Timbres et cartes postales sur DELCAMPE

Ny teny marina hoatra ny fia-pary, ka na lava aza, tsy lany hamamiana :
Les paroles vraies sont comme la canne à sucre que l'on mâche: quoiqu'elle soit longue,elle est douce partout.
Les timbres et cartes postales de ce blog sont en vente sur DELCAMPE.net , ci-dessous :
Affichage des articles dont le libellé est Mahabo. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mahabo. Afficher tous les articles

1959 2/11 Nosy-Lava

Page précédente : 1959 1/11 

Carte libre à l'ANOM Aix-en-Provence

Cependant il y avait plus grave.

Dans la deuxième lettre du même jour émanant de M. LUCAIN dont le texte est reproduit ci-après je pourrai connaître la situation dans le camp de la maison de force et notamment les trafics inimaginables qui existaient entre les détenus et les gardiens :

.....

Je regrette vivement que votre passage à Nosy-lava n'ait pas eu lieu quelques semaines plus tard.
Lorsque vous êtes venu, j'étais encore trop neuf et j'aurais été bien incapable de vous faire un exposé clair de la situation à la maison de force.
Il n'en n'est plus de même aujourd'hui mais je préfère faire cette mise au point sous forme de lettre personnelle.
Si j'avais à dépeindre brièvement l'état des choses je dirais que nous vivons en pleine anarchie.
Ce que je vais vous dire une simple enquête suffirait à le vérifier.
La collusion entre les agents et les prisonniers est flagrante et les uns comme les autres trafiquent avec les gens du village et même de l'extérieur.
Voici quelques faits qui se passent de commentaires :
Je me suis aperçu que certains agents servaient de facteur aux détenus.
Cela se faisait journellement.
J'y ai mis bon ordre dans la mesure du possible.
dans les divers ateliers, les ouvriers passaient la plus grande partie de leur temps à fabriquer des objets pour les agents qui souvent les revendaient à Analalava.
Hier j'ai confisqué une magnifique malle  à la menuiserie, mais je n'ai pu trouver à qui elle était destinée.Je l'ai fait mettre au magasin.
Même du ciment partait pour la grande terre.
Amboanio
Compagnie occidentale

J'ai pris les mesures nécessaires pour renforcer la surveillance à chaque départ de la vedette, mais cela m'est difficile à cause du nombre de femmes faisant la navette à chaque voyage.
Bien que je les soupçonne de servir d'intermédiaires , je ne peux les fouiller ni contrôler leurs bagages.
Pirogue et boutre

Deux fois cette semaine des bateaux ( un boutre et une pirogue) ont accosté directement sur la plage d'Amboanio , assez loin du poste, et les occupants s’apprêtaient à entrer dans le camp par derrière quand je les ai fait appeler.
Le patron du boutre m'a répondu avec insolence qu'il avait l'habitude ainsi de venir du temps de mon prédécesseur.
Il a prétexté qu'il apportait des bananes aux agents mais le lendemain l'inspecteur GOZIE a saisi des sachets de chanvre sur deux détenus dont l'un avait déjà été pris le mois dernier.
Il a d'ailleurs avoué qu'il faisait le commerce du chanvre à l'intérieur du camp et qu'il le recevait d'un villageois de Mahabo qui le reçoit sans doute par les bateaux.
Ne pouvant intervenir directement, j'ai demandé aux gendarmes de venir faire une enquête à l'improviste.
Ils m'ont dit être au courant de ce trafic  et qu'ils viendraient sans tarder.
A notre que Ra..... Paul qui a donné un coup de couteau à un de ses camarades est un fumeur de chanvre.
Ces trafics expliquent que très souvent nous trouvons des sommes parfois considérables sur les détenus.La semaine dernière une somme de sept mille francs a été saisie sur l'un d'eux.
Par suite d'un relâchement scandaleux, les prisonniers avaient des liaisons avec les femmes d'agents, à tel point  qu'un des policiers a été obligé d'expédier sa femme à Analalva, ayant appris qu'elle devait s'enfuir en France avec un détenu sur le point d'être libéré.
C'est d'ailleurs l'objet de la lettre anonyme que vous avez reçue et l'explication de la demande du montant du voyage Majunga-Marseille.

(fin de la page 8 du document initial)

Autre exemple du relâchement : un prisonnier domestique de mon prédécesseur et qui avait la faveur de coucher à l'extérieur de la prison , a été surpris avec une femme par l'inspecteur GOZIE dont le rapport est resté lettre morte.
Devant de tels faits , je comprends pourquoi les agents n'ont plus aucune autorité et pourquoi les bons éléments sont découragés.
pour citer un cas précis, il y a quelque temps , un très bon agent qui faisait une observation à un détenu condamné pour assassinat et réputé comme étant la plus forte tête du camp s'est vu insulter et frappé par lui.
Le prisonnier a été puni de trois mois de prison mais l'agent a été rappelé à Tananarive quelques jours plus tard à la demande expresse de M. PERICHAUD.
Ce geste a mécontenté les bons agents et M. GOZIE a été a deux doigts de donner sa démission.
J'ai promis aux agents que je ferais tout pour renforcer leur autorité.
Ne croyez pas que je vous relate ces faits parce que je redoute mes difficultés.
Au contraire , je suis prêt à endosser toutes mes responsabilités et je suis certain d'obtenir ra^pidement des résultats concrets, mais il me faut la certitude que  j'aurai l'appui total du ministère.
il me faut en particulier que je puisse au plus tôt donner un commencement d'exécution aux belles promesses que j'ai faites sur vos conseils; sinon tous les bons agents partiront.
 .........
Compagnie occidentale de Madagascar




Je lui donnai tous apaisements  et l'assurai de mon appui le plus total dans son action à condition qu'il me rendît compte immédiatement chaque fois qu'un incident se produirait  afin que je puisse faire face à toute intervention politique qui ne manquerait pas de se produire.


*******

Le 2 juin 1959 , sous numéro 12440/FIN/4/A, le Directeur général des finances me faisait connaître qu'étant donné que mon congé était écourté, j'étais autorisé à conserver mon logement administratif  à condition que je prenne toutes dispositions  pour permettre le cas échéant une occupation partielle de courte durée, ce qui permit à mon ami rené JUPPEAU de l'occuper pendant la durée de mon absence.

Le 12 juin M. LUCAIN m'envoyait la longue lettre suivante pour me faire connaître que la situation s"améliorait malgré les incidents relatés plus haut :

.......

J'ai pris connaissance de votre lettre avec beaucoup de plaisir et de réconfort.Car il faut bien le dire, les quelques télégrammes officiels que nous avons échangés ne permettaient guère de me rendre compte si j'avais votre approbation ou non  en ce qui concerne ma façon de mener La "boite"  dont vous m'avez confié la Direction.
Le moins qu'on puisse en dire, c'est que j'ai fait figure de révolutionnaire.
Et mon régime a été approuvé par tous puisque la Commission de surveillance m'a adressé ses félicitations et que les agents me remercient d'avoir réinstauré leur autorité ( a tel point que certains commencent à regretter leur demande de mutation) .
Les prisonniers eux-mêmes se rendent compte que le règne du laisser-aller est révolu.
Je vous remercie d'ailleurs de m'aider à mater les fortes têtes en leur "collant" le maximum  chaque fois que je vous le demande.
Je vous assure que l'effet psychologique est des plus salutaire.
Un mois encore de ce régime et tout rentrera dans l'ordre.
A part les fous furieux tous les autres sont déjà revenus à de meilleurs sentiments.Certains même commencent à se confier à moi. Je les reçois toujours bien et je les conseille dans la mesure du possible .
Lorsque vous me dites que le début d'émeute du 17 mai vous a causé beaucoup de tracas , je me rend compte combien l'usage des télégrammes est sujet à caution, car si j'avais pu vous parler de vive voix, je suis sûr que vous ne vous seriez pas inquiété un seul instant.
Je vous affirme que je n'ai jamais été en difficulté et si je vous ai alerté c'est surtout pour vous faire comprendre la carence de nos prédécesseurs et la nécessité de réagir vigoureusement et sans tarder afin de faire comprendre à tous que la rigolade est terminée.
Comme je crois vous l'avoir déjà dit, le lendemain même de l'incident, j'ai mis à exécution le projet que nous avions étudié ensemble concernant l'isolement des "dangereux" . Ainsi je suis absolument optimiste , car la nouvelle installation mettra les "durs" hors de nuire.
Vous vous montrez surpris que je n'ai pas porté plainte contre R..... Paul .
L'explication est la suivante : lorsque j'ai rendu compte au juge de ce qui venait de se passer, il m'a demandé si la victime portait plainte contre son agresseur. Sur ma réponse négative, il m'a fait part de son intention de suivre lui-même l'affaire. D'ailleurs l’enquête est ouverte et suis son cours.
Je vous tiendrait au courant de tout ce qui en découlera.
Sans vouloir râler, je me crois obligé de vous dire que l'effectif des gardiens est nettement insuffisant et je me demande jusqu'à quel point notre administration  ne serait pas jugée responsable si un coup dur  se produisait.
En effet, alors que la loi prévoit un gardien pour  10 détenus, ici nous en sommes à un gardien pour vingt détenus.D'ailleurs le rendement du travail s'en ressent. N'étant pas suffisamment surveillés les prisonniers en profitent pour tirer au flanc, quoique mes visites impromptues les déroutent un peu.
J'ai hâte de pouvoir me débarasser de quelques agents et de les remplacer par de nouvelles recrues.La mentalité de l'ensemble du personnel en sera profondément modifiée.
......
Au sujet de mes commandes vous me dites quelles manquent de précision et vous me parlez de "redresseur à vapeur de mercure" . Je vous avoue bien humblement que je ne comprends rien à cela et que je suis obligé de faire confiance à GESLIN  pour ce qui est des commandes concernant les ateliers.
Toutefois je lui rappellerai pour la énième fois qu'il doit être plus explicite.
J'ai reçu la visite de M. CADINES des T.P. qui étudie la possibilité de créer un terrain d'aviation à Nosy-Lava.
A ma demande, j'ai eu également la visite du vétérinaire d'Ananalava  ( type charmant) qui m'a conseillé très utilement.Il a examiné le cheptel qu'il n'a pas trouvé très brillant;D'après lui nous aurions intérêt à le renouveler.J'attends un rapport que je vous ferai parvenir. Nous avons discuté également de la construction éventuelle d'une ferme. Après étude du terrain, il nous donne son accord total. Si notre ami JUPPEAU pouvait venir pour le démarrage ce serait parfait.
En ce qui concerne la question eau, sans être insoluble, elle me parait assez difficile ; rien à à faire pour continuer le forage de deux puits  dont M. BRUNET nous a indiqué l'emplacement. Ou alors il nous faudrait creuser une quinzaine de mètres dans la roche.Sans marteau-piqueur nous en aurions pour des années.Je vous enverrai très bientôt  un rapport réunissant les suggestions  émises par M CADENES, PROVENSAL ( le vétérinaire), GESLIN, etc. ....
Tous s'accordent pour dire que la solution serait la construction de citernes.
.....




Deux vidéos sur Nosy-Lava et Nossi-Bé







Page suivante : 1959 3/11

1959 11/11 Meurtre à Anjanamasina,Nosy-Lava



Page précédente : 1959 10/11

A cette époque un drame affreux vint endeuiller et ternir le service pénitentiaire.
les autorités judiciaires avaient décidé depuis quelque temps  que le centre de jeune délinquants
d' Anjanamasina devait être en centre de rééducation avec des éducateurs désignés par eux.
La discipline du centre n'était donc plus sous mon autorité et je n'avais plus que la responsabilité de l'intendance et mon ami JUPPEAU celle des jardins.
Il s'ensuivit une absence de gardiennage et M. THOMAS l'éducateur désigné laissait toute liberté aux pensionnaires qui s'absentaient; quelque fois pendant plusieurs jours, pour aller traîner dans les rues de Tananarive.
Une nuit l'un d'entre eux, mécontent d'une réprimande, s'introduisit dans le logement de M. THOMAS, tue celui-ci et poignarde sauvagement son épouse en la laissant pour morte.
Le spectacle découvert au petit matin présentait un spectacle effroyable.J'en fus immédiatement averti et me rendis sur le champ sur les lieux du crime.Je ne pouvais rien faire d'autre que d'en saisir la justice.
Le laxisme des magistrats qui avaient décidé cette nouvelle gestion était le grand responsable de ce carnage.

......

Le 10 décembre tout semblait s'arranger à Nosy-lava, malgré une lettre décousue sur un serveur du directeur et le 21 décembre je recevais une longue lettre sur l'aménagement général du camp :

.....

J'ai trouvé une solution élégante pour me débarrasser due l'ancienne boyerie qui en fait était composée des choux-choux de mes prédécesseurs. Je vais les expédier à Nossi-Bé.Dans le nombre il y aura mes deux boys et mon cuisinier qui commençaient à se croire indispensables. Deux boys de GESLIN seront également du voyage, ainsi que celui que s'était octroyé RAMBELOSON du temps de
tous ces détenus remplissent les conditions exigées puisqu'ils n'ont en cours aucune punition depuis longtemps.
Cette opération est considérée officiellement comme une mesure de faveur à leur égard, et , puisque de mon coté je les ai assez vus,  tout est pour le mieux.Je compléterai  l'équipe par quelques braves bougres.D'ailleurs la liste vous est adressée par le même courrier.
Avenue de l'indépendance
à
Antananarivo
(Auparavant : Avenue de la libération
Tananarive)
L'inspecteur-greffier RAMBELOSON m'a confirmé son intention de demander sa mutation pour Tananarive.Vous pensez bien que je n'ai pas essayé de l'en dissuader.




....
(fin page 23)


Pour vos archives : une lettre du célèbre RANDRIAMANJANA Paul auteur du coup de couteau ayant déclenché un début de révolte quelques jours après mon arrivée à Nosy-Lava.
Lettre saisie par l'ancien boy de mon prédécesseur. Je n'en comprends guère le texte mais la fin m'intrigue énormément.
Le "Ferdinand" est le boy qui nous a servi lors de votre passage ici et que j'expédie à Nossi-Bé :



  • Monsieur le directeur,
J'ai très respectueusement l'honneur de vous adresser la présente sollicitant de votre haute autorité pour vous demander de bien vouloir m'accorder une chance pour éviter la suite fâcheuse de l'agression dont j'ai été victime.
Je vous en supplie ,monsieur le directeur, Pitié ! Délivrez moi ! Ne me laissez pas périr. Songez au service dont j'ai rendu à l'administration pénitentiaire. Je suis à vous !.
Je vous jure ma parole de gentilhomme que j'ai pris ma ferme résolution de me conduire tel que j'étais autrefois car j'ai tellement envie d'être libre pour que je puisse courir à la recherche du bucéphale de mon rêve !


....


Le 21 décembre je recevais une lettre de Nosy-Lava commentant le drame d'Anjanamasina :

J'ai appris avec peine mais sans surprise ce qui est arrivé à mon collègue d'Anjanamasina.Avec l'évolution actuelle nous sommes tous exposés à subir le même sort. c'est tout juste si les rôles ne sont pas inversés et si les prisonniers ne nous commandent pas.J'éprouve toujours un serrement de coeur lorsque je vois certains membres des différentes commission s'enquérir auprès des assassins si ils sont bien soignés.
je vous ai signalé, il y a déjà un certain temps, mes appréhensions concernant la disproportion  entre l'effectif des détenus et celui des gardiens.En cas de soulèvement brutal des prisonniers nous serions submergés en quelques minutes. Lorsque les agents ont terminé leur service,ils sont tenus de remettre leurs armes au chef de poste qui les renferme dans une armoire. Ce qui revient à dire que les détenus, une fois maîtres du poste , ne trouveraient plus aucune résistance.
Je me demande au cas ou nous serons tous zigouillés , si vous ne risquez pas t'être tenu pour responsable . Je sais qu'un agent ne doit pas avoir à surveiller plus de 10 prisonniers alors qu'à Nosy-Lava , lorsque les détenus annoncés seront là, chaque agent en aura plus de 35 à sa charge.
Avec quelques gardiens de plus, je pourrai organiser une patrouille de nuit qui augmenterai la sécurité.
Enfin inch'allah !
Par ailleurs en ce qui concerne la construction du terrain d'aviation, il m'est impossible de vous envoyer un rapport sur cette affaire, vu que je l'ignore totalement. Un jour j'ai vu arriver un type  se disant envoyé par les T.P. m'annonçant qu'il allait faire un relevé du futur terrain d'aviation.
Depuis plus rien.
J'ai appris incidemment il y a quelques jours , par le chef de district,  que les habitants de Mahabo avaient adressé une pétition au député BEHAVANA protestant contre l'installation dudit terrain, car pour le faire il fallait détruire des cocotiers.Je ne suis pas du tout dans le circuit.
Vous m'annoncez une cinquantaine de nouveaux détenus. Comment pourrais-je les nourrir ?
Je vous ai fait savoir que notre stock de riz ne nous conduirait que vers la mi-janvier ( en comptant avec 400 détenus et non 450).Pouvez-vous me rassurer à ce sujet ?


(fin page 24)

Pendant que nous parlons de riz, je vous rappelle que je vous ai déjà fait part des difficultés rencontrées par le personnel pour se procurer cet aliment de base.
Je pense qu'il serait sage de passer un marché pour un contingent beaucoup plus élevé de façon à pouvoir revendre du riz aux agents.
La chambre froide doit être révisée entièrement, ayant été négligée pendant des années. La viste d'un spécialiste s'impose. Tout ce qui est : joints, presse étoupe etc.  est complètement pourri. L'installation électrique était faite en dépit du bon sens . Je l'ai faite refaire entièrement par COURT.
J'espère que nous serons dépannés sans tarder car la chaleur est terrible en ce moment, le poisson et la viande se gâtent en quelques heures d'ou l'impossibilité absolue de faire quelques réserves.
A part ces petits soucis, le moral est bon.
J'espère que vous m'enverrez bientôt des gardiens triés sur le volet et que vous me débarrasserez de mes caricatures.
Décidément vous m'aurez laissé souffrir jusqu'au bout avec l'affreux MANANJARY.


L'année 1959 s'achève et la mise en place de la nouvelle organisation est terminée.
Les difficultés furent nombreuses mais je reçus beaucoup de lettres personnelles qui m'encouragèrent et pour lesquelles je donnai toujours une suite.
Les autres responsables des diverses administrations m'informèrent par la voie officielle mais mon devoir de réserve m'interdit d'en parler.
Seules les archives de mon bureau en sont détentrices.

De toutes les maisons du territoire je reçus de bons voeux pour 1960.

Mon fidèle ami et dévoué collaborateur rené JUPPEAU me fit parvenir le rapport ci-annexé concernant son activité en 1959 concernant les fermes et les jardins pénaux :

(fin page 25)




La correspondance de 1960 va suivre
Après le rapport 1959 de M. JUPPEAU
26 juin 1960 sur cette lettre








1959
FIN




Page suivante : 1960 1

1960 6/28 Mars

Page précédente :1960 5/28 Vie courante




Je compte, malgré les difficultés signalées ci-dessus reprendre la route le 4 avril , pour me rendre à Ifanadiana , Mananjary, Farafangana, Vangaindrano, Voudrozo et retour.
Manajary
Durée prévue de l'absence : une semaine.
Je n'ai pas encore terminé complètement la rédaction de mon rapport d'inspection à Ihosy, Betroka, Iakora et Ambalavo , mais il sera posté avant la fin de la semaine.
Pour Betroka sans entrer dans les détails, à mon avis, qui ne peut que prévaloir, il serait utile de :
a) faire déplacer le juge de section.
b) muter le gardien-chef ( la prison, plus exactement la cour, était dans un état de saleté repoussant).


Ambalavo


......




De Nosy-Lava, je reçois toujours de longs compte-rendus , quelques fois optimistes, mais le lus souvent pessimistes.
Ainsi le 31 mars la situation suivante m'est exposée :


........


Ces soucis ( de vedette) n'ont jamais existé pour mes prédécesseurs.
Je m’aperçois que tous les avantages qui faisaient supporter l'exil disparaissent peu à peu.
C'est ainsi que mes prédécesseurs étaient approvisionnés en légumes par Tana  et que moi je ne reçois plus rien.
 Comme je suis réfractaire eu riz, je souffre énormément  de n'avoir pas quelques "truches"  à me mettre sous la dent.
En cette saison hormis les brèdes (*)qui sont les légumes de base des malgaches,  les légumes "civilisés"  viennent très mal : les carottes ont de belles feuilles avec un petit morceau de bois en dessous.J'ai seulement des salades et des cornichons.
J'espère que la saison qui vient sera meilleure et je m'estime heureux d'avoir à profusion des brèdes ( mafana, bevamao et autres) et des pet-saï pour les prisonniers.
vous devez vous rendre compte de la quantité nécessaire pour alimenter 413 détenus.
Cela en représente des sacs par jour !
J'aurai bientôt du maïs mais je pense qu'il faudra le conserver pour la semence de l'an prochain ......
Il y a trop de retard dans la livraison des matériaux que je demande. ainsi je viens de recevoir ce qui est nécessaire à la construction  des citernes, mais je crains fort que lorsque nous aurons exécuté les travaux , la saison des pluies ne soit terminée. déjà nous n'avons plus que de petits orages qui vont en s'espaçant.
J'ai quand même des consolations : les travaux que j'ai fait.
En tête vient le valakira qui est tombé à pic puisque nous n'avions plus de viande.
Quand à la volaille les jeunes commencent à pondre et nous avons fait quelques couvées ( dont plusieurs mangées par les rats et les serpents) .
débordé comme je suis , il me répugne de faire du travail inutile, entre autres, le numérotage des cocotiers avec des bouts de tôle......Je me contente de faire compter les cocotiers et de les classer suivant les catégories que M. JUPPEAU m'a indiquées.


(fin page 52)


Les quatre gardiens arrivés me font très bonne impression.Ils me serviront certainement à accomplir la petite révolution que j'ai déjà amorcée et qui m'a valu de me faire traiter de napoléon par GESLIN 
La vieille équipe à du plomb dans l'aile depuis le départ des MANANJARA, ESAROTRO, RAMBELOSON , etc....
Pirogue malgache
D'autre part, l'évasion de deux détenus nous a permis de faire arrêter le plus grand trafiquant de Mahabo , lui même ex-prisonnier, Les deux évadés ont avoué s'être mis  d'accord avec lui au préalable pour leur transport sur la grande terre; le prix était fixé à 5.000 francs . Évidemment les deux lascars et leur complice ne s'attendaient pas à une riposte aussi vive de notre part : quelques instants après la constatation de leur fuite, nous avions enlevé tous les balanciers des pirogues, avant que la marée ne soit favorable.
Je pense être débarrassé du dit complice à tout jamais, car c'est lui qui fournissait le chanvre le toaka (*)aux détenus et, hélas, à certains agents : MANANJARA était son principal associé. a propos de ce dernier, j'ai été sidéré d'apprendre qu'il avait été promu au grade de chef de poste à Majunga ....
Je crois que vous m'approuverez lorsque vous saurez à quel point je prends soin de mes prisonniers,.même des plus retors. Des deux évadés , l'un a été retrouvé dès le deuxième jour de sa fugue ; le second a résisté douze jours. Le "pôvre"  a bouffé toutes sortes de saloperies pour subsister . Lorsque nous l'avons repris, il nous a supplié de lui donner  manger.J'allais lui faire servir un repas substantiel, mais j'ai heureusement réfléchi à temps qu'un repas trop copieux venant après un long jeûne pouvait lui occasionner un embarras gastrique.J'ai donc jugé raisonnable de lui faire prendre auparavant une purge ( très dosée). Il a été très sensible à mes bonnes intentions  mais encore plus au sulfate de soude. D'après les agents, s'il avait couru aussi vite pour se sauver que pour aller aux "chiottes", il n'aurait jamais été repris. toujours est-il qu'il est maintenant en parfait état et prêt à subir une rallonge de trois ou quatre ans.














(*) bredy mafana
(*) toaka :




Page  suivante : 1960 7/28

1960 9/28 Inspecteur de Tamatave

Page précédente : 1960 8/28



Le 12 mai l'inspecteur de Tuléar m'écrit pour me faire part de son étonnement, car il a entendu dire que les chefs de district allaient reprendre leurs anciens droits de directeurs de prison. Cette information est fausse et je remets les choses au point.
Je suis heureux de recevoir de M. CARTON inspecteur de la province de Tamatave  une longue lettre datée du 23 mai. C'est une province sans histoires mais le silence m'inquiétait un peu.La voici :
Prison de Tamatave
début du siècle
( Sur DELCAMPE)


.....

Voici en quelques lignes la situation à Tamatave , ce que j'ai trouvé,le peu que j'ai fait et ce que je compte faire.
J'ai pris une succession difficile,vous le savez, pas de bureau,j'en ai trouvé un le premier jour,pas de logement, je suis logé  provisoirement, j'ai occupé une maison louée par la province jusqu'au 30 juin, le bail déjà dénoncé,les clefs déjà rendues au propriétaire, je les ai récupérées, j'ai acheté un frigidaire et un réchaud avec votre accord, je dispose d'un délai d'un mois pour trouver autre chose.
J'ai fait les visites indispensables d'arrivée : directeur des services provinciaux, directeur et chef de cabinet,  collègues des bureaux financiers et provinciaux, procureur,substitut et juges, et ..... partout accueil chaleureux et grande compréhension du procureur.
Je n'ai pu me présenter à M. JARISON, Secrétaire d'Etat  délégué, absent de Tamatave, que dans la semaine.
Il m'a très bien reçu et m'a rappelé que nous travaillé ensemble à Mahanoro en 1944 et qu'il était heureux de retrouver un ami.

(Fin page 56)

Je me suis fait remettre par M. COMARD les dossiers et j'ai essayé de voir clair :
la situation est assez trouble et je continuerai de l'éclaircir.
par exemple j'ai mis au point le contrôle du personnel, la liste fournie par COMARD est entièrement fausse, mais ce n'est pas entièrement de sa faute; il a pris les noms que les districts lui ont communiqués et les a recopiés. Les chefs de district confondent sciemment peut-être , les agents de district et les gardiens de prison
J'ai supprimé les agents de districts qui seraient payés par le budget de l'intérieur pour un gardien.
pour le moment les gardiens de prison sont payés sur le 33.3I.0I mais il faudra encore du temps pour que tout rentre dans l'ordre.Il faudra recruter et licencier. Il y a encore des agents de district qui remplissent des fonctions à la prison, je les éliminerai en douceur et j'essaierai de mettre des gardiens -chefs valables dans chaque prison.
dans certains districts il y a encore, un gendarme, un chef de gouvernement etc ...; qui remplissent les fonctions de gardien-chef faute de gardiens capables.
Les chefs de district gèrent encore les crédits entretien des détenus et me réclament de l'argent.
J'ai fait un relevé des dépenses par prison ( avec le cahier de liquidation) . Certaines prisons n'ont pas encore fait parvenir une seule facture qui ont été payées et sont parties avec la comptabilité du district , d'autres ont engagé beaucoup plus que ce que COMARD avait mis à leur disposition car il avait fait une répartition des crédits.
exemple Tamatave le seul sur lequel j'aurais pu jouer a déjà engagé 200.000 de plus qu'il n'avait et il reste encore un mois et demi et des dépenses obligatoires. J'ai immédiatement interdit aux gardiens-chefs de toutes les prisons d'effectuer des achats autres que viande et brèdes, en même temps que je leur demande leur stock et le relevé des dépenses depuis le 1er janvier 1960.
J'attends d'avoir tous les éléments pour vous demander un complément de crédits; Quelle pagaille !
j'ai aussi commencé à m'occuper de l'emploi des détenus : j'ai écrit à tous les chefs de districts en m^me temps que je donnais des instructions aux gardiens-chefs ( mais lesquels ?)  .
pour Tamatave j'ai tenu à en parler à M. JARISON  puisqu'il avait pris position lorsque COMARD a voulu supprimer ceux mis à la disposition de service ou de particulier et il y en a encore une trentaine.
Je crois l'avoir convaincu; mais il a fait appeler M. PEREZ son directeur provin et conseiller qui, s'il est entièrement d'accord pour la suppression pure et simple des détenus utilisés par des particuliers, demande que ceux employés à la province  , hôpital enseignement soient maintenus.
Pour faciliter ma tâche, je vous demande de répondre à la lettre signée de M. JARISON  adressée au ministre de la Justice et demandant le statu quo. Son argument c'est que le Ministre de la Justice n'a pas répondu : donc accepte !


Foulpointe
Pour les jardins pénaux  j'ai donné des instructions aux gardiens-chefs. A Tamatave le chef de district doit mettre un vaste terrain de culture à ma disposition. Je dois aller reconnaître ce terrain avec lui;
A Foulpointe je vais faire pêcher.
Voici ce qui a été fait. Je préfère aller doucement et ne blesser personne.
J'arriverai à faire admettre toutes les réformes mais dans bien des districts on ne dispose pas encore des gardiens-chefs valables et j'ai encore besoin des chefs de district que j'éliminerai petit à petit quand j'aurai mis en place  de bons gardiens-chefs. Qu'en pensez-vous ?



....


Le 9 juin c'est à nouveau Nosy-Lava qui me rend compte d'une situation apparemment sans graves problèmes.
Voici quelques extraits de ce compte-rendu :

(fin page 57)


J'aimerais vous dire que tout va bien mais malheureusement, je me trouve en face de nombreuses difficultés.
La plus importante est la question des moteurs, vedette comprise. Depuis de longues semaines la chambre froide ne fonctionne plus , à cause de l'insuffisance de courant, ce qui rend impossible la constitution de réserves de viande et de poisson frais. J'espère que les pièces nécessaires pour remettre en route les deux moteurs en panne nous parviendront assez rapidement car nous risquons d'être sans courant d'un moment à l'autre, ce qui impliquerait pour nous l'isolement complet, étant sans radio.
La vedette donne aussi des signes alarmants de fatigue. Je suis tombé deux fois en panne à mon retour et il en est de même à tous les voyages.
Avez vous des nouvelles du cdt GRIVEAUD que j'ai vu à Majunga ? 
Nous nous étions mis d'accord au sujet de la vedette qu'il vous avait proposée.
alors que je n'étais pas très "chaud" quand vous m'en avez parlé, j'ai changé d'avis quand j'ai appris que ce bateau pouvait transporter douze tonnes de marchandises ou 50 passagers ( ce qui entre nous me semble énorme) et que nous pourrions nous rendre de Majunga à Nosy-lava en 9 heures.
Il était convenu entre le commandant GRIVEAUD et moi qu'il enverrait un télégramme à la compagnie Verdaveine  demandant de venir me présenter la vedette ici,  et que si je la trouvais en bon état je vous demanderai votre accord. Ensuite, la vedette aurait été conduite à Majunga  où le commandant GRIVEAUD devait y apporter les modifications  qu'il jugeait indispensables. Il m'avait dit qu'à la suite de son télégramme , la vedette me serait présentée dans les quatre jours suivants .Or, je ne vois encore rien venir.
Ceci s'ajoute à mes inquiétudes de rester sans radio et sans lumière.
J'ai acquis la certitude, après enquête, que les pannes de moteur étaient dues à la négligence du dénommé RAKOTONAMANA Jean-baptiste  qui passait  son temps à prendre des cuites monumentales en compagnie de l'infirmier (dont nous reparlerons ) et des détenus travaillant sous se ordres. Il ne surveillait rien et les bielles ont coulé par absence complète de graissage.Du reste le moteur de la pompe qui était soumise au même régime  et COURT a eu un mal fou à la remettre en état. COURT n'étant pas diéséliste , c'est le détenu STANISLAS  qui était affecté comme mécanicien à bord de la vedette  qui assume actuellement les fonctions de chef-mécanicien, ce qui, bien entendu, dépasse de beaucoup ses compétences. 


...

pour en revenir à l'infirmier, le double du rapport de l'inspecteur GOZIE a été envoyé à monsieur l'inspecteur médecin d'Analalava  . aucune suite n'y a  été donnée; Aussi je vous demande d'intervenir directement auprès du service de Santé de Majunga. En toute sincérité, je me croirais coupable de ne pas dénoncer la carence de ce service qui ne veut pas s’intéresser au millier de personnes que représente la population de Nosy-lava.
L'infirmier RAMAROSON  est ivre tous les jours sans exception.L'enquête que j'ai faite m'a confirmé que non content de se saouler avec l'alcool à 95° de l'infirmerie, il en faisait boire à des détenus. J'ai du reste la déposition de deux détenus. Les agents et leurs familles sont furieux et il est urgent de régler cette question.
Zébu
pourriez vous me dire si le projet d'enquête par M. SALIM  prend corps ?. Cela me semble de plus en plus indispensable , sinon je perdrais complètement la face devant les gens de Mahabo qui deviennent de plus en plus arrogants depuis que m. le Juge m'a envoyé le T.O. ci-joint. Je dois vous rappeler que la plainte dont il est question avait été portée  à la suite de la dévastation de 27 planches de haricots en plein rapport par les boeufs du dénommé  MAHABINAZAKA .
Je précise que les gardiens étaient venus faire une enquête sur place et que leur rapport nous était des
plus favorables.


..... JUGE SECTION à DIRECTION MAISON FORCE NOSY-LAVA

suite votre plainte du 2 mars 1960 contre nommé MAHABINAZAKA pour dévastation de culture par ses boeufs. Honneur vous informer que je ne donne aucune suite à votre plainte citée en référence pour le motif suivant : CONTRAVENTION NON CARACTÉRISÉE.

Signé  GERMAIN

(Fin page 58)

Page suivante : 1960 10/28

1960 13/28 Fianarantsoa

Page précédente : 1960 12/28


La fin du mois d'août arrive et le renouveau entraîne des modifications dans les attributions.
C'est ainsi que M. CADY me fait part de ses désirs :


......


MARDON m'a donné récemment de vos nouvelles et m'a dit que vous aviez pensé à moi pour le poste de FIANARANTSOA ( je vous en remercie)  en remplacement de M. MATHEI qui passe à Tuléar aux lieux et place de MERCURIGNY qui serait, parait-il , ecoeuré de n'être pas pris au sérieux.
J'ignore les raisons exactes de la démission de ce dernier , mais ce que je sais bien, car de nombreux amis et quelques agents de service de Tuléar m'en ont informé,  c'est qu'il n'a cessé de me critiquer et d'essayer de me "démolir" dans l'esprit des gens , auprès de vous aussi certainement.
Je le tiens pour un médiocre et un homme méprisable  que je crois incapable d'exercer les fonctions que vous lui aviez confiées.Je sais, par exemple,  qu'il a essayé de soulever une histoire au sujet d'une facture de pain, lait, cigarettes qu'il refusait à liquider la jugeant suspecte.
Vous n'ignorez pas, car je crois vous l'avoir soumis par écrit ou tout au moins verbalement, que ces fournitures supplémentaires étaient destinées et effectivement distribuées à titre d'encouragement aux détenus secrétaires du bureau de l'Inspection, seul moyen de les gratifiés, car je n'avais pas, comme lui, d'agents provinciaux comptables et de secrétaires civils.
J'étais cependant parvenu à mettre en route et faire tourner "la boutique".
M. MARDON a du vous dire qu'il était question de mon retour.
 J'ai passé dernièrement la visite d'aptitude et j'attends ...; mon congé expire le 8 octobre mais il est possible que je rejoigne avant cette date. J'aimerais travailler encore avec vous.
Les malgaches consentirons-t-ils à me faire une petite place ? 
En raison de mon "lourd passé"  pénitentiaire, j'aimerais bien être affecté à Majunga qui est, je crois, la province la plus calme politiquement, et où se trouvent le moins de mes anciens et éminents "clients", à défaut Tamatave ou encore Tuléar. 
Et aussi dans ces centres, ma femme pourrait retrouver un poste à la banque ( Il n'y a pas de B.N.C.I. à Fianar ...).


......




Il me fut possible de réintégrer . M. CADY dans l'administration pénitentiaire où il remplaça M. MATHEI.
Ylang Ylang
Puis ce sont les rapports réguliers  qui me parviennent sur la situation à Nosy-lava ( 22 août) à Nossi Bé (23 août) Fianarantsoa ( 25 août), Nosy-Lava à nouveau (27 août).
A Fianarantsoa un nouvel inspecteur, M. RAKOTO, a pris son poste en remplacement de M. MATHEI affecté à Tuléar ( rapport du 3 septembre).


.......




.... Nosy-Lava le 22 août




......


En ce qui concerne la décision N° 330, je la connais par coeur.


Je sais qu'il est dit à l'article 4 qu'à partir du 1er juillet 1960  je dois liquider les dépenses de la maison d'arrêt d' Analalava  sur les crédits qui me sont alloués; mais comme j'ai eu l'occasion de l'exprimer en long et en large à  M. VERGNOLE , le fait que le nombre des prisonniers se soit élévé à plus de 700, alors que les prévisions de dépenses avaient été établies  sur 450, que j'achète tout le poisson d'Antangerina et de Mahabo pour le faire sécher et saler, que je paie le sel, etc.......


Les crédits que vous m'avez alloués  sont nettement insuffisants pour Nosy-lava et nous nous étions demandé s'il ne serait pas préférable que je vous envoie directement les factures d'Analalava aux fins de règlement.




(fin page 64)


Je veux bien admettre que j'ai laissé passé quelques erreurs , mais, secondé comme je suis, je n'y peux rien. Du reste, plusieurs, ont été commises en mon absence , mais je ne regrette rien, car si je n'avais pas fait ce déplacement, la Tay taitra serait toujours à Majunga. 
Il a fallu que je pique une crise pour faire achever les travaux; Le peu qui avait été fait  l'avait été par JACQUIE  et l'équipage, dont Maecha.
A ce propos les travaux de réfection continuent.
Le moteur a été entièrement démonté et nettoyé, il en avait besoin.
Les peintres sont en train de terminer leur travail et le bateau a déjà une autre allure. encore une fois je crois que nous avons fait une belle acquisition.
Comme je vous l'ai dit par télégramme, Jacquie à remis immédiatement le 30 chevaux en route et seul, le manque de ciment a retardé l'installation du nouveau moteur. dès que j'ai reçu votre accord, j'ai fait venir du ciment et quelques heures après le socle était fait. Ce n'est plus qu'une question de échange du béton.


....




Page suivante : 1960 14/28









1960 24/28 Budget 1961 , Rapport 1960

Page précédente 1960 23/28
(page 91)
Nosy-lava , 3 novembre 1960

Cher Monsieur Planchon,

Je serais bien content si vos prévisions se réalisaient en ce qui concerne le renouvellement de mon contrat, car il ne peu être question pour moi de retourner en France avant d'avoir vendu ma sacrée case.
Et je crois que le moment d'en tirer un prix convenable n'est pas encore venu.
Est-ce que notre nouveau patron se souvient de moi ? S'il vient ici il me reconnaîtra sûrement. J'espère que s'il donne suite à ses projets, vous viendrez également, car non seulement ma femme, Jacquie et moi serions heureux de vous revoir, mais encore j'aurais beaucoup de choses à vous dire de vive voix.
Récolte du riz
Felix et RANDRIAMARO sont bien arrivés depuis le 1er novembre.Ils sont un peu effondrés par la chaleur. Il est vrai que les derniers mois qui précèdent la saison pluvieuse sont assez durs. La chaleur est écrasante. Félix surtout passe son temps à s'éponger la figure avec son mouchoir.
bien entendu je suis entièrement d'accord pour que vous commandiez encore du paddy à la Lyonnaise car pour nous la question sacs est très importante.Pourtant nous faisons attention au gaspillage. Et puis, je serai plus tranquille lorsque j'aurai un certain stock de paddy d'avance.
Merci pour la note que vous m'avez envoyé concernant l'entrée des personnes étrangères dans la zone réservée au pénitencier. Elle me sera d'une grande utilité. Hier encore je me suis formellement opposé au débarquement d'une pleine vedette d'Indiens d'Analalava ( commerçants) qui voulaient venir pique-niquer ici.
Je suis étonné que vos commissionnaires n'aient pas réussi à trouver le régulateur Ducellier que nous avons demandé. C'était jusqu’alors une pièce très courante. Les derniers beaux jours qui nous restaient pour naviguer passent rapidement et la Tsy Taitra est immobilisée à cause de cette maudite pièce.

Je vous remercie sincèrement de nous débarrasser de notre sommité médicale, le "Docteur RAMAROSON".
Ci-joints le message du médecin-inspecteur et ma réponse. Je pense que vous approuverez ma circonspection. Qu'un accident arrive et ces Messieurs du Service de Santé seraient trop heureux de nous le mettre sur le dos si un des "leurs" n'était pas là. 
Je vous raconterai de vive vois mes démêles avec le colonel DESTRIBATS qui avait cru bon de prendre un air agacé devant mes réclamations concernant les infirmiers qui se sont succédés ici.  


(Fin page 91)


Camp d'ambre
Infirmerie
pendant que nous sommes sur ce chapitre, je vous signale ce qui me parait être une anomalie ( vous allez dire que je vous en signale une par lettre) .
 Depuis quelque temps, tous les jours, une bonne dizaine d'habitants de Mahabo vient se faire soigner à l'infirmerie de la M.F. Il y a surtout des femmes plus ou moins vérolées car elles vivent toutes de la prostitution. C'est incroyable la vitesse à laquelle filent les flacons de pénicilline, si bien que bientôt il n'y en aura plus du tout pour la M.F. Je soupçonne fort notre "diafoirus" de faire  de la "bedite gommerce" avec les médicaments qui nous sont alloués.
Vous serait-il possible, avec l'accord de Monsieur le Ministre de la Justice de faire cesser ces abus ?
Je me demande d'ailleurs pourquoi les gens de Mahabo qui nous tirent dans les pattes tant qu'ils peuvent et nous refusent absolument de nous vendre un seul boeuf, ont droit aux soins gratuits. qu'ils reçoivent les premiers soins en cas d'urgence, je l'admets, mais de là à suivre un traitement .... je trouve cela un peu fort de vinaigre.
 Impossible de savoir à quand remonte cette tolérance.
Je suis extrêmement embêté avec la main-d'oeuvre pénale accordée aux particuliers. Il arrive ce que j'avais prévu, et bientôt chaque habitant d'Analalava aura son, ou ses prisonniers, car certains en demandent plusieurs. Vous devez comprendre combien il m'est délicat d'accepter pour certains, et de refuser à d'autres, et puisque ce sont les députés et les fonctionnaires qui donnent l'exemple, j'émettrai systématiquement un avis favorable, sinon je passerai pour un vendu.
Un autre pépin de taille, c'est la panne du poste émetteur-récepteur de la Gendarmerie d' Analalava. cela multiplie les voyages de la vedette; Ne pourrions-nous pas avoir un poste bien à nous , installé à la Maison d'Arrêt et avec lequel nous serions en relation permanente ? Ce n'est pas toujours de gaieté de coeur que nous passons par les pandores.
je vous annonce que j'ai porté plainte auprès du Juge de Section  contre 6 détenus. Deux ont été surpris par GOZIE alors qu'ils venaient de voler des noix de coco, et quatre autres, pendant qu'ils volaient de la viande au cours de l'abattage d'un boeuf.J'agirais ainsi désormais contre tous ceux qui voleront. L'un des coupables, SOULEH AMADA, n'avait plus que 15 jours à tirer.Tant pis pour lui, l'exemple n'en sera que plus convaincant. son palmarès s'ornant de 6 condamnations, il ne serait pas étonnant que d'ici quelques jours il y ait un relégué de plus à la M.F.
Plusieurs gardiens me demandent s'ils peuvent adhérer à l'orphelinat de la Police; Je pense que vous obtiendrez facilement le renseignement.
JUPPEAU me demande un plan de la partie de la partie de terrain où se trouve la canardière et le séchoir à poissons  afin d'accélérer les formalités nécessaires pour obtenir l'attribution dudit terrain à nos services.Je lui expédierai le plus vite possible,, mais si vous me permettez d'exprimer mon avis, ce sera nettement insuffisant. , nous avons besoin de toutes les ressources de l'île entière : bois, fours à chaux, coraux, sources, lieux de pêche, etc...... Qu'adviendrait-il si des particuliers ou un autre service administratif nous en privait du jour au lendemain ? Évidemment, je ne parle pas d'absorber les villages existants - ce qui pourtant serait souhaitable et éviterait bien des histoires - mais le Ministre de La Justice devrait accaparer tout ce qui n'est pas encore borné.
vous devez sans doute trouver que je m'étends dans mes lettres rapport car vos réponses sont plutôt modèle-réduit, mais plusieurs vous m'avez exprimé le désir d'être au courant de tout, même des détails. Alors !
Je vous quitte car il y a encore un gros 'boom" qui m'attend.
Je viens de découvrir un gros trafic de savon entre les détenus et les habitants de Mahabo ( naturellement).
Sur cinq-cent-quatre-vingts morceaux de savon distribués le samedi soir, il n'en n'a été présenté que cent six le lundi matin lors d'une inspection inopinée. Ceux que je soupçonne depuis longtemps d'être à la tête de ce  trafic, se sont mis à table après s'être fait talocher un tantinet. Inutile de vous dire que ceux qui ne m'ont pas montré leur morceau de savon n'en toucheront pas à la prochaine distribution; Je vais aller trouver "mosieur" le député BEHAVANA  pour lui demander d'intervenir auprès de ses électeurs de Mahabo.
....


Je vous en supplie, rendez ALI HAMADI à ces messieurs de la Sûreté le plus rapidement possible, même si vous ne pouvez pas le remplacer numériquement; C'est une des pires "carnes" que la terre ait porté. N'allez surtout pas empoisonner un de mes collègues avec cette infâme crapule.




....




Administrativement l'année 1960 se termine et il faut passer au budget 1961.
Le 2 novembre j'ai donc présenté le rapport 'activité de l'année qui s'achève à Monsieur le Ministre de la Justice afin de le soumettre à l'assemblée parlementaire.
J'en fus chaleureusement félicité, surtout sur la question budgétaire, qui, grâce à l'activité déployée par M. JUPPEAU , les travaux entrepris par les inspecteurs et les gardiens-chefs dans le s établissements pénitentiaires m'avaient permis de n'inscrire qu'une dépense très minime de 27 francs ,40 par homme et par jour au budget de l'état.




Voici ce rapport :








Page suivante 1960 25/28
Rapport 1960 1/10

1960 Rapport d'activité en 1960 5/10 TULEAR - TOLIARA

Page précédente : 1960 Rapport d'activité en 1960 4/10

Pour agrandir :
Appuyez sur la touche "ctrl" , de votre clavier,
maintenez la enfoncée
faites tourner la molette de votre souris.

Faune de Morondava
Autruches
et
lémurien.

Province de Tuléar
Amboasary-sud
Ambovombe
Ampanihy
Ankazoabo
Belo-sur-Tsiribihina
Bekily
Benenitra
Beroroha
Betioky
Betroka
Fort-dauphin
Mahabo
Manja
Miandrivazo
Morombe
Morondava



Bekily
Fort-Dauphin
Page suivante : Rapport 1960 6/10

1960 25/28 Lettre de Nosy-lava

Page précédente 1960 24/28




Maison de Force
Nosy-lava le 21 octobre 1960 

Cher Monsieur Planchon,

J'ai bien reçu votre lettre du 19.10.1960. Je pense votre isolement ne vous déplaît pas, à moins que vous regrettiez le voisinage de M. BILBAO,puisque, paraît-il, vous étiez devenus d'excellents amis.
J'ai effectivement connu notre nouveau ministre.
Je ne sais pas si mon nom lui rappellera quelque chose.
Ma femme me dit que vous étiez en très bons termes avec lui.Si c'est exact, vous avouerez que vous avez eu de la chance, d'autant plus que vous connaissiez bien M. RAYMOND , son Directeur de Cabinet.
c'est avec plaisir que je verrai les "éloignés" s'éloigner de Nosy-lava car c'est une source d'emme......
Lettre sur Delcampe
Deux d'entre eux ont reçu une lettre recommandée qui ne portait aucune indication de l'expéditeur.
Comme il est d'usage, ces lettres ont été ouvertes par les intéressés en présence de CHRISTOPHE chargé de la censure, ceci afin d'éviter toute contestation quand au contenu. 
Ne sachant pas qu'elles émanaient d'un avocat,  il en a pris connaissance et s'est aperçu que ledit avocat  posait à des détenus des questions dont il aurait pu obtenir les réponses auprès de la Justice.
Ignorant si cet avocat était véritablement désigné pour assurer la défense des individus assignés à la résidence surveillée, j'ai cru bon de vous alerter par télégramme.
Si de tels cas se reproduisaient et pour éviter tout trucage, je crois qu'il serait bon de me faire parvenir le ou les noms des avocats désigné pour la défense des individus non condamnés qui se trouveraient à Nosy-lava; Sinon, je peux me faire rouler comme un enfant.
Le tour que vous avez joué à BARON me laisse béant d'admiration.Il va faire une drôle de bobine, lui qui se croit si malin.! .....
FELIX ne vas pas augmenter mes troupes de choc, mais il n'a pas l'air d'avoir mauvaise tête et je lui trouverai un emploi.
zébu
Vous me débarrasserez d'un comorien par la même occasion.
Le premier à éliminer est sans conteste ALI HAMIDI . Pour bien vous situer le personnage, voici son dernier exploit : il y a quelques jours, un habitant de Mahabo est venu proposer un boeuf.
Bien entendu, j'ai accepté, mais ne voyant rien venir, j'ai fait faire une petite enquête; J'ai appris que le fameux ALI HAMIDI avait intercepté le boeuf et l'avait revendu aux agents avec un certain profit naturellement; Et ce n'est pas la première fois qu'il agit ainsi.Alors, à dégager .....


(fin page 97)


J'espère que "Télescope" RAKOTOMANGA acceptera de venir ici.
Je lui ai d'ailleurs écrit à ce sujet, en lui faisant miroiter des avantages ...à peine exagérés;
en vérité, je ferai tout ce que je pourrai pour l'avantager, car c'est vraiment un champion au point de vue boulot, et pro-français, ce qui ne gate rien.
Je n'ai pas changé d'avis en ce qui concerne CHRISTOPHE,bien au contraire,.
Attendons encore un peu avant de le virer,  afin qu'il mette au courant son successeur de son classement un peu spécial. C'est vraiment un secrétaire, car il a des secrets bien à lui. A tel point que la plupart du temps il ne s'y retrouve plus.
Le petit mot de notre ami le Cdt CHABOT m'a fait énormément plaisir, mais je suis déçu qu'il ne se décide pas à faire un saut jusqu'ici. En dehors du plaisir que j'aurais à le recevoir, j'aurais beaucoup de choses à lui communiquer.
Vous lirez par ailleurs mes démêlés avec l'illustre CADENES . qu'il prétende n'avoir aucun compte à me rendre lorsqu'il débarque son personnel ici me choque profondément. car le dit personnel est recruté au hasard et très souvent renouvelé ; c'est un mélange hétéroclite.
Je vous serais infiniment reconnaissant de pondre un règlement intérieur - concernant l'accès au pénitencier- qui jusqu'ici n'existe pas;
Il faudrait surtout spécifier que toute personne débarquant sur le territoire du bagne doit obligatoirement se présenter au poste de police. sinon tout contrôle m'échappera; En possession de ce règlement je serais armé contre ceux qui prétendent enter ici comme dans un moulin.
vous me dites que l'ami VERGNOLE est souffrant.J'espère que cela n'est pas grave et qu'il pourra nous écrire la longue lettre qu'il nous a promise il y a déjà un moment.
Comment va Madame Planchon ? Est-ce que les enfants se sentent courageux en ce début d'année scolaire ?




Bien cordialement
Signé LUCAIN

P.S. Le grillage du valakira, complètement pourri, s'est effondré d'un seul coup. Est-ce que vous pourriez le remplacer, car l'époque où le poisson abonde approche. Cette fois nous le passerons au goudron pour le protéger.




Page suivante 1960 26/28





1961 8/ Histoires entres gardiens

Page précédente 1961 7/

(fin page 131)

Et puis à nouveau une sombre histoire qui se passe à Morondava que me transmets M. MATHEI.
Un cuisinier SAID M'DAHOMA , rend compte des agissements de l'agent  RANDRIANANDRAINA qui accuse RAKOTOMALALA Gabriel


Baobabs
Morondava


Voici le détail de ces évènements :

Un papier manuscrit lié à cette lettre :
"
Cher Monsieur MATHEI,
Je vous envoie le chauffeur dont je vous ai proposé l'engagement.
Quand à l'autre dont je vous ai parlé hier, s'il se fait appeler Jean BOANA , chez nous il s'appelait Paul BOANA.
Je vous envoie à son sujet une copie du dossier le concernant que vous seriez bien aimable de me renvoyer après en avoir pris connaissance. C'est un sal.... de première classe;
Signe  H. MONCLAR
"


Morondava le 1er mars 1961

Monsieur le Directeur,

Tout d'abord je m'excuse de répondre à votre lettre du 24 février avec un léger retard mais, comme aurait dit mon cierge " Mon pôvre monsieur j'ai bien du "tintouin"".
Quoique je me permette de vous écrire à titre personnel  c'est encore une correspondance de service que je vous adresse et qui va être pleine , hélas ! de RAKOTOMALALA et consorts.


1° 
En ce qui concerne la facture de 2.000 francs afférente à la confection d'un costume (réglementaire)  pour le greffier-comptable M. RAKOTOMALALA j'ai commis une erreur, car souvent il y a un mais, une explication s'impose.
M. RAKOTOMALALA  est resté en civil à Tuléar , pendant plusieurs mois, n'ayant pas trouvé un habillement à sa taille.
J'ai eu tort de ne pas vous en rendre compte( mon prédécesseur aussi d'ailleurs)  et de vous demander de faire confectionner le costume ayant sa mensuration.
Pris de court, par ma faute,  lorsque je me rendis à Morombé le 12 janvier , avec votre autorisation, j'ai voulu emmener avec moi, pour vérifier la compatibilité ( et j'ai bien fait, vous le savez)  le greffier-comptable.
Je ne pouvais décemment être en uniforme accompagné d' un subalterne en civil aussi me suis-je décidé à lui faire tailler un costume.
Quoiqu'il en soit , je vais envoyer, dès réception de ma solde, un mandat de 2.000 francs au tailleur.
Ci joint lettre de M. RAKOTOMALALA auquel je peux faire le reproche d'avoir gardé par devers lui un habillement dont il ne pouvait se servir.
par ailleurs je vais vous adresser , officiellement, une demande de confection :
d'un complet et de deux chemises pour l’intéressé.









2° 
Monsieur CADY , par l'intermédiaire de Monsieur LE BIHAN , m'a envoyé une ampliation d'une correspondance adressée à monsieur RAKOTOMALALA  dont ci-joint je vous prie de bien vouloir trouver une copie conforme.
Alors là je trouve qu'il y a de l'abus.
Que l'on redonne à M. RAKOTOMALALA le montant de ses achats de charbon, c'est normal, mais qu'on lui réclame pour cession de MOP(*) 3.400 francs , c'est, pour le moins, violent.
Au mois de novembre, j'ai fait aménager les cases de Messieurs RASAMOELINA Jules, et RAKOTOMALALA avec, bien sur, la main d'oeuvre pénale, ce qui entre dans le cadre des travaux normaux que le  Service Pénitentiaire doit  effectuer et, maintenant, dans un esprit de basse vengeance, on demande à cet agent du service pénitentiaire de payer de ses deniers les heures de travaux des détenus.
Je trouve le procédé conforme à l'opinion que je me fais de son auteur.
je serais curieux de savoir si l'on a présenté la même facture à RASAMOELINA Jules.
Je parie que non.

(Fin page 133)

Pas plus j'en suis certain que celle de la main d'oeuvre pénale, à usage domestique, qu'il utilise chaque jour.
Je suis allé à Mahabo, comme je vous en ai rendu compte en vous envoyant  une ampliation de mon rapport à Monsieur Le Ministre de la Justice, et vous avez pu lire que j'avais donné l'ordre de refaire les cases des agents.
Que penseriez vous de moi , et je me demande ce que les agents penseraient si ,
 à la fin des travaux, je leur envoyait une facture pour la cession de la main d'oeuvre pénale utilisée pour la réfection de leur habitation !?
Je trouve une semblable manœuvre scandaleuse mais elle ne m'étonne pas du gardien chiourme guyanais.

Une affaire très sérieuse vient d'éclater ici.
Les acteurs sont messieurs RAKOTOMALALA et RANDRIANANDRAINA Emile, agent de police détaché au service pénitentiaire mais non encore intégré. Dieu merci, faisant fonction de greffier à la maison d'arrêt de Morondava.
Vous savez ce que je pense de M. RAKOTOMALALA cependant je tiens à vous le confirmer.
Jeune fille Hova
C'est un homme très dangereux qu'il est préférable d'avoir avec soi que contre soi ( J'ai l'impression que M. CADY peut se préparer à serrer les fesses).
Intelligent, intrigant, très bien vu et reçu par les hautes autorités.
Je n'ai aucune estime pour lui mais au contraire un parfait mépris.
Cependant il faut que je reconnaisse qu'il couvrait très bien son métier et qu'il le fait avec conscience. Entre parenthèses je suis étonné qu'il soit avec MOI car il se serait, à mon sens  fort bien entendu avec l'AUTRE.
Ceci étant il faut que je vous présente le second personnage de l'histoire.
RANDRIANNDRAINA  Émile , agent de police, détaché au service pénitentiaire, est français par naturalisation mais Hova d'origine et , malheureusement pour nous il l'est bien resté.
C'est un jeune garçon intelligent, mais d'une intelligence spéciale , d'une intelligence contournée, si j'ose dire.
Très ambitieux, très jaloux et, me semble-t-il, aigri malgré son jeune âge.
Imbu de sa fonction et se croyant indispensable il a été vexé de l'affectation auprès de lui d'un commis-greffier ( RATSIZAFY François, qui, jusqu'à présent donne entière satisfaction).
Depuis une vingtaine de jours RANDRIANANDRAINA donnait des signes indiscutables de mauvais esprit.
 J'ai reçu de lui des demandes irrecevables (administrativement) et idiotes :
  • être encadré dans le service pénitentiaire, alors qu'il sait qu'il n'y a pas de cadres
  • être contractuel alors qu'il sait qu'il est encore agent de police
  • une demande ADRESSÉE au JUGE pour être relevé de sa fonction de greffier à la prison.

(J'ai renvoyé la demande à son auteur en lui rappelant qu'étant à la disposition du service pénitentiaire ses chefs directs étaient : le gardien-chef  et moi même)
  • une demande pour être réintégré dans son cadre d'origine  et muté hors de la province, que je vous ai transmise avec "avis favorable"
  • enfin en dernier lieu tous être chef d'un camp pénal.
Dédaignant la voie hiérarchique et sans même faire une allusion quelconque à ses intentions, cet individu ( il n'y a pas d'autre terme) a été porter une plainte officielle au commissariat de police de Morondava , qui en a rendu compte au juge (c'était normal)  contre un autre agent du service pénitentiaire, en l’occurrence Monsieur RAKOTOMALALA .
Le compte-rendu ci-joint de monsieur RAKOTOMALALA vous donnera , je crois, toutes les précisions utiles sur cette grave (ou sérieuse tout au moins) affaire.
sans chercher à savoir si les fautes reprochées à monsieur RAKOTOMALALA sont exactes j'ai l'honneur de vous demander qu'une punition exemplaire soit infligée à l'agent de police RADRIANANDRAMA Émile .
Il est inadmissible que le gardien-chef de la maison d'arrêt et moi même apprenions ... par le commissaire de police  les accusations portées par un agent du service pénitentiaire contre un autre agent.
Le plus curieux de l'histoire est que mon cuisinier (qui n'est pas prisonnier) appelé à témoigner a nié formellement les accusations de l'accusateur et que maintenant il porte plainte contre lui.
Tout ça n'est pas très beau ( il ne s'agit pas de mon cuisinier) et ne plaide pas en faveur de RADRIANANDRAINA et RAKOTOMALALA

(fin page 136)

Ce que j'en pense ?
Je pense que c'est très possible, mais voilà il faut le prouver et j'ai l'impression que cette histoire va retomber sur le nez de celui qui l'a provoquée et qui est encore moins intéressant , ce qui n'st pas peu dire,  que RAKOTOMALALA  qui a au moins , lui, l'excuse d'être chargé de famille.
J'attends vos ordres et vos directives pour cette histoire particulièrement emmerdante mais je vous renouvelle ma demande d'une punition exemplaire  à l'encontre du sieur RADRIANANDRAINA Emile.
Je crois que la Direction de la Sûreté pourrait ( car ça l’intéresse aussi)  le faire passer devant le conseil de discipline en vue d'une rétrogradation.
****
Autre chose car également "j'ai bien du tintouin mon bon monsieur"
Le gardien chef DAVID m'a avoué hier hier soir qu'il avait encore deux détenus de son établissement qui couchaient chez les utilisateurs mais qu'il n'osait pas donner l'ordre de faire cesser cet état de choses ET JE LE COMPREND car il s'agit de M. Le Préfet BORA et le médecin capitaine inspecteur de Morondava.

(page 137)
Ne vous serait-il pas possible d'envoyer ou de faire envoyer par le Ministre, une lettre circulaire rappelant d'un façon impérative  que les prisonniers cédés doivent rentrer à la prison "dès le travail terminé" et que les utilisateurs qui n’accéderont pas à l'observation de ce règlement se verront retirer l'emploi de la m o e .
Etant donné qu'il s'agit d'autorités relativement importantes il faudrait que cette note soit nette précise et impérative.
A l'avance je vous en remercie car vous me rendriez grand service et je suis même persuadé que ce ne sera pas à moi seulement;
Ne pourriez vous pas envisager la réimpression du décret N° 59-121 modifié par le décret 60-152.
Il y a beaucoup de nouveaux chefs de district qui ignorent parfaitement le règlement du service pénitentiaire.
Je crois que ce serait une dépense très utile.


Affaire RAKOTOMALALA - RADRIANANDRAINA Emile

Je viens d'envoyer à monsieur le commissaire LECLERC une ampliation de m correspondance N° 141 IPOMORA du 16 février , qui semble par sa date innocenter M. RAKOTOMALALA , mais ceci n'est pas de mon ressort et j'ai tenu uniquement à vous en rendre compte. 
Avant de terminer ce journal , de huit pages, s'il vous plait, je reviens à votre lettre en date du 24.2.61 .
Vous m'écriviez " Il s'agit d'une affaire grave qui aurait pu vous emmener loin ... etc..;"
Je ne doute pas un instant que les erreurs que le sieur MATHEI peut commettre soient susceptibles de "l'emmener loin" . Ah ! s'il portait un autre nom il pourrait impunément faire construire avec de la main d'oeuvre pénale et avce des matériaux de l'Etat des cases qu'il revendrait à son profit;
il pourrait écraser un enfant sans qu'on lui demande une explication quelconque.
Que dis-je ! 
Il pourrait , partant en permission, louer une voiture au garage provincial de Tuléar et faire payer le montant de la location à l'Etat, il pourrait vendre pour 27.000 francs de produits en provenance d'un jardin pénal, sans encourir de biens graves inconvénients, mais le sieur MATHEI lui, c'est autre chose.
" Tout ce que vous direz, tout ce que vous pourrez faire sera retenu contre vous" .Amen.
ayant complètement vidé mon sac je vous prie de bien vouloir croire,Monsieur Le Directeur, à mon dévouement et à l'expression renouvelée de ma respectueuse amitié.

Signé MATHEI























(*) MOP Main d'Oeuvre Pénale