Timbres et cartes postales sur DELCAMPE

Ny teny marina hoatra ny fia-pary, ka na lava aza, tsy lany hamamiana :
Les paroles vraies sont comme la canne à sucre que l'on mâche: quoiqu'elle soit longue,elle est douce partout.
Les timbres et cartes postales de ce blog sont en vente sur DELCAMPE.net , ci-dessous :
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1960 6/28 Mars

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Je compte, malgré les difficultés signalées ci-dessus reprendre la route le 4 avril , pour me rendre à Ifanadiana , Mananjary, Farafangana, Vangaindrano, Voudrozo et retour.
Manajary
Durée prévue de l'absence : une semaine.
Je n'ai pas encore terminé complètement la rédaction de mon rapport d'inspection à Ihosy, Betroka, Iakora et Ambalavo , mais il sera posté avant la fin de la semaine.
Pour Betroka sans entrer dans les détails, à mon avis, qui ne peut que prévaloir, il serait utile de :
a) faire déplacer le juge de section.
b) muter le gardien-chef ( la prison, plus exactement la cour, était dans un état de saleté repoussant).


Ambalavo


......




De Nosy-Lava, je reçois toujours de longs compte-rendus , quelques fois optimistes, mais le lus souvent pessimistes.
Ainsi le 31 mars la situation suivante m'est exposée :


........


Ces soucis ( de vedette) n'ont jamais existé pour mes prédécesseurs.
Je m’aperçois que tous les avantages qui faisaient supporter l'exil disparaissent peu à peu.
C'est ainsi que mes prédécesseurs étaient approvisionnés en légumes par Tana  et que moi je ne reçois plus rien.
 Comme je suis réfractaire eu riz, je souffre énormément  de n'avoir pas quelques "truches"  à me mettre sous la dent.
En cette saison hormis les brèdes (*)qui sont les légumes de base des malgaches,  les légumes "civilisés"  viennent très mal : les carottes ont de belles feuilles avec un petit morceau de bois en dessous.J'ai seulement des salades et des cornichons.
J'espère que la saison qui vient sera meilleure et je m'estime heureux d'avoir à profusion des brèdes ( mafana, bevamao et autres) et des pet-saï pour les prisonniers.
vous devez vous rendre compte de la quantité nécessaire pour alimenter 413 détenus.
Cela en représente des sacs par jour !
J'aurai bientôt du maïs mais je pense qu'il faudra le conserver pour la semence de l'an prochain ......
Il y a trop de retard dans la livraison des matériaux que je demande. ainsi je viens de recevoir ce qui est nécessaire à la construction  des citernes, mais je crains fort que lorsque nous aurons exécuté les travaux , la saison des pluies ne soit terminée. déjà nous n'avons plus que de petits orages qui vont en s'espaçant.
J'ai quand même des consolations : les travaux que j'ai fait.
En tête vient le valakira qui est tombé à pic puisque nous n'avions plus de viande.
Quand à la volaille les jeunes commencent à pondre et nous avons fait quelques couvées ( dont plusieurs mangées par les rats et les serpents) .
débordé comme je suis , il me répugne de faire du travail inutile, entre autres, le numérotage des cocotiers avec des bouts de tôle......Je me contente de faire compter les cocotiers et de les classer suivant les catégories que M. JUPPEAU m'a indiquées.


(fin page 52)


Les quatre gardiens arrivés me font très bonne impression.Ils me serviront certainement à accomplir la petite révolution que j'ai déjà amorcée et qui m'a valu de me faire traiter de napoléon par GESLIN 
La vieille équipe à du plomb dans l'aile depuis le départ des MANANJARA, ESAROTRO, RAMBELOSON , etc....
Pirogue malgache
D'autre part, l'évasion de deux détenus nous a permis de faire arrêter le plus grand trafiquant de Mahabo , lui même ex-prisonnier, Les deux évadés ont avoué s'être mis  d'accord avec lui au préalable pour leur transport sur la grande terre; le prix était fixé à 5.000 francs . Évidemment les deux lascars et leur complice ne s'attendaient pas à une riposte aussi vive de notre part : quelques instants après la constatation de leur fuite, nous avions enlevé tous les balanciers des pirogues, avant que la marée ne soit favorable.
Je pense être débarrassé du dit complice à tout jamais, car c'est lui qui fournissait le chanvre le toaka (*)aux détenus et, hélas, à certains agents : MANANJARA était son principal associé. a propos de ce dernier, j'ai été sidéré d'apprendre qu'il avait été promu au grade de chef de poste à Majunga ....
Je crois que vous m'approuverez lorsque vous saurez à quel point je prends soin de mes prisonniers,.même des plus retors. Des deux évadés , l'un a été retrouvé dès le deuxième jour de sa fugue ; le second a résisté douze jours. Le "pôvre"  a bouffé toutes sortes de saloperies pour subsister . Lorsque nous l'avons repris, il nous a supplié de lui donner  manger.J'allais lui faire servir un repas substantiel, mais j'ai heureusement réfléchi à temps qu'un repas trop copieux venant après un long jeûne pouvait lui occasionner un embarras gastrique.J'ai donc jugé raisonnable de lui faire prendre auparavant une purge ( très dosée). Il a été très sensible à mes bonnes intentions  mais encore plus au sulfate de soude. D'après les agents, s'il avait couru aussi vite pour se sauver que pour aller aux "chiottes", il n'aurait jamais été repris. toujours est-il qu'il est maintenant en parfait état et prêt à subir une rallonge de trois ou quatre ans.














(*) bredy mafana
(*) toaka :




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1960 8/28 Deuxième trimestre

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1960
Deuxième trimestre


Le deuxième trimestre commençait par une lettre de M. MATHEI sur l'utilisation de la main d'oeuvre pénale et les difficultés de relations avec l'administrateur COMBE.
.......


Ambositra
La résidence le 14 juillet
Delcampe
Faisant suite à notre récente conversation téléphonique,j'ai l'honneur de vous rendre compte de ma surprise en apprenant que monsieur l'administrateur COMBE  n'était en aucune façon d'accord avec les propositions faites au sujet de la cession de la main d'oeuvre pénale gratuite au district d'Ambositra.
Ne vous avait-il pas dit qu'il assurait le transport des détenus et du matériel nécessaire à la prison ?
En ce qui concerne la construction des cabinets d'aisance il galège lorsqu'il déclare que ce travail lui reviendrait à 500.000 francs ... puisque :
1° La main d'oeuvre serait fournie gratuitement et que
2°  les briques pourraient provenir, et gratuitement de la briqueterie , s'il avait voulu se donner la peine, comme il me l'avait assuré, de la mettre en route; En résumé beaucoup de paroles en l'air.Je dois avouer que je n'avais pas eu une bonne impression en le voyant car il en mettait trop.
La permission qu'il vient d'accorder au gardien-chef de la maison d'arrêt est une preuve formelle des entraves qu'il désire apporte à l'exercice du service pénitentiaire. et c'est pourquoi je vous adresse, ci-joint, l'avertissement destiné au gardien-chef de la maison d'arrêt d'Ambositra en vous demandant de bien vouloir le signer et me le renvoyer pour envoi, ensuite, à l' intéressé.
J'ajoute que je soupçonne monsieur l'administrateur COMBE d'être l'instigateur de la circulaire concernant les télé grammes que je vous expédie par ce même courrier.Très dangereux, ce monsieur, mais ce n'est pas parce qu'il est marié à une métisse malgache ( charmante au demeurant)  ce qu'il chante à tous les échos, et au point d'oublier qu'il est français  ( parfaitement, j'ai un témoin), qu'il peut espérer saboter impunément le décret de réorganisation du service pénitentiaire signé du Président de la république. Je me permets d'insister pour que vous vouliez bien signer l'avertissement au gardien-chef d4ambositra, dont il aura, sans nul doute connaissance.
.......
J'ai signé et renvoyé l'avertissement en cause et je n'en n'ai jamais eu aucune suite.

....
Le 18 avril  une brise d'air frais me semblait venir de Nosy-Lava avec la lettre ci-après :

Depuis votre départ, le grand évènement a été  l'ouverture du magasin au milieu de l'enthousiasme général.Les agents vous bénissent car nous leur avons dit que  c'est vous qui avez décidé l'ouverture. Le succès a dépassé nos prévisions car, bien que nous soyons à une semaine de la paie, les recettes ont été satisfaisantes, malgré le manque d'une grande partie de marchandises.
Nos discussions sur l'avenir nous ont bien convaincus : nous allons suivre vos conseils.Dès que nous aurons vendu notre maison nous vous demanderons des tuyaux pour placer notre argent.


...


Vous serez bien gentil de nous envoyer au plus tôt 500 gr de levure. Inutile d'en envoyer d'avantage elle ne se conserve pas.

.....


Mais les 5 et mai, nouvelle alerte de Nosy-Lava.
Tout d'abord une lettre de M. LUCAIN à M. DANIEL, le gardien de phare, est assez virulente. Elle m'a été communiquée pour information par l'expéditeur.
Phare Diégo-suarez
J'interviens alors et la mise au point qui suit m'est rapportée par M. LUCAIN :


(début page 55)


"


De M. LUCAIN à M. DANIEL, gardien de phare,






J'appends par mon directeur, M. PLANCHON, que le cdt LIONNET lui a téléphoné  pour lui exprimer sa surprise d'avoir reçu  de vous 2 factures de 450 francs chacune pour location de pirogue pour effectuer votre ravitaillement à Analalava. 
Je vous met au défit de  prouver  que je vous ai une seule fois refusé de vous transporter des marchandise.
La preuve en est que le jour même où je recevais le riz pour approvisionner le magasin de détail de la Marseillaise  ( que j'ai réussi, après de nombreux efforts ,à installer à Analalava) la vedette de la maison de force vous en transportait un sac que aviez fait acheter à Analalava.
Hier encore , deux maries-jeannes de vin vous arrivaient, toujours par notre vedette : M. BARON , directeur de la marseillaise pourrait en témoigner.


Compagnie Marseillaise de Madagascar


Vous semblez prétende que nous ne vous rendons  aucun service. 

Je vous rappelle qu'à votre arrivée, vous avez été reçu avec votre famille à la case de passage de la maison de force.
Marius MOUTET
sur timbre des T.A.A.F.
Tous vos bagages ont été transportés par les prisonniers de la jetée au phare. Par la suite vous avez reçu beaucoup de marchandises qui ont toujours été acheminées jusqu'au phare de la même façon.La totalité de votre mobilier n'a-t-elle pas été conduite par nos soins jusqu'à chez vous ?
Messieurs GEOFFROY et HARDY, du service des phares et balises, venant de France, pourraient dire que sans mon aide il n'auraient jamais pu mener à bien le travail qui leur était assigné ( un des éléments du phare pesait à lui seul 650 kilos).
Ils l'ont du reste déclaré en ces termes a l'équipage du Marius MOUTET, dont plusieurs membres me l'ont répété.
Le baliseur va repasser à Nosy-Lava incessamment et je vous invite à venir répéter devant ces messieurs qui, je le crois, ont su apprécier, que je n'ai jamais rendu service aux phares et balises.
par contre, j'attends encore un premier service de vous.
Lors de l'incendie de brousse de juin dernier, j'ai passé une journée et une nuit avec tous mes agents et les détenus, à protéger le phare. 
 A ce sujet, vous feriez mieux de vous creuser les méninges à imaginer des petites mesquineries, de faire faire un pare-feu autour du phare. la saison sèche est dangereuse ici et peut-être aurez encore avant peu, besoin de la maison de force.
Je vous ai demandé une fois un service :
de me prévenir si vous aperceviez un détenu évade.
Lorsque vous avez déclaré l'avoir vu dans votre cour je vous ai demandé pourquoi vous ne m'aviez pas fait prévenir ; vous m'avez répondu que "ce n'était pas dans votre budget mais dans le mien".






.;..




Cette lettre de M. LUCAIN faisait suite à une correspondance que m'avait fait parvenir M. DANIEL et j'en avais demandé des précisions et des détails.
Après avoir écrit à M. DANIEL, M. LUCAIN me faisait parvenir la lettre suivante :




.....
J'ai bien reçu votre lettre du 2 mai. Le "coup de pied en vache" du gardien de phare ne m'a pas surpris, car il était au mieux avec GESLIN.
Je vous avis déjà dit que GESLIN avait proclamé à Analalava que je me prenais pour Napoléon ( parce que j'ai fait cesser son trafic) . DANIEL m'a resservi le même boniment, ce à quoi j'ai répondu que si j'étais l'empereur de l'île, il était, lui,  le roi des c....
D'autre part vous avez reçu un exemplaire de la mise au point  écrite.
comme vous me l'avez demandé , il pourra utiliser la vedette quand il en aura besoin.
D'ailleurs je demande instamment , lorsque le commandant LIONNET viendra , qu'il interroge les trois gardiens  de phare indigènes. Il verra que je n'ai jamais refusé de leur rendre service. DANIEL seul, a cherché des histoires.Il a prétendu que j'avais envoyé promener un des gardiens nommé BRAHIM. Ce dernier est venu lui même me dire qu'il était mécontent d'avoir été ainsi mis en cause, que cela était faux.
Un fait va vous prouver que je ne suis pas une terreur comme le prétend DANIEL : c'est que les trois employés du phare m'ont adressé des demandes pour avoir un poste à la maison de force.
Cette question là est donc liquidée.


(Fin page 55)

Je vais incessamment écrire à mon ami JUPPEAU pour lui apporter quelques précisions.
J'ai semé des graines de salade qu'il vient de m'envoyer, il y a plus d'une semaine , et je suis ennuyé car elles ne sortent pas, sortent à peine. Si toutes les graines sont de m^me qualité ce sera la catastrophe.
En outre, il m'a envoyé, sans que je lui demande, des graines de brèdes mafana alors que je pourrai lui en vendre de quoi ensemencer plusieurs hectares.par contre, il ne m'a pas expédié les graines de cerfeuil et de persil que j'attendais avec impatience.
Compagnie Marseillaise de Madagascar
Paddy
ris non décortiqué
sur timbre de Malaisie.
Le paddy est arrivé à Analalava dans un état déplorable. Les sacs étaient complètement pourris et je voudrais que vous rappeliez l'expéditeur  à l'ordre.M. BARON de la CMM ,qui a assisté au déchargement, m'adit qu'ils avaient du paddy  jusqu'au genou dans le bateau, et qu'une partie avait été mouillée.Cette combine de débarquer  à Analalava les marchandises et les détenus à destination de Nosy-Lava me semble être une histoire de fous . Je pensais que l'expérience du ciment aurait servi de leçon et je m'attends d'ailleurs  à une catastrophe un de ces jours si une solution raisonnable n'intervient pas. Encore une fois , l'utilité d'un boutre affecté à la M.F.  est démontrée ........
J'attends vos instructions concernant la vente du poisson sec.J'en ai déjà un beau stock et je pourrais en commencer l'expédition dès que vous m'en donnerez l'ordre.Pour ma part je crois sincèrement que si l'on trouve du bois léger, l'expédition par caisses serait plus rationnelle.
Pendant que nous sommes "dans le poisson" avez vous des nouvelles de mon fameux filet ,
Le magasin marche de mieux en mieux. Il manque malheureusement beaucoup d'articles, mais M. BARON  nous a donné l'assurance que cette lacune serait bientôt comblée.






.......


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suite d'une lettre de M. LUCAIN


Lorsque j'ai demandé à RAMPIRISON si le détenu employé chez M. PRATI était le seul à rester à Analalava  pendant la nuit, il m'a répondu oui.
 Évidemment, il avait raison, mais il aurait pu me dire que quatre autre bénéficiaient du même avantage  à 2 ou 3 km du patelin ( dont deux au service du député BEHAVANANA ).
avant de prendre une décision définitive , je voulais attendre votre réponse, mais RAMPIRISON n'a pas eu cette patience et lorsque j'ai voulu lui dire de conserver le statu quo jusqu'à plus ample informé,il avait déjà donné ordre à tout son petit monde de rentrer faire dodo dans son établissement; lui au moins ne pêche pas par manque d'autorité. 
J'aime mieux cela en fin de compte.




(fin page 86)


Ce petit malentendu vient du fait que je n'ai pas pu avertir RAMPIRISON assez vite car la radio de la Gendarmerie est en panne depuis le 28 septembre, ce qui est terriblement gênant.


Le 10 octobre 1960


Le samedi 8 octobre, à 5h 30 du matin, l'inspecteur GOZIE le gardien-chef RAMPIRISON, l'agent BACO et moi-même, avons quitte Nosy-lava pour nous rendre au camp d'Anjango.
Nous n'avons pu rejoindre Nosy-Lava que le dimanche à 11 heures, après une nuit entière passée au milieu de la Loza., la pompe de circulation d'eau du moteur s'étant remplie  de sable et le refroidissement ne se faisant plus .
nous n'avons pas à regretter l'abandon de ce jardin pénal, ne serait-ce que du fait de son éloignement qui rend toute exploitation impossible pendant le mauvais temps.
 En période normale il faut compter une bonne journée pour effectuer le voyage aller et retour. par ailleurs, nous n'avons pas de personnel possédant les connaissances professionnelles et l’honnêteté nécessaires pour mener une entreprise où tout contrôle suivi est impossible.
a part quelques brèdes mafana et quelques choux gros comme le poing, ce jardin n'a rien produit depuis de longs mois; Les détenus vivaient bien tranquillement et ne se foulaient pas beaucoup.
L'un d'eux avait même fait venir sa femme et vivait en bon voisinage avec son gardien.
Avant d'arriver au camp pénal nous avons rencontré deux détenus  qui se promenaient dans un village; Ils étaient très correctement habillés en civils, c'est leur air ahuri, lorsqu'ils nous ont aperçu, que nous avons deviné a qui nous avions à faire.
Au camp tout le monde se reposait de ses fatigues, la vie de château, quoi ! Cela m'amène à croire que la lettre adressée à M; Le Juge ( et que je vous ai adressée) n'émane pas des détenus qui avaient toit intérêt à attendre bien tranquillement la classe plutôt que de remuer le caca. Je crois que c'est MAHIVY, le prédécesseur du gardien actuel qui en est l'auteur.Il regrette se prérogatives d'antan et espère sans doute que si son successeur était muté, il retrouverait son ancienne planque.
Avant de terminer il faut tout de même que je vous mette au courant de notre odyssée.
Partis le samedi matin de Nosy-lava comme je vous l'ai déjà dit , nous sommes arrivé à Anjango vers 9 heures, et au jardin pénal vers 10 h donc après une heure de marche. après avoir récupéré le matériel et 7 des 8 détenus , le dernier étant resté avec le gardien pour l'aider à ramener ses affaires. J'ai réuni les chefs de villages voisins qui m'ont dit que rien ne restais en suspens. Nous nous sommes quittés bons amis.






Il était environ 15h quand la marée a été assez haute pour que la vedette puisse repartir après avoir été échouée pendant plusieurs heures dans le sable vaseux de la Loza. C'est sans doute pour cette raison qu'au bout de quelques kilomètres la pompe a cessé de fonctionner. si bien que la vedette (avec nous dedans)  a été livrée au gré des flots pendant toute la nuit;Il a été assez rosse, le gré des flots puis qu'il nous a déportés à plus de 6km en direction d'Antsohihy. 
avec l'équipage nous étions 14 bonshommes dans le bateau qui était chargé en outre de tout le matériel récupéré ( arrosoirs, pelles, râteaux etc...).
je vous assure qu'il n'y avait pas de place pour danser la bourrée.
Enfin, le dimanche matin, après avoir entièrement démonté la pompe ainsi que sa tuyauterie et avoir enlevé le sable qui encrassait tout, nous avons pu repartir et rejoindre Nosy-Lava vers 11h.
inutile de vous dire que nous n'avons pas fermé l'oeil de la nuit.
Je m'attendais à trouver ma femme en pleurs, mais dès qu'elle m'a vu elle m'a dit : " Vous êtes sans doute restés à la chasse ,"  comme quoi j'avais tort de m'inquiéter.
en résumé je suis heureux d'être débarrassé d'ANJANGO.
Le retour de la Tsy taitra m'est annoncé pour le 12 ou le 13 courant ;
Je vous quitte en vous serrant cordialement la main.

Signé LUCAIN


(fin page 88)


Suivent une lettre de M. LUCAIN (manuscrite) :

Nosy-Lava le 17 octobre 1960

Cher Monsieur Planchon,

C'est avec joie que je verrai partir l'illustre GILBERT Paul promu commis des douanes. il n'a pas dessaoulé depuis son arrivée ici.En compagnie de ses amis RAMAROSON et de l'adjudant chef  RAKOTONDRASOA , il a copieusement arrosé l'anniversaire de l'indépendance malgache. Le "juteux" a pris une seule cuite magistrale qui a duré du jeudi au dimanche soir.Mais ce matin, pas question  de reprendre le travail; Vous verrez par ailleurs les exploits du Docteur RAMAROSON ( il se fait appeler ainsi).
J'allais oublier de vous dire qu'il y a quelques temps, RAKOTONDRASOA qui s'était cuité la veille a piqué une tête dans mes plates bandes de salades. J'ai bien cru qu'il allait claquer et que j'en serai débarrassé. Je ne lui demande plus rien et le considère comme un figurant.
Je vous remercie d'avoir liquidé BOINAHERY, d'autant plus que l'avertissement que lui a adressé RAMPIRISON lors de la foire d'Analalava ne lui a pas servi de leçon puisqu'il a remis ça à l'occasion  de l'anniversaire de l'indépendance Malgache; Ce gars là est vraiment cinglé.
D'ailleurs je vous serais reconnaissant, si cela vous est possible, de ne plus recruter des Comoriens pour Nosy-lava. Ils sont trop nombreux ici et forment une sorte de coterie.
Lorsque l'un d'entre eux est puni,même pour une faute grave, ils prennent systématiquement sa défense.D'autre part leurs fêtes religieuses et autres sont extrêmement nombreuses ce qui jette une certaine perturbation , les agents non musulmans rechignant pour les remplacer.
Je pense que lorsqu'ils se sentiront en minorité très nette, ils seront moins exigeants.
Au moment où j'allais terminer ma lettre, on me signale que la TSY-TAITRA  vient d'envoyer un message radio et qu'elle n'est plus qu'à quelques kilomètres d'ici.


Je vous serre cordialement la main.

P.S. Sur l'une de mes dernières lettres je vous ai demandé si je devais laisser partir les lettres écrites par le détenus politiques et dans lesquelles ils chantent les charmes d'un séjour à Nosy-Lava.
Le chef de canton d'Analalava pense comme moi que cela vient à l'encontre de l'effet psychologique désiré par le Pt. TSIRANANA . Répondez moi vite sur ce sujet. 





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1961


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L'année débute avec des ennuis le 3 janvier concernant l'attitude du greffier de Nossi-Bé.
En voici le compte-rendu et un télégramme du 9 janvier :




Amiral DE HELL
Commandant PASSOT
Commandant de corvette JEHENNE







J'ai l'honneur d'attirer à nouveau votre attention sur le greffier au sujet duquel je vous ai adressé tout récemment une lettre manuscrite.

Il ne tient aucun compte des ordres qui lui sont donnés.
Il s'absente très souvent du bureau pour aller en ville sans en avoir reçu l'ordre ou l'autorisation.
Son attitude équivoque me permet de supposer qu'il se livre en ville à des occupations qui n'ont aucun rapport avec ses fonctions.

Il ne revêt qu'une tenue kaki sans attribut, ni casquette, de telle façon qu'on peut le prendre pour un ex-militaire retraité ( en dépit de mes ordres évidemment).

Il n'a aucune aptitude pour le bureau, ainsi que vous pourrez le constater par la lettre ci-jointe qu'il m'a remise hier spontanément.
4)
Ce matin il est venu à mon bureau me tenir le langage suivant :  nous avons appris que vous désirez remettre au bureau l'agent PASCAL.
Nous ( il voulait sans doute dire "moi") nous voulons l'agent RABAROELINA.
J'ai en conséquence l'honneur de vous demander la mutation d'un fonctionnaire suspect, indésirable dans l'administration.
Je désirerais conserver ici les agents VOAVY, JOSOA; ce sont deux bons éléments.
Max se met lentement dans le bain mais je crois qu'il sera un bon élément.








.... Nossi-Bé le 9 janvier de VICE-PRÉSIDENT DU TRIBUNAL à DIRECTION DE MAISON DE FORCE DE NOSSI-BE :


Honneur vous demander bien vouloir mettre à ma disposition les dimanches et jours fériés les détenus RASOLOFOJON F. Régis et AVILINITRY Georges pour les besoins du service.




....




Cette demande me parait pour le moins suspecte car je ne vois pas quel service administratif  peut avoir besoin de détenus le dimanche et jours fériés.
Je précise alors que s'il s'agit de besoins pour la vie personnelle du juge, ils peuvent être détachés dans le cadre légal et moyennant paiement;




Le 5 janvier tout parait calme à Nosy-lava :


....


Les moteurs flanchent les uns après les autres. quand ce n'est pas le moteur lui-même, c'est la génératrice qui demande grâce.
Il y a trop longtemps que nous faisons les acrobates pour les faire durer;
Mais il n'y arien à faire contre la "vieillerie".
Vous nous demandez le volant pour réparer les pièces du moteur Alsthom. Ce volant pèse plusieurs centaines de kilos et il faudra au moins trois mois pour qu'il vous parvienne et autant pour nous revenir.A ce train,  j'ai bien peur que les deux moteurs encore en course ne nous laissent tomber avant. Je crois que le mieux serait d'acheter un moteur neuf dès maintenant, risque à nous restreindre par ailleurs.
Depuis que la pluie  a commencé à tomber les jardins fournissent des brèdes à ne savoir qu'en faire.
Malheureusement cela ne remplace pas la viande.
J'ai commencé un élevage de lapins qui laisse bien augurer.
L'herbe et le son ne me coûtent rien et il n'y a guère qu'un peu de paddy qui soit mieux.


...


Au moment de terminer ma lettre, GOZIE vient m'annoncer qu'un habitant de Tangerina nous a livré un boeuf. C'est toujours ça de gagné.






.......




Puis le 7 janvier M. MATHEI qui est toujours à Tuléar me fait part de ses difficultés qu'il confirme par lettre  :




B.P. 102
Tuléar le samedi 7.1.61
17h00



Monsieur le Directeur,

Faisant suite à notre conversation téléphonique de ce matin j'ai l'honneur de vous confirmer :
1.°/
que Madame MOSIN, femme d'un commissaire de police déjà assez haut placé, est licenciée de l'agence BNCI de Tuléar afin de donner sa place à Madame CADY.
2.°/
que Monsieur CADY est déjà logé par l"administration ça c'est fait à une vitesse record. Il y a des administrations qui attendent des mois lais LUI, le "caïd" CADY , a eu une case en une semaine, ce qui ne m’empêche pas de penser, par son comportement, qu'il doit avoir "une case en moins".
monsieur MALLET chef des services provinciaux de sécurité et de police, s'est chargé d'informer , incidemment, le commissaire MOSIN que la lettre, que monsieur Caïd avait envoyé à Monsieur LOTA, était entre les mains de monsieur PLANCHON.
J'espère que le signataire en ressentira une "grande joie".
bien sur je ne connais pas la teneur de cette lettre ignoble, pour employer votre adjectif, mais peut-être serait-il possible de lui donner une publicité restreinte auprès de M. RESAMPA , par exemple, ou (et) de Monsieur le Ministre de la Justice.




A suivre




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