondeur.
A Morondava, j'ai découvert un maçon (bon aide) et un menuisier que le gardien-chef ignorait.
je ne suis pas content de monsieur DAVID qui ne gagne ps à être connu.
Sa devise doit être "pas de vagues".
J'ai constaté que la fouille des détenus à l'entrée et à la sortie n'était pas pratiquée; que beaucoup de condamnés ne portaient pas le costume réglementaire.
Il a demandé une permission de trente jours que je vous ai transmis avec avis favorable.
S'il ne revient pas à Morondava, j'en serais pas fâché.
La majorité des détenus étant, ici, employée à l'extérieur le problème des constructions indispensables sont complexes.
je compte beaucoup, dans les trois mois à venir , sur les transferts pour étoffer cette main d'oeuvre.




......




M. LUCAIN , après quelques jours passés à Tananarive est de retour à Nosy-lava et le 9 février il me rend compte de la situation et le 13 il a encore de sérieux ennuis avec les gardiens et les détenus .


... Nosy-Lava le 9 février :


Je vous demande de me faire expédier le plus rapidement possible les graines nécessaires à l'ensemencement de nos jardins.
Il nous faudrait plus spécialement des graines de petsaï, de choux, de poireaux, d'oignons, de carottes, de salade, de persil, de tomates , etc..;,etc...;
pour notre consommation personnelle nous serions heureux de recevoir des graines de radis.


RAMPIRISON continue à faire des siennes.
Je vais aller à Analalava  dès que j'aurai déblayé le travail en retard et je mettrai les choses au point.
Mais je ne pense pas arriver à grand'chose.
A mon avis le mieux serait de le mettre seul responsable de la maison d'arrêt car je crois qu'il court au devant d'un coup dur et je ne tiens pas du tout à y être mêlé, même indirectement.
C'est un trafiquant né et ni vous ni moi ne l'en empêcherons.
De plus j'ai appris qu'il était parent à EUGENE ( qui entre parenthèses est un fieffé filou) .
GOZIE m'a signalé quelques anomalies qui se sont passées pendant mon absence et que je m'efforcerais de tirer au clair.
Voulez vous demander à PIERRE de nous expédier six robinets de 20 comme les trois qu'il nous a déjà fait parvenir.
ce robinets nous servent à soutirer les carburants.
Il nous en faut à l'atelier et sur chaque vedette.
Comme je le craignais, le volant est resté aux transports civils.
C'est révoltant mais je n'u puis absolument rien.
Vous savez pourquoi.
Je vous demande de faire activer si possible la génératrice du 50ch et de nous l'expédier de toute urgence car si un autre moteur tombe en panne nous sommes fichus.


(Fin page 125)



















1961 8/ Histoires entres gardiens

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(fin page 131)

Et puis à nouveau une sombre histoire qui se passe à Morondava que me transmets M. MATHEI.
Un cuisinier SAID M'DAHOMA , rend compte des agissements de l'agent  RANDRIANANDRAINA qui accuse RAKOTOMALALA Gabriel


Baobabs
Morondava


Voici le détail de ces évènements :

Un papier manuscrit lié à cette lettre :
"
Cher Monsieur MATHEI,
Je vous envoie le chauffeur dont je vous ai proposé l'engagement.
Quand à l'autre dont je vous ai parlé hier, s'il se fait appeler Jean BOANA , chez nous il s'appelait Paul BOANA.
Je vous envoie à son sujet une copie du dossier le concernant que vous seriez bien aimable de me renvoyer après en avoir pris connaissance. C'est un sal.... de première classe;
Signe  H. MONCLAR
"


Morondava le 1er mars 1961

Monsieur le Directeur,

Tout d'abord je m'excuse de répondre à votre lettre du 24 février avec un léger retard mais, comme aurait dit mon cierge " Mon pôvre monsieur j'ai bien du "tintouin"".
Quoique je me permette de vous écrire à titre personnel  c'est encore une correspondance de service que je vous adresse et qui va être pleine , hélas ! de RAKOTOMALALA et consorts.


1° 
En ce qui concerne la facture de 2.000 francs afférente à la confection d'un costume (réglementaire)  pour le greffier-comptable M. RAKOTOMALALA j'ai commis une erreur, car souvent il y a un mais, une explication s'impose.
M. RAKOTOMALALA  est resté en civil à Tuléar , pendant plusieurs mois, n'ayant pas trouvé un habillement à sa taille.
J'ai eu tort de ne pas vous en rendre compte( mon prédécesseur aussi d'ailleurs)  et de vous demander de faire confectionner le costume ayant sa mensuration.
Pris de court, par ma faute,  lorsque je me rendis à Morombé le 12 janvier , avec votre autorisation, j'ai voulu emmener avec moi, pour vérifier la compatibilité ( et j'ai bien fait, vous le savez)  le greffier-comptable.
Je ne pouvais décemment être en uniforme accompagné d' un subalterne en civil aussi me suis-je décidé à lui faire tailler un costume.
Quoiqu'il en soit , je vais envoyer, dès réception de ma solde, un mandat de 2.000 francs au tailleur.
Ci joint lettre de M. RAKOTOMALALA auquel je peux faire le reproche d'avoir gardé par devers lui un habillement dont il ne pouvait se servir.
par ailleurs je vais vous adresser , officiellement, une demande de confection :
d'un complet et de deux chemises pour l’intéressé.









2° 
Monsieur CADY , par l'intermédiaire de Monsieur LE BIHAN , m'a envoyé une ampliation d'une correspondance adressée à monsieur RAKOTOMALALA  dont ci-joint je vous prie de bien vouloir trouver une copie conforme.
Alors là je trouve qu'il y a de l'abus.
Que l'on redonne à M. RAKOTOMALALA le montant de ses achats de charbon, c'est normal, mais qu'on lui réclame pour cession de MOP(*) 3.400 francs , c'est, pour le moins, violent.
Au mois de novembre, j'ai fait aménager les cases de Messieurs RASAMOELINA Jules, et RAKOTOMALALA avec, bien sur, la main d'oeuvre pénale, ce qui entre dans le cadre des travaux normaux que le  Service Pénitentiaire doit  effectuer et, maintenant, dans un esprit de basse vengeance, on demande à cet agent du service pénitentiaire de payer de ses deniers les heures de travaux des détenus.
Je trouve le procédé conforme à l'opinion que je me fais de son auteur.
je serais curieux de savoir si l'on a présenté la même facture à RASAMOELINA Jules.
Je parie que non.

(Fin page 133)

Pas plus j'en suis certain que celle de la main d'oeuvre pénale, à usage domestique, qu'il utilise chaque jour.
Je suis allé à Mahabo, comme je vous en ai rendu compte en vous envoyant  une ampliation de mon rapport à Monsieur Le Ministre de la Justice, et vous avez pu lire que j'avais donné l'ordre de refaire les cases des agents.
Que penseriez vous de moi , et je me demande ce que les agents penseraient si ,
 à la fin des travaux, je leur envoyait une facture pour la cession de la main d'oeuvre pénale utilisée pour la réfection de leur habitation !?
Je trouve une semblable manœuvre scandaleuse mais elle ne m'étonne pas du gardien chiourme guyanais.

Une affaire très sérieuse vient d'éclater ici.
Les acteurs sont messieurs RAKOTOMALALA et RANDRIANANDRAINA Emile, agent de police détaché au service pénitentiaire mais non encore intégré. Dieu merci, faisant fonction de greffier à la maison d'arrêt de Morondava.
Vous savez ce que je pense de M. RAKOTOMALALA cependant je tiens à vous le confirmer.
Jeune fille Hova
C'est un homme très dangereux qu'il est préférable d'avoir avec soi que contre soi ( J'ai l'impression que M. CADY peut se préparer à serrer les fesses).
Intelligent, intrigant, très bien vu et reçu par les hautes autorités.
Je n'ai aucune estime pour lui mais au contraire un parfait mépris.
Cependant il faut que je reconnaisse qu'il couvrait très bien son métier et qu'il le fait avec conscience. Entre parenthèses je suis étonné qu'il soit avec MOI car il se serait, à mon sens  fort bien entendu avec l'AUTRE.
Ceci étant il faut que je vous présente le second personnage de l'histoire.
RANDRIANNDRAINA  Émile , agent de police, détaché au service pénitentiaire, est français par naturalisation mais Hova d'origine et , malheureusement pour nous il l'est bien resté.
C'est un jeune garçon intelligent, mais d'une intelligence spéciale , d'une intelligence contournée, si j'ose dire.
Très ambitieux, très jaloux et, me semble-t-il, aigri malgré son jeune âge.
Imbu de sa fonction et se croyant indispensable il a été vexé de l'affectation auprès de lui d'un commis-greffier ( RATSIZAFY François, qui, jusqu'à présent donne entière satisfaction).
Depuis une vingtaine de jours RANDRIANANDRAINA donnait des signes indiscutables de mauvais esprit.
 J'ai reçu de lui des demandes irrecevables (administrativement) et idiotes :
  • être encadré dans le service pénitentiaire, alors qu'il sait qu'il n'y a pas de cadres
  • être contractuel alors qu'il sait qu'il est encore agent de police
  • une demande ADRESSÉE au JUGE pour être relevé de sa fonction de greffier à la prison.

(J'ai renvoyé la demande à son auteur en lui rappelant qu'étant à la disposition du service pénitentiaire ses chefs directs étaient : le gardien-chef  et moi même)
  • une demande pour être réintégré dans son cadre d'origine  et muté hors de la province, que je vous ai transmise avec "avis favorable"
  • enfin en dernier lieu tous être chef d'un camp pénal.
Dédaignant la voie hiérarchique et sans même faire une allusion quelconque à ses intentions, cet individu ( il n'y a pas d'autre terme) a été porter une plainte officielle au commissariat de police de Morondava , qui en a rendu compte au juge (c'était normal)  contre un autre agent du service pénitentiaire, en l’occurrence Monsieur RAKOTOMALALA .
Le compte-rendu ci-joint de monsieur RAKOTOMALALA vous donnera , je crois, toutes les précisions utiles sur cette grave (ou sérieuse tout au moins) affaire.
sans chercher à savoir si les fautes reprochées à monsieur RAKOTOMALALA sont exactes j'ai l'honneur de vous demander qu'une punition exemplaire soit infligée à l'agent de police RADRIANANDRAMA Émile .
Il est inadmissible que le gardien-chef de la maison d'arrêt et moi même apprenions ... par le commissaire de police  les accusations portées par un agent du service pénitentiaire contre un autre agent.
Le plus curieux de l'histoire est que mon cuisinier (qui n'est pas prisonnier) appelé à témoigner a nié formellement les accusations de l'accusateur et que maintenant il porte plainte contre lui.
Tout ça n'est pas très beau ( il ne s'agit pas de mon cuisinier) et ne plaide pas en faveur de RADRIANANDRAINA et RAKOTOMALALA

(fin page 136)

Ce que j'en pense ?
Je pense que c'est très possible, mais voilà il faut le prouver et j'ai l'impression que cette histoire va retomber sur le nez de celui qui l'a provoquée et qui est encore moins intéressant , ce qui n'st pas peu dire,  que RAKOTOMALALA  qui a au moins , lui, l'excuse d'être chargé de famille.
J'attends vos ordres et vos directives pour cette histoire particulièrement emmerdante mais je vous renouvelle ma demande d'une punition exemplaire  à l'encontre du sieur RADRIANANDRAINA Emile.
Je crois que la Direction de la Sûreté pourrait ( car ça l’intéresse aussi)  le faire passer devant le conseil de discipline en vue d'une rétrogradation.
****
Autre chose car également "j'ai bien du tintouin mon bon monsieur"
Le gardien chef DAVID m'a avoué hier hier soir qu'il avait encore deux détenus de son établissement qui couchaient chez les utilisateurs mais qu'il n'osait pas donner l'ordre de faire cesser cet état de choses ET JE LE COMPREND car il s'agit de M. Le Préfet BORA et le médecin capitaine inspecteur de Morondava.

(page 137)
Ne vous serait-il pas possible d'envoyer ou de faire envoyer par le Ministre, une lettre circulaire rappelant d'un façon impérative  que les prisonniers cédés doivent rentrer à la prison "dès le travail terminé" et que les utilisateurs qui n’accéderont pas à l'observation de ce règlement se verront retirer l'emploi de la m o e .
Etant donné qu'il s'agit d'autorités relativement importantes il faudrait que cette note soit nette précise et impérative.
A l'avance je vous en remercie car vous me rendriez grand service et je suis même persuadé que ce ne sera pas à moi seulement;
Ne pourriez vous pas envisager la réimpression du décret N° 59-121 modifié par le décret 60-152.
Il y a beaucoup de nouveaux chefs de district qui ignorent parfaitement le règlement du service pénitentiaire.
Je crois que ce serait une dépense très utile.


Affaire RAKOTOMALALA - RADRIANANDRAINA Emile

Je viens d'envoyer à monsieur le commissaire LECLERC une ampliation de m correspondance N° 141 IPOMORA du 16 février , qui semble par sa date innocenter M. RAKOTOMALALA , mais ceci n'est pas de mon ressort et j'ai tenu uniquement à vous en rendre compte. 
Avant de terminer ce journal , de huit pages, s'il vous plait, je reviens à votre lettre en date du 24.2.61 .
Vous m'écriviez " Il s'agit d'une affaire grave qui aurait pu vous emmener loin ... etc..;"
Je ne doute pas un instant que les erreurs que le sieur MATHEI peut commettre soient susceptibles de "l'emmener loin" . Ah ! s'il portait un autre nom il pourrait impunément faire construire avec de la main d'oeuvre pénale et avce des matériaux de l'Etat des cases qu'il revendrait à son profit;
il pourrait écraser un enfant sans qu'on lui demande une explication quelconque.
Que dis-je ! 
Il pourrait , partant en permission, louer une voiture au garage provincial de Tuléar et faire payer le montant de la location à l'Etat, il pourrait vendre pour 27.000 francs de produits en provenance d'un jardin pénal, sans encourir de biens graves inconvénients, mais le sieur MATHEI lui, c'est autre chose.
" Tout ce que vous direz, tout ce que vous pourrez faire sera retenu contre vous" .Amen.
ayant complètement vidé mon sac je vous prie de bien vouloir croire,Monsieur Le Directeur, à mon dévouement et à l'expression renouvelée de ma respectueuse amitié.

Signé MATHEI























(*) MOP Main d'Oeuvre Pénale

1961 9/ MORONDAVA

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Annexe à la lettre de Mr MATHEI


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Page 142


"
SAID M'DAHOMA cuisinier chez M.; l'inspecteur MATHEI domicilié à Morondava à Monsieur le commissaire de police de la 8e section des R.G. de Morondava.
OBJET :
Plainte contre l'agent RADRIANANDRAINA Emile pour "achat de témoignage".
J'ai l'honneur de porter à votre connaissance que ce matin, à la place du marché, l'Agent RANDRIANANDRAINA Emile s'était approché de moi, en me proposant la somme de 2.000 francs aux fins de témoigner contre monsieur RAKOTOMALALA Gabriel et me demander pour que je retire tout ce que je vous ai dit lors de votre interrogatoire d'hier.
Ecoeuré de cet agissement, de cette mauvaise foi, j'ai voulu corriger publiquement l'agent Emile,mais heureusement il y avait l'intervention des agents de la police urbaine.
C'est pour cela que après avoir ramené à la case ce que je venais d'acheter au bazard, je me suis aussitôt présenté chez vous tout à l'heure pour vous rendre compte et je viens confirmer par cette présente.
sachant que le faux témoignage est interdit par la loi, c'est pourquoi, je porte plainte contre monsieur Emile pour avoir tenté avec 2.000 francs à induire la justice en erreur en achetant mon témoignage.


........


De Monsieur MATHEI le 2 mars 1961 :




J'ai l'honneur de vous faire parvenir une ampliation de ma correspondance en date du 16 février adressée à monsieur le chef du service de l'administration pénitentiaire à Tananarive  par laquelle je proposais l'affectation de l'agent RANDRIAMANANJARA José Gréco en service à Morombé, pour remplir les fonctions de gardien chef de la maison de sûreté d'Antsalova.
Il n'est pas dans mon intention de me mêler d'une affaire qui dépend de votre autorité mais j'ai pensé que la pièce ci-jointe, par sa date, pourrait avoir une valeur certaine pour l'établissement de al vérité.
..........


De Monsieur MATHEI le 5 mars 1961 :

J'ai reçu ce matin dimanche votre lettre du trois dont je vous remercie beaucoup.
Je m'empresse d'y répondre en profitant de l'accalmie relative des jours de repos.
Pour revenir aux affaires RAKOTOMALALA, puisqu'il faut hélas, ! encore en parler  je dois vous dire de suite ma surprise de la facture de 2.000 francs pour l'achat de quatre mètres de tissu "américain".
Je n'en avais jamais entendu parler . A vrai dire je n'avais pas cherché à savoir si monsieur RAKOTOMALALA avait fourni l'étoffe ou si elle était comprise dans la facture du tailleur.
Vous constaterez d'ailleurs qu'il n'y a aucun bon de commande signé de moi pour cet achat.
Non, ça, je ne marche pas.
Un costume 4000 francs !
Je paie les miens (de ma poche bien entendu) 2900 francs avec short ou 3000 avec pantalon.
Demain je vais lui adresser une correspondance officielle à ce sujet dont je vous enverrai une ampliation.
En ce qui concerne le costume gabardine, je suppose qu'il s'agit de l'habillement que Monsieur MERCURIGNY avait obtenu gratuitement de la Province .
Je vais "éclairer" ma lanterne à ce sujet.
Comment pouvez-vous croire que je suis dans un état d'"optimisme béat" en ce qui concerne le cas RAKOTOMALALA ?
C'est exactement le contraire.
je crois qu'il est fort capable d'avoir demandé une certaine somme ou, plus exactement, une somme certaine pour faire obtenir le poste d'Antsalova à l'agent Emile, qui n'est pas un saint, loin de là, soit si formel, et sans avoir été prévenu au préalable lorsqu'il a été interrogé par le commissaire pour nier l'accusation.
Quoiqu'il en soit je considère, comme je vous l'écrivais, monsieur RAKOTOMALALA comme un homme très dangereux et si je pouvais en être débarrassé ... avec élégance et hors de la province de Tuléar évidemment, je pousserais un soupir de soulagement.
Oui j'avais très bien noté l'agent RANDRIAMANADRANA Emile , parce que c'était la vérité à l'époque mais sa manière d'agir est inqualifiable et mérite une sanction sévère.
Que penseriez-vous d'un de vos employés de Tananarive, qui irait trouver le directeur de la Sûreté, par exemple, pour lui rapporter des faits qui intéresseraient le service pénitentiaire et qui, plus est, porterait une plainte officielle contre un de ses collègues sans même vous prévenir ?