![]() |
VOYRON DUCHESNE METZINGER
Campagne de 1895
La France victorieuse à MADAGASCAR
|
Prisons à MADAGASCAR ........................... 1959-1960-1961
L'administration pénitentiaire à Madagascar 1959-1961. Histoire et travail de fonctionnaires des colonies françaises , France d'Outre-Mer, au moment de l'indépendance de MADAGASCAR. Prisons malgaches.
Timbres et cartes postales sur DELCAMPE
ACCUEIL : Introduction à ce blog :

![]() |
Jean LABORDE Premier consul de France à Madagascar 1861 |
En bas de page affichée, cliquez sur "messages plus anciens", pour lire la suite.
Dans les textes ,les liens vers le web sont en vert ou en rouge .
![]() |
Présidence de la transition |
Hymne national Malgache :
Paroles :
|
|
préoccupations des gardiens-chefs et inspecteurs provinciaux,des prisons malgaches,
reçues de 1959 à 1962.
pour construire une administration pénitentiaire,
mettre en place les bonnes compétences aux bonnes places,
au moment ou Madagascar prenait son indépendance ....
Madagascar,
au
12 septembre 1961
( 7421 détenus au 30 septembre 1960)
(Voir par exemple le rapport d'activité 1960).
*************
Carrière militaire dont Diégo-Suarez
Dossier FFL
1959
1960
Fin du troisième séjour 1961 .
Epilogue
![]() |
Joseph Simon GalliéniGouverneur général de Madagascar (1896-1905) |
![]() |
Général Galliéni |
Source du résumé 1958 ci-dessus.
![]() |
Lycée Gallieni à Tananarive, où fut proclamée la République Malgache le 14 octobre 1958. |
Lycée Jules FERRY à Tananarive, en 2014 |
Thèse de Jean-Berlin MAHALIGNY
" Les prisons et l'Eglise à Madagascar de 1959 à nos jours.
Enjeux et perspectives socio-anthropologiques, théologiques et pastorales. "
Suivi de doctorat
MAHALIGNYJEAN BERLIN
Pour mener à bien notre étude sur la période considérée,
c’est à dire à partir de 1959, date de la création de l’Administration pénitentiaire séparée de la police - suivie le 26 juin 1960 de la Déclaration d’Indépendance de Madagascar -,
il nous paraît nécessaire en guise de préambule de nous interroger sur le concept même de prison.
Il est intéressant de remarquer tout d’abord que les prisons n’ont pas toujours existé dans les sociétés antiques.
Un retour en arrière sur l’histoire de Madagascar nous permettra également de découvrir qu’avant la colonisation française en 1896, les problèmes de transgression et de punition ont été réglés à Madagascar sans justement avoir recours aux prisons.
C’est un élément qu’il nous paraît important de signaler, car les sociétés traditionnelles restent très attachées à leur culture ancestrale, même lorsqu’elles entrent dans la modernité, et cela concerne donc Madagascar.
Le système carcéral actuel résultant de la synthèse de différentes approches, ce travail préalable nous fournira les éléments nous permettant de comprendre la conception de la prison dans la société malgache actuelle.
Certains la considèrent comme lieu de malédiction, d’autres pensent qu’elle est un des endroits réservés aux pauvres.
D’autres encore sont partagés entre la soumission aux coutumes traditionnelles, comme Malgaches, et l'obéissance aux lois de l’Etat, comme citoyens.
Cette situation complexe est l'un des problèmes majeurs à résoudre pour articuler ce qui, a priori, semble inconciliable Et que dit alors l’Eglise catholique qui a depuis longtemps un vif souci de l’aggravation des conditions des détenus à Madagascar, notamment depuis 1983, date de la reconnaissance officielle de l’Aumônerie Catholique des Prisons ?
Quel genre d’apostolat peut-elle exercer pour faire face à la réalité carcérale malgache, qui est à la fois sous l’emprise du poids du paganisme dans certains endroits, et en même temps dans le mépris du caractère humain des détenus ?
Autrement dit, ne serait-il pas important, à notre époque, de concevoir un système pénal à la hauteur de nos moyens, adapté à notre culture, conforme à la dignité humaine et à l’esprit de l’Evangile ?
Telles sont quelques questions qui animent notre réflexion et auxquelles nous voudrions essayer de répondre au fil de notre recherche.
Prologue 1958 1/5 Comores
![]() |
Madagascar |
![]() |
Jo du 2.2.1957 |
![]() |
Jo 24.3.1956 |
après trois années passées en qualité de responsable du service du logement et de l'ameublement des fonctionnaires métropolitains affectés à Madagascar, service dépendant de la Direction des Finances,
je fus muté au cabinet du Haut-Commissaire au service des renseignements généraux.
De par cette fonction j'eus alors la possibilité de contacter, et même de fréquenter, les plus hautes autorités.
Plus spécialement chargé de l'accueil et de la réception des notabilités comoriennes, ces îles étant alors rattachées à la gestion de Tananarive.
C'est ainsi que le vice-président du conseil de gouvernement des Comores, M. Mohamed AHMED, m'écrivait le 30 mai pour me remercier de l'aimable accueil que je lui avais réservé lors de son passage à Tananarive.
Le 25 août M. le prince SAID HOUSSEIN BEN SULTAN SAID ALI, chef de la famille royale de la Grande Comore me faisait part de son arrivée à Tamatave et le 4 septembre il me demandait le remplacement de son chauffeur.
Le 25 août également,
je recevais une lettre de M. G ARNAUD, haut fonctionnaire des Comores, qui avait accompagné la délégation des comoriens lors d'une importante réception à Tananarive et qui me remerciait de l'organisation de la réception qui fut sans défaut et qui revenaient en leur territoire avec une joie sans mélange.
Le 2 septembre M. Mohamed AHMED m'écrivait de Paris pour me faire part de sa satisfaction des contacts avec les autorités de la métropole et indiquait qu'il était très satisfait du discours du général de GAULLE.
Le 20 septembre le prince SAID HOUSSEIN me signalait par télégramme qu'il avait bien rejoint MORONI.
Prologue 1958 2/5 Le général de GAULLE à Tananarive
![]() |
Après la Communauté Française |
Les évènements s'étaient succédés à grande allure en cette année 1958.
En métropole la 4ème République avait vécu ses derniers jours et, sous la pression du peuple,
le Président de la République devait faire appel au général de GAULLE.
Depuis mon arrivée sur le territoire, j'avais rencontré des amis gaullistes dont le plus influent était Maître Marcel FOURNIER, avocat à Tananarive.
Pour soutenir l'action des responsables d'Alger,
![]() |
Site pour Mahamasina |
le 23 mai nous avions organisé un rassemblement de masse au stade de Mahamasina.
Tous les membres du Cabinet du haut Commissaire avaient été priés de se rassembler dans la salle d'honneur en attendant la suite des évènements.
J'avais pu aller au stade où la foule était nombreuse.
L'orateur indiqua alors qu'il venait d'apprendre par la radio que le général de GAULLE acceptait de former le gouvernement et demanda à la foule de se disperser dans le calme, ce qu'elle fit.
Je partis immédiatement rejoindre les membres du cabinet et le Haut-commissaire me demanda si la foule allait venir au siège du Gouvernement général.
![]() |
Général de GAULLE à Mahamasina |
Devant ma réponse négative tout le monde parut soulagé, mais je dois préciser que l'armée, sous les ordres du général MISSONNIER
(Sur le WEB : Un ouvrage de Catherine MISSONNIER parlant de Madagascar et ici aussi)
( lui même gaulliste convaincu) n'avait pas été requise pour défendre le Haut-Commissariat, mais était en état d'alerte pour faire face à toute éventualité.
Après ces évènements, c'est en septembre que le général de GAULLE vint à Tananarive où il trouva une ville
en euphorie générale.
Dans un discours à Mahamasina, devant des dizaines de milliers de personnes il prononça la phrase historique :
Discours du général de GAULLE, à TANANARIVE, le 22 août 1958.
INA : Général de GAULLE à Madagascar et en Afrique
" SI VOUS LE DÉSIREZ, MADAGASCAR REDEVIENDRA INDÉPENDANTE, COMME AU TEMPS OU LA REINE RANAVALO HABITAIT CE PALAIS " ....
Mes amis comoriens étaient également là et c'est à la suite de cette visite que le prince SAID HOUSSEIN m'adressait une longue lettre de remerciements.
Je lui en accusait réception le 30 septembre en le félicitant des magnifiques résultats qu'il avait obtenu pour l'approbation de la nouvelle constitution.
Page suivante : 1958 3/5
Prologue 1958 3/5 Fin du travail avec les Comores.
![]() |
Une page de l'histoire |
J'eus également l'occasion de faire connaissance d'un administrateur de la France d'Outre-Mer ,
M. Roger RENARD qui fut pendant très longtemps un de mes voisins lorsque j'habitais un pavillon du quartier d'Isoraka.
M. Pierre GUILLON malheureusement décédé depuis dans un accident d'automobile.
J'avais également pour voisin M. Philippe PALAZZO qui était magistrat et bien d'autres encore.
Avec tous j'ai conservé un souvenir et une amitié indéfectible et, 30 ans après leur gentillesse est toujours présente en ma mémoire.
D'ailleurs j'entretiens toujours une correspondance régulière qui reflète les jours d'antan où nous passions des heures à nous préoccuper de la grandeur de la France.
Madagascar restait dans la Communauté et le gouvernement provisoire de la République Malgache se mettait tout doucement en place.
Les Comores avaient décidé de rester française.
Le 14 novembre M. Mohamed AHMED et le 15 nomvembre le prince SAID MOHAMED CHEIK m’annonçaient que les pourparlers avec le général de GAULLE touchaient à leurs fins et que leur retour était prévu pour le 24 novembre avec M. Mohamed ABDALLAH.
Le 3 décembre Mr Mohamed AHMED me faisait connaître de Moroni qu'il était arrivé à temps pour éviter des troubles graves.
Puis le 27 janvier 1959, de Paris, le prince Said Mohamed CHEIK m'annonçait son retour prochain en compagnie de M. Mohamed ABDALLAH et que le 3 février il serait à Majunga.
Page suivante : 1958 4/5
Prologue 1958 4/5 Décret de nomination du chef du service de l'administration pénitentiaire de Madagascar
J'avais également entretenu des relations amicales avec mon ami René JUPPEAU,
fonctionnaire au service de l'agriculture et que j'avais connu avant mon départ de France lorsqu'il était dans l'entourage de M. FOCCART, conseiller technique du général de GAULLE.
Le 5 janvier 1959, il me faisait connaître son arrivée en métropole pour un congé de fin de séjour.
Mais les mois et les années s'étaient écoulés depuis mon arrivée à Madagascar et mon séjour réglementaire de trois ans était arrivé à son terme.
Le 2 février, par note 0277/C.M.REG le Haut-Commissaire me faisait connaître que mon retour en France était prévu par avion du 24 mars et le 7 février j'étais convoqué pour le 16 devant ma commission de rapatriement.
![]() |
Philibert TSIRANANA |
J'écrivais alors à mon ami maître Marcel FOURNIER, Ministre de la Justice du gouvernement de M. TSIRANANA pour l'informer que l'on voulait me nommer , " Conseiller technique du Directeur malgache des services pénitentiaires" et que je ne pouvais accepter ce poste subalterne étant donné qu'il m'avait proposé d'être : "Directeur des Services Pénitentiaires".
Mais cette nomination, si elle intervenait, ne pourrait avoir son plein effet qu'après le congé que j'étais obligé de prendre.
Cependant, étant donné les pourparlers en cours,
le 25 février ,
par note 530/REG le Haut-Commissaire annulait sa note 277 qui prévoyait mon retour en France
et le 26 février 1959, par décision N° 019/SEP, il m'accordait un congé de six mois à passer à Marennes-Plage avec embarquement à compter du 16 mars,
puis par décision N° 305 bis du 2 mars, il me mettait à la disposition du Président du gouvernement provisoire de la République Malgache.
Le 3 mars, M. le ministre de la Justice , Marcel FOURNIER demandait aux membres du Gouvernement de bien vouloir approuver le décret N° 59-29 ci-après me nommant chef du service de l'administration pénitentiaire de Madagascar, ce qui fut fait et publié au Journal Officiel;
En voici les textes :
Page suivante : 1958 5/5
Prologue 1958 5/5 Administration pénitentiaire.
Depuis décembre 1958, j'avais écrit à un de mes amis, M. SICAUD qui était gouverneur de la Polynésie Française en lui signalant que j'étais en fin de séjour et qu'il me serait agréable de servir sous ses ordres dans ce territoire.
A la date du 3 mars, il ne m'avait pas encore répondu et j'en avais conclu que ma candidature ne l’intéressait pas.
C'est pourquoi j'avais accepté le poste de Chef du service de l'Administration Pénitentiaire.
Lorsque je reçu sa lettre N° 98/CAB du 19 mars me proposant un poste aux Finances et un autre aux Affaires Économiques, il était trop tard :
( mis en valeur par mes soins)
=====================
Cliquez ici :Les cinquante ans de l' adminstration pénitentiaire malgache ont été célébrés en 2009.
Fin du prologue
1958
1959 1/11 Régions de l'administration pénitentiaire.
Début
Page précédente : 1958 5/5
Ainsi le 3 mars 1959, j'étais officiellement nommé Chef du service de l'Administration pénitentiaire et, non, Directeur comme tout le personnel me qualifia.
Je reçus des félicitations de très nombreux amis et notamment de M. Jacques FOCCART en service à la Présidence de la république auprès du général de GAULLE , de M. Roger FREY qui devint Ministre de l'Intérieur, de M. Pierre BAS, député , ....
![]() |
Présidence de la transition en 2012 |
Mais où était donc l'Administration pénitentiaire ?
Elle n'existait pas, Madagascar étant jusqu'alors territoire de la République Française,
il n'y avait pas de Ministère de la Justice avant la nomination de Maître FOURNIER
et les prisons, réparties sur tout le territoire (elles étaient au nombre de 89) ,
dépendaient uniquement des services de police qui en assuraient le gardiennage et la gestion.
situant les :
* maisons de force et centrale
* maisons d'arrêt
* maisons de sûreté
Superficie équivalente à celle de la France métropolitaine et de la Belgique.
Timbres
Plan interactif Google Maps
Agrandir le plan
![]() |
Armoiries |
Il me fallait tout organiser : les locaux, le personnel, les attributions , les ravitaillements , etc. ..., mais j'étais également obligé de partir en congé de fin de séjour, quitte à demander mon retour par anticipation.
Et il y avait également les pressions de toutes sortes de la part de certains qui voyaient dans ce nouveau service une sinécure de choix.
Dès le 3 avril je recevais une lettre de madame ANDRIAMANANA qui sollicitait pour son mari une place en qualité d'adjoint, mais ses désirs de salaire étaient trop élevés pour le modeste budget dont je disposais.
Pour l'installation de mon service je louais un appartement de quatre grandes pièces Avenue de la Libération.
Une dizaine d'adjoints et de secrétaires malgaches me furent affectés et me furent très dévoués.
Je divisais alors le territoire en six régions :
Tananarive
Tamatave,
Tuléar,
Fianarantsoa
Fort-dauphin,
et Diégo-Suarez
à la tête desquelles je nommai six inspecteurs de l'administration pénitentiaire qui furent tout d'abord les six gardiens-chefs de service en ces villes à ce moment là :
mais il me fallait également deux gardiens-chefs musclés pour les maisons de force de Nosy-Lava et Nossi-Bé où étaient les détenus condamnés à plus de cinq ans de travaux forcés.
Pour le poste de Nosy-Lava je demandais à un ami de longue date habitant les environs de Tananarive : M. LUCAIN de bien vouloir exercer les fonctions de gardien-chef et à son épouse qui en avait les qualités , d'assurer la scolarité des enfants des gardiens, car cette île située dans le canal du Mozambique, au large d'Antalava n'était peuplée que de quelques familles malgaches disséminées et sans aucune organisation administrative.
Seule la maison de force représentait une entité.
M. et Madame LUCAIN acceptèrent bien volontiers cette tâche et je dois dire d'ores et déjà qu'ils m'apportèrent un concours précieux fait de dévouement et d'amitié.
(prison,bagne, fermé en 2000 ; ajouté par mes soins)
![]() |
Nossi-Bé |
A Nossi-Bé, cette autre île située au nord-ouest du territoire la situation était différente car cette belle île, très touristique avait une population très complexe et était sans histoire vis à vis de la maison de force sise en plein coeur de la ville .
Je demandai à un ancien sous officier de la coloniale, M. AUDRAIN, d'accepter de devenir le directeur de cette prison , ce qu'il fit bien volontiers.
Lui aussi m'apporta une aide précieuse et pendant toute la durée de mon commandement je n'eus qu'à me louer de son service;
Il s'agissait là des nominations les plus urgentes car les services de police étaient impatients de se libérer de la charge des prisons.
La répartition des établissements pénitentiaires fut approuvée selon l'organigramme ci après :
![]() |
Organisation de l'administration pénitentiaire malgache en 1959 |
Le 22 mai, la famille LUCAIN m'écrivait d'Analalava pour me faire connaître qu'ils avaient pris contact avec le juge et les gendarmes et que tout s'était bien passé, mais ils réclamaient les crédits nécessaires car ils avaient été obligés d'acheter la viande de la maison de force sans aucun subside.
Ils rejoignirent Nosy-Lava et le 28 mai je recevais deux lettres.
L'une de madame LUCAIN qui me faisait part de ses difficultés et dont voici la teneur :
Nous avons été très surpris que vous me demandiez de me faire intégrer dans le cadre des institutrices auxiliaires.
Vous savez bien que j'ai quitté l'enseignement parce que je n'en pouvais plus et d'ailleurs je n'ai jamais exercé comme auxiliaire à Madagascar, le salaire étant dérisoire (23.000 je crois) .
J'ai fait des suppléances dans le secondaire officiel et j'ai donné des cours dans les établissements privés secondaires.
Autre ennui , une fois classée comme institutrice officielle , on me déplacerait sans me demander mon avis.
Si j'avais voulu faire carrière dans l'enseignement, j'y serait tout simplement restée car j'ai commencé à 20 ans.Mais je n'avais pas vraiment la vocation.
Avant d'entrer au haut-commissariat avec vous, j'avais vu M. CARLE et il a admis qu'à mon âge il ne serait pas intéressant de reprendre du service.
D'ailleurs il n'a jamais été prévu que je quitte le Ministère de la Justice.M. FOURNIER, le lundi 4 mai où nous avons déjeuné chez lui, m'a encore dit qu'ici il y aurait un instituteur malgache, que je l'aiderais en donnant des cours d'histoire et de géographie aux plus grands, et que je surveillerais surtout les enfants au point de vue hygiène.
Pour le moment il n'y a pas de "grands" ici.
Ils sont à Analalava ( jusqu'au cours complémentaire) et à Tananarive ou Tamatave dans les collèges.
Il n'y a pas d'urgence à rendre officiel l'enseignement puisqu'il n'y a pas de local idoine.
En outre à cause de l'épidémie de coqueluche, pas question que je réunisse les enfants.
Pas une famille n'y a échappé. J'ai reçu hier le sirop c'est un peu tard.
J'ai fait faire un tableau ( Je viens de voir qu'on annonce l'ardoisine ) parce que j'ai l'intention de faire une garderie où j’occuperais successivement les élèves de chaque classe avec l'aide d'un prisonnier instituteur.
Il me faut les livres que j'ai demandé et un dictionnaire Larousse.
Mais jusqu'à la fin de l'année scolaire, si proche, cet enseignement peut s"effectuer sans aucun caractère officiel ; ce serait plut^t un cours de vacances.
Il n'y aura du reste rien de stable, vu l'intense mouvement de personnel qui va avoir lieu.la moitié des agents s'en va et sera remplacé par des nouveaux et leur famille.par la suite quand les classes seront réellement constituées avec des instituteurs malgaches, il restera toujours les "moins de six ans" et la garderie deviendrait la garderie officielle du pénitencier, sorte de jardin d'enfants.
C'est pour une bonne part en raison des promesses que nous avons faites à ce sujet que des agents qui voulaient partir sont revenus sur leur décision.
Je vous rappelle que madame GESLIN a déjà fait une demande.
Par ailleurs une dizaine de prisonniers désirent s"instruire, entre autres deux de nos domestiques.
Je leur ai promis de m’occuper d'eux dès que vous m'aurez envoyé les livres.
Ceci entre dans mes attributions d’auxiliaire sociale de la prison, le moral des hommes s'en trouverait mieux.
Voilà pour l'enseignement........
Je pus donner satisfaction en partie à la demande de madame LUCAIN grâce au budget dont je disposais et malgré quelques aléas dans les années qui suivirent je ne pus que me louer de l'enseignement et de la bonne tenue qui fut inculquée aux enfants de Nosy-Lava.
Page suivante : 1959 2/11
1959 2/11 Nosy-Lava
![]() |
Carte libre à l'ANOM Aix-en-Provence |
Cependant il y avait plus grave.
Dans la deuxième lettre du même jour émanant de M. LUCAIN dont le texte est reproduit ci-après je pourrai connaître la situation dans le camp de la maison de force et notamment les trafics inimaginables qui existaient entre les détenus et les gardiens :
.....
Je regrette vivement que votre passage à Nosy-lava n'ait pas eu lieu quelques semaines plus tard.
Lorsque vous êtes venu, j'étais encore trop neuf et j'aurais été bien incapable de vous faire un exposé clair de la situation à la maison de force.
Il n'en n'est plus de même aujourd'hui mais je préfère faire cette mise au point sous forme de lettre personnelle.
Si j'avais à dépeindre brièvement l'état des choses je dirais que nous vivons en pleine anarchie.
Ce que je vais vous dire une simple enquête suffirait à le vérifier.
La collusion entre les agents et les prisonniers est flagrante et les uns comme les autres trafiquent avec les gens du village et même de l'extérieur.
Voici quelques faits qui se passent de commentaires :
Je me suis aperçu que certains agents servaient de facteur aux détenus.
Cela se faisait journellement.
J'y ai mis bon ordre dans la mesure du possible.
dans les divers ateliers, les ouvriers passaient la plus grande partie de leur temps à fabriquer des objets pour les agents qui souvent les revendaient à Analalava.
Hier j'ai confisqué une magnifique malle à la menuiserie, mais je n'ai pu trouver à qui elle était destinée.Je l'ai fait mettre au magasin.
Même du ciment partait pour la grande terre.
![]() |
Amboanio Compagnie occidentale |
J'ai pris les mesures nécessaires pour renforcer la surveillance à chaque départ de la vedette, mais cela m'est difficile à cause du nombre de femmes faisant la navette à chaque voyage.
Bien que je les soupçonne de servir d'intermédiaires , je ne peux les fouiller ni contrôler leurs bagages.
![]() |
Pirogue et boutre |
Deux fois cette semaine des bateaux ( un boutre et une pirogue) ont accosté directement sur la plage d'Amboanio , assez loin du poste, et les occupants s’apprêtaient à entrer dans le camp par derrière quand je les ai fait appeler.
Le patron du boutre m'a répondu avec insolence qu'il avait l'habitude ainsi de venir du temps de mon prédécesseur.
Il a prétexté qu'il apportait des bananes aux agents mais le lendemain l'inspecteur GOZIE a saisi des sachets de chanvre sur deux détenus dont l'un avait déjà été pris le mois dernier.
Il a d'ailleurs avoué qu'il faisait le commerce du chanvre à l'intérieur du camp et qu'il le recevait d'un villageois de Mahabo qui le reçoit sans doute par les bateaux.
Ne pouvant intervenir directement, j'ai demandé aux gendarmes de venir faire une enquête à l'improviste.
Ils m'ont dit être au courant de ce trafic et qu'ils viendraient sans tarder.
A notre que Ra..... Paul qui a donné un coup de couteau à un de ses camarades est un fumeur de chanvre.
Ces trafics expliquent que très souvent nous trouvons des sommes parfois considérables sur les détenus.La semaine dernière une somme de sept mille francs a été saisie sur l'un d'eux.
Par suite d'un relâchement scandaleux, les prisonniers avaient des liaisons avec les femmes d'agents, à tel point qu'un des policiers a été obligé d'expédier sa femme à Analalva, ayant appris qu'elle devait s'enfuir en France avec un détenu sur le point d'être libéré.
C'est d'ailleurs l'objet de la lettre anonyme que vous avez reçue et l'explication de la demande du montant du voyage Majunga-Marseille.
(fin de la page 8 du document initial)
Autre exemple du relâchement : un prisonnier domestique de mon prédécesseur et qui avait la faveur de coucher à l'extérieur de la prison , a été surpris avec une femme par l'inspecteur GOZIE dont le rapport est resté lettre morte.
Devant de tels faits , je comprends pourquoi les agents n'ont plus aucune autorité et pourquoi les bons éléments sont découragés.
pour citer un cas précis, il y a quelque temps , un très bon agent qui faisait une observation à un détenu condamné pour assassinat et réputé comme étant la plus forte tête du camp s'est vu insulter et frappé par lui.
Le prisonnier a été puni de trois mois de prison mais l'agent a été rappelé à Tananarive quelques jours plus tard à la demande expresse de M. PERICHAUD.
Ce geste a mécontenté les bons agents et M. GOZIE a été a deux doigts de donner sa démission.
J'ai promis aux agents que je ferais tout pour renforcer leur autorité.
Ne croyez pas que je vous relate ces faits parce que je redoute mes difficultés.
Au contraire , je suis prêt à endosser toutes mes responsabilités et je suis certain d'obtenir ra^pidement des résultats concrets, mais il me faut la certitude que j'aurai l'appui total du ministère.
il me faut en particulier que je puisse au plus tôt donner un commencement d'exécution aux belles promesses que j'ai faites sur vos conseils; sinon tous les bons agents partiront.
.........
![]() |
Compagnie occidentale de Madagascar |
Je lui donnai tous apaisements et l'assurai de mon appui le plus total dans son action à condition qu'il me rendît compte immédiatement chaque fois qu'un incident se produirait afin que je puisse faire face à toute intervention politique qui ne manquerait pas de se produire.
Lorsque vous me dites que le début d'émeute du 17 mai vous a causé beaucoup de tracas , je me rend compte combien l'usage des télégrammes est sujet à caution, car si j'avais pu vous parler de vive voix, je suis sûr que vous ne vous seriez pas inquiété un seul instant.
Je vous affirme que je n'ai jamais été en difficulté et si je vous ai alerté c'est surtout pour vous faire comprendre la carence de nos prédécesseurs et la nécessité de réagir vigoureusement et sans tarder afin de faire comprendre à tous que la rigolade est terminée.
Comme je crois vous l'avoir déjà dit, le lendemain même de l'incident, j'ai mis à exécution le projet que nous avions étudié ensemble concernant l'isolement des "dangereux" . Ainsi je suis absolument optimiste , car la nouvelle installation mettra les "durs" hors de nuire.
Vous vous montrez surpris que je n'ai pas porté plainte contre R..... Paul .
L'explication est la suivante : lorsque j'ai rendu compte au juge de ce qui venait de se passer, il m'a demandé si la victime portait plainte contre son agresseur. Sur ma réponse négative, il m'a fait part de son intention de suivre lui-même l'affaire. D'ailleurs l’enquête est ouverte et suis son cours.
Je vous tiendrait au courant de tout ce qui en découlera.
Sans vouloir râler, je me crois obligé de vous dire que l'effectif des gardiens est nettement insuffisant et je me demande jusqu'à quel point notre administration ne serait pas jugée responsable si un coup dur se produisait.
En effet, alors que la loi prévoit un gardien pour 10 détenus, ici nous en sommes à un gardien pour vingt détenus.D'ailleurs le rendement du travail s'en ressent. N'étant pas suffisamment surveillés les prisonniers en profitent pour tirer au flanc, quoique mes visites impromptues les déroutent un peu.
J'ai hâte de pouvoir me débarasser de quelques agents et de les remplacer par de nouvelles recrues.La mentalité de l'ensemble du personnel en sera profondément modifiée.
......
Au sujet de mes commandes vous me dites quelles manquent de précision et vous me parlez de "redresseur à vapeur de mercure" . Je vous avoue bien humblement que je ne comprends rien à cela et que je suis obligé de faire confiance à GESLIN pour ce qui est des commandes concernant les ateliers.
Toutefois je lui rappellerai pour la énième fois qu'il doit être plus explicite.
J'ai reçu la visite de M. CADINES des T.P. qui étudie la possibilité de créer un terrain d'aviation à Nosy-Lava.
A ma demande, j'ai eu également la visite du vétérinaire d'Ananalava ( type charmant) qui m'a conseillé très utilement.Il a examiné le cheptel qu'il n'a pas trouvé très brillant;D'après lui nous aurions intérêt à le renouveler.J'attends un rapport que je vous ferai parvenir. Nous avons discuté également de la construction éventuelle d'une ferme. Après étude du terrain, il nous donne son accord total. Si notre ami JUPPEAU pouvait venir pour le démarrage ce serait parfait.
En ce qui concerne la question eau, sans être insoluble, elle me parait assez difficile ; rien à à faire pour continuer le forage de deux puits dont M. BRUNET nous a indiqué l'emplacement. Ou alors il nous faudrait creuser une quinzaine de mètres dans la roche.Sans marteau-piqueur nous en aurions pour des années.Je vous enverrai très bientôt un rapport réunissant les suggestions émises par M CADENES, PROVENSAL ( le vétérinaire), GESLIN, etc. ....
Tous s'accordent pour dire que la solution serait la construction de citernes.
.....
Deux vidéos sur Nosy-Lava et Nossi-Bé
Page suivante : 1959 3/11