Timbres et cartes postales sur DELCAMPE

Ny teny marina hoatra ny fia-pary, ka na lava aza, tsy lany hamamiana :
Les paroles vraies sont comme la canne à sucre que l'on mâche: quoiqu'elle soit longue,elle est douce partout.
Les timbres et cartes postales de ce blog sont en vente sur DELCAMPE.net , ci-dessous :
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Prologue 1958 1/5 Comores


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MES PRISONS (*)


Prologue



Datura et pointetia
Premier jour d' émission  31.01.1959.


Madagascar
En 1958,
Jo du 2.2.1957
Jo 24.3.1956

après trois années passées en qualité de responsable du service du logement et de l'ameublement des fonctionnaires métropolitains affectés à Madagascar, service dépendant de la Direction des Finances,
je fus muté au cabinet du Haut-Commissaire au service des renseignements généraux.

De par cette fonction j'eus alors la possibilité de contacter, et même de fréquenter, les plus hautes autorités.

Plus spécialement chargé de l'accueil et de la réception des notabilités comoriennes, ces îles étant alors rattachées à la gestion de Tananarive.

C'est ainsi que le vice-président du conseil de gouvernement des Comores, M. Mohamed AHMED, m'écrivait le 30 mai pour me remercier de l'aimable accueil que je lui avais réservé lors de son passage à Tananarive.

Le 25 août M. le prince SAID HOUSSEIN BEN SULTAN SAID ALI, chef de la famille royale de la Grande Comore me faisait part de son arrivée à Tamatave et le 4 septembre il me demandait le remplacement de son chauffeur.

Carte reçue du
carte 14*9 cm
Au verso , manuscrit :
"
J'ai bien reçue votre aimable lettre due et la fiche de M. P. BAS
auquel je suis très sensible aux sentiments de confiance que vous me témoignez.
d'autre part je vous prie d'excuser la négligence de mon age .
Des mon retour à la Grande Comore j'ai cherché votre fiche et
je n'ai pas pu la trouver dans mes nombreux papiers au cours de mon voyage.
Je vous serais très reconnaissant d'établir une autre pour me l'envoyer en retour du courrier.
En vous remerciant très sincèrement encore pour le dérangement que je vous cause
Veuillez croire en mes sentiments très amicaux.
C'est fait  le 1er octobre 1958

"
Collection Nicole SIMONET-PLANCHON



Le 25 août également,
 je recevais une lettre de M. G ARNAUD, haut fonctionnaire des Comores, qui avait accompagné la délégation des comoriens lors d'une importante réception à Tananarive et qui me remerciait de l'organisation de la réception qui fut sans défaut  et qui revenaient en leur territoire avec une joie sans mélange.

Le 2 septembre M. Mohamed AHMED m'écrivait de Paris pour me faire part de sa satisfaction des contacts avec les autorités de la métropole et indiquait qu'il était très satisfait du discours du général de GAULLE.

Le 20 septembre le prince SAID HOUSSEIN me signalait par télégramme qu'il avait bien rejoint MORONI.


(*) Titre donné par mon père à ses écrits.



Prologue 1958 2/5 Le général de GAULLE à Tananarive

Après la Communauté Française
Page précédente : 1958 1/5

Les évènements s'étaient succédés à grande allure en cette année 1958.
En métropole la 4ème République avait vécu ses derniers jours et, sous la pression du peuple,
le Président de la République devait faire appel au général de GAULLE.
Depuis mon arrivée sur le territoire, j'avais rencontré des amis  gaullistes dont le plus influent était Maître Marcel FOURNIER, avocat à Tananarive.
Pour soutenir l'action des responsables d'Alger,
Site pour Mahamasina

le 23 mai nous avions organisé un rassemblement de masse au stade de Mahamasina.
Tous les membres du Cabinet du haut Commissaire avaient été priés de se rassembler dans la salle d'honneur en attendant la suite des évènements.
J'avais pu aller au stade où la foule était nombreuse.
L'orateur indiqua alors qu'il venait d'apprendre par la radio  que le général de GAULLE acceptait de former le gouvernement et demanda à la foule de se disperser dans le calme, ce qu'elle fit.
Je partis immédiatement rejoindre les membres du cabinet et le Haut-commissaire me demanda si la foule allait venir au siège du Gouvernement général.
Général de GAULLE
à
Mahamasina

Devant ma réponse négative tout le monde parut soulagé, mais je dois préciser que l'armée, sous les ordres du général MISSONNIER
(Sur le WEB : Un ouvrage de Catherine MISSONNIER parlant de Madagascar et ici aussi)
( lui même gaulliste convaincu) n'avait pas été requise pour défendre le Haut-Commissariat, mais était en état d'alerte pour faire face à toute éventualité.
Après ces évènements, c'est en septembre que le général de GAULLE vint à Tananarive où il trouva une ville
en euphorie générale.
Dans un discours à Mahamasina, devant des dizaines de milliers de personnes il prononça la phrase historique :

Discours du général de GAULLE, à TANANARIVE,  le 22 août 1958.

INA : Général de GAULLE à Madagascar et en Afrique

" SI VOUS LE DÉSIREZ, MADAGASCAR REDEVIENDRA INDÉPENDANTE, COMME AU TEMPS OU LA REINE RANAVALO HABITAIT CE PALAIS " ....



Palais de la Reine,(à gauche), Tananarive, photographie de 2011. 
Construction débutée en 1610.
Le Rova et ici aussi
Collection Nicole SIMONET-PLANCHON

Mes amis comoriens étaient également là et c'est à la suite de cette visite que le prince  SAID HOUSSEIN m'adressait une longue lettre de remerciements.
Je lui en accusait réception le 30 septembre en le félicitant des magnifiques résultats qu'il avait obtenu pour l'approbation de la nouvelle constitution.

Page suivante : 1958 3/5

1959 1/11 Régions de l'administration pénitentiaire.


1959
Début

Page précédente : 1958 5/5



Ainsi le 3 mars 1959, j'étais officiellement nommé Chef du service de l'Administration pénitentiaire et, non, Directeur comme tout le personnel me qualifia.
Je reçus des félicitations de très nombreux amis et notamment de M. Jacques FOCCART en service à la Présidence de la république auprès du général de GAULLE , de M. Roger FREY qui devint Ministre de l'Intérieur, de M. Pierre BAS, député , ....
Présidence de la transition en 2012

Mais où était donc l'Administration pénitentiaire ?

Elle n'existait pas, Madagascar étant jusqu'alors territoire de la République Française,
il n'y avait pas de Ministère de la Justice avant la nomination de Maître FOURNIER
et les prisons, réparties sur tout le territoire (elles étaient au nombre de 89) ,
dépendaient uniquement des services de police qui en assuraient le gardiennage et la gestion.



Pour agrandir :
Appuyez sur la touche "ctrl" , de votre clavier,
maintenez là enfoncée
faites tourner la molette de votre souris.



Carte établie en 1960
situant les :
* maisons de force et centrale
* maisons d'arrêt
* maisons de sûreté
Superficie équivalente à celle de la France métropolitaine et de la Belgique.
Timbres

Plan interactif Google Maps


Agrandir le plan
Armoiries

Il me fallait tout organiser : les locaux, le personnel, les attributions , les ravitaillements , etc. ..., mais j'étais également obligé de partir en congé de fin de séjour, quitte à demander mon retour par anticipation.
Et il y avait également les pressions de toutes sortes de la part de certains qui voyaient  dans ce nouveau service une sinécure de choix.

Dès le 3 avril je recevais une lettre de madame ANDRIAMANANA qui sollicitait pour son mari une place en qualité d'adjoint, mais ses désirs de salaire étaient trop élevés pour le modeste budget dont je disposais.

Pour l'installation de mon service je louais un appartement de quatre grandes pièces Avenue de la Libération.


Une dizaine d'adjoints et de secrétaires malgaches me furent affectés et me furent très dévoués.

Je divisais alors le territoire en six régions :
Tananarive
Tamatave,
Tuléar,
Fianarantsoa
Fort-dauphin,
et Diégo-Suarez
à la tête desquelles je nommai six inspecteurs de l'administration pénitentiaire qui furent tout d'abord les six gardiens-chefs de service en ces villes à ce moment là :

mais il me fallait également deux gardiens-chefs musclés  pour les maisons de force de Nosy-Lava et Nossi-Bé où étaient les détenus condamnés à  plus de cinq ans de travaux forcés.

Pour le poste de Nosy-Lava je demandais à un ami de longue date habitant les environs de Tananarive : M. LUCAIN de bien vouloir exercer les fonctions de gardien-chef et à son épouse qui en avait les qualités , d'assurer la scolarité des enfants des gardiens, car cette île située dans le canal du Mozambique, au large d'Antalava n'était peuplée que de quelques familles malgaches  disséminées et sans aucune organisation administrative.
Seule la maison de force représentait une entité.
M. et Madame LUCAIN acceptèrent bien volontiers cette tâche et je dois dire d'ores et déjà qu'ils m'apportèrent un concours précieux fait de dévouement et d'amitié.

(prison,bagne, fermé en 2000 ; ajouté par mes soins)


Nossi-Bé



A Nossi-Bé, cette autre île située au nord-ouest du territoire la situation était différente car cette belle île, très touristique avait une population très complexe et était sans histoire  vis à vis de la maison de force sise en plein coeur de la ville .
Je demandai à un ancien sous officier de la coloniale, M. AUDRAIN, d'accepter de devenir le directeur de cette prison , ce qu'il fit bien volontiers.
Lui aussi m'apporta une aide précieuse  et pendant toute la durée de mon commandement je n'eus qu'à me louer de son service;

Il s'agissait là des nominations les plus urgentes car les services de police étaient impatients de se libérer de la charge des prisons.
La répartition des établissements pénitentiaires fut approuvée selon l'organigramme ci après :


Organisation de l'administration pénitentiaire malgache en 1959




Le 22 mai, la famille LUCAIN m'écrivait d'Analalava pour me faire connaître qu'ils avaient pris contact avec  le juge  et les gendarmes et que tout s'était bien passé, mais ils réclamaient les crédits nécessaires car ils avaient été obligés d'acheter  la viande de la maison de force sans aucun subside.
Ils rejoignirent Nosy-Lava  et le 28 mai je recevais deux lettres.
L'une de madame LUCAIN qui me faisait part de ses difficultés et dont voici la teneur :

Nous avons été très surpris que vous me demandiez de me faire intégrer dans le cadre des institutrices auxiliaires.
Vous savez bien que j'ai quitté l'enseignement parce que je n'en pouvais plus  et d'ailleurs je n'ai jamais exercé comme auxiliaire à Madagascar, le salaire étant dérisoire (23.000 je crois) .
J'ai fait des suppléances dans le secondaire officiel et j'ai donné des cours dans les établissements privés secondaires.
Autre ennui , une fois classée comme institutrice officielle , on me déplacerait sans me demander mon avis. 
Si j'avais voulu faire carrière dans l'enseignement, j'y serait tout simplement restée car j'ai commencé à 20 ans.Mais je n'avais pas vraiment la vocation.
Avant d'entrer au haut-commissariat avec vous, j'avais vu M. CARLE et il a admis qu'à mon âge il ne serait pas intéressant de reprendre du service.
D'ailleurs il n'a jamais été prévu que je quitte le Ministère de la Justice.M. FOURNIER, le lundi 4 mai où nous avons déjeuné chez lui, m'a encore dit qu'ici il y aurait un instituteur malgache, que je l'aiderais en donnant des cours d'histoire et de géographie  aux plus grands, et que je surveillerais surtout les enfants au point de vue hygiène.
Pour le moment il n'y a pas de "grands" ici.
Ils sont à Analalava  ( jusqu'au cours complémentaire)  et à Tananarive ou Tamatave dans les collèges. 
Il n'y a pas d'urgence à rendre officiel l'enseignement puisqu'il n'y a pas de local idoine.
En outre à cause de l'épidémie de coqueluche, pas question que je réunisse les enfants.
Pas une famille n'y a échappé. J'ai reçu hier le sirop c'est un peu tard.
J'ai fait faire un tableau ( Je viens de voir qu'on annonce l'ardoisine ) parce que j'ai l'intention de faire une garderie où j’occuperais successivement les élèves de chaque classe avec l'aide d'un prisonnier instituteur.
Il me faut les livres que j'ai demandé et un dictionnaire Larousse.
Mais  jusqu'à la fin de l'année scolaire, si proche, cet enseignement peut s"effectuer sans aucun caractère officiel ; ce serait plut^t un cours de vacances.
Il n'y aura du reste rien de stable, vu l'intense mouvement de personnel qui va avoir lieu.la moitié des agents s'en va et sera remplacé par des nouveaux et leur famille.par la suite quand les classes seront réellement constituées avec des instituteurs malgaches, il restera toujours les "moins de six ans"  et la garderie deviendrait la garderie officielle du pénitencier, sorte de jardin d'enfants. 
C'est pour une bonne part en raison des promesses que nous avons faites à ce sujet que des agents qui voulaient partir sont revenus sur leur décision.
Je vous rappelle que madame GESLIN a déjà fait une demande.
Par ailleurs une dizaine de prisonniers désirent s"instruire, entre autres deux de nos domestiques.
Je leur ai promis de m’occuper d'eux dès que vous m'aurez envoyé les livres.
Ceci entre dans mes attributions d’auxiliaire sociale de la prison, le moral des hommes s'en trouverait mieux.
Voilà pour l'enseignement........


Je pus donner satisfaction en partie à la demande de madame LUCAIN grâce au budget dont je disposais et malgré quelques aléas dans les années qui suivirent je ne pus que me louer de l'enseignement et de la bonne tenue qui fut inculquée aux enfants de Nosy-Lava.


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1959 2/11 Nosy-Lava

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Carte libre à l'ANOM Aix-en-Provence

Cependant il y avait plus grave.

Dans la deuxième lettre du même jour émanant de M. LUCAIN dont le texte est reproduit ci-après je pourrai connaître la situation dans le camp de la maison de force et notamment les trafics inimaginables qui existaient entre les détenus et les gardiens :

.....

Je regrette vivement que votre passage à Nosy-lava n'ait pas eu lieu quelques semaines plus tard.
Lorsque vous êtes venu, j'étais encore trop neuf et j'aurais été bien incapable de vous faire un exposé clair de la situation à la maison de force.
Il n'en n'est plus de même aujourd'hui mais je préfère faire cette mise au point sous forme de lettre personnelle.
Si j'avais à dépeindre brièvement l'état des choses je dirais que nous vivons en pleine anarchie.
Ce que je vais vous dire une simple enquête suffirait à le vérifier.
La collusion entre les agents et les prisonniers est flagrante et les uns comme les autres trafiquent avec les gens du village et même de l'extérieur.
Voici quelques faits qui se passent de commentaires :
Je me suis aperçu que certains agents servaient de facteur aux détenus.
Cela se faisait journellement.
J'y ai mis bon ordre dans la mesure du possible.
dans les divers ateliers, les ouvriers passaient la plus grande partie de leur temps à fabriquer des objets pour les agents qui souvent les revendaient à Analalava.
Hier j'ai confisqué une magnifique malle  à la menuiserie, mais je n'ai pu trouver à qui elle était destinée.Je l'ai fait mettre au magasin.
Même du ciment partait pour la grande terre.
Amboanio
Compagnie occidentale

J'ai pris les mesures nécessaires pour renforcer la surveillance à chaque départ de la vedette, mais cela m'est difficile à cause du nombre de femmes faisant la navette à chaque voyage.
Bien que je les soupçonne de servir d'intermédiaires , je ne peux les fouiller ni contrôler leurs bagages.
Pirogue et boutre

Deux fois cette semaine des bateaux ( un boutre et une pirogue) ont accosté directement sur la plage d'Amboanio , assez loin du poste, et les occupants s’apprêtaient à entrer dans le camp par derrière quand je les ai fait appeler.
Le patron du boutre m'a répondu avec insolence qu'il avait l'habitude ainsi de venir du temps de mon prédécesseur.
Il a prétexté qu'il apportait des bananes aux agents mais le lendemain l'inspecteur GOZIE a saisi des sachets de chanvre sur deux détenus dont l'un avait déjà été pris le mois dernier.
Il a d'ailleurs avoué qu'il faisait le commerce du chanvre à l'intérieur du camp et qu'il le recevait d'un villageois de Mahabo qui le reçoit sans doute par les bateaux.
Ne pouvant intervenir directement, j'ai demandé aux gendarmes de venir faire une enquête à l'improviste.
Ils m'ont dit être au courant de ce trafic  et qu'ils viendraient sans tarder.
A notre que Ra..... Paul qui a donné un coup de couteau à un de ses camarades est un fumeur de chanvre.
Ces trafics expliquent que très souvent nous trouvons des sommes parfois considérables sur les détenus.La semaine dernière une somme de sept mille francs a été saisie sur l'un d'eux.
Par suite d'un relâchement scandaleux, les prisonniers avaient des liaisons avec les femmes d'agents, à tel point  qu'un des policiers a été obligé d'expédier sa femme à Analalva, ayant appris qu'elle devait s'enfuir en France avec un détenu sur le point d'être libéré.
C'est d'ailleurs l'objet de la lettre anonyme que vous avez reçue et l'explication de la demande du montant du voyage Majunga-Marseille.

(fin de la page 8 du document initial)

Autre exemple du relâchement : un prisonnier domestique de mon prédécesseur et qui avait la faveur de coucher à l'extérieur de la prison , a été surpris avec une femme par l'inspecteur GOZIE dont le rapport est resté lettre morte.
Devant de tels faits , je comprends pourquoi les agents n'ont plus aucune autorité et pourquoi les bons éléments sont découragés.
pour citer un cas précis, il y a quelque temps , un très bon agent qui faisait une observation à un détenu condamné pour assassinat et réputé comme étant la plus forte tête du camp s'est vu insulter et frappé par lui.
Le prisonnier a été puni de trois mois de prison mais l'agent a été rappelé à Tananarive quelques jours plus tard à la demande expresse de M. PERICHAUD.
Ce geste a mécontenté les bons agents et M. GOZIE a été a deux doigts de donner sa démission.
J'ai promis aux agents que je ferais tout pour renforcer leur autorité.
Ne croyez pas que je vous relate ces faits parce que je redoute mes difficultés.
Au contraire , je suis prêt à endosser toutes mes responsabilités et je suis certain d'obtenir ra^pidement des résultats concrets, mais il me faut la certitude que  j'aurai l'appui total du ministère.
il me faut en particulier que je puisse au plus tôt donner un commencement d'exécution aux belles promesses que j'ai faites sur vos conseils; sinon tous les bons agents partiront.
 .........
Compagnie occidentale de Madagascar




Je lui donnai tous apaisements  et l'assurai de mon appui le plus total dans son action à condition qu'il me rendît compte immédiatement chaque fois qu'un incident se produirait  afin que je puisse faire face à toute intervention politique qui ne manquerait pas de se produire.


*******

Le 2 juin 1959 , sous numéro 12440/FIN/4/A, le Directeur général des finances me faisait connaître qu'étant donné que mon congé était écourté, j'étais autorisé à conserver mon logement administratif  à condition que je prenne toutes dispositions  pour permettre le cas échéant une occupation partielle de courte durée, ce qui permit à mon ami rené JUPPEAU de l'occuper pendant la durée de mon absence.

Le 12 juin M. LUCAIN m'envoyait la longue lettre suivante pour me faire connaître que la situation s"améliorait malgré les incidents relatés plus haut :

.......

J'ai pris connaissance de votre lettre avec beaucoup de plaisir et de réconfort.Car il faut bien le dire, les quelques télégrammes officiels que nous avons échangés ne permettaient guère de me rendre compte si j'avais votre approbation ou non  en ce qui concerne ma façon de mener La "boite"  dont vous m'avez confié la Direction.
Le moins qu'on puisse en dire, c'est que j'ai fait figure de révolutionnaire.
Et mon régime a été approuvé par tous puisque la Commission de surveillance m'a adressé ses félicitations et que les agents me remercient d'avoir réinstauré leur autorité ( a tel point que certains commencent à regretter leur demande de mutation) .
Les prisonniers eux-mêmes se rendent compte que le règne du laisser-aller est révolu.
Je vous remercie d'ailleurs de m'aider à mater les fortes têtes en leur "collant" le maximum  chaque fois que je vous le demande.
Je vous assure que l'effet psychologique est des plus salutaire.
Un mois encore de ce régime et tout rentrera dans l'ordre.
A part les fous furieux tous les autres sont déjà revenus à de meilleurs sentiments.Certains même commencent à se confier à moi. Je les reçois toujours bien et je les conseille dans la mesure du possible .
Lorsque vous me dites que le début d'émeute du 17 mai vous a causé beaucoup de tracas , je me rend compte combien l'usage des télégrammes est sujet à caution, car si j'avais pu vous parler de vive voix, je suis sûr que vous ne vous seriez pas inquiété un seul instant.
Je vous affirme que je n'ai jamais été en difficulté et si je vous ai alerté c'est surtout pour vous faire comprendre la carence de nos prédécesseurs et la nécessité de réagir vigoureusement et sans tarder afin de faire comprendre à tous que la rigolade est terminée.
Comme je crois vous l'avoir déjà dit, le lendemain même de l'incident, j'ai mis à exécution le projet que nous avions étudié ensemble concernant l'isolement des "dangereux" . Ainsi je suis absolument optimiste , car la nouvelle installation mettra les "durs" hors de nuire.
Vous vous montrez surpris que je n'ai pas porté plainte contre R..... Paul .
L'explication est la suivante : lorsque j'ai rendu compte au juge de ce qui venait de se passer, il m'a demandé si la victime portait plainte contre son agresseur. Sur ma réponse négative, il m'a fait part de son intention de suivre lui-même l'affaire. D'ailleurs l’enquête est ouverte et suis son cours.
Je vous tiendrait au courant de tout ce qui en découlera.
Sans vouloir râler, je me crois obligé de vous dire que l'effectif des gardiens est nettement insuffisant et je me demande jusqu'à quel point notre administration  ne serait pas jugée responsable si un coup dur  se produisait.
En effet, alors que la loi prévoit un gardien pour  10 détenus, ici nous en sommes à un gardien pour vingt détenus.D'ailleurs le rendement du travail s'en ressent. N'étant pas suffisamment surveillés les prisonniers en profitent pour tirer au flanc, quoique mes visites impromptues les déroutent un peu.
J'ai hâte de pouvoir me débarasser de quelques agents et de les remplacer par de nouvelles recrues.La mentalité de l'ensemble du personnel en sera profondément modifiée.
......
Au sujet de mes commandes vous me dites quelles manquent de précision et vous me parlez de "redresseur à vapeur de mercure" . Je vous avoue bien humblement que je ne comprends rien à cela et que je suis obligé de faire confiance à GESLIN  pour ce qui est des commandes concernant les ateliers.
Toutefois je lui rappellerai pour la énième fois qu'il doit être plus explicite.
J'ai reçu la visite de M. CADINES des T.P. qui étudie la possibilité de créer un terrain d'aviation à Nosy-Lava.
A ma demande, j'ai eu également la visite du vétérinaire d'Ananalava  ( type charmant) qui m'a conseillé très utilement.Il a examiné le cheptel qu'il n'a pas trouvé très brillant;D'après lui nous aurions intérêt à le renouveler.J'attends un rapport que je vous ferai parvenir. Nous avons discuté également de la construction éventuelle d'une ferme. Après étude du terrain, il nous donne son accord total. Si notre ami JUPPEAU pouvait venir pour le démarrage ce serait parfait.
En ce qui concerne la question eau, sans être insoluble, elle me parait assez difficile ; rien à à faire pour continuer le forage de deux puits  dont M. BRUNET nous a indiqué l'emplacement. Ou alors il nous faudrait creuser une quinzaine de mètres dans la roche.Sans marteau-piqueur nous en aurions pour des années.Je vous enverrai très bientôt  un rapport réunissant les suggestions  émises par M CADENES, PROVENSAL ( le vétérinaire), GESLIN, etc. ....
Tous s'accordent pour dire que la solution serait la construction de citernes.
.....




Deux vidéos sur Nosy-Lava et Nossi-Bé







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1959 3/11 Majunga, Anjanamamina.

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Majunga

Mais il fallait également installer des inspecteurs dans chacune des six provinces qui seraient mes délégués permanents pour toutes les questions concernant les maisons d'arrêt de leur secteur.
ils devraient m'en rendre compte afin que je puisse prendre les décisions qui s'imposaient;

Pour la province de Majunga, je nommai M. MATHEI , un français installé dans l'île depuis longtemps et qui était sans emploi.

Le 15 juin il m'adressait la lettre suivante :
"
Je pense que vraisemblablement, cette lettre sera la dernière que je vous adresserai avant votre départ en vacances ....
Je vous remercie de la confiance que vous avez bien voulu me témoigner et dont j'essaierai de me monter digne.
usant de votre autorisation je vous écrirai et tout en vous tenant au courant des grandes lignes de la situation je ferai en sorte de ne pas vous importuner.
Vous vous doutez que j'attends ma nomination avec impatiente et si elle me parvenait avant votre départ ça me serait une grande joie.
vous m'avez dit au cors de notre conversation téléphonique de ce m0tin, que pendant votre absence je pouvais me mettre en rapport avec Monsieur le Ministre de la Justice pour lui rendre compte des faits importants du service.
Si vous me le confirmez pouvez-vous  m'indiquer l'adresse à laquelle je dois lui écrire pour que ma correspondance lui parvienne réellement ,

...
"

Je donnais satisfaction à sa demande.

Quartier de Tananarive
Zoma et Faravohitra
Il y avait également à quelques kilomètres de Tananarive , à Anjanamamina, une maison de redressement pour les jeunes délinquants mineurs.
Avec le concours de mon inspecteur pour la province, M. VERGNOLE, fonctionnaire du cadre de l'administration générale d'Outre-Mer comme moi, la gestion de cet établissement nous appartenait, mais la discipline relevait d'une commission de magistrats nommés par les instances judiciaires.
Je maintins le personnel en place et ce fut M RAKOTO Jean de Dieu , inspecteur de police qui en fut le gardien-chef.

Le 19 juin au nom de tout le personnel il m'adressa une gentille lettre me souhaitant, ainsi qu'à toute ma famille, un bon séjour en France.

Et , le 21 juin , c'était mon retour en métropole pour y passer mon congé obligatoire.

J'embarquai, avec ma famille, par avion T.A.I. à l'aérodrome d'Arivonimamo.

M. LALLEMAND du cabinet du ministre de la justice assurait l'intérim.

J'eus beaucoup de satisfactions de la part de mon fidèle premier secrétaire de ma direction , M. WILMANN

C'est ainsi que dès le 23 juin il me faisait parvenir la lettre suivante :

"
Je tiens le coup au boulot, votre absence laisse un vide de plus en plus grand.Confidentiellement je vous dirai que le bateau est à la dérive faute de commandant. 
Votre successeur ne fait que des apparitions éclairs entre les heures de bureau, le personnel étant déjà parti, de sorte que l'on ne peut rien discuter, rien trancher.
Comme toujours je fais de mon mieux mais ne peut prendre aucune initiative importante, celles ci n'étant pas de mes attributions.
Hier matin cependant  de reconduire à Anjanamamina trois détenus évadés qui avaient été repris par la police, le commissariat central n'ayant pas de véhicule disponible et ne sachant que faire des trois types.
Je me suis chargé de les raccompagner au centre d'Ajanamamina  en me faisant escorter d'un agent de police. Tout s'est bien passé , je n'ai  vu M. LALLEMAND  qu'à midi à mon retour.
Je n'ai pas eu la peine de lui rendre compte de ma mission ceci semblant  ne pas l' intéresser.
Le planton a été doté hier d'une bicyclette Griffon de 14200 francs sur ordre du nouveau patron.J'aurai voulu aujourd'hui lui parler pour la faire assurer contre accident et vol, il n'est pas venu du tout au bureau.
D'autre part Ajanamassina demande 6 moustiquaires.
 Que faire ? 
Renseignements pris Faivre pourrait les fournir à 2.150 francs l'une : qu'en pensez-vous ? 
Je les trouve chères comparativement à nos maigres crédits. 
Dois-je attendre votre retour ?
j'ai pris ce matin 15 kg de peinture grise pour les lits du centre de rééducation d'Anjanamasina.Les 30 autres lits sont en cours de confection.
J'ai réglé avec DARRIEUX l'affaire de scie circulaire de l'atelier scolaire.
Rien d'autre à signaler pour l'instant.
"
...........

Le 26 juin il m'informait avoir commandé 30 tonnes de ciment pour Nosy-Lava  et 60 moustiquaires pour Anjanamassina.
Il était très bien secondé par RAPHAEL un secrétaire malgache dont je n'ai eu qu'à me louer.

La situation m'était communiquée régulièrement  et c'est ainsi que dans la lettre du 2 juillet ci-après il me faisait part de l'arrivée imminente de M. JUPPEAU, un ami de longue date dont j'avais sollicité l'affectation afin de lui confier la mise en place de fermes et jardins dans tous les établissements pénitentiaires pour améliorer à peu de frais , l'alimentation des prisonniers et des gardiens.

..........

Le boulot marche normalement avec RAPHAEL et moi. Nous nous consultons et prenons les initiatives voulues puisque M. LALLEMAND n'est jamais là.
Je vais essayer d'aller faire un tour aujourd'hui à Anjanamamina afin de livrer les moustiquaires en faisant à Jean de Dieu la recommandation suivant vos instructions.
Mais voyez-vous je n'ose pas comme de votre temps me mêler des affaires de ce pénitencier, je ne sais pas ce que pourrait penser le directeur p.i. 
Je ne veux pas avoir l'air de me mêler de choses qui ne me regardent pas , je le faisais sous votre direction par esprit de collaboration parce que je savais que vous aviez à coeur que cette affaire tourne rond, mais comme votre successeur s'en fout royalement, je préfère me tenir dans mon rayon, ayant eu suffisamment a faire avec ce secteur.
M. LUCAIN est de passage à Tananarive.
Il nous remercie sincèrement de l'empressement que nous mettons à satisfaire se commandes.
Nous ne sommes plus abandonnés, dit-il, notre exil devient moins pénible.
Dans l'ensemble il est satisfait de son travail.tout va bien depuis que les nouvelles têtes ont été mâtées.
..........

Le 8 juillet c'était une nouvelle lettre de M. WILLMANN  qui paraissait assez découragé et il me confirmait l'arrivée de M. JUPPEAU pour ce jour là.
Tananarive était dans la fièvre de l'arrivée du général de GAULLE et sa lettre ci-dessous reflétait l'état d'esprit qui régnait alors.

.......

Je souhaite que votre congé s'achève rapidement afin de nous revenir bien vite car ici cela ne va pas.Le service ne peut continuer à marcher comme ça.
Pour ma part j'en ai plein le dos et si ce n'était l'espoir de vous revoir bientôt, j'aurai déjà démissionné.
Je ne peux pas travailler avec un type qui n'est jamais là et qui vient en éclair chercher la petite bête pour espionner les gens. 
Aujourd'hui doit arriver M. JUPPEAU .J'irai à 12 heures à Arivonimamo pour le ramener à Tananarive.

.........
Sur DELCAMPE


Mr LALLEMAND refuse automatiquement tout ce qu'on lui demande.
Exemple : La semaine dernière après avoir attendu huit jours la camionnette pour transporter des effets à Anjanamamina  et ne voyant rien venir comme par le passé, le soir à 18 heures j'ai chargé ma voiture et suis allé à mes frais emmener les affaires.
Le lendemain quand je lui ai que j'avais pris sur moi de faire le nécessaire afin d'assurer la bonne marche du service , je me suis presque fait "engueulé", autant dire que je n'avais pas à me mêler de choses qui ne sont pas dans vos attributions.
Jugez en l'esprit dans lequel on travaille sans vous.Franchement c'est uniquement pour nepas vous décevoir que je me suis retenu et n'ai pas lancé ma démission à la figure ce cet imbécile.
J'ai l'impression que le p.i. combine quelque chose avec BILBAO.
Tenez-vous sur vos gardes .

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(fin de la page 12)
Tananarive 2014 : marches coté palais de la reine et Faravohitra


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1959 4/11 Majunga,Ankijabé

Aéroport d' IVATO
a remplacé Arivonimamo en 1967
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Le 9 juillet mon ami René JUPPEAU l'écrivait pour me faire part de son arrivée de la veille et il était content que je lui aies fait remettre les clés de ma maison qu'il garderait ainsi en mon absence.
Il avait été accueilli comme prévu par M. WILLIAM et avait immédiatement rencontré le ministre M. FOURNIER ainsi que M. LUCAIN qui était en mission dans la capitale.

Le 11 juillet une lettre de mon ami FAURE m'indiquait qu'il était à nouveau à l’hôpital du val de Grâce.je ne l'ai jamais revu depuis.
Dr CATAT
Scan mis ici en souvenir des français qui ont oeuvré pour la grandeur de la France.

Antsirabé
Antsirabé
Le viaduc
Une lettre de Majunga du 14 juillet venant de M. MATHEI qui, après avoir relaté la visite du général de GAULLE, me faisait part des difficultés de discipline des gardiens-chefs en place à Ankijabé , M. GLINZ et à Antsirabé M. DALLEAU , qu'il avait été obligé de licencier.
Il était par contre très satisfait du sergent RAZAFINDRAKOTO qu'il nommait à Ankijabé et de MIRA Pascal du camp d'Ampomotro .
Voici les principaux passages de sa lettre :

........


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1959 8/11 Fin des congés en métropole; béribéri

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Le 20 septembre 1959
retour à Tananarive en fin de congés en métropole.
Fin des intrigues


Ajouté par mes soins


Et le 12 septembre JUPPEAU et WILLMANN m'écrivent pour me faire connaitre toute leur joie et celle du personnel à l'annonce de mon retour.


..... (WILLMANN)

Enfin la nouvelle tant attendue est arrivée. 
Vous serez parmi nous dans huit jours, la joie est immense au bureau. Chacun se sent revivre . Si votre avion arrivait un jour de congé tout le personnel aurait été au terrain. Malheureusement nous ne pourrons pas tous abandonner le service en même temps . Quant à moi tant pis pour qui mal y pense, rien ne me retiendra. Je viendrai avec l'ami JUPPEAU qui est de retour de Nosy-Lava . quand j'ai annoncé votre arrivée au bureau, le personnel a sauté de joie : on aurait dit de grands enfants attendant leur père qu'ils croyaient ne plus revoir. Enfin vous jugerez vous-même ce que j'avance , nous avons gagné la bataille.




..... ( JUPPEAU)


M. WILLMANN m'a donné hier soir connaissance de votre lettre.Entendu nous vous attendrons au terrain. Je suis heureux de ce dénouement  mais l'alerte a été chaude.Je suis toujours logé dans votre case, mais en principe je dois déménager le 17, date où les bâtiments civils devront avoir terminé les réparations.
.......


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Quartier de Tananarive

Me voici donc de retour à Tananarive pour reprendre mon poste.


Et c'est le coup de la province de Tuléar de tomber sous le coup de ma réorganisation.
Le 24 septembre le gardien-chef CADY , que je nommerai plus tard 
inspecteur provincial, m'envoie la lettre suivant où quelques anomalies graves sont mentionnées :

......

J'ai appris avec un réel plaisir par l'ami RAPHAEL votre tout récent retour à Madagascar ....
Pour faire face aux nombreuses questions en suspens vous ne devez pas manquer de pain sur la planche.
Quartiers de Tananarive :
Andravoahangy
et
Anjanahary
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt dans l'A.F.P. du 15, la note remise dernièrement aux députés par le ministre de la justice et relative à la réforme projetée de l'administration pénitentiaire. C'est bien ce que vous m'aviez exposé  lors de mon passage à Tananarive en mai dernier.
Nul plus que me  ne souhaite voir aboutir rapidement cette réforme si nécessaire et je pense que votre retour y contribuera efficacement.réellement cette réforme s'impose et je crois qu'il y a intérêt à ce qu'elle voit le jour au plus vite.
Dans la province de Tuléar ( pénitentiairement parlant)  la pagaye complète, erreurs et abus dans l'emploi de la main d'oeuvre pénale continuent comme par le passé.
L'autorité provinciale qui décide de ces questions , se montre réfractaire, sinon hostile, à toute réorganisation d'un système qui a tant profité à certains jusqu'à présent et qui viendrait chambarder les habitudes "du bon vieux temps" .
(Cette autorité, un "en-chef" bien entendu, vient d'être avisé que Madagascar se passera dorénavant de ses services).
En dépit de mes suggestions, cette personnalité n'a jamais voulu organiser un contrôle  et une coordination des prisons dans la province.
Pourtant la situation dans les prisons  de districts est lamentable  depuis que les fonctions de gardien-chef ne sont plus assurées par les gendarmes.
On sent un flottement général;
Les nouveaux gardiens-chef ne connaissent pas l'A.B.C.  de leur métier et semblent ignorer avec la plus grande désinvolture l’arrêté du 12 avril 1954 qui nous régit encore actuellement. les dossiers ne sont pas, ou mal constitués et il est fréquent de voir arriver à Tuléar des détenus  transférés d'une prison en brousse sans qu'aucune pièce les accompagne; on se content de les remettre à un garde d'escorte.
La corruption règne et c'est ainsi que dans certaines prisons ne sont admis à sortir au travail ( et quel travail) à l'extérieur que ceux des détenus pouvant payer une dîme  au gardien-chef et on assiste à cette situation paradoxale que ce sont les prévenus ( dont la famille peut les alimenter en espèces)  qui sortent en corvées extérieures alors que les condamnés, dont les ressources pécuniaires se sont taries à la longue, qui gardent la prison.
......


Le temps prescrit et j'ai demandé au ministre de la justice de nommer inspecteur de la province de Tananarive un de mes camarades de l'administration générale d'outre-mer, monsieur VERGNOLE  .
Il me seconda efficacement pendant toute la durée de mes fonctions.Installé dans la capitale auprès de moi, nous n'avons jamais échangé de correspondance personnelle car tout se règle de vive voix et administrativement.Son action fut très efficace pour régler des problèmes locaux dont j'aurai l'occasion de reparler.
La maison d'arrêt de Tananarive était difficile à gérer.Il y avait le quartier des hommes et celui des femmes.
Des détenus politiques avaient des relations directes avec la population  et quelques fois même par l'intermédiaire des gardiens.Ils entretenaient un règne de soulèvement permanent.
Les provinces de Fianarantsoa, Tamatave et Diégo ne posaient pas de problèmes particuliers. J'étais assuré d'un soutien loyal des chefs de district et petit à petit je devais assurer la relève du personnel de la police par du personnel de l'administration pénitentiaire.
Riz et béribéri
De la maison de force de Nossi-Bé le gardien chef m'adressa le 22 septembre une lettre assez inquiétante concernant une légère rébellion des détenus qui protestent contre les restrictions de riz consécutive à une épidémie de béri-béri .
Dans la lettre ci-après il expose les mesures prises et cette mauvaise humeur n'aura pas d'autre suite :


.......

Il est porté à ma connaissance qu'une lettre aurait été adressée à monsieur le président de la république pour protester contre le régime alimentaire qui serait, parait-il insuffisant à la maison de force.
 Voici je pense, les raisons qui ont motivé l'envoi de cette lettre, si lettre il y a eut :


Le 11 septembre 1959 monsieur le médecin inspecteur CAILLE  est venu me signaler que plusieurs malades étaient atteints de béri-béri .
 Il m'a demandé de supprimer le riz pour ceux-ci et de diminuer de moitié pour tous les autres détenus.
 Pensant que cette mesure serait défavorablement accueillie par les détenus en général, j'ai demandé au docteur  de leur parler et de me remettre en écrit ses prescriptions, ce qu'il a fait sans difficulté.


Les 12 et 14 septembre j'ai diminué de moitié la ration de riz.
pour simplifier les distributions et faciliter la comptabilité j'avais décidé qu'à partir du 16  la ration normale de riz serait  distribuée un jour sur deux.
Fruits dont papayes ....
Bien entendu la suppression de riz devait être compensée par la distribution d'autres denrées ( manioc, légumes verts, fruits).
Le mercredi 16 les détenus ont refusé le repas du soir.
 J'ai du les rassembler dans la cour pour leur expliquer à nouveau les raisons de ce changement de régime momentané  prescrit par le docteur et dans leur intérêt.
Ils m'ont dit qu'ils voulaient du riz et non des légumes européens ( carottes, navets, poireaux ) que je leur proposais.
j'ai informé de cette situation monsieur le médecin inspecteur qui m'a demandé de donner du riz chaque jour aux détenus non béribériques  mais de baisser leur ration à 400 grammes et d'y ajouter en compensation manioc et légumes verts de façon à éviter les inconvénients nutritionnels de la nourriture rizée exclusive, c'est à dire l'apparition de nouveaux cas de béri-béri.
pour les malades il m'a demandé que le riz soit considéré comme un véritable poison et leur a expliqué à chacune de ses visites.
Si une lettre a réellement été envoyée à monsieur le président de la République elle a été vraisemblablement  inspirée par un meneur que je m'efforce de découvrir.
De nombreux détenus m'ont dit qu'ils appréciaient la distribution de fruits et de cresson.
 L'instigateur de la lettre pourrait être un agent de police car le magasinier ( agent TONGALEVA ) me tient souvent ce langage quand chaque matin , j'assiste au pesage des denrées : "Les agents aussi aiment le manioc , le cresson et les fruits.
Avant nous avions du manioc et les détenus n'avaient jamais ni cresson  ni fruits, c'était pour nous". 


J' accueillerai avec plaisir la mutation de l'agent magasinier TONGALEVA si vous croyez devoir l'envisager.
 .....


Ce désir fut exaucé.
....

A Nosy-Lava dans sa lettre du 24 septembre, madame LUCAIN semble assez déprimée et surtout se plaint des gens d' Ananalava qui sont indifférents et leurs plus proches voisins sur la côte ouest de la grande terre. Mais avec son mari ils ont le moral malgré tout et demandent que le ravitaillement en légumes frais soit amélioré.


Le 28 septembre, monsieur AUDRAIN ne me parle plus du mécontentement des détenus  et le même jour monsieur MATHEI semble être un peu plus confiant dans l'avenir de Majunga.


.......


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1959 11/11 Meurtre à Anjanamasina,Nosy-Lava



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A cette époque un drame affreux vint endeuiller et ternir le service pénitentiaire.
les autorités judiciaires avaient décidé depuis quelque temps  que le centre de jeune délinquants
d' Anjanamasina devait être en centre de rééducation avec des éducateurs désignés par eux.
La discipline du centre n'était donc plus sous mon autorité et je n'avais plus que la responsabilité de l'intendance et mon ami JUPPEAU celle des jardins.
Il s'ensuivit une absence de gardiennage et M. THOMAS l'éducateur désigné laissait toute liberté aux pensionnaires qui s'absentaient; quelque fois pendant plusieurs jours, pour aller traîner dans les rues de Tananarive.
Une nuit l'un d'entre eux, mécontent d'une réprimande, s'introduisit dans le logement de M. THOMAS, tue celui-ci et poignarde sauvagement son épouse en la laissant pour morte.
Le spectacle découvert au petit matin présentait un spectacle effroyable.J'en fus immédiatement averti et me rendis sur le champ sur les lieux du crime.Je ne pouvais rien faire d'autre que d'en saisir la justice.
Le laxisme des magistrats qui avaient décidé cette nouvelle gestion était le grand responsable de ce carnage.

......

Le 10 décembre tout semblait s'arranger à Nosy-lava, malgré une lettre décousue sur un serveur du directeur et le 21 décembre je recevais une longue lettre sur l'aménagement général du camp :

.....

J'ai trouvé une solution élégante pour me débarrasser due l'ancienne boyerie qui en fait était composée des choux-choux de mes prédécesseurs. Je vais les expédier à Nossi-Bé.Dans le nombre il y aura mes deux boys et mon cuisinier qui commençaient à se croire indispensables. Deux boys de GESLIN seront également du voyage, ainsi que celui que s'était octroyé RAMBELOSON du temps de
tous ces détenus remplissent les conditions exigées puisqu'ils n'ont en cours aucune punition depuis longtemps.
Cette opération est considérée officiellement comme une mesure de faveur à leur égard, et , puisque de mon coté je les ai assez vus,  tout est pour le mieux.Je compléterai  l'équipe par quelques braves bougres.D'ailleurs la liste vous est adressée par le même courrier.
Avenue de l'indépendance
à
Antananarivo
(Auparavant : Avenue de la libération
Tananarive)
L'inspecteur-greffier RAMBELOSON m'a confirmé son intention de demander sa mutation pour Tananarive.Vous pensez bien que je n'ai pas essayé de l'en dissuader.




....
(fin page 23)


Pour vos archives : une lettre du célèbre RANDRIAMANJANA Paul auteur du coup de couteau ayant déclenché un début de révolte quelques jours après mon arrivée à Nosy-Lava.
Lettre saisie par l'ancien boy de mon prédécesseur. Je n'en comprends guère le texte mais la fin m'intrigue énormément.
Le "Ferdinand" est le boy qui nous a servi lors de votre passage ici et que j'expédie à Nossi-Bé :



  • Monsieur le directeur,
J'ai très respectueusement l'honneur de vous adresser la présente sollicitant de votre haute autorité pour vous demander de bien vouloir m'accorder une chance pour éviter la suite fâcheuse de l'agression dont j'ai été victime.
Je vous en supplie ,monsieur le directeur, Pitié ! Délivrez moi ! Ne me laissez pas périr. Songez au service dont j'ai rendu à l'administration pénitentiaire. Je suis à vous !.
Je vous jure ma parole de gentilhomme que j'ai pris ma ferme résolution de me conduire tel que j'étais autrefois car j'ai tellement envie d'être libre pour que je puisse courir à la recherche du bucéphale de mon rêve !


....


Le 21 décembre je recevais une lettre de Nosy-Lava commentant le drame d'Anjanamasina :

J'ai appris avec peine mais sans surprise ce qui est arrivé à mon collègue d'Anjanamasina.Avec l'évolution actuelle nous sommes tous exposés à subir le même sort. c'est tout juste si les rôles ne sont pas inversés et si les prisonniers ne nous commandent pas.J'éprouve toujours un serrement de coeur lorsque je vois certains membres des différentes commission s'enquérir auprès des assassins si ils sont bien soignés.
je vous ai signalé, il y a déjà un certain temps, mes appréhensions concernant la disproportion  entre l'effectif des détenus et celui des gardiens.En cas de soulèvement brutal des prisonniers nous serions submergés en quelques minutes. Lorsque les agents ont terminé leur service,ils sont tenus de remettre leurs armes au chef de poste qui les renferme dans une armoire. Ce qui revient à dire que les détenus, une fois maîtres du poste , ne trouveraient plus aucune résistance.
Je me demande au cas ou nous serons tous zigouillés , si vous ne risquez pas t'être tenu pour responsable . Je sais qu'un agent ne doit pas avoir à surveiller plus de 10 prisonniers alors qu'à Nosy-Lava , lorsque les détenus annoncés seront là, chaque agent en aura plus de 35 à sa charge.
Avec quelques gardiens de plus, je pourrai organiser une patrouille de nuit qui augmenterai la sécurité.
Enfin inch'allah !
Par ailleurs en ce qui concerne la construction du terrain d'aviation, il m'est impossible de vous envoyer un rapport sur cette affaire, vu que je l'ignore totalement. Un jour j'ai vu arriver un type  se disant envoyé par les T.P. m'annonçant qu'il allait faire un relevé du futur terrain d'aviation.
Depuis plus rien.
J'ai appris incidemment il y a quelques jours , par le chef de district,  que les habitants de Mahabo avaient adressé une pétition au député BEHAVANA protestant contre l'installation dudit terrain, car pour le faire il fallait détruire des cocotiers.Je ne suis pas du tout dans le circuit.
Vous m'annoncez une cinquantaine de nouveaux détenus. Comment pourrais-je les nourrir ?
Je vous ai fait savoir que notre stock de riz ne nous conduirait que vers la mi-janvier ( en comptant avec 400 détenus et non 450).Pouvez-vous me rassurer à ce sujet ?


(fin page 24)

Pendant que nous parlons de riz, je vous rappelle que je vous ai déjà fait part des difficultés rencontrées par le personnel pour se procurer cet aliment de base.
Je pense qu'il serait sage de passer un marché pour un contingent beaucoup plus élevé de façon à pouvoir revendre du riz aux agents.
La chambre froide doit être révisée entièrement, ayant été négligée pendant des années. La viste d'un spécialiste s'impose. Tout ce qui est : joints, presse étoupe etc.  est complètement pourri. L'installation électrique était faite en dépit du bon sens . Je l'ai faite refaire entièrement par COURT.
J'espère que nous serons dépannés sans tarder car la chaleur est terrible en ce moment, le poisson et la viande se gâtent en quelques heures d'ou l'impossibilité absolue de faire quelques réserves.
A part ces petits soucis, le moral est bon.
J'espère que vous m'enverrez bientôt des gardiens triés sur le volet et que vous me débarrasserez de mes caricatures.
Décidément vous m'aurez laissé souffrir jusqu'au bout avec l'affreux MANANJARY.


L'année 1959 s'achève et la mise en place de la nouvelle organisation est terminée.
Les difficultés furent nombreuses mais je reçus beaucoup de lettres personnelles qui m'encouragèrent et pour lesquelles je donnai toujours une suite.
Les autres responsables des diverses administrations m'informèrent par la voie officielle mais mon devoir de réserve m'interdit d'en parler.
Seules les archives de mon bureau en sont détentrices.

De toutes les maisons du territoire je reçus de bons voeux pour 1960.

Mon fidèle ami et dévoué collaborateur rené JUPPEAU me fit parvenir le rapport ci-annexé concernant son activité en 1959 concernant les fermes et les jardins pénaux :

(fin page 25)




La correspondance de 1960 va suivre
Après le rapport 1959 de M. JUPPEAU
26 juin 1960 sur cette lettre








1959
FIN




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